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Full text of "Traité des maladies de l'il, et des remedes propres pour leur guérison : enrichi de plusieurs expériences de physique"

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THE LIBRARY 

OF 

THE UNIVERSITY 

OF CALIFORNIA 

LOS ANGELES 




t<5 



% 



TRAITÉ 

DES MALADIES 

DE L'ŒIL, 

E T 

DES RE MEDES 

Propres pour leur Guérifon ; 

Enrichi de plufieurs Expériences de Phyfique. 

Par M e Antoine Maître-Jan, Chirurgien 
du Roy à Mery- fur-Seine* 



avJ&trU^' 



A PARIS, 

De rimprirnerie de îa V« d'Houe y, rue de ?a Harpe 

vis-à-vis la rue S. Severin, au ht fcfprit, 

M. DCC. XL. 

Avec Approbation ® privilège du Roy m 




£37 

nmt 



r «I 

TABLE DES CHAPITRES, 

De la Defcription de l'Oeil. 

CHAP. rj S POeil, & Je fa divifon, page t 
I er • *~* Ch. II. £>?/ parties extérieures de Vœil 4 
& premièrement des paupières , p. t 

Ch. III. zo, D^/ glandes de Vœil S5 defagraiffe, % 
Cb.IV. 30. D^/ m«/çfe/ <fe /'a?//, » 

Ch. V. 40. £),?, W 2,/r , ^/ artères , C^ <fr/ v «ww £«' /<? 
jportcnt dans les parties ci- devant dites , 1 o 

Cli. VI. Du globe de Vœil ,^5 1°. de fes membrane* 
communes y ir 

Ch. VII zo. Des membranes propres , ES» 1 °- de la cor» 
née^ 14 

Ch. VIII. 30. De l'uvée, 19 

Cil. IX. 40, De la rétine^ p*r occafion du nerf 'opti- 
que , xj 
Ch.X, 50. Des parties ou corps tranfparensJS *. du 
corps vitre' , 30 
Ch. X I. 6 o. Du crijlallin , 3 4 
Ch.XII. De l'humeur aqueufe , 41 
Cb.XIII. Du cercle ciliatre y 45 
Ch.XIV. Conjectures touchant la nourriture des deux 
corps tranfparms , (£ J& V entretien de l'humeur 
aqueuje , 47 
th. XV. De la vue, 54 
Cil. XVI. «Sa/ï,? */« procèdent, contenant des expé- 
riences pour prouver la réflexion î$ la réf.aHion di 
la lumière , 57 
Ch. XVII Suite des deux précèdent, contenant des ex- 
périences pour prouver de quelle manière la réfra- 
ction fe fait dans les verres convexes Î5 concaves, 6 1 
Cil. X V lil Suite des trois précedens , contenant quel- 
ques remarques àfairejur Us expériences y conte- 
VUS s, 64 

ai} 



ir TABLE 

Ch.XIX. Suite des quatre précèdent, de la nature 
de la lum't re , 66 

Cb. XX. Suite des cinq précèdent , contenant Je rejie 
de V explication de la première expérience , 72. 

Ch. XXI. Suite des fix précèdent , contenant V expli- 
cation de Vufage des parties principales de Pœil, 
Ç$ qui font nécejfaires a la vifon, 7 5 

Ch.XXH Sçavoirft le criftallm ejî absolument né- 
çejfaire pour voir , 88 

Conclufon de la Dcfcription de VOeil , 90 

Des Maladies de l'Oeil, première partie, conte- 
nant les maladies du criftalîin , connues vulgai- 
rement fous le nom de cataraBes. 

CH A P. 7~j Jverfes opinions fur la nature de la ca~ 

Jev # LJ taraBe, G? quelques re flexions jur ces 

opinions, 94 

Ch. IL Ce que fejî que la cataraBe , & la divifton d.t 

cataraBes, 98 

Cb» lit De la cataraBe vraye , 99. 

Ch.IV. Réflexions fur les Obfervations contenues au 

Chapi tre p recède nt , 110 

Ch. V. Des caufes des cataraBes vrayes , 1 1 1 

C h. V I. Su ite du p recèdent , 116 

Ch. V IL Des différences des cataraBes vrai; s , ni 

Ch. V III Des Jignes diagno flics des cataraBes , 1 1 ^ 

Ch. IX. Des fignes progHoftics des cataraBes , 1 z 8 

Ch.X. Si par les remèdes on peut guérir la cataraBe: 

nai fiante ou non confirmée ,• fe fi on peut la prévenir , 

136 

Ch. XI. Ce qu'il faut faire avant V ope rat ion , Je tems 

qe Von doit ckoifir , k5 la qualité des égu'lles f iqi 

Ch. XII De la manière d'ablaijfer la cataraBe , 146 

Ch.XIII. Comment il faut furmonter les difficultés 

qui arrivent dans le tems de l'opération , 151 

Clî.XIV. Vlufeurs Obfervations de pratique qui ont 

rapport aux chojes ci* devant dites , 163 

Ch. X V, Ce qu'il faut faire après V opérât ion, ®-Us 



DES CHAPITRES v 

moyens de rerné Mer aux accident qui la fuirent, 179 
Ch. XVI. Desfaujjes cat arables , 5 premièrement du 

glauccma , 184 

Ch. XVII. 2 0. Delà pr-tubérance du criftallin , 1 H 9 
Ch. XVÏII. 30. D- la cataraBc branlante , i 96 

Ch XiX 4 . De la cataraBs purulente ^ou de Vabcèt 

du critlallin , 2 o * 

Ch. XX. D?/ cstarsBes mixte f ou trompe» fes , 109 
Ch XXI Du déplacement force' du criftallin , 214 
Cb. XXII. Des tache t du crifiallin, & des imagina» 

tions perpétuelles , 2:9 

Des Maladies de l'Oeil, féconde partie, conte- 
nant les maladies du corps vitré , de l'humeur 
aquenfe,deîa rétine, du nerf optique, de 1*CH 
vée, de la corn-;e, & des membranes qui for- 
ment le blanc de l'œil, 
CH AP. J~\ Es maladies du corps ritré, 25c 

I er . *S Ch. IL Des maladies de Phumeur aqueu- 
je, 245 

Ch. III. Des mal a lies de la rétine , 246 

Ch. IV. Des maladies du nerf optique , 5 I 

Ch. V. Des maladies de Vuvèe , 254 

Ch. VI. Des maladies communes à toutes les parties 
intérieures du globe de Vœih i°. de fa grojjcur £2 
éminence contre nature , 26 $ 

Ch. VIL t o De V atrophie ou diminution de Vœil, z-ji 
Ch.VIII. 3 Du dérangement des parties intérieu- 
res de Vœil , ou de leur confufton , 274 
Ch.IX. 40. De l'œil crevé ou rompu , 176 
Ch.X. 5°. De la fort ie entière de Vœil hors de V orbite, 

Ch.XL 6° .Des plaies des yeux Î5 de leurcontufion,t% % 
Ch. XII. Digrefjjon fur les caufes générales £5" parti- 
culières des fluxions , inflammations , & autres ma- 
ladies locales -fur le bon ufage de lajaignée dans les 
inflammations £? autres maladies , contre V opinion 
de quelques Moderne s j t^fur V action des remèdes 

a iij 



vj TABLE 

purgatifs pour corriger T intempérie dufattg , 297 

Ch XIII. Des maladie s de la cornée, ^5 par occafwn de 
celles des membranes qui forment le blanc de l'œil. 
1° De Pophthalmie ,on inflammation Je l'œil, }i % 

Ch.XIV. 2<\ De P œdème, oh fluxion œdémateuse de 
la cw'onftive , ££ defes autres inflations , 331 

Ch.XV. 30. Des pujlules de la conjonBive C5 de la 
cornée , 334 

Ch XVI 4°. De l'hypopycn,ou abcès de la cornée, 3 3 9 

Ch. XVII. 50. Des ulcerts de la conJonSive Î5 de /* 
cerne e , 346 

Ch.XVIII. 6°.DesJymptom?rquifiivenfles ulcères 
des yeux. De la chute de Puvéc ou ftaphylome ,- 
ï.fymptome, 364 

Ch.XlX. Suite des fymptômesqui fuivent les ulcères 
des yeux De la fijlule de la cornet , 2 . fymptôme. 
Des excroiffances de c^air , 3 fymptome. Des cica- 
trices de la cornée , qfympiome , 3 7 3 & fui v« 

Ch. XX. 70. De V aigle ou aige , C5" du leucoma ou aU 
bugo , 380 

Ch. XXI 8°. Du pterygion ou ongle > 384 

Ch. XXII. 9°. Du retreciffement ou rides de la con- 
jonctive & de la cornée , 394 

Ch. XXIII. io°. Des yeux de travers ou des yeux 
louche s, 394 

Des Maladies de l'Oeil, troïfiéme partie, conte* 
riant Içs maladies des parties fituées entre le 
globe & l'orbite, celles des angles des yeux^ 
ik celles àcs paupières. 

CH AP. f~) Es abcès qui fe forment 'entre le globe de 
l>r. -LJ POeil $ l'Orbite , ' 400 

Ch.II. Des maladies des mufclesde l'œil, $ de celle* 
defes nerfs, 40? 

Ch. III. Des maladies des glandes des yeux , 407 

Ch.IV. Des maladies des angles des yeux , 1$ premiè- 
rement de Panchilops ou abcès du grand angle , 410 

Ch. V. 2, o. De Vagihp oufftuh hcrimale , 41 $ 



DES MATIEREL. vij 

Ch. VI. De quatre autres maladies du grand angle, 

i . D y une txcroijjance de chair dite Enchantis 2. De 

la ccnfompton de la chair glati Juhufe du grand an- 

gle. 3. Des puftules du grand angle. 4. Des ulcères 

prurigineux du grand angle, 4 3 1 & fuiv. 

Ch. VII Des maladies des paupières. 1 . De leur en- 
flure , 43c 

Ch. VIII. 20, De V abcès des paupières îï> de leur pour- 
riture , 438 

Ch. IX. 3 o, De la dureté Ç£ dujehirre des paupières t 

442. 

Ch.X 40. De V anthrax ou charbon des paupières 444 

Ch. XI. 5 0. De Vorgéolet , de la grêle, & de la pierre 
ou grave lie des paupières , 448 

Ch. XII. 6°. De Vathcrome , dujléatome, ££ du mé- 
liceris des paupières , 4 5 I 

Ch. XIII. 70 De Vhydatis des Anciens , ou tumeur 
adipeufe des paupières , 458 

Ch.XIV. 8°. Des verrues des paupières , 462. 

Ch. XV. 90 Du cancer des paupières , a6-i 

Ch. X VI i o°. Des varices des paupières , 47 1 

Ch.XVII 1 |0. iJes ulcérer prurigineux ougratelles 
des Paupières , r € par occajion delachajjie ou lippi- 
tuJe, 47 6 

Ch. XVIII. 1 io. De la chute des cils, de leur dérange- 
ment, £J de leurs autres vices, 401 

Ch XIX. 1 3 o. De la relaxation ~£foibleffe de lapaupie~ 
re Supérieure , $5 de fou cillement involontaire, 5 o 1 

Ch. XX. 14°. De VéraiUemer.t de* paupières .& pre- 
mièrement de celui de la paupière juperieure , 5 04. 

Ch. XXI. 150. De déraillement de la paupière infé- 
riure, $ g 

Ch. XXII. 16° De la con'mïïion des paupières, $ i 2, 

Ch. XXIII 170 Des ma! au es des paupières excitées 
par des caufes extérieures , j 1 8 

Cor,clufion des Maladies de l'Oeil, 510 

Fin de la Table des Chapitres, 



HSM-VÉÉÉBBHHMi 



J 



approbation du Cenfeur Royal. 

'Ai lu par ordre de Monfeignear le Chancelier, 
^ XzTraité des Maladies de VOeil , par Mattrc-Jan , 
Chirurgien du Roy à Mery-fùr Seine , & fes 6^'cr- 
vaîions fur la formation dupoukt. Je n'ai rien trou- 
vé dans ce^ deux Traités, qai ne foit très-digne 
de l'impn ffion. Fait à Paris ce Lundi 1 8 d'Août! 
1711. AN DR Y. 



P RIV ILEGE DU ROT. 

LOUIS, par la grâce de Dieu, Roy de France 
& de Navan e : A nos amés & fea ix Confeil- 
îers !es Gens tenans nos Cours de parlement, Maî- 
tres des Requêces ord.naires de notre Hôtel, 
Grand-Confeil, Prévôt de Paris, Bailift, Séné- 
chaux , leur- Lieutenans Civils , & autres nos Ju- 
fticiers qu'il appartiendra , Salut. Notre bien 
améela Veuvedc Laurent D'HouKY,Imprimeur 
6c Libraire à Paris,, Nous ayant fait remontrer 
qu'elle fouhaiteroit continuer à réimprimer eu 
taire réimprimer & donner au Public V Anatomie , 
le Traité de la Mort Jubite , C? les Accouchement de 
Diouis, les Maladie t aiguës c5 chron ■ ques del auvry , 
Traité des Accouche mtn s de la Motte , les Ouvrages 
Chirurgiques des fleurs l erduc p-re c5 fih , la Ma- 
tière Médicale de 'ïoumefort, les Maladies de VOeil 
d'Antoine Maître- J an, s'il Nous plaifi;it lui accor- 
der nos Lettres de continuation de Privilège fur 
ce néceflaires, offrant p;ur cet eftvt de les réim- 

E rimer ou faire réimprimer en bon papier & 
eaux caractères, fuivant la feui'le imprimée 3c 
attachée fous le contre- feel desPréfeut<:s. Aces 
eau fes, voulant traita favorablementlacUteEx- 

pofante. 



pofante , Nous lui avons permis 8c permettons, 
par ces Préférâtes , de réimprimer ou faire réim- 
primer lefdits Ouvrages ci-deflus fpécifiés , en 
un ou plufieurs volumes, conjointement ou fepa- 
rément, & autant de fois que bon lui femblera a 
fur papier & caractères conformes à ladite feuille 
imprimée & attachée fous notredit contre- fcef, 
& de les vendre , faire vendre & débiter par tous 
notre Royaume, pendant le tems de fix années 
confécutives, à compter du jour de la date defdi** 
tes Préfentes. Faifons defenfes à toutes fortes de 
perfonnes, de quelque qualité & condition qu'el- 
les foient, d'en introduire d'imprefiion étrangère 
dans aucun lieu de notre obéiflance ; comme 
aufli à tous Imprimeurs, Librairres & autresjd'im* 
primer, faire imprimer, vendre, faire vendre y 
débiter, nf contrefaire lefdits Livres ci-deflus 
expofés, en tout, ni en partie , ni d'en faire au^ 
cuns extrait*, fous quelque prétexte que ce foit, 
d'augmentation, correction , changement de ti- 
tre , ou autrement, fans la permiflion expreffeëc 
par ecritdelad'teExpofante, ou de ceux qui au- 
ront droit o'elle; à peine de conhTcation des 
Exemplaires contrefaits, de ilx mille livres d'a- 
mende contre chacun des contrevenant . dont 
un tiers à Nous, un tiers à l J Hôte : Dieu de Paris, 
l'autre tiers à ladite Expofantc?,& de tous dé- 
pens . dommages & intérêts. A la charge que ces 
Préfentes feront enregiftrées tout au long fur le 
Reg ; ftre de la Communauté des Imprimeurs &- 
Libraires de Paris, dans trois mois de la date d'i- 
celles; que i'impreflîon de ces livres fera faite 
dans norre Royaume, & non ailleurs; & qua 
l'Impétrante te conformera en tout aux Regle- 
mens de "la Librairie, & notamment à celui du 
dixième Avril 17x5. & qu'avant que de les ex* 
pofet eQ-vente, les Manufcrits ou'lmprimésquf 
auront fervi de copie à l'impreflion defdîts Li* 



3C 

vres , ferons remis, dans le même état où les Ap* 
probations y auront été données , es mains de no- 
tre très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux 
de France, le Sieur Chauvelin; & qu'il en fera 
enfuite remis deux Exemplaires dans notre Bi- 
bliothèque publique , un dans celle de notre Châ- 
teau du Louvre, ôc un dans celle de notredit 
très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de 
France, le Sieur Chauvelin; le tout à peine de 
nullité des Préfentes. Du contenu defquelles vous 
roandon9 & enjoignons de faire jouir l'Expofan- 
te,ou fes ayans caufe, pleinement 8c paifible- 
ment, fans foufirir qu'illeur foit fait aucun trou- 
ble ou empêchement. Voulons que la copie def- 
dites Préfentes, qui fera imprimée tout au long 
au commencement ou à la an defdits Livres, foit 
tenue pour dûement.fignifiée; & qu'aux copies 
collationnées par l'un de nos âmes & féaux Con- 
fei 11ers & Secrétaires, foi foit ajoutée comme à 
l'original. Commandons au premier notre Huif- 
fier ou Sergent, de faire pour l'exécution d'i* 
celles tous adirés requis & néceflaires, fans de- 
mander autre permiflîon, & nonobflant clameur 
de Haro , Charte Normande, & Lettres à ce con- 
traires : Car tel eft notre plaifir. Donné à Verfaiî- 
les le onzième jour du mois de May, l'an de 
grâce mil fept cent trente-fix, & de notre Re» 
gne le vingt unième. Par le Roy en fon Con* 
feil. 

S AIN S ON. 

Regiftré fur le rXegiflre IX. de la Chambre Royafs 
des Ltbraire s C? Imprimeur? de Paris, «o iy% fol* 
2.68 . conformément aux anciens Réglemens , confira 
mes par celui du z8 février 171$- A "Paris le 18 
Juin, 17 56. 

G. MARTIN, tyfcfe 




DESCRIPTION 

D E I/(E IL 




CHAPITRE PREMIER. 

DePOsiïrédefadivifîon. 

Ui? qu'il faut nécefiairement coîî- 
noître la ftruclrure d'une partie , pour 
avoir une idée jufte. & diftin&e de 
toutes fes maladies ; je me vois ença- 
gé avant que d'expliquer les Mala- 
dies de lOeil, leurs Remèdes, & leurs Opéra- 
tiens , de décrire toutes les parties qui compa- 
rent cet organe. Cette description fera fuccinte à 
l'égard des parties extérieures, dontje demeure 
pretque entièrement d'accord avec les autres 
Anatomiftes;& je ne m'étendrai que fur celles 
qui compofent le globe, ou qui y font renfer* 
mées, & fur lefqueîîes je ferai remarquer quel- 
que chofe de particulier. Je donnerai enfuite 
mes conjectures touchant la nourriture du corps 
vitré & du criftaHin, & fur l'origine & l'entre- 
tien de l'humeur aqueufe ; & enfin je ferai con- 
noître le vrai uiage des parties princioales de 
1 œil, à l'occafion de l'explication de la vue , que 
j'appuierai fur plufieurs expériences d'opcicue 
Pour commencer cette defcription, je'dirai 

À 



a Description 

que l'œil qti eft l'inftrumcnt de la vue, efl une 
partie organique, compofée de membranes de 
différente nature , de nerfs, de veines, d'artères, 
de mufc'es, de glandes, de corps tranfparens, 
d'une humeur particulière, & de quelques autres 
parties :que fa figure eft fphérique, fi on necon- 
iidere que ion globe féparé des autres parties 
qui l'envirornent;& étant joint avec eîles,qu'e]ie 
eft oblongue & piramidale , ayant fa bafe en de- 
hors & fa pointe en dedans: qu'il eft fitué dans 
l'orbite, où il fe meut en différentes manières :& 
qu'il efl recouvert des paupières. 

Je diviferai l'œil à la manière ordinaire des au- 
tres A natomiftes: en fon globe, qui eft cette am- 
poule formée par la cornée, & tout ce qu'elle 
renferme; & en fes parties extérieures, qui font 
fes m ufcles , fes glandes , fa graiflé , fes nerfs , fes 
vaiffeaux, & fes paupières. 



CHAPITRE II. 

Des parties extérieures de PœiJ , Z$ premièrement 
dus paupières. 



L" 



'Ordre de d if fe&ion m'oblige decommencer 
par les paupières , parce qu'elles fe préfen- 
tent les premières. Il y en a deux , l'une en haut , 
& loutre en bas; la fupéneure eft la plus grande 
en Y homme. Leur injure eft afiez connue, puis- 
qu'elle. le voit fansdifie&ion. les endroits où les 
deux paupières fe joignent, fe nomment angles <° 
celui an côté du nez s'appelle .angle intérieur ou 
grand angle ; & celui du côté des tempes, angle ex* 
tc'xieur ou pept angle. 

Elles font cornoofées de la peau, d'une mem- 
biace charnue > d'une membrane .-gue i'pn croi£ 



13 e l'Oeil» $ 

particulière, de mufclesjdutarfe.&descils, 

La peau des paupières eft la même qui couvre 
les autres parties de la face; elle eft feulement 
plus mince & fort lâchement étendue, pour fe 
pouvoir rider aifément : elle fe termine au bord 
de chaque paupière, ou elle eft percée poûrlaif • 
fer pafler les cils. En cet endroit elle eft jointe & 
continue à cette autre membrane particulière, 
fort unie, mince & fenilble,qui revêt la partie 
intérieure des paupières, &qui fe joint à la con- 
jonctive avec laquelle elle fe confond :& même 
la furpeau dont cette membrane eft recouverte, 
& qui eft très-mince & très-tranfparente, fe cou- 
tinue& recouvre non-feulement la conjonctive, 
mais aufli toute là cornée tranfparente. Nos Ana- 
tomiftes croient que cette dernière membrane eft 
produite du péricrane,& que c'eft la raifon pour- 
quoi elle eft li fenfible : q uoiqu'on puifte dire avec 
quelque fondement, qu'elle eft plutôt une pro- 
duction ou extenfion de la peau même qui re- 
couvra les paupières , puifqu'elle lui eft continue ; 
& que d'ailleurs loi fque l'une ou l'autre paupière 
demeure renverfée par quelque maladie, & que 
cette membrane n'eft p!us humectée, on la voie 
manifeftement devenir femblable à lap:au. 

Entre cette membrane & la peau, on rencon- 
tre une membrane charnue , qui n'eft autre chofe 
qu'une extenfion des mufcles orbiculaires des 
paupières. C'eft à l'extrémité de cette membrane 
qu'eft attaché ce petit cartilage membraneux 
& demi-circulaire, qui donne cette même figure 
aux paupières, tenant leur peau étendue fui vant 
leur longueur : on l'appelle tarfe&c peigne, àcaufe 
que les cils, qui font des poils droits toujours 
d'une certaine grandeur, <& ordonnez comme 
îes dents d'un peigne, font implantez à fon ex- 
trémité. 

.m 



4 D E S C R ht T I O N 

les paupières fe meuvent quelquefois félon 
notre volonté, & le plus fouvent auili elles fe 
meuvent fans que nous y faflions aucune atten- 
tion. Ce dernier mouvement eft fort vite, & fe 
fait de moment en moment quand nous veillons. 

Trois mufcles meuvent les paupières. Le pre- 
mier & le fécond qu'on rencontre au-dellbus de 
la peau des paupières, fe nomment otbiculairex ou 
demi- circulaire s. Ils naiffent l'un & l'autre au grand 
angle de l'oeil ; le fupérieur paflè par la paupière 
fupeiieure, & l'inférieure par la paupière infé- 
rieure, & le vont inférer enfemble vers le petit 
angle aux environs de l'os de la pommette > où ils 
confondent leurs tendons, enforte qu'ils ne fem- 
bïent être qu'un feuf mufcle. Ils font larges d'un 
travers de doigt ou environ ; & quand ils agi fient, 
ils tirent en même temsla paupière Supérieure 
en bas & l'inférieure en haut 5 6k ferment exacte- 
ment les yeux. 

letroifiéme eR\e releveur de la paupière fupjé- 
rieure. Il naît du fond de l'orbite , affez près du 
trou par oh pafie le nerf optique; çV couché fur 
îe mufcle droit releveur de l'œil, d'un principe 
étroit & charnu, il fe termine par un tendon af- 
fèz large au tarie & au bord de la paupière fu- 
périetfre. Lorfqu'ij agit, il levé la paupière en 
haut , & découvre YctiA. 

ï/cfage dts paupières eft de couvrir l'œil ;de 
1e défendre des injures extérieures; & par leurs 
•rncuvemens de répandre également fur tout 
l'œil la liqueur qui fort des glandes qui l'envia 
ronnent , afin d'humeâer la cornée, de la polir, 
de la nettoyer , & de la rendre plus tranfparente, 

Au-de'iTus de chaque paupière fupérieure font 
ies lourcils , qui outre l'agrément qu'ils donnent, 
fervent^ détourner la fueur, pour l'empêcher 
d^ïnc.om.moder les yeux. Ks font trop vifibies 
ffiffî avoir befbin.de defcription. 



de l'Oeil, 



CHAPITRE III. 

2.0. Des glands t de Pœil î$ de fa graij] 



CE qu'on appelle vulgairement glande lacrimale, • 
eft une petite caroncule ou chair glanduleux 
fe , fituéeau grand angle de l'œil à l'entrée du fac 
lacrimal. Ilfemble même que cette caroncule ne 
(bit formée que par la réunion de la membrane 
intérieure des paupières : car dans l'homme il n'y 
a point proprement de glande ;<Sc fi nos Anato- 
rmftes ont ainfi nommé cette partie, c'eft k caufe 
de la liqueur qui fe filtre aux environs par les 
points lacrimaux qui percent dans le faclacrimaî^ 
qu'ils eftimoient ne pouvoir venir qôe d'iinef' 
glande fituée en cet endroit ;& de ce que de cette 
même caroncule on voit manifeftement traniu-- 
der une humidité qui abreuve aufii l'œil ,& qui 
dans quelques-unes de les -maladies coule très- 
abondamment. 

Le fac lacrimal eft l'entrée du canai par où paf- 
fentles larmes pour fevuider dans le nez; & c'e(l: 
une extenlion de la membrane intérieure du nezv 
Ainfi ta membrane qui forme ce fac eft gland u^ 
îeufe, puifque toutes les membranes qui tapiffent 
intérieurement le nez le font. Il y a deux trous 
fort petits que l'on nomme points lacrimanx .qui 
s'ouvrer t vers le bord des paupières dans la fof- 
fettedu grand angle. 

Dans les animaux qui ont une troisième pau- 
pière, cette efpece de grande paroit plus confi- 
dérable que dans l'homme; Ôr on y remarque 
bien plus aifément deux ou trois vaitTeaux lym- 
phatiqnes qui fe portent & s'ouvrent, à ce'que 
Lon croit, en la fuperûcie intérieure de la pau- 

A iij. 



g Description 

piere, & d'autres parties que je ne décriraipag 
ici , puifque mon deflein r/eil que de traiter des 
maladies des yeux des hommes. 

Au-defTus de la paupière fuperieure à l'entrée 
de l'orbite , il fe rencontre une autre glande qui 
n'a point de nom , qu'on pourroit avec plus de 
raifon appeller !àcri*nala>.taxit pour fa grandeur 
que pour fon ufage. Elle commence vers le petit 
angle , & fe continue prefque jufqu'au grand an- 
gle, & eft aftez large & épaïfle.Elle fe trouve 
quelquefois divifée en plufieurs glandes , & varie 
fouvent en fa figure. De cette glande on voit fer- 
tir des lignes traites & nerveufes, qu'on eftipe 
être des canaux excrétoires , qui fè portent le 
long de la membrane intérieure des paupières, & 
l'on croit qu'ils percent enân prés des cils. 

Outre les trous ou points iacrimaux dont j'ai 
parlé ci-defius , on remarque au bord intérieur de 
chaque paupière une rangée de points qui font à 
^extrémité de quantité de petites lignes à peu 
pies difpofées comme les cils. Etant à Paris au 
mois de Janvier i7oo,M.Mery, de l'Académie 
Royaie des Sciences, me confirma ( ce que d'au- 
tres Anatomifres ont aufîi remarquéjque lorf- 
qu'on preffoit le bord des paupières, il fortoit 
par ces points ou pores un peu d'humeur gluante ; 
ce que j'ai expérimenté depuis être vrai. J'aiauiTi 
obfervé qu'en fendant ces petites lignes, on y 
trouve plufieurs petits corps gros comme des 
graines de pavot , & qui femblent être glandu- 
leux : ils font difpofez dans chaque ligne les uns 
au bout des autres comme les grains d'un chape- 
let. On les voit mieux avec de bonnes lunettes , 
eu avec une loupe de verre; & les confidérant 
avec un microfeope , ils paroiiïent être de vérita- 
bles glandes. Apparemment que ce font ces pe- 
tits corps glanduleux qui iburniffent cette hu- 



de l'Oeil f 

rneur gluante, & oui eftplasfluide dans îeshom- 
mes & les animaux vivans à caufe de leur cha- 
leur, qui concourt à hume&er les yeux & à ren- 
dre leurs mouvemens plus libre?, 

Les glandes des yeux, comme toutes les au- 
tres glandes du corps, outre les canaux excré- 
toires , ont des nerfs , des artères , & des veines, 
Leurs nerfs principaux font quelque • rameaux de 
la cinquième paire des Modernes, qui eft la troi- 
fiéme des Anciens: elles en reçoivent auili quel- 
ques autres peu coniidérables des autres paires 
qui fe portent &paiTent par l'orbite. Leurs arte°- 
res viennent de la carotide , & leurs veines fe dé- 
chargent dans les jugulaires. 

L'ufage de toutes ces glandes eft de filtrer fans 
cette cette liqueur, qui lbrtant par les ouvertu- 
res des canaux excrétoires, abreuve l'œil. Quel- 
ques Anatomiftes prétendent que quand elles ne 
font que dans une médiocre quantité, le fuperfi-s" 
paffe par les trous qui font vers le grand angfe* 
entre dans le fac lacrimal , 1k fe décharge enrin par 
le canai du nez; mais que lorfqu'ii s'en fi! çr^ une 
plus grande quantité , ces trous n'étant pas afiéz 
grands pour lui donner pafiage, elle eft obligée 
découler le long des paupières en larmes, 

Que ces larmes abondantes qu'on répand dans 
la douleur , dans la triPceffe, & dans d'autres paf-~ 
ficns violentes, viennent du cerveau , comme 
quelques-uns fe Fimaginent, il eft difficile d'en 
demeurer d'accord. En effet ; on ne peut montres 
aucuns conduits par lefquels elles puifient cou* 
1er, hors les nerfs , qui outre qu'ils font très-pe- 
tits , n'ont pas de capacitez feniibles pour laifîer 
pafler une li grande abondance de larmes ; & d'ail- 
leurs ce n'eft pas leur office. Il eft donc bien plus 
probable de dire, que ces larmes ne font autre 
chofe que la férofité même du fang qui fe porte 

Aiiij 



8 Description 

dans ces glandes par les artères , & qui s'y filtre 
alors plus abondamment ; foit à caufe que le 
mouvement circulaire du fang fe trouve dans 
ces pâmons en quelque manière intercepté', 
comme on le peut juger par les fanglots ; ou que 
le fang acquiert quelque degré de coniiftance 
qui facilite la réparation de fa partie féreufe. 

Dans l orbite on rencontre une allez grande 
quantité de graifTe qui environne l'œil, & rem- 
plit les efpaces que les mufcles, la glande fans 
nom,& les v-ai fléaux Iaifiént,& qui fert à échauf- 
fer l'œil, à i'humed-er, à rendre les mouvemens 
plus libres & fa figure plus égale. 



CHAPITRE IV. 

30. Des mufcles ds l'œil, 

COmme toutes les parties qui attachent & re- 
tiennent l'œil dans l'orbite font molles & lâ- 
ches, l'œil auffî fe peut mouvoir aifément en dif- 
férentes manières ; & ces mouvemens fe font par 
le moyen des mufcles, qui font droits pour faire 
les mouvemens droits, & obliques pour faire les 
mouvemens obliques. 

Il y a quatre mufcles , deux droits , & deux obli- 
ques , qui reçoivent leurs noms de leur fituation 8c 
uel'aàion qu'ils font. Le i e r des droits eft fitué 
en la partie fupérieure de l'œil , & le tire en haut'; 
on l'appelle haujfeurtkfuperbe. Le fécond, qui lui 
cft directement oppofé,eilenla partie inférieu- 
re de Vœil , & le tire en bas ; on le nomme abaiffeur 
&: humble Le trois & le quatrième font aux co- 
tez, & tirent l'œil du côté du grand angle , ou du 
petit angle : celui qui eft du côté du grand an- 
gle, eft dit adduïïeur, buveur , & HJeur; & celui 



de l'Oeil. 9 

du petit angle, abduBeur & dédaigneux. 

Ces quatre mufcles, dont le ventre eft rond, 
long & charnu, prennent leur origine du fond de 
l'orbite, autour du trou par lequel pafle le nerf 
optique ; & s'avançant par les quatre parties car- 
dinales de l'œil, êniflent en des tendons larges, 
minces & forts, qui s'unifient tous enfemble , & 
forment une large aponévrofe qui fe glifTe entre 
la cornée & la conjondive aufquelles elle eft ad- 
hérente, & s'infère enfin à la cornée opaque 
vers l'endroit où- elle commence à dégénérer en 
tranfparente. 

Lorfque ces mufcles agifTent également, ils ti- 
rent l'œil en dedans, & le tiennent en une iiîua- 
tion ferme & égale; c'eft ce qu'on appelle mou- 
vement tonique. Et il écoit néceifairequeces muf- 
cles fuiTent oppofez les uns aux autres, parce 
qu'autrement l'œil auroit eu une inclination à fe 
tourner inégalement d'an côté ou d'autre. ■ 

Des deux mufcles obliques ,¥ OR z&giand 8c-Ju- 
pe'rieur r l'autre eft petit & infineur. Le grand 
prend fon origine du fond de l'orbite, prefque du 
même lieu d'où naît YadduS. urde l'œil ; Ôc fe por- 
tant droit au grand angle, il fe termine dans un- 
petit tendon rond & long qui palîe par un trou- 
formé par un petit cartilage, que nos Anciens y 
à caufe de fon ufage , ont appelle poulie, fitué 
au grand angre près de la caroncule lacrimale, & 
fe réfléchiflant prefque en angle droit, & fe dila- 
tant, il monte obliquement par la partie fupé- 
rieure de l'œil, & s'infère à la cornée à côté de 
l'iris vers le petit angle. 

Le petit oblique naît de la partie inférieure^:, 
prefque externe de l'orbite du côté du grand an- 
gle ;& s'avançant obliquement au petit angle par 
la partie inférieure du globe, il unit Çon tendon 
à celui du grand oblique , fe terminant aicii à la 
cornée àcôté de l'iris. Av 



io Description' 

Ces deux mufcles agiflànt féparément, tirent 
le globe de l'œil du coté du nez, en le tournant 
un peu ou vers le haut, ou vers le bas;& c'eftà 
caufe de ces mouvemens qu'on les appelle amou- 
reux: .lorsqu'ils agi fient enfemble,ils tirent &. 
arrêtent fixement l'œil du côté du nez. 



CHAPITRE V. 

40, Des nerfs ,des artères, Cîf des veines qui fe portent 
dans les parties ci-devant dites, 

TOutes les parties extérieures de l'œil que je 
viens de décrire, ont des nerfs pour leur 
porter les efprits animaux, des artères pour leur 
fournir la nourriture , & des veines pour rem- 
porter le fuperfîu de cette même nourriture. 

Les nerfs les plus confidérabîes font la troi- 
fiéme paire des Modernes, qui eft la féconde des 
Anciens, que l'on nomme moteurs de l'œil. Us 
prennent leur origine de la bafe de la fubftance 
médullaire près de l'entonnoir ;.& foi tant du crâ- 
ne, ils entrent dans l'orbite , fe difperfent dans 
tous les mufcles deftinez à mouvoir l'œil , & 
fournilTent aufli quelques rameaux aux mufcles 
des paupières. 

La quatrième paire des Modernes, qu'on nom- 
me pathétiques des yeux , qui naifîent de la partie 
fupérieure de la fubftance médullaire, prés des 
protubérances orbiculaires, & entrant dans l'or- 
bite, s'infèrent entièrement dans le grand obli- 
que fupirieur. On les nomme pathétiques, parce 
qu'on croit qu'ils font la caufe de ces mouvemens 
involontaires des yeux qu'on remarque dans la- 
mour ,dans la haine, dans là crainte, dans la co- 
lère j dans la triftefle , & dans les autres panions : 



de l'Oeil. ii 

la différence des moteurs eft qu'ils ne fervent que 
lorfqu'on adefiein de regarder quelque objet. 

Outre ces nerfs, la cinquième paire des Moder- 
nes, qui eft la troifiéme paire des Anciens, ne fe 
diflribue pas feulement au palais, aux narines 5 
aux autres parties de la face, & à prefquetous 
les vifeeres , elle envoyé encore des rameaux aux 
yeux. Cette paire fort des cotez de la protubé- 
rance annulaire par un trou allez ample vierriere 
les pathétiques des yeux:el'e a plufieurs fibres, 
molles & dures , qui s'aflemblent & forment un 
faifeeau , dont il fe détache un rameau qui fe 
porte aux yeux, où il diftnbue quelques branchée 
à la cornée &aux glandes lacrimales, comme je 
l'ai déjà dit; & le refte de ce rameau ophtalmi- 
que ayant pafle par-deflus ces glandes, s'engage 
dans les cavitezdu nez. 

Lafixiêmepamùss Modernes , on la quatrième 
des Anciens, qui fort de la plus baffe partie de la 
protubérance annulaire, & partant hors du crâne 
par le même trou que les nerfs de la trois ce qua- 
trième paire, fe termine aufli en partie dans l'or- 
bite & au mufcle abducteur de l'œil ; pendant que 
Vautre partie s'uniffant avec quelques ramifica- 
tions de la cinquième pairs , forme avec elles \& 
principe du nert intercoftal. 

Enfin il fe jette encore dans les mufcîes des 
paupières & du front, un rameau de la partie 
dure de lafepiicme paire , qui eft la cinquième des 
Anciens, après que cette partie eft fortie du trou 
dont Tiffue eft entre l'apophife maftoide&JhhiJe, 
& qu'elle a fourni quelques ramifications à l'o- 
reiiîe externe, à la face, & autres parties. 

Les artères qui fe portent aux yeux viennent 
des divisons de la carotide, dont le tronc exté- 
rieur fournit des rameaux aux paupières, de dé- 
nie qu'aux autres parties de la face & aux tjfo- 

A v j 



12. Description 

pes ; Se le tronc intérieur étant entré dans la téte 9 . 
envoyé un rameau qui accompagne le nerf opti- 
que , & fe diftrîbue à tout i'œii 

Et les veines fe déchargent, fçavoir celles des 
paupières, des glandes , oc quelques autres dans 
les j ugulaires externes , & quelques autres dans 
les jugulaires internes. 



CHAPITRE VI. 

Du globe de Vœil , C2 i°. àc fes membranes 
communes. 

LE globe de l'œil efl: compofé de membranes > 
de parties tranfparentes, & d'une humeur. 
On divife ordinairement les membranes en corn*- 
munes & en propres. On en compte deux commu- 
nes , la conjonBive , & Vinnominée ; mais fans m'ar- 
rèter à ce nombre, je dirai qu'il y en aune troi- 
sième , que l'on peut reconnoître de même que 
les deux autres. 

Celle-ci eft extérieure v & eft une continuité 
delà membrane particulière qui revêt la partie 
intérieure des paupières, qui fe couche i'ur la. 
conjon&ive , s'y attache , & fe continue avec elle 
jufqu'au bord de la cornée tranfparente; & mê- 
me la furpeau dont elle eil recouverte, qui eft 
très-délicate , recouvre aulïi toute la cornée tranf- 
parente, comme je l'ai déjà dit en parlant des 
paupières. Quoique cette membrane foit fort 
mince, & qu'elle foit fortement unie à la con- 
jonctive, en tirant ou étendant les paupières, on 
la reconnoît aifément nar les rides qu'elle forme, 
Se qui fe terminent où elle finit, c'elt-à-dire au 
bord du cercle de la cornée tranfparente :fi mê- 
me on fe donne un peu de peine, on la féparera 



DE l'ÔEÏL. tr|* 

de laconjon&ive, en J'écorchant cependant, de 
la même manière qu'on fépare la membrane in- 
nomine'e. Il n'eft pas non plus difficile de recon- 
noître cette furpeau qui recouvre cette membra- 
ne & la cornée tranfparente: les phlyBtms , qui 
font de petites veffies pleines d'eau qui s'élèvent 
fur la fuperfïcie de la cornée tranfparente & fur 
le blanc de l'œil, & dont quelques-uns ont quel- 
quefois leur centre au bord de Ja cornée tranfpa- 
rente , & occupent en même tems partie du blanc 
de l'œil & partie de la cornée tranfparente, font 
des preuves de fon éxiftence. 

La féconde eft dite conjonBive, p.arce qu'elle re- 
tient l'œil dans l'orbite. Elle naît du péiicrane 9 
ou plutôt elle en eft une continuité. Elle s'étend 
depuis la circonférence de l'orbite jufqu'au bord 
de la cornée tranfparente. Cette membrane fe 
voit dans toute fon étendue après qu'on a levé 
les mufcles orbiculaires des paupières.. 

La troifiéme eft appellée innommée , par un ca- 
lice des Anatomiftes , qui appellent de ce nom 
es parties aufquelles il ne leur plaît pas d'en 
donner. Elle eft formée par les tendons des muf- 
cles de l'œil, qui fe convertifient en une large 
aponévrofe qui fe glitTe entre la cornée & la 
conjonctive, aufquelles elle eft adhérente, &fe 
continue ainfi jufqu'au bord de la cornée tranf- 
parente , comme je l'ai dit en parlant des muscles 
droits. 

Ces trois membranes unies & jointes ne fem- 
blent en compofer qu'une , qu'un Anatomifte 
peut cependant divifer comme je viens de le di- 
re ;& on a coutume de l'appeller du nom de la 
principale qui eft la conjondivereequi faitque 
beaucoup d' Anatomiftes ne reconnoiffentque la- 
conJbnBive , d'autres la conjonBive & l y innommée* 
aufquelles j'ajoute la troifiéme ci-defîus. 



I 



i4 Description 

On appelle encore cette partie cîe la conjon- 
ctive que l'on voit en ouvrant l'oeil, le blanc de 
l'œil , à caufe de la blancheur des membranes 
dont il eft compofé. Et c'eft à caufe de ces trois 
membranes appliquées les unes fur les autres, & 

Î)articulierement de l'extérieure qui eft la plus 
âchement étendue, que dans les ophthalmies 
violentes, le blanc de l'œil croît quelquefois & 
s'étend fi deméfurcment , qu'il couvre toute la 
cornée tranfparente. 

Le tronc extérieur delà carotide fournit aufïî 
à la conjondive le fang néceffaire pour fa nour- 
riture , de même qu'aux paupières , par quantité 
de petits rameaux fouvent imperceptibles qui 
fe conduifent dedifFérens endroits fur la fuperfï- 
ciede cette membrane, dont cependant les prin- 
cipaux partent du côté du grand angle de l'œil ; 
& le fuperflu de ce fang eft reporté par les veines 
dans les jugulaires externes. 



CHAPITRE VII. 

20. Des membranes propres , & i °. de la cornée. 

LEs membranes propres font trois \ la cornée, 
Vuvée , & la rétine, 
La cornée eft la plus grande de ces membranes, 
puifque c'eft elle qui forme le globe de l'oeil. Elle 
eft dure & épaiife, fon épaiffeur n'eft pas égale ; 
elle l'eft davantage vers fon fond, & elle dimi- 
nue infenfiblement en approchant en devant. 
Elle eft opaque par-derriere , polie & tranfpa- 
rente par-devant; doù vient que quelques Ana- 
tomiftes la divifent en fa partie tranfparente 
qu'ils appellent cornée, & en fa partie opaque 
qu'ils nomment [cl erotique ou dure : mais je ne ia 



DE L'OEIL. IÇ 

reconnoïs ici que pour une feule & même mem- 
brane. 

Elle eft entre-tiflue de toutes fortes de fibres, 
d'oa vient qu'il eft difficile de la déchirer uni- 
ment , comme toutes les autres membranes 
qui ont une épaiffeur un peu considérable ; on 
eitime qu'elle eft compofée de plufieurs pellicu- 
les appliquées les unes fur les autres , dont le 
nombre ne fe peut déterminer. II eft cependant 
bien difficile de divifer la cornée opaque par pel- 
licules, par la quantité de fibres qui la traver- 
sent :& la tranfparente au contraire fe divifeun 
peu plus aifément; car avec la pointe de la lan- 
cette couchée de plat , on en peut lever deux & 
trois épaifleurs, & même plus, fans percer l'œil. 
On s'en peut figurer un bien plus grand nombre : 
mais comme ces divilions artificielles ne font 
qu'arbitraires, elles ne font pas tout-à-fait capa- 
bles de perfuader ; il faut donc avoir recours à la 
raifon tirée de l'expérience. On fçait par expé- 
rience que la cornée tranfparente elt fouvent 
travaillée de puftules & d'abfcès ; & comme ces 
petites tumeurs qui font plus ou moins enfon- 
cées, font fujettes à s'applatir & même à faire 
fufée, on juge qu'elles fe trouvent entre des pel- 
licules ; parce qu'autrement l'humeur qui caufe 
ces petites tumeurs, trouvant un obftacle égal 
de toutes parts , formeroit néceffairement & tou- 
jours une tumeur ronde. 

Cette membrane forme une ampoule qui con- 
tient les autres parties intérieures de l'œil , & c'eft 
ce que l'on appelle le glofo de l'œil, dont la ron- 
deur n'eft pas exacte; car la partie tranfparente 
de la cornée s'élève en une botte qui excède la 
fupeificié fphérique de la partie opaque. Cette 
boffe dans l'homme, & dans la plupart des ani- 
maux quadrupèdes, fait partie d'un cercle dont 



*.6 Description 

le diamètre, fi ce cercle étoit entier, feroit moin- 
dre d'une huitième partie ou environ, que le de- 
mi diamètre du cercle formé par la partie opa- 
que de la cornée : & dans les oifeaux elle eftfi 
éminente, que le diamètre de fon cercle n'égale 
qu'environ le demi diamètre de la partie opaque. 
Ainfi fuivant que cette bofîe eft éminente ou-dé- 
primée, c'eft-à-dire félon qu'elle fait partie d'un 
plus grand ou d'un moindre cercle, on voit les 
objets ou plus petits, ou plus gros, ou de plus 
loin , ou de plus près , comme je le dirai ci- 
après. 

Cette bofle.de la partie tranfparente de la cor- 
née exceptée, le globe de l'œil fe trouve rond en 
tout fens dans l'homme ôc dans les animaux qua- 
drupèdes; mais dans les oifeaux & dans les poif» 
fons , il eft applati de devant & derrière. 

La cornée , contre le fentiment de Dulaurent , 
a'.des artères qui viennent du rameau de la caro- 
tide, qui accompagnent le nerf optique en for- 
tànt du crâne , & qui lui fourniiTent fa nourriture, 
êc (\qs veines qui fe déchargent dans les jugulai- 
res , & qui remportent le f uperflu de cette même 
nourriture. Les plus confidérables deces vahTeaux 
fejettent particulièrement vers fa partie pofxé- 
rieure aux. environs du nerf optique , où ils for- 
ment différentes ramifications, dontles unes s'é- 
tendent par toute la cornée & finirent entre fes 
pellicules, & les autres pénètrent en biaifant ces 
mêmes pellicules , & entrent dans le globe de 
l'œil, pour fe diftribuer à i'uvée, à la rétine, & 
aux autres parties intérieures, comme je le dirai 
dans la fuite. 

Outre ces vaifTeaux, iî s'infère en cette mem- 
brane quelques rameaux de nerfs , qui viennent 
d'i rameau ophthalmique de la cinquième paire. 
Ces rameaux ayant accompagné le nerf optique, 



D E L'OE IL, i 7 

fe diftribuent en partie au fond de cette mem- 
brane, & fe répandent à fa fuperfîcie extérieure 
& intérieure ; & le refte la pénétrant entière- 
ment en d'autres endroits , fe porte à l'uvée &au 
cercle ciliair, comme je le dirai ci-après. 

C'eft à la partie pofrérieure de cette membrane 
qu'eft l'entrée du nerf optique pour fe jetter au- 
dedansduglobede l'œil : en pénétrant cette mem- 
brane, il s'y attache fortement, enforte qu'on ne 
l'en peut féparer, 

C'eft ce qui a fait dire auflî à quelques Anato- 
miftes modernes, que la cornée n'cft autre chofe 
qu'une extenfion ou dévelopement de la mem- 
brane extérieure de ce neif: ce que je ne leur 
accorde pas ; parce que fi cela étoit, cette mem- 
branedevroit être douée d'un ftntimentplus exr 
quis que celui qu'elle a, & fa pon&ion dans l'ar 
bâillement des cataradtes feroit infuportabîe 
aux malades , ce qui n'elt pas , puifqu'ils ne reflen- 
tent qu'une médiocre douleur, quoique cette 
membrane foit dure & affezépaifle : je pourrois 
même aflurer qu'ils n'en refîentiroient prefque 
pas, fi ce n'étoit qu'on elt obligé de piquer le 
blanc de l'œil, dont les membranes qui lecom.r 
pofent font d'un fentiment très-exquis , mais 
dont la douleur elt fuportable lorfqu'ou les pi- 
que, à caufe de leur peu d'épaiffeur qui elt bien* 
tôt pénétrée par l'éguille. 

L'union qui fe remarque dans l'implantation 
de ce nerf , ne peut être non plus un argument de 
î'extenfion de fa membrane ; cette union étant 
auffi néceffaire que celles qui fe rencontrent dans 
toutes les autres parties de notre corps, même 
de nature bien différente, comme des ligamens 
& des tendons avec les os, fans qu'on puilfe dire 
pour cela que les os prennent leur naiflancedes 
ligamens ou des tendons, 



tZ Description 

D'ailleurs, s'il étoit vrai que la cornée fût une 
production de la membrane extérieure du nerf 
optique, il s'enfuivroit que dans les oifeaux & 
dans quelques poiflbns donc la partie opaque de 
la cornée fe convertit en partie eu os, & dans 
d'autres animaux ou elle fe trouve cartiiagineu- 
fe, la membrane extérieure de ce nerf, que l'on 
fupofe former la cornée, deviendroit oîTeufe 
ou cartiîagineufe; ce qui feioit abfurde: quand 
même on obje&eroit qu'on voit d'autres mem- 
branes, comme celle qui forme la fontanelle 
chez les enfans , & des tendons, comme ceux des 
mufcles des cuifles & des jambes dans les oi- 
feaux, fe convertir en os quand ils vieillirent; 
parce qu'on ne s'eft jamais avifé de dire que 
lés membranes qui forment la fontanelle Ment 
une produdion de la dure-mere, quoiqu'elle y 
foit attachée , & que les tendons des mufcles fuf- 
fent une fuite des nerfs. 

Il eft donc bien plus probable de dire que cette 
membrane eft formée dès la première conforma- 
tion > de même que les autres parties de notre 
corps, & qu'elle eft d'une nature particulière, 
ne s'y en rencontrant point de femblabîe dans le 
refte du corps, comme on peut le connoîtreen 
comparant cette membrane avec les ligamens des 
articles, les aponévrofesdes mufcles, les mem- 
branes qui les enveîopent, celles qui recouvrent 
lés os,& généralement toutes les autres mem- 
branes. 

Quand je dis que c'eft à la partie poftérieure 
de la cornée qu'eft l'entrée du nerf optique, je 
l'entends dans l'homme particulièrement , dans 
le chien, & dans quelques autres ammaux qui 
ont le cerveau plus gros que d'autres à propor- 
tion de leur corps, chezlefquels cette entrée eft. 
prefque directement oppofée au trou de i'uvée; 



de l'Oeil. 19 

car dans la brebis, le bœuf,& autres animaux 
quadrupèdes, dans lesoifeaux &dans les poif- 
fons,el!e fe trouve plus à côté du globe en tirant 
vers le nez, aux uns plus, aux autres moins. 



CHAPITRE VIII. 
z°.De l'uvée. 

LA membrane qui eft immédiatement au- 
deflous de îa cornée , fe nomme rhagoide ou. 
iwee,pour la refîemblance à la peau qui recouvre 
un grain de raiiin , &dont on a féparé la queue ; 
& choroïde > parce que de même que le chorion 
environne & contient l'enfant dans la matrice, & 
fert d'appui aux vaifleaux qui lui portent la 
nourriture, cette membrane contient les parties 
principales deftinées à la vue, & reçoit & affer- 
mit les vaifleaux qui fe doivent distribuer à ces 
mêmes parties. 

Elle eft beaucoup plus mince que îa cornée, & 
eft très-délicate, fe déchirant aifément. Elle pa- 
roît fort obfcure en toutes fes parties , enforte 
qu'elle ne permet l'entrée de la lumière que par 
ion trou qui eft en fa partie antérieure, & cela 
à l'occafion d'une couleur noire dont elle eft en- 
duite , qui dans l'homme 8c dans plufîeurs ani- 
maux rend cettemembrane fort noire , qui d'elle 
même ne l'eft pas, comme on peut le connoître 
en lavant ou ratifiant cette couleur qui fefépare 
aifément. Cette membraneneîe trouve pas éga- 
lement enduite de cette couleur en toutes fes 
parties: il y en a davantage en fa partie exté- 
rieure qui touche la cornée, & dans la furface 
intérieure de l'iris, que dans fà partie intérieure 
du côté de la rétine s & dans la partie antérieure 



i-a D B S C R I P T ! ON 

de l'iris : même dans le bœuf & divers autres ani* 
maux , l'uvée fe trouve de diverfe couleur du 
côté qu'elle touche la rétine, & dans 8 ceux- là il 
fe rencontre très- peu de cette teinture noire. 

Cette membrane tapi (Te tout le fond de la cor- 
née dont elle imite la figure , & elle ne s'en fé- 
pare qu'à l'endroit où elle forme i'iris,ou elle eft: 
plusépaifle & plus forte qu'en fa partie pofté- 
rieure. Elle s'attache à la cornée en différens en- 
droit-. Dans fon fond, elle efî intimement unie à 
la circonférence de l'entrée du nerf optique; 
enfuite elle n'eft plus attachée que par les vaif- 
feaux, je veux dire par les nerfs, les artères & 
les veines qui paifent au-travers de la cornée, & 
fe jettent en cette membrane; & Iorfqu'elle eft 
parvenue vers la fin de la cornée opaque,elle s'at- 
tache en rond fur& près de fon bord, & cela par 
le moyen d'un cercle en manière de petite cou- 
ronne, qui eft d'une fubftance différente de l'u- 
vée, pour enfuite s'en féparer & former l'iris, 

Vkit eft cette partie de l'uvée que l'on voit 
au-travers de la cornée tranfparente, ainfi nom- 
mée à caufe de la diverfité ou du mélange des 
couleurs qui s'y remarquent , qui font ou bleues, 
ou jaunes, ou vertes, ou noires, &c.& l'on croit 
que ces couleurs fui vent la dïverfe température 
du cerveau & des yeux, & qu'elles font plus -ou 
moins vives félon que les efprits font plus on 
moins agitez. La couleur dominante de l'iris don- 
ne le nom à l'œil; ainfi' on appelle un œil bleu, 
quand l'iris eft plus mêlé de bleu , &c. 

On remarque au milieu de l'iris un trou qui 
eft toujours rond en iliomme , & qui dans quel- 
ques animaux eft obfong ou d'autre figure , qu'on 
appelle pupilk ou prunelle. Ce trou fe dilate & fe 
reflerre : if fe dilate dans les ténèbres, & îorfque 
i'on eft expofé à une foible lumière, ou lorf- 



Î>E L'Ob-I L. *1 

qu'on regarde des objets qui font près de l'œil ; il 
fe reflerre lorfque la lumière eft forte, ou que 
Ton regarde des objets fort éloignez. Il paroit 
noir dans l'homme & dans les animaux dont l'u- 
vée efl noire; parce que les rayons de lumière 
paifant par ce trou, & traversant l'humeur 
aqueufe, le crittalinck le corps vitré, ne trouvent 
point de corps au-delà capable de lesréflchir 
au dehors ,1a rétine qu'ils ébranlent en l'illumi- 
nant, ne le pouvant , & l'uvée qui eft noire s'op- 
pofant à cette réfie&ion. 

L'uvée depuis fon fond jufqu'au cercle ci- 
liaire, paroît tifTue de quantité de petites fibres 
qui femblent différentes de fes fibres membra- 
neufes , qui ayant abandonné la circonférence de 
l'entrée du nerf optique ou elles font attachées, 
fe conduifent en biaifant un peu -de derrière en 
devant; & avant que d'avoir atteint h cercle ci- 
/i*wv,queïques-unes de ces fibres fe ré fiée biffent, 
& forment des efpeces à'çilku ou volutes , à peu 
près femblables à ces œillets formez par ces pe- 
tites lignes que l'on remarque en la furpeaude la 
partie intérieure du bout des doigts. Cette difpo* 
(ïtion de fibres me fait conjedurer -que cette par- 
tie de fibres n'a point de mouvement, comme 
quelques-uns le penfent; parce que fi cela étoit, 
ces fibres feporteroient toutes, fans changer leur 
premier ordre, jufqu'au cercle ciliaire. 

Quand ces fibres, différentes des membraneu- 
fes, ont atteint le cercle ciliaire, elles s'y atta- 
chent fortement, & le gli fient en lignes droites 
& parallèles par le travers de la fuperficie inté- 
rieure de ce cercle ; & parvenues vers fa partie 
antérieure, elles s'en féparent, fe réfb'chilîent, 
& ordonnées en maniere.de petits rayons fort 
courts, elles s'infèrent tout aullitôt autour de la 
membrane du corps vitré, à l'endroit ofe die fe 



2. 2 DE SCRIPT10H 

double pour embrafîer le criftalin. Ces "fibres 
ayant abandonné le cercle ciliaire, paroiffent 
pius grofles, plus blanches, & elles font iï ten- 
dres qu'elles fe rompent très-aifément; & cela 
d'autant plus qu'elles ne font contenues ni affer- 
mies par les fibres membraneufes de l'uvée. 

Entre toutes les fibres qui fe gliflênt par le tra- 
vers du cercle ciliaire, il y a des petites canelures 
remplies de cette teinture noire dont j'ai parlé 
ci-devant. Il y en a de femblables fur la membra- 
ne du corps vitré à l'endroit où* ce cercle fe colle 
fur cette membrane, & qui répondent aux pre- 
mières : enforte que quand ce cercle eft uni à la 
membrane du corps vitré, ces canelures forment 
des efpeces de conduits qui fe trouvent toujours 
remplis de cette teinture noire : d'où vient que 
lorfqu'on a féparé ce cercle du corps vitré, il 
refte fur ce corps des lignes noires difpofées 
comme des cils, que la plupart de nos Anatomi- 
ftes, faute de les avoir bien examinées, appel- 
lent/^/ ciliairet. Ce ne font point ces lignes que 
j'appellerai^^/ ou procès ciJiairet , mais bien ces 
fibres blanches & moiles dont je viens de parler. 

A l'égard des fibres membraneufes de l'uvée , 
elles paffent au-delà du cercle ciliaire , & for- 
ment Piris. Ce ne font pas ces feules fibres qui 
conftituent l'iris; j'en remarque encore d'autres 
«lans fa partie intérieure, & d'autres dans fa par- 
tie antérieure, qui tiennent des routes différen- 
tes, & qui font que l'uvée eft beaucoup plus 
épaifle & plus forte à l'endroit de l'iris, qu'en fa 
partie poftérieure. 

La délicatefle de toutes ces différentes fibres 
de l'iris eft fi grande, qu'il eft impoflible de les 
féparer les unes des autres pour connoitre leur 
nature : mais quand une partie fuit mon fcalpel , 
je l'abandonne ,& pour connoître ce que c'eftj 



de l'Oeil. 13 

j'ai recours à la raifon. Ainfï confidérantle mou- 
vement de l'iris lorfque la pupille fe dilate ou fe 
xefierre pour regarder les objets proches ou éloi- 
gnez , je conçois qu'il faut qu'il y ait des parties 
pour fai/e ces mouvemens ; & comme je ne vois 
pas qu'il en vienne d'ailleurs , j'infère que ces 
parties fe doivent trouver dans l'iris même. 

En effet, après avoir ratifie & lavé la partie 
intérieure de l'iris pour en ôter la noirceur dont 
elle eft enduite, je remarque des fibres différen- 
tes de celles dont j'ai parlé ci-devant, qui par- 
tent de la circonférence de la partie antérieure & 
interne du cercle ciliaire , & fe terminent en li- 
gne droite vers le bord de la circonférence de la 
pupille; je conclus que ce font des fibres motrices , 
dont la difpohtion eft fort propre à dilater le 
trou de l'uvée, lorfque ces fibres agifTant vers 
leur principe fe racourciffent. 

Dans les vieillards, chez lefqueîs ces fibres ac- 
quièrent uneconhftanceun peu plus forte, on les 
diftingue aifément au- travers de l'iris, fe fer vaut 
de bonnes lunettes ou d'une Joupe de verre, 
quand la vue n'eft pas affez perçante, & on les 
voit difpofées par rayons très-bien ordonnez; 
on obferve même leurs mouvemens. 

Si ces fibres font capables de dilater la pupille, 
il faut nécefîairement qu'il y en ait d'autres qui 
la refTerrent , puifque ces mouvemens fuivent 
notre volonté, quoique nous n'y faisons point 
d'attention ; mais comme ces fibres ne fe peuvent 
démêler dans un œil d'homme, à caufe de leur 
petiteiie & de leur confufion, j'ai recours à un 
ceil de bœuf dont la pupille eft obîongue; & 
^iprès avoir enlevé toute la cornée tranfparente, 
& ratifie êc lavé la partie antérieure de l'iris, 
j'ouvre un peu la pupille, & je reconnois par la 
.<iiipofitioa de quelques rides qui s'y formera, me 



*4 Description 

fervant d'une îoupede verre pour les mieux ob* 
ferver, qu'il doit y avoir à la partie antérieure 
de l'iris départ & d'autre de la pupille quelques 
Êbres pour former ces rides. Et comme ces rides 
iemblent partir d'un des angles arrondis de la 
pupille, fe conduire autour de cette pupille de 
paît & d'autre, & fe terminer à l'autre angle, 
je n'ai point de peine à concevoir que les fibres 
qui font ces rides, ont leur naifîance du côté d'un 
de ces angles de la pupille, & qu'elles s'infèrent 
vers l'autre angle; que leur attache commune eft 
à la circonférence de la partie extérieure du cer- 
cle ciiiaire ; qu'elles font unies les unes aux autres 
comme les fibres qui compofent un mufcle; & 
que leur difpofition doit être afîez fembîable 
aux fibres qui forment les mufcles orbiculaires 
des paupières. Je puis donc vrai fembîable ment 
conjecturer que ce font ces fibres qui en fe ra- 
courcifîànt, retferrent & ferment la pupille dans 
les animaux qui l'ont oblongue ou en fente. 

Je puis encore conjecturer , que dans l'homme 
& dans les animaux qui ont la pupille ronde, ces 
fibres doivent fe croifer , & avoir différentes ori- 
gines & infertions, pour me fervir des termes 
des Anatomiftes lorfqu'ils parlent des mufcles, 
plufieurs attaches communes au cercle ciiiaire, 
Se même difpofition entre toutes celles qui par- 
tent d'un même lieu , & s'infèrent en celui qui lui 
eft oppofé, pour pouvoir refTerrer la pupille en 
rond; parce que je fçaique la nature agit tou- 
jours uniformément dans la conftru&ion des 
parties qui doivent avoir un même ufage. 

C'eft à ces différentes fibres de l'iris qu'on doit 
attribuer la caufe efficiente de la dilatation & du 
reflerreraent de la pupille, £r non point à la dif- 
férente adion de la lumière, qui d'elle-même 
a'eû point capable de produire ces mouvemens, 

mais 



D E L'OE I L. 2 y 

mais feulement d'exciter dans la rétine une cer- 
taine fenfation qui feroit foovent confufe, ii 
cette lumière n'étoit modifiée en paflant par la 
papille ; & c'eft à l'occafion de cette fenfation 
cjue l'ame eft mue à dilater &refferrer la pupille 
au degré nécefîaire pour perfectionner la vihon 

Outre ce que je viens de dire de l'iris, il faut 
encore remarquer que les fibres membraneufes 
de l'uvée, qui paflent au-delà du cercle ciliaire, 
& qui forment l'iris, en occupent le milieu, & 
fe continuent jufqu'au bord de la pupille ou elles 
forment comme un petit ourlet , & que les fibres 
motrices ne vont pas jufqu'au bord , mais fe ter- 
minent auprès: ce qui fait que l'iris eft fi mince 
& fi tendre aux environs de la pupille, que dans 
les moindres efforts extérieurs, ou pour peu que 
l'on touche le bord de la pupille lorfque l'on 
abaifte les cataraétes, ce bord eft fujet à fe dé- 
chirer jufqu'au lieu od s'infèrent les fibres motri- 
ces ; 6c quand cela arrive , la pupille change de fi- 
gure. 

Comme l'uvée eft attachée autour de l'entrée 
du nerf optique, nos Anatomiftes croient aufïï 
qu'elle eft formée par l'excenfion & dévelope- 
ment de la membrane délicate de ce nerf; quoi- 
qu'on ne voye aucun rapport entre cette mem- 
brane & la membrane intérieure du nerf opti- 
que. Mais cette manière d'expliquer l'origine 
des parties étant induftrieufe, il ne faut pas s'é- 
tonner que quelques Anatomiftes modernes fe 
piaifent à l'exagérer Pour moi je croi que l'uvée, 
de même que la cornée, eft formée des principes 
communs dès la premiereconformation;& je ne 
fçaurois me perfuader ( fi ce que ces Anatomiftes 
avancent étoit vrai ) comment les malades pour- 
roient fouffir les piquures , incifïons & déebire- 
xnens de cette membrane enfuite de quelques 

B 



i£ Description 

playes ou contufions de l'œil, qui cauferoient 
Tais doate de très cruelles douleurs ; puifque 
pour piu qu'on touche un nerf découvert & fa in.., 
îes douleurs en font infuportables. Je ne veux pas 
Tiiti- cependant , que le nerf optique ne s'attache 
à cette membrane comme à la cornée, puifque 
cela eft en efret ; mais les membranes ou enveîo- 
pesde ce nerf finitlent ou elles s'attachent , & on 
ce les peut conduire plus loin. 

Les artères qui vont à l'uvée, comme je l'ai 
gdéja dit, paffent au- travers de la cornée en quan- 
tité d'endroits : une partie fe diftribue à l'u- 
vée & au cercle ciîiaire, & l'autre partie pé- 
nètre cette me mbrane,& fe porte à la rétine. La 
plupart des artères qui fe portent au cercle ci? 
j iaire , après avoir pénétré la cornée , font deux 
,& trois lignes de chemin entre cette membrane 
& l'uvée, fans être attachées ni à l'une ni à l'autre 
de ces membranes ; & ces artères par leurs batte- 
mens, font des imprciTions à la partie intérieure 
e> la cornée , de ia même manière que celles qui 
fe remarquent à îa fjpeifieie intérieure du crâ- 
ne, faites par le battement des artères qui ram- 
pent fur la'dure-mere. Les i r eines qui fuivent les 
ramifications des artères, refiortent au- travers 
de la cornée, pour fe décharger enfuite dans les 
jugulaires. 

Cette membrane reçoit aufli des nerfs qui vien- 
nent du rameau opthalmique de la cinquième 
paire qui fe porte à la cornée. Se dont piuileurs 
feions ayant abandonné cette membrane, fedif- 
feminent enplufieurs endroits de l'uvée & au cer- 
cle ciiiaire. tes plusconfuérables font ceux qui 
fe portent au cercle ciiiaire; & on en remarque 
auffi quelques-unsjqui après avoir pénétré îa cor- 
née, fe gliflent de même que les artères & les 
veines, entre cette membrane 8c L'uvée, avant 



de l'Oeil. zy 

que de fe jetterdans le cercle ciliaire.Ondiftin- 
gue toutes ces fibres nerveufes des artères & des 
veines, quand on féparel'uvéede la cornée, par 
leur blancheur & leur dureté : d'ailleurs , celles 
qui fe portent au cercle ciliaire , fe font reconnoî- 
tre trop aifément pour en douter, ïl y a apparen- 
ce que ce font une partie de ces nerfs qui en fe 
diftribuant dans chaque fibre motrice de l'iris, 
leur portent ces efprits animaux, comme parlent 
les Médecins, neceflairespour leurs mouvemens. 



CHAPITRE IX, 

4. De U retins , & par cccafion du nerf optique. 

AVant que de décrire la re'rine, je dois faire 
connoitre les nerfi optiques, puifque cette 
membrane femble en être véritablement une 
continuité. 

Cette paire de nerfs eft la première des An- 
ciens, & la féconde des Modernes. Ils prennent 
leur origine au défaut des corps cannelez,de la 
partie fupérieure de cette fubftance médullaire 
que Galien appelle le lit des nerfs optiques; & des- 
cendant & s 'avançant en devant, s'unifient près 
de Ventanmir au-defîus de ïajelîe deVosfphénotJe , 
ils fe féparent après &fortent auilitôt du crâne, 
entrent dans l'orbite , & s'infèrent au fond de la 
cornée. 

Ces nerfs font les plus gros de tous ceux qui 
fortent du cerveau ; ils font auîli les plus fournis 
de cette fubftance médullaire qui fe rencontre 
dans les autres nerfs, d'où vient qu'ils femblent 
plus mous , & fe revêtent comme les autres nerfs 
île la dure & de la pie-mere. 

Les Anatomiftesdifputent fileur union fefait . 

Bij 



2 S Description 

ou en fe croifant , c'eft-à-dire C\ un de ces nerfs 
qui naît du côté droit du cerveau paflé à l'œil 
gauche , & celai qui fort du côté gauche s'infère 
à l'œil droit; ou par un mélange de leur moelle , 
ou par un fimple attouchement. Mais l'obferva- 
tion que Vefale a faite dans une femme qui avoit 
l'œil droit émacié dès fon bas âge , & le gauche 
parfaitement fain, dont le nerf optique de l'œil 
émacié étoit beaucoup plus petit que celui de 
l'œil fain v depuis l'œil émacié jufqu'à la naiiîance 
de ce nerf, & au côté droit de cette union, déci- 
de la chofe, & fait connoître que leur union fe 
fait par un fimple attouchement de leur moelle. 

On demande à quoi fert cette union. Ceux 
qui fe flattent de connoître les deiieins de la Ra- 
ture, comme s'ils avoient été appeliez en fon 
confeil, nous difent p. que cette union eft faite 
afin que l'efpece vifible reçue en chaque œil ne 
parût point double : z°. afin qu'un œil venant à 
manquer , tous les efprits animaux des deux nerfs 
fe puiffent dift ribuer à l'autre : 5°. pour lesafiurer 
mutuellement dans leur route qui eft longue. 

Leur première raifon fe détruit d'elle-même., 
fi on confidere d'autres nerfs deftinez à d'autres 
fens, comme par exemple ceux dej'ouye, ne 
font pas appercevoir une double ïenfation , 
quoiqu'ils tiennent des routes oppofées l'une à 
l'autre. Leur féconde ne fe foutient pas mieux , 
puifqu'elîe fuppofe une communication récipro- 
que de leurs conduits ou pores, ou bien une dé- 
termination volontaire de ces efprits, ce qui ne 
fe peut prouver : d'ailleurs , quand ces efprits qui 
ne peuvent plus couler dans l'œil malade, fe- 
roient déterminez à fe joindre à ceux de l'œil 
fain , il faudroit que les pores du nerf de cet œil 
fain fuilent difpoiëz pour les contenir tous. Lear 
troiliéme raifon eft la plus probable* 



de l'Oeil. 2^ 

Le nerf optique , comme les autres nerfs , de- 
vient plus folide à mefure qu'il s'éloigne de fon 
origine. La manière dont il s'implante dans la 
cornée, & pénètre l'uvée, fait bien connokre 
que ces membranes ne font pas des dévelope- 
mens de celles qui le recouvrent, comme je l'ai 
déjà dit ci-deflus. Et pour s'en afîurer encore da- 
vantage, il ne faut que prendre un œil tiré de 
fon orbite ; & après en avoir féparé les mufcles , 
la graillé , & les autres parties qui s'attachent en 
dehors , fendre le nerf optique jufques en fon mi- 
lieu y & continuer de fuite l'incilion par la coFnée, 
l'uvée & la rétine, jufques à ce qu'on puifle fe- 
parer le globe en deux hémifpheres:«on diftin- 
guera alors les différentes fubftances de toutes 
ces membranes, & on verra manifefternent que 
les envelopes de ce nerf finifïent ou elles s'atta- 
chent, fans s'étendre dans la cornée ni dans l'u- 
vée ; on verra même deux petites 1 ignés des deux 
cotez de ce nerf, qui en font corn me les ternies. 
A l'égard de la rétine, il n'en eft pas dé même : 
car quoiqu'il femble d'abordque le nerf optique 
finit! e tout à coup après qu'il a pénétré l'uvée , on 
voit cependant fortir de l'extrémité de fes fibres 
moëlleufes un tiflu délié & fort tendre en maniè- 
re de membrane , que l'on croit avec rarfon être 
un dévelopement ou une dilatation de ces mê- 
mes fibres : du moins il eft confiant que ces fibres 
en forment la plus grande partie, & c'eltce tiffii 
que l'on appelle la rétine. 

Cette membrane eft fituée immédiatement 
au-defîbusde l'uvée; elle embrafle toute la par- 
tie potlérieure du corps vitré, à la membrane 
duquel elle eft attachée par quelques fibres très- 
tendres dans les endroits od ce corps fe joint au 
cercle ciîiaire ; & elle fe termine enfin autour du 
cercle ciîiaire auquel elle s'attache. 

Biij 

\ 



30 Description 

Dans les enfans nouveau-nez , elle eft d'une 
confiftance extraordinairement tendre, & elle 
l'eit un peu moins dans les adultes. Si cette mem- 
brane ne paroît pas tout-à fait fi blanche que les 
fibres moêV'leufes du nerf optique dont elle tire 
fon origine, on peut croire que Ton humidité en 
eftlacaufe. 

On remarque plufieurs petites branches de 
vaiUèaux, qui rampent fur fa fuperficie exté- 
rieure, & qui lui fourniflent le fang nécefiaire 
pour la nourrir: ces vaifTeaux viennent des artè- 
res & des veines qui pénètrent la cornée & l'uvée 
aux environs du nerf- optique. 

Comme cette membrane paroît être une ex- 
tenfion des fibres moè'îleufes du nerf optique, 
qu'elle eft blanche dans l'homme & dans beau- 
coup d'animaux , qu'elle eft fort tendre, & qu'el- 
le eft fituée immédiatement derrière le corps vi- 
tré ; nos Anatomifîes modernes y ont établi le 
Ëege de la vue, & avec jufte raifon: en effet, 
c'eft la feule partie capable de recevoir les images 
des objets , je veux dire les impreiTions de ces 
rayons de lumière réfléchis & différemment mo- 
difiez par les différentes fuperficies des corps 
qu'ils frapent , comme je le dirai plus au long ci- 
après, ' 



CHAPITTE X. 

5. Des parties ou corps tranfparens , C5" 1. du 
corps vitre', 

IL y a dans l'ceil deux parties ou corps tranfpa- 
rens , \e vitré & le crifialw. Le corps vitré eft un 
compofé de membranes & de fibres tranfparen- 
tes , qui contiennent une humenr à peu près fem* 
blable à l'humeur aqueufe, 



de l'Oeil, %t 

Les membranes & les fibres de ce corps fon* 
fi délicates & fi tranfparentes, qu'il eft impcfilble 
de les diftinguer de l'humeur qu'elles renfer- 
ment : ainlî il eft néçéfTaire de fe fervir de quel- 
que artifice pour tâcher de découvrir à peu près 
leurdifpofition. Voici de quelle manière j'y pro- 
cède, 

io. Je prens un corps vitré féparé de l'œil d r utt 
homme ou d'un animal nouvellement mort Je le 
pofe fur un aïs, où étant il prend une figure ron-- 
oe & plâtre , & petit à petit 1 aille écouler une hu- 
meur allez femblable à l'humeur aqueufe. J'exa- 
mine d'où peut venir cette humeur, & je m'ap- 
perçois qu'elle fuinte de toute fa fuperficie , de- 
forte qu'en quelque endroit que je pofe mon 
doigt, je l'en retire mouillé. Comme cet écoule- 
ment fe fait très-lentement, ce corps demeure 
long-tems fans recevoir une diminution fer.fible r 
je pique ce corps en plufieurs endroits, & je re- 
marque que du côté des ouvertures que j ai fai- 
tes, cette humeur s'écoule un peu plus abondam- 
ment^ que ce corps s'émince davantage dans 
les environs de ces ouvertures, pendant que les 
endroits non piquez fe confervent aufil un peu 
plusdansleur épaifieur: j'augmente les piquât es, 
& ce corps fe vuide entièrement, & un peu-plus 
promptement que lorfqu'ii n'eit point piqué. 

i°. Je prens un autre corps vitré féparé comme 
deflus, je le prefle entre les doigts, & je fens 
quelque chofe qui fe rompt au-dedans;& quand 
jelepiqueenquelquesendroits&queje le prefle 
doucement, j'en exprime abondamment l'hu- 
meur qui y eft contenue. 

3°. Je prens un trc : fifme corps vitré féparé 
comme dit eft, je le plonge dans de l'eau prefque 
bouillante: je remarque d'abord qu'il eft échauf- 
fé, qu'il fe ramaffe & 's'arrondit , & qu'il devient 

Biiij 



jz. Description 

un peu pi os folide; je fais enfuite bouillir Featf , 
& j'obier ve qu'à mefure qu'elle boult, il diminue 
de fa grofîèur , augmente en folidité, conferve 
fa rondeur & beaucoup de fa tranfparence ; & fi 
je continue l'ébullition, il diminue enforte qu'il 
n'en refte pas plus gros qu'un petit pois. 

De toutes ces expériences je tire ces confé- 
quences. i°. Que la membrane qui recouvre le 
corps vitré, eftporeufe en toutes fes parties :ce 
qui fait que l'humeur en fuinte de toutes parts 
quand on pofece corps fur unais, & qu'il diminue 
ptômptement quand on le fait bouillir dans de 
l'eau ; parce que l'humeur qui fe raréfie parla cha- 
leur de l'eau, eft obligée de fortir abondamment 
par les pores de fa membrane. 

20. Que le corps, vitré , outre la membrane par- 
ticulière qui l'enveîope entièrement, a d'autres 
membranes ou fibres membraneufes qui le tra- 
verfent en tout fens , & qui s'attachent à fa mem- 
brane extérieure, ou en font des productions: 
d'où" vient que cecorps s'arrondit & devient plus 
dur, quand fes fibres échauffées par l'eau bouil- 
lante fe racourciffent ; & que quand je prefTe ce 
corps entre les doigts , je îens quelque chofe au- 
dedans qui fe rompt. 

30. Que ces membranes ou fibres membraneu- 
fes doivent former quantité de petites cellules 
pour contenir cette humeur; parce que fi elle 
n'étoit contenue qu'entre des interftices de fibres , 
elle s'écouleroit promptement , iitôt que la 
membrane qui recouvre ce corps eft rompue en 
quelqu'une de fes parties. 

40. Enfin que ces cellules fe communiquent ré- 
ciproquement les unes aux autres par des trous ou 
canaux fort petits: d'où vient que quand on a 
percé ou rompu la membrane qui recouvre ce 
corps en quelques endroits, ces cellules fe vui^ 



de l'Oeil. $$ 

dent toutes fuccefiivement;& quand on lepreile 
doucement, que l'humeur s'en écoule un peu 
plus abondamment. 

Ces raifons font, ce me femble, afîez fortes, 
pourperfuader que le corps vitré n'eft point une 
humeur congelée ou épaiflîe , comme on le 
croit ordinairement; mais, comme je lai dit, un 
compofé de membranes, de fibres, & d'une hu- 
meur fluide. Dans le Chapitre fuivant je rappor- 
terai encore quelques expériences pour prouver 
ce que j'avance. 

Le corps vitré occupe tout cet efpace qui fe 
trouve entre le cercle ciliaire, le criftallin, & la 
rétine, c'eft-à-dire les deux tiers ou environ du 
globe de l'œil: comme il eft fort flexible, il Rac- 
commode aifément à la figure du lieu qu'il oc- 
cupe ; ainfi fa parcie poftérieure eft fphérique, Se 
fa partie antérieure eft enfoncée où eft logé le 
criftallin. 

Il eft, comme je l'ai dit, recouvert entière* 
ment d'une membrane : cette membrane à l'en- 
droit du cercle ciliaire s'y trouve attachée & à 
la rétine , par le moyen des procès ou fibres ci- 
liaires. En ce même endroit elle femble fe divi- 
fer en deux membranes , dont l'une continue à 
environner la partie antérieure du corps vitré 
fur laquelle eft enfoncé le criftallin, & l'autre 
paffe par-deflus le criftallin, l'embraite entière- 
ment, & le tient fermement attaché au corps 
vitré: ce qui eft fort aifé à reconnoitre après 
qu'on a oté ces deux corps tranfparens hors du 
globe de l'œil, fans les feparer l'un de^ l'autre. 

Quelques Anatomiftes donnent des artères & 
des veines à cette menbrane, ce que je n'ai pas 
de peine à croire , puifque je fuis perfuadéque 
toutes les parties membraneufes fenourrifTentde 
f'angi mais il faudroit des yeux de linx pour les 

Bv 



£4 Description 

diftîngueiv Je ne dirai rien ici de l'origine de 
cette humeur qui eft renfermée dans le corps vi- 
tré, me réfervant d'en parler au Chapitre 14, 
& j'expliquerai l'ufagede ce corps au Chap. n. 



CHAPITRE XI. 
6. Du criftaîlin* 

L'Examen peu exadt que nos Anciens ont fait 
du crijîa!Iiti,ei\ la caufe qu'ils ont peu connu 
cette partie ; car n'examinant que fon écorce , je 
veux dire fa tranfparence, fa moIleiTe, & fa vif- 
colite lorfquils le broyoient fous les doigts, ils 
ont conclu que cen'ctoit qu'une humeur épaiflîe 
& congelée de même que le corps vitré. J'ai déjà 
fait voir que le corps vitré n'étoit pas une hu- 
meur épaiilîe, mais une partîe compofée de 
membranes, de fibres, & d'une humeur fluide; 
& préfentement je vais faire connoitre que le 
criitallin eft un corps d'une nature toute parti- 
culière , & dont la ftru&ure eft fi réglée , qu'elle 
fe rencontre toujours femblable non- feulement 
dans l'homme, mais auilï dans tous les animaux 
qui joui fient de la vue. 

Comme la moileffe & la tranfparence de ce 
corps font trog grandes pour le pouvoir anato- 
mifer dans l'état qu'il fe trouve naturellement , 
je cherche des moyens pour lui ôter cette mol- 
ieiTe & cette tranfparence ,;& j'y réuiïis en ces 
deux manières. 

i°. Je fais chauffer de l'eau jufques à ce qu'elle 
foit prête à bouillir, je plonge dedans uncriftal- 
lin féparé de l'œil d'un homme ou d'un animal 
nouvellement mort : fitôt qu'il y eft , je vois que 
fa fu perfide commence à blanchir-, je fais bouil- 



de l'Oeil. ** 

lir l'eau quelques bouillons, & j'obferve que fa 
blancheur augmente de même que fa folidité : 
je continue encore l'ébuliition quelques momens, 
& je retire enfuite ce criftallin de l'eau ;je m'ap- 
pei cois que la tuperficieeft un peu inégale & ra- 
botêufe, & du refte je le trouve folide, blanc , 
fans aucune tranfparencë , confervant la figure 
qu'il avoit avant l'ébuliition, & en état d'être 
anatomifé comme je le dirai ci-après. 

i°. J'ouvre l'œil d'un homme ou d'un animal, 
j'en tire le corps vitré & le criftallin que j'y laille 
attaché fans onènfer la membrane qui les joint, 
mêmelecercle ciliaire que j'ai foin de conferver 
entier le plus qu'il m'efl poiiible ; j'en fépare ce- 
pendant la plus grande partie de l'uvée à caufe 
de fa noirceur : je plonge le tout dans une eaa 
compofée de trois parties d'eau commune & 
d'une partie d'eau- forte mêlées enfemble: peu de 
tems après, la membrane qui recouvre le corps- 
vitré & embnfle le cnftallin , devient un peu 
trouble, enfuite le crilfallin blanchit & s'affermit 
toujours de plus en plus, jufqu'à ce qu'il foit en- 
tièrement pénétré par l'acide de l'eau- forte, alors 
il demeure dans une même confiftance : je lailfe 
ainfi le tout pendant vingt-quatre heures, je le 
rétif e enfuite hors de l'eau , & j'obferve fans di£- 
ftction : 

io. Que la membrane qui recouvre le crifraïlin,, 
eft une continuité de la membrane du corps vi- 
tré , comme je l'ai dit au Chapitre précédent. 

i°. Que la face intérieure du cercle ciliaire eft 
légèrement collée fur la membrane du corps vi- 
tré ; & en détachant doucement ce cercle, je re- 
marque allez diftindiement que les cannelures 
qui font entre fes fibres droites & parallèles ré- 
pondent à celles qui font- fur la membrane dtr 
corps vitré, comme je Y ai ci devant dit; & je 

Bvj 



56 Description 

vois auffi comme ces mêmes fibres fe réfléchif- 
fent, & s'infèrent auflitôt à cette membrane à 
l'endroit où elle fe divife pour embrafler le cri- 
ftallin, c'eft- à-dire vers les cotez de ce corps. 

3°. Que le corps vitré eft fort peu altéré, fa 
membrane étant feulement un peu trouble & 
blanche, comme je viens de le dire, aufli-bien 
que quelques fibres membraneufes qu'on remar- 
que en dedans de ce corps , & qui femblent par- 
tir de difrérens endroits de fa membrane vers fa 
partie poftérieure & un peu latérale, & s'unir 
enfemble vers fa partie antérieure vis-à-vis le 
milieu de la partie poftérieure du criftallin. Cette 
difpofition de fibres forme ainfî une efpece de 
cône, dont la pointe répond au criftallin ,.& la 
bafe à la partie poftérieure de ce corps vitré ; el- 
les l'empêchent par ce moyen de/aîlonger com- 
me il feroit, & de prefler ou de poufler le cri- 
ftallin trop en devant. Quand même on élevé le 
criftallin, le foutenant par les cotez, & que le 
corps vitré y eft encore attaché , il fe forme une 
enfonçure vers le milieu de la bafe du cône, ce 
qui marque que ces fibres font plus courtes en 
cet endroit. A l'égard des autres fibres membra- 
neufes, on n'y peutobferver aucune difpofition 
particulière, parce qu'elles confervent trop leur 
tranfparence. 

Je fends enfuite en quatre parties, avec la 
pointe de la lancette , la membrane qui couvre 
fe criftallin, après quoi le criftallin s'écbape de 
lui même, fans que je puifTe remarquer aucune 
attache, ou vaiffeaux, ou fibres ;ce qui me fait 
connoître qu'il n'eft joint à aucune partie , étant 
feulement contenu dans le lieu qu'il occupe, par 
la membrane qui le recouvre. 

J'examine anatomiquement ces deux crrftaï- 
lins préparez; je m'attache plutôt à celui qui eft 



db l'Oeil. \f 

préparé avec l'eau- forte, parce qu'il fe déVeîo- 
pe plus aifément , que fes fibres font plus fouples , 
ik que fa fuperficie n'eft point altérée ;auffi eft- 
ce la meilleure manière de le préparer. Je remar- 
que d'abord que le criftallin n'eft autre chofe 
qu'un amas&afTemblage de pîufieurs pellicule* 
ou écailles,, comme on voudra les appeller, qui 
font fort minces & polies, qui forment chacune 
leur fphere, &qui font renfermées les unes dans 
les autres , de la même manière que pîufieurs boe- 
tes d'une même figure , & de différentes gran* 
deurs, ou comme les différentes lames ou pelli- 
cules qui compofent un oignon. Toutes ces pelli - 
cules font formées par quantité de fibres courtes 
& fort déliées, qui vont de derrière en devant ou 
de devant en derrière, comme on voudra l'en- 
tendre ; & c'eft cette conduite de fibres qui eft la 
caufe qu'on peut rompre le criftallin de devant 
en derrière, & p'usdifficilement de travers. 

Je dévelope ainli par pellicules tout le criftallin 
jufques à fon centre, & j'obferve en le dévelo- 
pant que ces pellicules ont moins de folidité vers 
la fuperficie, & qu'elles s'endurciffent à mefure 
qu'elles approchent du centre , que leur couleur 
eft d'un beau blanc , & que quand on les regarde 
avec un verre convexe , ce blanc paroît un peu 
bleuâtre; que le centre eft fort dur,& qu'il con- 
ferve encore un peu de fatranfparence. J'obferve 
encore que les fibres qui forment ces pellicules, 
font plus grofîes vers les cotez du criftallin, & 
qu'elles diminuent en approchant en devant & 
fe portant en derrière. Ufemble même quenelles 
des pellicules fuperfïcielles ne fe joignent pas eu 
devant & en derrière avec celles qui leur font 
oppofées. 

Voilà donc ce que j'obferve dans les criftallins 
préparez de la première ou féconde manière. 



a 8 Description 

Mais avant que de pafler outre, je fuis bien-aife 
dédire en faveur de ceux qui voudront préparer 
des criftallins de la féconde manière, qu'on peut 
augmenter ou diminuer la quantité d'eau-forte 
qu'on mêle avec l'eau commune; il faut feule- 
ment obferver que quand on en met trop, le 
criftallin eft fujet à fe fendre , même la membra- 
ne qui le recouvre fe rompt , du refte il fe prépa- 
re également; & quand on en met moins, il eft 
plus long-tems à fe préparer, mais toutes fes 
parties demeurent en leur entier. On peut aufli 
faire tremper les criftallms feuîs, quand on ne 
veut examiner que cette partie : cependant il ell 
meilleur de les laifler envelopez de la membra- 
branequi les tient attachez au corps vitré, par- 
ce que leur fuperficie fe conferve plus égale : ce 
qui n'arrive pas de même quand on les fait bouil- 
lir ; car qu'ils foient envelopez ou non, leur fu- 
perficie eft toujours inégale , parce que la mem- 
brane qui les recouvre fe rompt le plus fouvent 
dans l'eau chaude; autii cette préparation quoi- 
que plutôt faite ne vaut pas l'autre , tant par 
cette raifon , que parce que le criftallin fe deife- 
che davantage , ce gui fait que les fibres ne fe 
dévelopent pas fi bien. On remarquera auifi que 
le criftallin ne fe diliout nullement, tel tems 
qu'on le laifïe tremper; j'en ai laifiê pendant 
trois mois entiers dans l'eau ci-deflus dite, fans 
que j'y aye obfervé aucune diminution. 

Je veux bien encore ajouter ici une manière de 
préparer l'œil, qui eft une fuite de celle de l'in- 
Fafion,& par laquelle prefqne d'une feule fois 
on peut voir & anatomifer toutes les parties in- 
térieures du globe. Pour cet effet, je fépare de 
l'orbite le globe de l'œil, je nettoie bien toute la 
fuperficie extérieure de la cornée d ï mufcles ; de 
giaifle, & des autres parties inutiles pour cette 



D E L'OE ï L. 59 

expérience, & je laifTe feulement le nerf optique 
aiïèz long. Je perce avec unftilet pointu ce nerf 
en fon milieu félon fa longueur jufques dans le 
globe, je feringue par ce trou l'eau fufdite, que 
je tiens plus forte en ne mettant fur une partie 
d'eau ftfrte que deux parties d'eau commune, 
& cela à caufe qu'elle s'afFoiblît affez par le mé- 
lange de l'humeur aqueufe,& j'y en introduis 
tout autant que je puis; je lie après cela ce nerf 
pour empêcher aucune humeur de fortir , & je 
laifle ainfi cet œil pendant trois ou quatre jours 
fans y toucher, & alors il eft en état d'être ana* 
tomifé. 

Par cette préparation, la cornée tranfparente 
blanchit & devient fort trouble , le criftallin blan- 
chit & durcit comme dans la préparation précé- 
dente, la membrane du corps vitré devient un 
peu trouble & blanche aufli-bien que les fibres 
dont j'ai parlé , la rétine fe caille en quelque ma- 
nière & blanchit, &tous ceschangemensdecou- 
leur donnent plus de facilité à distinguer les au- 
tres parties intérieures du globe. 

Pour anatomiferunceil ainfi préparé , je coupe 
en rond la cornée tranfparente près de la cornée 
opaque; & l'ayant enlevée, j'obferve le criftal- 
lin & la partie antérieure de I'uvée qui forme 
l'iris dans leur (ituation naturelle: je fens enfuite 
la cornée opaque depuis cette ouverture jufques 
auprès du nerf optique , laiiiant i'uvée entière, 
enfuite je la coupe en rond à une ligne de diftan- 
ce de l'attache du cercle ciliaire, ik je remarque 
les nerfs, les artères & les veines qui paiTent au- 
travers de la cornée, & qui fe uiifeminent dans 
I'uvée & au cercle ciliaire : je coupe auffi I'uvée 
en long ôedetravers, 8c j'apperçois la rétine qui 
eft blanche, plus épaifle du côté de fon origine, 
& diminuant infenfiblement à mefure qu'elle 



4 v o Description 

s'avance vers le cercle ciiiaire; j'obferve encore 
qu'elle eft: d'une confiftance corn me de lait caillé, 
éc que cette fubftance caillée que je crois être fa 
partie moëlleufe, fefépare aifément de certaines 
fibres un peu plus dures, qui avec pluiieurs fcions 
de vaitleaux qui fe communiquent les* uns aux 
autres ; forment une efpece de lacis qui fe porte 
jufques au cercle ciiiaire: j'examine enfuite le 
cercle ciiiaire & le corps vitré, & enfin j'anato- 
mife Je criftallin,& j'obferve en ces parties tou- 
tes les chofes ci-devant dites. 

Après avoir examiné le criftallin préparé com- 
me deflus, je l'examine encore fans aucune pré- 
paration, & dans l'état qu'il fe trouve naturelle- 
ment dans l'oeil. 

Je remarque i°. qu'il eft fitué au milieu de la 
partie antérieure du corps vitré, vis-à-vis le trou 
de l'uvée: qu'il eft retenu fermement en ce lieu 
par la membrane du corps vitré, qui comme je 
l'ai déjà dit, fe divife en deux membranes , dont 
Tune continue à environner la partie antérieure 
du corps vitré, 8c l'autre pafle par-deflus le cri- 
ftal ! in,& l'embrafie de telle forte qu'il ne peut 
changer de fituation. 

10 Que de toutes les parties de notre corps, 
c'èft la feule que je connoifje qui n'a point de 
continuité avec aucune de les parties voifines, 
n'étant attaché par aucuns ligamens ni membra- 
nes, & ne recevant aucuns vaiffeaux , mais étant 
feulement contenu & affermi dans le lieu qu il 
occupe par la membrane du corps vitré, com- 
me je le viens de dire , fans y être nullement ad- 
hérent; ce qui fe connoît quand on fend cette 
membrane; car le criftallin s'en échape fans au- 
cune violence, & fans qu'on y puifTe remarquer 
aucune^ attaches. 

I ». Que fa figure dans l'homme & dans plufieurs 



ive l'Oeil. 4* 

anîmaux , eft ronde & déprimée , approchant en 
quelque façon de celle d'une lentille : ainfi il a 
deux faces, dont l'antérieure qui eft la plus pe- 
tite , eft plus déprimée-, & la poftérieure qui a 
plus d'étendue, eft plus éminente,& un peu al- 
longée en manière d'un cône ; c'eft cette race qui 
eft enfoncée dans le corps vitré. Il ne faut pas 
s'imaginer que ces deux faces forment cha- 
cune une portion tout-à- fait régulière de cer- 
cle , comme quelques-uns l'ont crû : car fi on 
coupe un criftallin en deux parties égales (ce 
qui eft fort aifé, fe fervant d'un criftallin préparé 
avec l'eau ci-defîus dite ) qu'on en applique une 
moitié fur un carton, & qu'on en trace la figure 
avec un ftilet pointu qu'on tourne tout à l'entoura 
on aura le profil naturel du criftallin , & on en re- 
connoîtra la différence. 

40. Qu'il eft d'une fubftance très-pure & trèsr- 
tranfparente , imitant en cela le criftal , d'où lui 
vient fon nom : que cette fubftance, quoique 
molle, a afîez de confiftance pour fe contenir 
aifément en fes propres bornes, & qu'apparem- 
ment elle eft dilpofée par pellicules formées par 
des fibres courbes, puifqu'elle fe rencontre ainfi 
Jorfqu'elle eft endurcie par l'ébullitionouparles 
acides ; qu'elle eft différente en fon centre & en 
fa fuperficie , quoiqu'égaltment diaphane , étant 
plus tendre & molle en fa fuperficie ,& plus fo» 
îide en fon centre , comme on peut le reconnoître 
dans un criftallin nouvellement tiré d'un œil, 
dont on fépare aifément la fuperficie, qui pa- 
roît comme une gomme ou colle fondue & fort 
épaifle, dont la quantité ramafîee enfemble.fait 
à peu près un tiers de tout le criftallin* 

Je remarque enfin que quoique le criftallin foit 
d'une fubftance molle, très- pure & très-tranf- 
parente, qu'il s'endurciffe parla chaleur de l'eau 



4i Description 

éc par les acides; il a encore cela de particulier r 
que les particules qui le compofent font fi pref- 
fées les unes contre les autres, qu'il eft un des 
corps les plus pefans qui fe rencontrent dans 
l'homme & dans les autres animaux, à propor- 
tion de fon volume; comme on le connoît lors- 
qu'on le plonge dans un verre plein d'eau, au 
fond duquel il fe précipite aufli promptement 
que feroit une pierre. J'en ai même plongé dans 
l'èfprit de vitriol & dans l'eau- forte , qui font les 
liqueurs les plus pefantes que je connoifle, & il 
s'y eft précipité également. 

Je dirai à l'occafion de la pefanteur du criftal- 
lin , que le corps vitré n'éft pas à beaucoup près 
fi pelant; car il on le plonge dans de l'eau, il y 
flote à peu près comme fait la cire; ce qui fait 
connoître que fon volume pefe aufli à peu près 
comme un femblable volume d'eau. 

Que le criftallin fe nourriffe Je crois que per- 
fonne n'en doute ; mais de fçavoir d'où il peut ti- 
rer fa nourriture, puifqu'il n'eft adhérent à au- 
cune partie, c'eft une queftion que nos Auteurs 
n'ont guéreséclaircie. j'en donnerai mes conje- 
ctures ci-après au Chapitre quatorzième, & j'ex- 
pliquerai l'ufage de cette partie au Chapitre 
vingt-unième. 



CHAPITRE XII. 

De l'humeur aqueufe. 

CE' que j'ai dit dans les deux Chapitres pr 'ce- 
dens du corps vitré & du criftallin, finit, 
ce me femble, pour prouver que ce ne font point 
des humeurs congelées & plus ou moins épaif- 
fies, comme on fe l'eft perfuadé : car fi par hu- 



de l'Oeil, 4 3 

roeur on entend une fubftance liquide qui s'en- 
gendre feion nature dans le corps de l'animal , 
de l'aliment digéré , & qui fert pour la nourriture 
du corps ou pour d'autres ufages; il eft conftant 
qu'on ne peut mettre le criltallin ni le corps vitré 
au nombre des humeurs, puisqu'ils n'ont point la 
fluidité requife aux humeurs, & qu'au contraire 
ils fe contiennent aifément dans leurs limites, 
ayant chacun leur propre ftru&ure, comme je 
lai fomTamment prouvé ci-defTus: ainfi on ne 
doit reconnoître dans l'œil qu'une feulehumeur, 
qui àcaufedefapureté, defatranfparence&de 
fa confiftance, fe nomme l'humeur aqueufe. 

Il ne faut pas cependant fe perfuader que cette 
humeur refTemble entièrement à de l'eau ; elle a 
une vifcofite que l'eau n'a pas ; & j'ai toujours re- 
connu cette vifcolité dans l'opération de l'abaif- 
fement des cataractes, où il fort de cette humeur 
plus ou moins par le trou qu'on a fait avec l'é- 
guille. J'ai même percé de propos délibéré des 
yeux d'animaux vivans,pour m'en écîaircir da- 
vantage, chez lefquels j'ai trouvé que cette hu- 
meur étoit pareillement vifqueufe. Il eft vrai 
qu'elle l'eft plus ou moins, félon que ces animaux 
fe portent plus ou moins bien ; & cette différen- 
ce fe remarque même chez les hommes , comme 
je l'ai fouvent expérimenté. Ajoutez que fi on 
recueille une quantité fuffifante d'humeur 
aqueufe, qu'on la faffe évaporer à feu doux, il 
reftera une gelée qui fera affez connoître la na- 
ture de cette humeur. 

L'humeur aqueufe remplit tout cet efpace 
qui fe rencontre entre la cornée tranfparente, le 
criftallin, & les cotez antérieurs du corps vitré; 
ainfi la partie de l'uvée qui forme l'iris, baigne 
dans cette humeur. Elle ne peut pafler au fond 
de l'œil , parce q[ue le corps vitré l'occupe entie- 



4^ Description 

rement; d'où vient que dans les oifeauxchez ïef- 
quels le corps vitré eft un peu plus petit, à pro- 
portion du globe de l'œil, que dans l'homme & 
dans les autres animaux , l'humeur aqueufe fe 
rencontre aufii-bien au fond de l'œil comme à la 
partie antérieure, quoiqu'en moindre quantité, 
parce qu'elle doit chez eux remplir l'efpace que 
le corps vitré ne peut entièrement occuper. 

Lorfque cette humeur s'écoule par quelque 
ponction de la cornée , ou qu'elle fe diminue par 
que'que violente maladie, ou par une extrême 
vieillefle , le globe de l'œil s'affaiiTe , l'iris fe ride , 
& les malades ont plus de peine à difcerner les 
objets. Fort fouvent elle fe r'engendre affez 
promptement lorsqu'elle s'eft écoulée, comme 
je l'ai vu arriver plufieurs fois, & j'en rapporte- 
rai même quelques exemples dans la fuite , ou 
qu'elle s'eft diminuée par maladie, lorfque les 
malades viennent en convalefcence , 6c alors la 
vue fe rétablit; mais quand elle s'eft diminuée 
par une extrême vieillefle , il eft rare qu'elle fe 
r'engeridre. Nos Auteurs en citent cependant 
quelques exemples. 

De dire précifément d'où cette humeur vient, 
il me feroit affez difficile , puifque les parties 
qui la fourniflent, ou plutôt qui la filtrent delà 
mafle du fang , font d'une délicatelTe fi grande , 
qu'il eft impolfible d'en connoitre parfaitement 
îa ftru&ure. Je n'en ai que des conjectures, qui 
font d'autant plus probables, qu'elles s'accordent 
à la difpofition commune de l'œil , & à la règle 
générale des flltrations; je les expliquerai ci- 
après au Chapitre 14, & je parlerai âe l'ufage 
de cette humeur au Chapitre^ 1. 



de l'Oeil. 45 



CHAPITRE XIII. 

Dh cercle biliaire, 

EN décrivant l'uvée, la rétine, & les deux 
corps tranfparens, je me fuis vu engagé de 
parler du cercle ciliaire , parce cjue toutes ces par- 
ties s'y attachent; enfoite que ce cercle femble 
être un lien commun pour les retenir dans la 
iituation qu'elles doivent garder. Mais comme 
je n'en ai pas fait une defcription fuivie, ne la 
pouvant faire entièrement avant que d'avoir 
décrit ces mêmes parties; j'ai jugé à propos, 
pour donner une idée moins confufe de cette 
partie, & pour mieux faire comprendre fon 
ufage , d'en faire de nouveau une hiitoire abré- 
gée & fuivie, auparavant que d'établir mes con- 
jectures touchant la nourriture des deux corps 
tranfparens, & l'entretien de l'humeur aqueufe. 

Le cercle ciliaire eft une manière de petite cou- 
ronne qufentoure 1 uvee avant qu'elle forme î'i-< 
ris, & qui femble faire partie de l'uvée même,, 
qui eft cependant d'une fubdance différente, Se 
qui colle & attache cette membrane fur le bord 
de la partie intérieure de Ja cornée opaque avant 
qu'elle devienne tranfparente. 

On diftingue ce cercle par le dehors de cette 
membrane, lorfqu'on la féparede la cornée, & 
après même qu'elle en eft féparée ; car il eft blan- 
châtre dans l'homme & dans quelques animaux: 
on le diftingue aufli à l'occafion de cette mem- 
brane, où on voit fes attaches avec la rétine & 
avec la membrane du corps vitré. 

f)eforte que la fubftance qui forme ce cercle, 
pénètre l'uvée, je veux dire qu'elle pafle entre les 



-46 Description 

interfaces des fibres de l'uvée qui fe continuent à 
l'iris, qui font entièrement remplis de cette fub- 
ftance; ou fi on veut l'entendre autrement, que 
ces fibres de l'uvée parlent au-travers de la fub- 
itance de ce cercle. C'eft de-là que quelques 
Anatomiftes ont crû que l'uvée finiflbit à ce cer- 
cle, & que l'iris n'étoit jointe à l'uvée que par 
fon moyen ; faifant ainfi deux membranes diftin- 
&es de l'uvée : mais dans la defcription que j'ai 
ci-devant faite'de l'uvée, j'ai tout compris fous 
une feule membrane, tant pour ne point multi- 
plier les membranes, que parce quej'eftimeque 
les fibres moyennes de l'iris font une continuité 
des fibres membraneufesde l'uvée. 

J'ai dit , en parlant de l'iris , que ces fibres mo- 
trices intérieures prenoient leur naiflance de la 
circonférence de la partie antérieure & interne 
du cercle ciliaire, &que fes fibres motrices ex- 
térieures avoient leur attache commune à la cir- 
conférence de la partie antérieure & externe de 
ce cercle: & en parlant des fibres de l'uvée, qu'il 
y en avoit qui fe gîiffoient en lignes xlroites & 
parallèles p'ir le travers de la fuperîcie inté- 
rieure du même cercle ciliaire , & qu'étant par- 
venues vers fa partie antérieure, elles feréflé- 
chiflbient & s'inferoient auffitôt à la membrane 
du corps vitré. Je ne décrii#ï pas plus au long 
ces particules , puifqtfelles le font déjà au Cha- 
pitre huitième où on aura recours; je dirai feu- 
lement que ce font ces dernières fibres qu'on doit 
appel îerj££rc?/ ou procès ciïiaires à caufede leur 
difpofition, & non point ces lignes noires cou- 
chées furie corps vitré, comme je l'ai déjà dit. 

Ce font ces fibres ou procès ciïiaires qui s'atta- 
chant autour de la membrane du corps vitré , à 
l'endroit ou elles fe divifent pour recouvrir le 
criftaïlin, ferablent retenir ce même criftallin 
dans la fituation qu'il garde. 



D E l'Oe I !.. 47 

Ceft autour de la partie intérieure de ce cercle 
c,ue fe termine la rétine, comme je l'ai dit ci- 
devant en parlant de cette membrane. 

Ce cercle reçoit un grand nombre de nerfs, 
d'artères & de veines, dont j'ai fufhTam ment 
parlé au Chapitre 8. 

Si on confidere la ftructure particulière de ce 
cercle, & l'union qu'il a avec toutes les parties 
ci-devant dites , ou jugera d'abord que fon ufage 
efl d'attacher l"uv.ée à la cornée , de donner naïf* 
fance oudefervir d'appui aux fibres motrices de 
l'iris, de fervir à l'infertion de la rétine, & enfin 
detenircomme fufpendulecriitallin vis-à-visde 
la pupille: mais fi on confidere fa fubftance qui 
eft blanchâtre & glanduîeufe , & nullement de la 
nature des ligamens, lenombredes nerfs, àes ar- 
tères & des veines qui fe jettent en cette partie, 
& que l'on fade attention fur la difpofition des 
fibres ou procès ci!iaires,on conclura fansdoute 
qu'il doit avoir quelqu'autre ufage, comme jele 
vais dire en expliquant la mani ;re dont je penfe 
-que les deux corps tjanfparens fe nourrirent, & 
que 1 humeur aqueufe eft entretenue. 



CHAPITRE XIV. 

ConJeSuret touchant la nourriture des deux corps 
iranfparms , î$ du V entretien de Phumeur aqueuja . 

LA tranfparence du corps vitré & du crifcal- 
lin. qui eiîiî grande &ii pure qu'elle imite en 
cela celle du verre & du criftal , feroit fans doute 
altérée, fi le iangfe porcoitdans ces deux corps 
.dans le même état qu'il fe rencontre dans les artè- 
res; & les hommes & les animaux qui jouiflènt 
de la vite , verroient tous les objets teints de cette 



48 Description 

couleur rouge qui fe rencontre dans la ma'fTede 
letitfang.il eft donc néceflaireque !e fang fe dé- 
pure avant que d'arriver en ces parties, c'eft-à- 
dire qu'il fe dépouille des parties inutiles à la 
nourriture de ces deux corps ;& que ce qui fe 
fait pour l'ordinaire dans les autres parties qui 
reçoivent leur nourriture immédiatement des ar- 
tères, fe fafîe pour celles-ci dans des parties 
étrangères. 

Il n'eft pas néceflaireque je prouve ici, qu'il y 
a dans la malle du fang autant de particules dif- 
férentes de notre corps ; que dans prefque toutes 
les partie* il s'y rencontre une certaine difpofi* 
tion de pores propres à îaifler écouler les feules 
particules capables de nourrir chaque partie : que 
ces particules font ordinairement dans une quan- 
tité plus grande qu'il n'en eft befoin pour la nour- 
riture ou l'entretien des parties qui les reçoivent: 
que ces particules font difpofées à s'unir aux par- 
ties pour lefquelles elles font deftinées, par le fer- 
ment naturel qui fe rencontre dans chaque par- 
tie, qui n'en admet qu'autant qui lui en eft né- 
ceflaire pour fa nourriture , pendant que le fur- 
plus fe décharge dans les veines qui font ouver- 
tes pour le recevoir : & que ce ferment n'eft autre 
chofe que le réiidu de ces particules prêt à être 
uni à ces mêmes parties, qui fe perpétue conti- 
nuellement. On demeure aflez d'accord de tou- 
tes ces chofes dans le tems que j'écris ; & d'ailleurs 
cela me conduiroit trop loin, & me feroit fortir 
des bornes qu'un Anatomifte doitfe propofer : je 
me contenterai donc de les fuppofer pour faire 
connoître l'opinion dans laquelle je fuis, & d'en 
faire l'application au fujet que je traite 

Je dirai donc que de tout ce grand nombre de 
vaifleaux qui traverfentla cornée, très-peu paf- 
îent au-delà de J'uvée, qu'on n'en remarque 

quel- 



D e l s Oe il/ 49 

quelques petits rameaux qui rampent far la réti- 
ne, & qu'on n'en voit point qui fe portent au cri- 
stallin ni au corps vitré. Il eft cependant proba- 
ble qu'il s'en porte à la membrane qui recouvre 
ces deux corps, puifqu'on fçait par expérience 
que les membranes fe nourriffent du fang qui fe 
porte chez elles immédiatement par les artères, 
& que fi on ne les voit pas, c'eft qu'elles font fi 
petites qu'elles fuyent les fens.La preuve de ceci 
îè reconnoît dans le blanc de l'œil , où on ne re- 
marque que quelques vaifll aux, & dans la cornée 
tranfparente où on n'en remarque aucuns, quand 
ces membranes font dans leur état naturel : cepen- 
dant dans les inflammations de ces parties, on 
les voit manift ftement rougir, & on y remarque 
en mêmetems un nombre infini de petits vaif- 
feaux. Et quoique j'eitime que la membrane qui 
recouvre les deux corps tranfparens, reçoive 
desvailTeaux pour la nourrir, on ne doit pas in- 
férer que cesvaifTeaux foient capables d'entrete- 
nir l'humeurquife rencontre dans le corps vitré, 
& de nourrir le criftallin ; ils feroient trop petits 
pour entretenir de fi grandes parties à proportion 
de cette membrane; puifque quand elle feroit 
toute ramafîee enfemble, elle ne feroit pas la 
millième partie de ces deux corps. 

Ainfi puifque le grand nombre des vai fléaux 
qui traverfent la cornée, fe termine dans l'uvée 
ou au cercle ciliaire , il eft probable que ce n'efl 
pas feulement pour nourrir ces parties ; elles n'ont 
pas befoin d'une fi grande quantité de fang; Pu- 
vée eft trop mince, & le cercle ciliaire a trop peu 
d'étendue pour entantconfommer. Il faut donc 
que ce fang reçoive dans ces parties quelque pré- 
paration , pour delà être tranfmisdans les corps 
tranfparens. Voici comment je conçois la chofe. 

Je confidere l'uvée comme un grand filtre , 



<5o Description 

dont -les petites fibres qui s'étendent depuis le 
fond de cette membrane jufques au cercle ciliai- 
re,-& qui font différentes de fes fibres membra- 
neufes, font autant de canaux particuliers: de- 
forte que le fang artériel fe portant en cette 
membrane, s'y dépouille de certaines particules 
inutiles pour la nourriture des corps tranfparens, 
qui rentrent fuivant la loi de la circulation dans 
Jes veines , pendant que les autres particules pu- 
res r trar;fparentes, .& propres pour la nourriture 
de ces corps ,fe filtrent au-travers des pores dif 
pofez à les laifîer écouler, entrent dans ces ca* 
naux particuliers , & fe portent jufques au cercle 
dîiaire. 

Je confidere le cercle ciliaire comme un autre 
filtre, qui étant de la nature des glandes, & rece- 
vant un grand nombre de .nerf s & d'artères , filtre 
abondamment une autre ou une femblable li- 
gueur aulii lymphatique , qui entrant dans les ca- 
naux dont je viens de parler, qui félon toute ap- 
parence font ouverts du côté de ce cercle, puif— 
qu'ils y font intimement unis, fe mêle avec cette 
autre humeur nourricière qui. vient de luvée;& 
ces deux humeurs unies n'en composant plus 
qu'une, continuent leur route par les fibres ci- 
flaires, qui font les fuites de ces canaux de l'u- 
vcc,& fe diftribuent aux deux corps tranfpa- 
rens. 

ia manière dont ces deux corps reçoivent leur 
nourriture, eft différente . Le corps vitré la re* 
coit immédiatement des fibres ciliaires v qui s'ou- 
vrent fitôt qu'elles ont pénétré fa membrane, Se 
la .répandent régulièrement dans toutes fes cel- 
lules: ainii ce corps fe nourrit ou s'entretient de 
"t;iême.que les autres parties continues de notre 
corps. 
J) n'en e# pas .ds-JD3émcdu.cnftaïlin a qiii étant 



D E L'OE IL. 51 

féparé de toutes parts de la membrane qui l'em- 
brafïe, comme je J'ai di^en parlant de l'anatomie 
de cette partie, ne là reçoit que par imbibition: 
car le fuc nourricier ne peut être qu'épanché par 
les fibers ciliaires entre cette membrane & le 
criftallin ;deforte qu'à mefure que cette humeur 
s'épanche, le criftallin en eft incontinent imbibé 
de même qu'un corps poreux qu'on feroit infu- 
fer dans une liqueur, & ainfi il fe nourrit & s'en- 
tretient d'une manière différente des autres par- 
ties de notre corps. 

Que des fibres ciliaires les unes s'ouvrent dans 
le corps vitré, & les autres dans cet|e bourfe qui 
contient le criftallin , on le peut vrai-femblable- 
ment conjecturer, puifque ces fibres s'infèrent 
juftement au lieu où la membrane du corps vitré 
fe divife pour recouvrir le criftallin. Il eft vrai 
qu'on ne peut juftifier ce fait par diffedion, parce 
que ces fibres font d'une déHcateiTe trop grande 
pour fouffrir le fcalpeî. 

Mais ce n'eft pas allez d'avoir faitconnoître les 
parties qui filtrent le fuc qui doit nourrir les deux 
corps tranfparens, & les canaux qui le condui- 
fent chez eux; ce fuc n'y peut demeurer long- 
tems, comme dans un magazin, fans s'y altérer; il 
faut, comme les autres humeurs, qu'il fe renou- 
velle, c'eft-à-dire qu'il rentre dans la mafTe du 
fang, fuivant la loi de la circulation, à mefure 
qu'il s'en filtre de nouveau» Il eft donc néceflaire 
que j'explique comment je conçois que cela fe 
fait. 

j'ai prouvé ci-deflus en parlant du corps vi- 
tré, que la membrane qui recouvre ce corps eft 
poreufe en toutes fes parties, c'eit- à-dire qj'elle 
eft percée de quantité de petits trous : il y a appa- 
rence que fa partie qui recouvre le criftallin eft 
percée de même. J'ai fait voir aulfi que toutes 

Cij 



<* Description 

I scellutes qui fontdansle corps vitré fe<:ommu- 
niquent les unes aux autres. Ceci pofé , je dis que 
le fuc nourricier étant continuellement poufié 
dans le corps vitré & autour du criftaUin parle 
mouvement du fang , les parties furabondantesde 
ce fuc, ou inutiles à la nourriture de ces deux 
corps, font obligées de fortir par les pores delà 
membrane qui les recouvre, & de s'épancher 
"entre le corps vitré & l'uvée , au-travers même 
de la rétine qui leur donne librement paflage à 
caufe de fa texture rare, & entre le cnfrallin& 
la cornée tranfparente , par les conduits dont je 
vais parler , pour remplir tout Pefpace qui fe ren- 
contre en la partie antérieure de l'œil , & tenir 
le globe de l'œil dans une jufte étendue. 

Ceft cette humeur épanchée au-dedans de 
l'œil, qu'on nomme humeur a queufe. Voilà donc 
fon origine expliquée, fans avoir recours à ces 
prétendus conduits ou canaux aqueux que quel- 
ques Anatomiftes modernes ont publié; voilà 
comme elle eft entretenue; voilà la raifon pour 
laquelle elle refTemble fi fort à l'humeur qui eft 
renfermée dans le corps vitré, & pourquoi elle 
fe rengendre fi promptement quand elle s : eft 
écoulée par quelque pon&ion de la cornée, ou 
qu'elle s'eft diminuée par quelque violente ma* 
ladie. 

J'ai dit ci-deflus au Chapitre huitième, en 
parlant des fibres de Puvée, qu'entre ces fibres 
droites & parallèles qui fe gliflént parle travers 
de la fuperficie intérieure du cercle ciliaire, il y 
a voit des petites cannelures, qui répondant à de 
fembîables qui font fur la membrane du corps 
vitré à l'endroit où ce cercle fe colle fur cette 
membrane, formoientdes efpeces de petits con- 
duits toujours remplis d'une teinture noire. Ceft 
par ces conduits que cette humeur qui s'écoule 



D E L'OE ! L, f 55 

par la partie poftérieuredu corps vitre, fe com- 
munique à îa partie antérieure de l'œil ; & ii ne 
faut pas croire que cette teinture noire* dont ils 
font remplis puifie s'y oppofer, puifqu'au con- 
traire cette humeur y coule aufli librement qu'au 
travers d'un fable délié. 

Cette humeur épanchée dans le globe de iœil 
étant continuellement augmentée par de nou- 
velle, ne pourroit y demeurer long-tems fans 
étendre extraordinairement ce globe : elle eft 
donc contrainte de rentrer dans les veines à me- 
fure qu'il en arrive de nouvelle, pour fe mêler 
de nouveau avec lefang, & fuivre fon mouve- 
ment. 

Ceux qui fqavent de quelle manière lés veines 
répandues dans leroye, la rate, & la verge, font 
ouvertes de toutes parts de pores ronds ou ob~ 
longs, n'auront pas de peine à concevoir que la 
même difpofition doit te rencontrer dan? toutes 
les veines d^ autres parties, puifque la circula- 
tion" s'y doit faire également comme dans le 
foye, la rate, & la verge : ainli ils concevront 
que les petices veines répandues dans l'uvée étant 
ouvertes de femblables pores, l'humeur épan- 
chée dans le globe de l'œil & prefFee d'en foi tir , 
trouvant ces voyes ouvertes', s'y giifie aitément, 
& rentre dans les veines pour fuivre le mouve- 
ment circulaire dufang; cette teinture noire 
donc l'uvfe eft enduite ne s'oppofant pas phis à 
ce pafTage que celle qui fe trouve dans les con- 
duits ci-deflus dits, étant d'une même nature. 

Ce font-là mes conje&ures touchant la nour- 

* Sitôt qu'on peut diftinguer les yeux dans un fœtus , on ap- 
perçoit au-travers de leurs membranes cette teinture noire : ce 
qui peut faire conjecturer que cette teinture n'eu point un ex- 
crément , ni /împlement une humeur i puifqu'elle fe rencontre 
ftu momen: que les autres parties de l'œil le forment encore, 

Ciij 



54 Description 

riture des deux corps tranfparens, l'origine & 
l'entretien de l'humeur aqueufe, & la manière 
dont cette humeur alimentaire circule dans le 
globe de l'œiî. Si elles ne plaifent pas à tout le 
monde, j'en fuis tout confoié. Je ne m'érige pas 
en maître abfolu: je mécontente d'expofer mes 
fentimens; & je demande feulement que dans 
les chofes qu'on ne peut voir ni montrer, il me 
foit permis de propofer des conjectures vrai- 
semblables: celles-ci me paroiflent telles, étant 
fondées fur la ftru&ure particulière de l'œil, & 
fur la règle générale des filtrations; je m'en fer- 
virai donc pour expliquer dans la fuite de ce 
Traité quelques maladies des deux corps tranf- 
parens. 



CHAPITRE XV. 

De U vue, I 

POur fçavoîr ou & comment les objets exté- 
rieur agiflent dans l'œil pour y exciter le 
fentiment de la vue, ce n'eil pas allez d'avoir 
une connoiifance parfaite de la ftru&ure de cet 
organe, il faut encore être inftruit de quelques 
expériences, fans lefquelles il feroit impoitible 
de connoître comment ce fentiment fe fait. 

On ferme la porte Se toutes les fenêtre d'une 
chambre, enforte qu'il n'y entre aucune lumière 
«que par un grand trou de tarriere qu'on fait à la 
porte ou à un des volets , qui répond fur une pla- 
ce bien éclairée ; on applique & attache fur ce 
trou un carton percé d'un trou à laiiler paiTerun 
gros pois On préfente vis-à-vis ce trou une feuil- 
le de papier ou un linge blanc , que l'on approche 
eu recule jaf^ues à ce qu'on voye fur ce papier 



&E L'OS I t.' f% 

vfne peinture plate & renverfée des objets àa 
dehors. 

Si on met entre ce trou Se ce papier, Il une -ti- 
ftance convenable , un vei ie convexe , on rendra 
cette peinture un peoplus petite <k moins con- 
fufe ; & ii même on met ce verre en dehors an* 
devant de ce trou, on la rendra auffi moins con~- 
fufe. 

Si on fait promener quelque perfonne dans fm 
place vis-à-vis de ce trou , enforte qu'elle s'é<* 
îoigne ou s'approche de la porte ou de la fenê- 
tre, on verra la peinture de cette perfonne deve- 
nir plus petite & plus confufe quand elle s'éloi^ 
gnera , & plus grande & moins confufe quand 
elle s'approchera. 

Pour concevoir cette expérience, il ?a--\ 
mettre pour principe, que les rayons de lumière 
qui rejailliffent de chaque petite partie des ob- 
jets de dehors, décrivent de toutes parts & à Ia- 
ronde une infinité, pour parler pliis correcte- 
ment, une multitude incompréheniîble, ou bien» 
un nombre qui ne fe peut déterminer, de lignes 
droites, dont chaque petite paitie des objets font* 
autantde centres ;deforte que tous les rayons qui 
viennent des différentes parties des objets, fe 
croifent les uns & les autres en une infinité de 
lieux & une infinité de diftances, fans pour cela 
s'embarraiïer ni les uns ni les autres , & fans cefier 
de continuer leur chemin eniigne droite. 

Il réfultede-làjqu'il n'entre dans cette cham- 
bre , que les feuls rayons réfléchis des objets ex- 
térieurs qu i fe croifent aux environs du trou, pouï 
fe peindre fur le papier. Et comme les rayons 
qui partent des partiesfupérieures des objets, fe 
croifent avec ceux qui partent des parties infé- 
rieures, ceux des parties droites avec ceux des 
parties gauches, & ainfi de tous les autres, & 

C iiij 



?6 Description 

qu'ils continuent leur chemin en ligne droite, Ta 
peinture en doit être renverfee, c'eft-à-direque 
îes parties fupérieures des objets doivent paroî- 
îre en bas, celles des parties baffes en haut, cel- 
les des parties droites à gauche ; & ainfi de tou- 
tes les autres. 

Mais comme cette peinture eft rendue plus 
petite & moins confufe, quand on met un verre 
convexe entre le trou &le papier ; il s'enfuit que 
les rayons de lumière qui le croifent & pafiènt 
par ce trou , ne continuent plus leur route en ligne 
droite , & qu'ils font rompus par ce verre , & dé* 
terminez à s'approcher plus près de ia ligne per- 
pendiculaire. 

En effet , on fçait par expérience que les 
rayons de lumière qui pafTent d'an milieu tranf- 
parent, dans un aurre dans lequel ils continuent 
de fe mouvoir, qui eft ou plus liquide ou plus 
foîide , & fur la furface duquel ils tombent avec 
quelque obliquité, s'éloignent ou s'approchent 
de la ligne perpendiculaire. 

C'eft ce détour qu'on nomme réfraBion. Com- 
me au contraire la réflexion fe fait, quand îes 
rayons de lumière tombant fur la furface de quel- 
que corps opaque, maflif & poli, qu'ils ne peu- 
vent pénétrer , font obligez de retourner vers le 
terme d'où ils font partis , quand ils tombent per- 
pendiculairement; ou de fe détourner par une 
ligne femblable à celle de leur incidence, quand 
ils tombent obliquement. De-là vient que l : angle 
de réflexion eft égal à celui d'incidence. 



9G 



de l'Oeil. j 7 



CHAPITRE XVI. 

Suite du précèdent, contenant des expérience? four 
■prouver la réflexion {$ la réfraUion de la lumière. 

ON s'affurera de la vérité que j'ai avancée à 
la fin du Chapitre précèdent, par ces expé- 
riences, dont une partie eft tirée de l'Optique. 

Qjand le foleil envoyé Tes rayons fur la porte 
de la chambre ci-defTus, enforte qu'il en puiiTe 
paffer un rayon par le trou du carton , on reçoit 
en dedans de la chambre ce rayon fur la furface 
d'un miroir, ou d'un autre corps opaque ,-mafïîf 
& poli , pofé horifontalement, pendant qu'en fait 
de la fumée dans les environs , on que l'on y ta- 
mifequelque poufliere légère ; & l'on a le plaifir 
de voir ce rayon, rendu matériel, tomber fur'ce 
corps & s'en réfléchir, & d'en pouvoir même 
mefurer les angles que l'on trouvera égaux entre 
eux. 

En voici une autre auffi aifée à exécuter, pour 
montrer de queJle manière les rayons de lumière 
fe brifent en pafiànt dans des milieux de diffé- 
rente nature. 

On attache au fond d'un baffin ou d'un autre 
vafe , de- marques arbitraires, comme des alo» 
buîes de cire, que l'on difpofe*à certaines'di- 
ftances en ligne droite , félon le diamètre du va- 
fe : & dans la chambre fufdite , on pofe horifon- 
talement ce vafe au-deflbus du rayon du foleil 
qui paffe par le trou du carton , de telle forte 
que la ligne des marques foit du côté du foleil , 
& que le rayon tombe fur la première marque. 
On verfeenfuite dans ce vafe telle quantité d'eau 
qu'on veut, après quoi on voit que le rayon qui 

C v 



yrg B £ S C R I P T 10 K 

tomboit fur la première marque, s'eft racourcï , 
& a avancé vers le centre du fond du vafe de deux 
ou trois marques , & plus même , fuivant qu'on a 
mis p'us ou moins" d'eau; je veux dire qu il s'efl 
approché de la ligne perpendiculaire que l'on fe- 
roit tomber au point de fon entrée dans l'eau. 

Si on trouble un peu cette eau enforte qu'elle 
ne perde point fa tranfparence , en y verfant 
quelques gouttes de lait, ou y jettant quelques 
grains de tel de faturne,ou dételle autre manière 
qu'on voudra, & que l'on fafle de la fumée aux 
environs, on verra trois rayons bien exprimez-, 
celui d'incidence, celui de réflexion qui fe fait 
fur la fuperncie de l'eau , & celui de réfradion , 
& comme ce dernier rayon fe continue en ligne 
droite depuis qu'il s'eft. brifé à Ton entrée dans 
Feau. 

Et fi au milieu du fond de ce badin , au lieu de 
marques on met horifonfalement un morceau de 
glace de miroir bien étamée , ou quelque table de 
métal bien-poli , qu'on empliiïe ce baflin d'eau , 
qu'on le mette comme deflus au-deffous de ce 
rayon , enforte qu'il frape au milieu de cette 
glace ou de cette table, troublant tant-foit-pea 
cette eau, & faifant de la fumée, on verra cinq 
rayons tiès-bien diftinguez, celui d'incidence, 
celui de réflexion , & celui de réfradion , comme 
dans l'expérience fufdite; & outre ce, celui de 
réflexion qui fe fait fur le miroir oufur la table, 
d'angle égal au rayon de réfradion que l'on doit 
confi iérer ici comme d'incidence, & enfin celur 
de réfradion qui fe fait dans l'air à la fortie de 
l'eau, 6c qui s'éloigne de la perpendiculaire, de 
telle forte qu'il fe trouve parallèle à celui de la 
première réflexion. 

Enfin , fi on fait un petit coffre large d un pou- 
ce 6c demi ou deux pouces , long de fept ou huit 



de l'Oeil. ^9. 

pouces, & haut de deux pouces & demi , donc 
le fond & les deux cotez foient des lames de 
verre ou de crifiai bien égales 3c unies , & les 
bouts & foutiens de bois ou d'autre matière j; 
ayant foin de bien maftiquer les jointures avec de 
la cire ou autrement; on fera avec cet inflrument 
les trois expériences fufdites, y procédant com- 
me je l'ai dit, 3c on aura la facilité de voir & de 
pouvoir mefurer par le côté tous les angles des 
rayons avec un quart de cercle gradué : & outre 
ce, on verra au-defîbus du fond de ce coffret 1q 
rayon de la féconde réh action qui fe fait en paf- 
fant de l'eau dans l'air , & qui s'éloigne de la per- 
pendiculaire ; enforte que s'il étoit prolongé vers 
Je haut, H fe trouveroit parallèle à celui "d'i ne i« 
dence. On remarquera en pafTant, que la réfra- 
ction qui fe fait dans la lame du fond du coffret 
étant très peu coniidérable , à caufe du peu d*é- 
paifïeur de cette lame , l'erreur qui fe peut ren- 
contrer dans cette expérience eft de peu de con- 
féquence. 

On s'a Murera aufll de la réfraction qui fe fait 
dans le verre 3c dans le crifcal ■ ii on pofe liori- 
fontalement fur une table fituée fpus le rayon 
fufdit, un carton , ou une feuille de papier fur la- 
quelle on aura tracé une ligne droite divifee à 
diferétion par degrez; & ayant mis à deux ou 
trois pouce- dediilance aux deux cotez de cette 
ligne de.ix liteaux de bois d'égale épaiffeur, on 
obfervera fur quel degré ce rayon tombe; puis 
mettant fur ces liteaux une table de verre ou de 
Criftal , unie & d'égale épaitfeur , on verra ce 
rayon racourci, tomber un degré ou deux, fui- 
vant l'épaiffeur de cette table, plus près de la per- 
pendiculaire. 

Si on fait les expériences fufdites à différentes 
heures du matin ou de l'aprèimidi, on -remar- 

Cvj 



6o Descsîption 

quera que îorfque le foleil eft moins élevé fur 
l'hoiifon, les réfractions des rayons font plus 
grandes que lorfqu'il eft plus élevé : & parce que 
îorfque le foleil eft moins élevé, il envoyé fes 
rayons plus obliquement fur la fuperficie de 
ï'eau , & moins obliquement lorfqu'il eft plus 
élevé ;on doit conclure, que plus les rayons de 
lumière frapent obliquement la fuperficie des 
corps tranfparens, & plus ils fe brifent& s'ap- 
prochent de la perpendiculaire de leur entrée } 
& que moins ils la frapent obliquement ,' & 
moins aufti ils fe brifent. 

On le fçait,& tes expériences fufdites le con- 
firment , que les rayons qui frapent la fuperficie 
des corps tranfparens , ne les pénètrent pas tous; 
il n'y a que ceux qui donnent dans les pores de (tes 
corps, qui les pénètrent; pour tous les autres ^ui 
frapent leurs parties folides, ils fe réfléchiflent 
comme on l'a vû.,& cela d'autant plus que ces 
rayons y tombent plus obliquement; parce que 
dans cette difpofition ils rencontrent plus de ces 
parties folides: car il feroit difficile que les po- 
res de r air, par exemple, correfpondifTentjuites 
aux pores de l'eau qui eft d'une nature différente. 

Mais pourquoi ces rayons en pafTant d'un mi- 
lieu tranfparent dans un autre milieu auiFitranf- 
parent, mais de différente nature, fe brifent-ils? 
Pour en trouver la raifon , il faut confidérer que 
comme chaque chofe perfifte de foi-même au- 
tant qu'elle peut dans fa façon d'être ; quand un 
corps a commencé à fe mouvoir en ligne droite, 
il doit continuer à fe mouvoir fuivant cette ligne 
droite ; & quand il s'en détourne , il doit rencon- 
trer quelque èbftacle du côté d'où il s'éloigne: 
ainfi quand un rayon de lumière paffe d'un milieu 
dans un autre de différente nature & dans lequel 
il peut continuer fon mouvement, il doit fe dé- 



© E L'OE I té 6l 

tourner du lieu oh la réfiftance eft plus grande. 

Et comme les rayons de lumière qui paflent 
dans l'air ont plus d'occafion de perdre de leur 
mouvement, en le communiquant aux parties 
de l'air qui les preflent en fe déplaçant conti- 
nuellement: qu'ils en perdent mons dans l'eau, 
qui en quelque manière a plus de dureté que 
l'air, & dont par conféquent les pores font moins 
traverfez par le déplacement de fes parties: & 
qu'ils n'en perdent que très-peu dans le verre & 
dans le criftal, dont les pores fontdéja tousdif* 
pofez pour leur paflage , & dont les parties re- 
ndent entièrement à leur déplacement; il s'en- 
fuit que la lumière doit pafter plus aifément dans 
l'eau que dans l'air, 8c plus aifément dans le verre 
&dans le criftal que dans l'eau, 

De-là vient que lorfque les rayons de lumière 
parlent obliquement de l'air dans l'eau , ils trou- 
vent plus de réfiftance du côté de l'angle obtus 
de leur entrée, que du côté de l'angle aigu, ce 
qui les oblige à fe détourner vers le côtéoppofé 
à la plus grande réfiftance, & ainfi s'approcher 
de la perpendiculaire de leur entrée dans l'eau 
ou ils fe meuvent plus aifément : Se de même 
quand ils parlent obliquement de l'eau dans l'air, 
comme la réfiftance dans l'air eft toujours plus 
grande du côté de l'angle obtus, ils font obligez 
à fe détourner en s'éloignant de la perpendicu- 
laire de leur fortie de l'eau: mais quand ils tom- 
bent perpendicuîairementde l'air dans l'eau , ou 
de l'eau dans l'air, ils ne doivent point fe détour- 
ner, parce que la réfiftance eft égale de toutes 
•parts; & de même en partant dans le verre ôc 
dans le criftal. 



$& Description 



CHAPITRE XVII. 

Suite des deux précèdent , contenant des expérience? 
pour prouver de quelle manière la re'fraïïionjefait 
dans les verres convexes C5" concave s \ 

QUand ons'eft affurépar les expériences fuf- 
dites, de quelle manière les rayons de lu- 
mière fe réfléchiffent à la rencontre des corps 
maffifs & polis, de quelle manière ils febrifent 
en parlant dans des milieux de différente nature ; 
il eft aifé de prévoir ce qui doit arriver quand 
ces milieux ont différentes figures, & d'expli- 
quer tous les effets qui en réfultent. Je ne m'ar~ 
referai point à examiner toutes les expériences 
que l'on peut faire avec des verres différemment 
figurez ; je me contenterai feulement de faire 
voir ce qui arrive à l'occafiondes corps tranfpa- 
rens terminez par des lignes fphériques , cela 
feul m'étantné.effaire pour expliquer l'ufage des 
deux corps tranfparens& de l'humeur aqueufe. 

Si on tire une lignedroite fur un carton , qu'on 
fafie un trou au milieu de cette ligne ,-& deux 
autres à fes deux extrêmitez,enforte qu'ils foient 
également diftans de celui du milieu, & qu'ils 
n'excèdent point le diamètre dudifqueduverre 
dont on voudra fefervir ; qu'on applique ce car- 
ton au trou de la chambre fufdite quand le foleil 
y donne, & qu'on fade de la fumée aux environs,, 
on remarquera d'abord trois rayons fortir par ces 
trois trous. Enfuitefion reçoit ces trois rayons fur» 
un verre convexe, enforte que celui do milieu 
tombe perpendiculairement fur la partie la plus 
émine ite du verre, on verra ce rayon du milieu 
tcaverfer ce verre ^ &contin%er fa route en ligne 



droite fans fe brifer, & les deux rayons extrêmes 
fe détourner à leur entrée dans le verre en s'ap* 
prochant de la perpendiculaire de leur entrée, 
ce qu'on connoîtra par leur fortiequi fe trouvera 
plus près du rayon moyen ; & en fortant du verrj 
on les verra encore fe détourner en s'éloignant 
de la perpendiculaire de leur fortie , & s'appro- 
cher tellement du rayon moyen, qu'ils s'uniflenî 
à lui en fe croifant à une certaine dillance , & fe 
divifer enfuite de telle forte, que le rayon qui 
étok du côté droit fe trouve à gauche, & celui 
du côté gauche au droit. 

Si par-delà l'union de ces rayons on met un fé- 
cond verre plus convexe, enforte qu'il reçoive 
ces trois rayons, on verra celui du milieu conti- 
nuer auflî fa route en ligne droite, & les deux 
extrêmes fe brifer de même, & s'approcher tel» 
lementdu rayon moyen, qu'ils s'unifient à lui, & 
& fe croifent à une certaine diftance, plus on 
moins éloignée du fécond verre, que ce verre 
eit moins ou plus convexe. Et fi on approche un 
peu plus près ce fécond verre de la première 
union, on verra que les rayons extrêmes fe bri- 
feront moins, & que leur union fe fera plus loin 
de ce verre. Comme au contraire fi on éloigne 
davantage ce fécond verre de la première union , 
leur réfraction fera plus grande, & ils s'uniront 
pins près de ce verre. 

De cette dernière expérience on peut tirer 
cette conféquence Que les rayons qui rejaillif- 
fent de chaque petite partie des objets, étant di- 
vergeas de même que les rayons qui partent de 
cette première union, ils doivent auffi fe brifer 
de la même manière : ainfi en rencontrant un 
verre convexe près de l'objet d'où ilsréfléchif- 
fent, ils fe brifent moins, & leur union par con- 
féquent fe fera plus loin du verre ; & au contraire 



é4 Description 

rencontrant 1e verre plus loin , ils fe briferont da- 
vantage & s'uniront plus près du verre. Et cette 
conféquence fervira à faire concevoir pourquoi 
les objets ne font vus bien diftin&ement qu'à une 
certaine diftance. 

Si au lieu d'un verre convexe on reçoit les 
rayons qui fortent des trois trous du carton fur 
un verre concave, enforte que le rayon moyen 
tombe perpendiculairement aumoyen de ce ver- 
re, on verra ce rayon du milieu continuer auffi 
fon chemin en ligne droite, & les deux rayons 
extrêmes s'approcher de la perpendiculaire de 
leur entrée , ce qu'on connoîtra par leur fortiedu 
verre plus éloignée du rayon moyen, & en for- 
tant du verre s'éloigner de la perpendiculaire de 
leur fortie , de telle forte qu'ils s'écartent toujours 
de plus en pi us du rayon moyen Ce qui arrive de 
même à tous les autres rayons qu'on peut s'ima- 
giner paffer dans toutes les autres parties de ces 
verres. 

On voit donc par ces expériences qui ne font 
que des fuites des précédentes , que le verre con- 
vexe a la propriété d'aflemblerles rayons de lu- 
mière, c'eit-à-dire de les rendre convergens; & 
le verre convexe au contraire, de les éloigner, 
c eft-à dire de les rendre divergens. 



CHAPITRE XVIII. 

Suite des trois précèdent , contenant quelques remar- 
ques àfairejur les expériences y contenues. 

EN faifant ces dernières expériences & quel- 
ques-unes des précédentes, on pourra en 
même tems remarquer tous les rayons qui fe ré- 
fiéchifient de toutes les fuperficies de tous les 



D E I/OS ! L. 6ç 

difFérens milieux au-travers defqueîs ilspafîent, 
& comme les rayons principaux s'affoiblifTent 
toujours de plus en plus : à l'occafion dequoi on 
verra comment les rayons qui foufïrentle plus de 
réfra&ion étant reçus un peu plus loin des verres, 
font naître toutes les couleurs de Tare- en-ciel. 

On remarquera encore que chaque rayon qui 
parle par chaque trou du carton , selargit infenii- 
blement à mefure qu'il s'éloigne du trou; & cela 
parce que tous les rayons qui partent de chaque 
point de la fuperficie du foleil,s'en éloignent 
de toutes parts en une infinité.de lignes droites 
qui fe croilenten une infinité de lieux & de di- 
ftances, comme je l'ai dit ci-deflus en parlant de 
la lumière réfléchie qui fuit toujours les détermi- 
nations de la lumière féconde ou dérivée, je 
veux dire de ces rayons qui viennent du corps 
lumineux -.deforte que ce rayon que je fuppofe 
feul, eft véritablement compofé de plufieurs 
rayons parallèles qui font traverfez par un autre 
plus grand nombre de rayons qui parlent oblique* 
ment par ce trou, & qui fe croifent aux envi- 
rons de ce trou. Et comme la diftance de la terre 
au foleil eft extrêmement grande , l'angle de leur 
union eft: fort aigu, & par conféquent celui de 
leurdefunion : ainfi ce faifeeau de rayons ne doit 
s'élargir qu'infenfiblement. 

Et que c'eft par cette raifon que s'il y a trois 
ou plufieurs trous fur ce carton , difpofez en li- 
gne droite ou autrement, les rayons quipafTenfi 
par ces trous , s'unifient à une certaine diftance, 
& ne forment plus qu'un gros raifeeau de rayons ; 
& fi on met l'œil à l'endroit de l'union de ces 
rayons, on aura le plaifir de ne voir plus qu'un 
feul trou. 

On remarquera enfin qu'il arrive auflî à chaque 
faifeeau de rayonss ce qui arrive à tous en gêné* 



6& Description 

rai, c'eft- à-dire que les rayons qui compoferil 
chaque faifceau étant divergens en fortant du 
trou, en les recevant fur un verre convexe, ils 
deviennent convergens, & tendent à s'unir à un 
certain pointqui eft celui de l'union générale. 

Si on doutoit de ce que j'ai avancé touchant 
l'éloignement des rayons de chaque point de la 
fuperncie d'un corps lumineux ; quoique cela (bit 
a fiez facile à concevoir parce quej'en ai dit, on 
s'enéclaircira encore par cette expérience. 

Pendant la nuit on allume une chandelle, on 
tient auprès de la flamme un carton percé d'un 
petit trou ,. on reçoit les rayons qui paflenî par ce 
trou fur une feuille de papier blanc qu'on expofe à 
une diftance convenable ; on voit la flamme , la 
mèche, Se la partie fupérieure de la chandelle, 
peintes foiblement fur le papier, enforte que les 
parties fupérieures paroiflent en bas, les infé- 
rieures en haut , les droites à gauche , & les gau- 
ches à droite; & à mefure qu'on éloigne ou ap- 
proche la feuille de papier du trou du carten, 
cette peinture devient ou plus grande-, ou plus 
petite. Ce qui ne pourroit ainfi le faire, ii plu- 
fieurs rayons ne venoient de diffirens points de 
la fuperficie de la flamme, & ne fe croifoient à 
l'endroit du trou d« ce carton» 



CHAPITRE XIX. 

Suite des quatre précèdent , de la nature de fo 
lumière* 

PUifque la lumière fe meut, qu'elle fe réfléchit 
à la rencontre des fuperficies folides, & qu'el- 
le fe brîfe en paflant dans des milieux dedirTé- 
eente nature, il s'enfuit que c'eft un corps qui fe 



d e l'Oe-i l; 6j 

meut; & ce corps ne peut être fimplement l'air 
agité , puifque l'air ne peut pénétrer le verre , ce 
que fait la lumière : c'eft donc une fubftance ou 
matière plus fubtile, & qui fe meut avec plus de 
vitefle. 

Et comme il feroit difficile de concevoir que 
cette fubftance ou cette matière fe pût porter en 
un inftant d'un corps lumineux fort éloigné, 
comme par exemple du foleil jufques à nous; on 
peut croirequ'elle remplit tous les pores de l'air 
& des autres corps tranfparens ; & que îï elle n'ex- 
cite pas toujours le fentiment de lumière, quoi- 
qu'elle foit actuellement en mouvement, de mê- 
me que les autres matières fluides, il y apparen- 
ce qu'il lui manque alors quelques mouvemens 
particuliers qui lui font absolument néceflaires 
pour fe faire reflentir. 

On fçait par les expériences fufdites,que le 
mouvement en ligne droite eft nécellaire pour 
exciter le fentiment ample de lumière. Il eft plus 
difficile de déterminer ceux qui doivent accom- 
pagner ce mouvement droit, pour exciter le fen- 
timent compofé d'où naifîent les couleurs. On 
connoît feulement que les couleurs ne font point 
réelles dans les corps, & que ce ne font que cer- 
taines modifications de la lumière. 

On s'en aiTure en recevant fur une des faces 
d'un prifme ou verre triangulaire, ou fur la fu- 
perficie d'un verre plein d'eau, la lumière qui 
paiïe par le trou du carton de la chambre fufdite ; 
& cette lumière traverfant ce prifme ou l'eau de 
ce verre, & foufFrant de fortes réfra&ions à fon 
entrée &à fa fortie, acquiert de certaines modi- 
fications qui lui font exprimer fort vivement fur 
les corps oppofez à quelque diftance de-là tou- 
tes les couleurs de l'arc-en-ciek 

Quoique je ne m'enabarafle point de vouloir. 



6% Description 

déterminer quels font ces mou vemens ou ces mo- 
difications particulières que les particules de la 
lumière doivent fouffrir pour exciter toutes ces 
couleurs , parce qu'il me femble qu'il eft bien dif- 
ficile de rencontrer jufte dans des chofes qui ne 
réfultent pas affez clairement des expériences 
que Ton peut faire ;cependantje veux bien aver- 
tir ici à I'occafion du prifme que M. RohaultVeft 
trompé dans la figure troiiiéme du chapitre zy 
de la première partie de fa Pbyfique, en faifant 
eroifer au milieu du prifme les rayons qu'il fup- 
pofe venir du foleil ; car outre que cela ne fe 
peut , fi on confidere que les rayons de lumière 
ne fe brifent point autrement dans un prifme 
que dans un verre dont les fuperficies font plates, 
on jugera qu'ils doivent traverfer parallèlement 
le prifme. On s'en afîurera encore par cette ex- 
périence. 

On prendra deux tables triangulaires de bois, 
ou d'autre matière folide, on tracera fur chacune 
un triangle équilatéral , & qui foit égal en chaque 
table ; on fera des rainures dans les lignes qui ter- 
mineront ces triangles , & à l'endroit des angles 
on y fera des trous pour y mettre trois foûtiens 
égaux en longueur & de même matière , à côté 
defquels on fera aulïi des rainures qui répon- 
dront à celles des tables : on taillera trois verres 
pour remplir les trois faces de cette machine, 8c 
on les introduira dans toutes ces rainures. Le tout 
étant bien joint, on maftiquera les jointures avec 
de la cire ou autrement, & ayant fait an trou au 
milieu d'une de ces tables , on remplira ce prifme 
d'eau ; on fermera enfin ce trou avec une cheville 
ou de la cire. 

Ayant fait deux trous fur un carton à trois ou 

* Après M.Defcarte*. 



D E L' OE î L. 69 

quatre lignes l'une de l'autre , on appliquera ce 
carton au grand trou de 1a chambre fufdite quand 
le foleil y donne , St faifant de la fumée , comme 
je l'ai dit , on verra deux rayons fortir par ces 
trous , & recevant ces rayons fur une desfaces de 
ce prifme , on appercevra aifément au travers de 
la face qui n'eiï point traverfée par ces rayons , 
que ces deux rayons fe brifent en entrant dans le 
prifme , & font parallèles en le traverfant , bien 
loin de s'y crouer;&quefortantenfindece prif- 
me, ilsfe brifent une féconde fois, & continuent 
parallèlement leur route. Ils fe joignent enfuite 
en s'élar.giffant comme je l'ai dit, & parla raifon 
rapportée au Chapitre précédent, & expriment 
enfin fur les corps oppofez les couleurs de l'arc- 
en-ciel , même peu après qu'ils font fortis da 
.prifme/ La m.êmechofe arrive quand il n'y pafle 
qu'un gros rayon par un trou à paifer le petit 
doigt ; car on le voit conferver fa grotTeur en en- 
trant dans le prifme & en le traverfant , & encore 
en fortantdu prifme , & enfuite s'élargir infenfi- 
blement& exprimer les mêmes couleurs. 

De quelque manière qu'on reçoive les rayons 
for un prifme , leurs réf radions font toujours très- 
grandes, à caufe de l'inégalité de fon épaiffeur, 
je puis même dire qu'elles font égales ; car fi on 
reçoit les rayons moins obliquement fur une des 
faces, ils fe briferont moins à la vérité à leur en- 
trée, mais à leur fortie, rencontrant l'autre face 
fort obliquement , *ls s'y briferont plus qu'ils 
n'auroient fait fi on les a voit reçu plus oblique- 
ment ; ainfi il y a toujours même proportion entre 
ces réfractions; c'eft ce qui fait aufli qu il en naît 
toujours les mêmes couleurs, A l'égard de ces 
couleurs, on remarquera en faifant l'expérience 
.fufdite, que la bleue ,eft,& vient du côté le plus 
dÉpais dis prifme , la rouge du moins épais ,1a verte 



70 Description 

àc la jaune ou orangée entre deux , la verte étant 
attenant de la bleue & la jaune attenant de la 
rouge. 

i Après cette expérience on jugera comme on 
voudra du fentiment de M. Rohàult touchant l'ex- 
plication particulière des couleurs qui naiflènt 
clu prifme , rapportée dans les articles 66. 67. & 
68. du Chapitre fufdit de fa phyfique. Cependant 
il fera toujours vrai de dire que îi on confidere 
avec un microfcope. les différentes figures & les 
divers arrangemens des petites parties qui corn- 
pofent les corps qu'on nomme colorez, latranf- 
parencede ces mêmes petites parties & la diver- 
sité des pores qu'elles laiffent entr'elles, il ne fera 
pas difficile de concevoir que la lumière tombant 
fur leurs fuperfkies, ne s'en réfléchiffe & ne s'af- 
foiblifTe en différentes manières, Ôc ne*fouffre 
quelques-unes de ces réfractions quife font au 
travers du prifme ou du verre d'eau ; mais il eft 
bien difficile, comme je l'ai dit, de déterminer 
quelles difpoiitions il faut pour exciter telle ou 
telle couleur. 

Quoique je dife que les couleurs ne font point 
réelles dans les corps que l'on nom me colorez, & 
que ce ne font quede certaines modifications de 
îa lumière: je ne prétens pas pour cela difputer 
avec ceux qui tiennent que les couleurs font ré- 
elles dans les corps ; & je ferai de leur avis lorfque 
par réalité ils entendront une certaine difpofition 
dans les petites parties qui compofent les corps, 
permanente & propre à réfléchir la lumière avec 
les modifications néceffaires pour exciter en nous 
le fentiment des couleurs. 

Comme je ne parle des couleurs que par occa* 
don Je n'en dirai rien d'avantage, cela me fuffifanc 
pour expliquer de quelle manière la lumière ré- 
fléchie en imprimant dans l'œil la figure des objets 



DEL' OE î X^ 71 

vifibîes , y excite en mêmetems le fenti ment des 
couleurs qu'on leur attribue. 

Pour éclaircir quelques difficulte2 qu'on pour- 
roitfe former fur ce que j'ai dit ci-defïus à l'oc- 
cafiondeja lumière, on fera les remarques fui- 
vantes. 

. Premièrement , que ce terme de lumière fe 
prend en pluiieurs fens : ou pour un certain mou- 
vement des parties du corps lumineux qui les 
rend capables de pouffer à la ronde, comme je 
"l'ai dit , cette matière fubtile dont j'ai parlé, & 
c'eft ce que l'on appeUe Lumière primitive ou Ra- 
dicale : ou pour l'inclination qu'a cette matière à 
fe mouvoir & s'éloigner en lignedroitedu corps 
lumineux, qui eft ce que l'on appel. e Lumicreje~ 
coude ou Dérivée : ou pour le changement de dé- 
termination qui arrive à cette lumière féconde à 
la rencontre des corps fol ides, avec toutes les dif- 
férentes modifications qui lui arrivent, & cette 
même tendante à s'en éloigner en ligne droite , 
ce qu'on nomme Lumière réfléchie : ou enfin pour 
le fenti ment même qu'excite en nous cette lu- 
mière réfléchie , ou cette lumière dérivée, 

En fécond lieu qu'il n'eft pasnéceifairet}ue les 
parties de cette matière fubtile, dont j'ai parlé, 
^ui environnent un corps lumineux , fe portene 
jufqu'à nous; il fuffit qu'étant éoranlées & pouffees 
par î'a&ion du corps lumineux , elles tranfmet- 
tent leurs mouvemens à celles qui les fuivent, & 
ainfi fucceffiyement les unes aux autres. Ce qui 
doitaiiifi arriver, parce que tous les pores de l'air 
& des autres corps tranfparen? font pleins, com- 
me jej'ai dit,de cette matière fubtile. Autrement 
il feroit impoflible de concevoir comment on 
pourroit voir en un infîant le feu d'un canon 
^u'on tire à une diftance éloignée, 

EixSn, que les corps quonoommetranfpareijs 



yz Description 

font ceux qui donnent paflage à la lumière pour 
agir fur nos yeux ; ainfi leur forme doit coniifter 
dans la rectitude de leur pores qui les traverfent 
de tous côtezfans interruption;& qu'au contraire 
les corps opaques font ceux qui interrompent l'ac- 
tion ou le palfage de la lumière , parce que leurs 
pores ne font point droits , du moins que s'il y en a 
quelques-uns, ils n'en font pas entièrement péné- 
trez de tous cotez. 

S'il refte encore quelques diffîcultez, pour peu 
qu'on médite fur ce que j'ai dit touchant la nature' 
& les proprietez de la lumière, on les réfoudra 
facilement foi-même ;ainfi je ne m'étendrai pas 
davaetage fur cette matière, il me fuffit d'avoir 
établi ce qui me peut fervir à expliquer l'ufage 
des parties principales de l'œil , & dans la fuite 
quelques fymptômes qui arrivent à quelques- 
unes de fes maladies. 



CHAPITRE XX. 

Suite d&* cinq précèdent, contenant Je refte de 
V explication de la première expérience. 

TOut ce que j'ai dit, & les expériences que 
j'ai rapportées depuis le Chapitre quinziè- 
me, n'ayant été que pour parvenir à une expli- 
cation claire & exa&e de la première expérience, 
il eft tems que je l'achevé; & pour cet effet je 
-reviens au premier principe dont je mefuisfer- 
vi , & que j'ai fuffifamment prouvé par les confé- 
quences qu'on peut tirer des expériences rap- 
portées au Chapitre dix-huitiéme & autres. 

Je dis donc que les rayons qui rejaillirent de 
chaque petite partie des objets, décrivant de 
ajoutes parts & à la ronde une infinité de lignes 

droites a 



D E L'OE IL. 7 3 

droites , on ne doit confidérer de tous ces rayons 
que ceux qui paffent par le trou du carton, & 
qui forment chacun comme un petit faifceau ou 
pinceau de rayons difpofé en pyramide, donc la 
pointe aboutit à chaque petite partie des objets, 
ik la bafe au trou du carton ; deforte que tous ces 
pinceaux de rayons qui viennent de toutes les pe- 
tites parties des objets, fe croifant en pafTant 
par le trou du carton , en fortant de ce trou font 
non-feulement divergens entr'eux, mais auili 
tous les petits rayons donc chaque pinceau eiî 
compofé , le font aufïï : ainfi rencontrant le pa- 
pier en cette difpofition ,ils n'y peuvent expri- 
mer qu'une peinture foible&confufe des peti- 
tes parties des objets d'où ils partent. 

Mais quand tous ces pinceaux de rayons ren- 
contrent un verre convexe entre le trou & le pa- 
pier, il arrive à chaque pinceau en particulier ce 
qui arrive à ces pinceaux de rayons dont j'ai 
parlé au Chapitre 1 8 , c'eft- à-dire que les rayons 
q;ii les compofent fe brifantàleur entrée dansle 
verre, ils ^'approchent de la perpendiculaire de 
leur entrée, & que fe brifant une féconde fois à 
la fortie du verre, ils s'éloignent de la perpen- 
diculaire de leur fortie : ainfi tous les rayons 
de chaque pinceau tendent à s'unir à un certain 
point plus ou moins éloigné du verre, félon que 
ce verre eft plus convexe ou moins convexe, & à 
former par conféquent une autre petite pyramide 
dont la pomte eft oppofée en quelque manière à 
la première dont j'ai parlé. Et comme tous ces 
pinceaux en fe terminant en poinle , s'approchent 
en mêmetems les uns des autres autour du pin- 
ceau du milieu, dont le rayon perpendiculaire 
ne foufFrant point de réfraction*, comme je l'ai 
montré ci-defîus, leur fert d'axe ; il s'enfuit qu'ils 
doivent tracer fur le papier une peinture plus p e - 



74 Description 

îite & moins confufe des objets du dehors. 

On juge bien que fi on éloigne le papier au- 
■delà de la pointe de ces pinceaux de rayons, ces 
rayons dont ils font compofez continuant: leur 
chemin en ligne droite , fe trouveront divergent 
*5t rendront par conféquent la peinture confufe ; 
& que û au contraire on approche le papier du 
côté du verre , cette peinture fe trouvera auffi 
un peu confufe, parce qu'alors les rayons qui 
çompofent ces pinceaux n'étant pas encoreunis, 
«1s ne la peuvent tracer qu'avec quelque confu- 
Jion :.& c'ett ce qui. arrive. 

■On juge bien auiîï que tous ces petits pinceaux 
rie rayons ont dans leur pointe une partie des 
mouvemens & modifications qu'ils ont reçu en 
réâichiffant des petites parties des objets; & 
.qu'ainfi ils peuvent non-feulement exprimera 
£gure des petites parties d'où ils partent, mais 
ruiiîi leurs couleurs. 

Qjand on met ce verre en dehors au-devant 
.du trou , il e(l aifé de concevoir que ce verre doit 
recevoir un plus grand nombre de rayons de ch'a- 
^ ue petite partie des objets, .qu'il n'en devoit 
paflfer par ce trou , & que rendant ces rayons plus 
fonvergees,ily en entre aulli davantage, & que 
par conséquent la peinture des objets en doit être 
mieux exprimée. 

Et quand on fait promener une perfonne dans 
la place vis-à vis du trou, la peinture de cette 
perfonne doit être pi us grande quand elle s'en ap- 
proche; parce qu'alors les rayons extrêmes & les 
autres à proportion forment un angle plus ou- 
vert en fe croifant, & pir conséquent celui du de- 
dans de la chambre doit être plus grand & plus 
puvert: elle doit être auffi moins confufe, parce 
eue ces mêmes rayons venans de plus près , il en 
doit pafierun bien plusgrand nombre par le trou 



EE L'ÔEIL. 3j 

dy carton; ainfi leur imprelfion doit être plus 
forte, & d'autant plus que cette impreffion a 
moins d'occafion d'être arToiblie par l'entrée d'au- 
tres rayons qui pourvoient venir d'autres objets. 
Et au contraire, la peint re doit être plus petite 
quand cette perfonne s'éli igné, parce que les 
angles dont j'ai parlé deviennent plus *igus:& 
elle doit être plus confufe, parce qu'alors ces 
mêmes rayons venans de plus loin, il en doit 
moins pafler par le trou du carton ; & par confé- 
quent leur imprelfion doit être plus foible,étnnt 
même encore affaiblie par l'entrée des autres 
rayons qui viennent det autres objets voifins. 



CHAPITRE XXI. 

Suite des Jtx précedens , contenant V explication Je 
Pufage des parties principales de Vœil,ï5 qui font 
nécejfaires à la vifion, 

LOrfque l'on a une fois bien compris, par la 
première expérience que je viens d'achever 
d'expliquer, comment les rayons de lumière tra- 
cent fur le papier la figure des objets d'où ils font 
réfléchis , 6c expriment en même tems leurs cou- 
leurs ; il n'eft plus difficile de concevoir com- 
ment ces mêmes rayons peuvent exciter dans 
la rétine le fentiment de la vue. Si même on con- 
fidere attentivement la rondeur de l'oeil, la pléni- 
tude de fon globe , la tumeur de la cornée cran P» 
parente, la figure différente des deux faces da 
criftallinfa lituation & la difpofitionde la ré tin >, 
on jugera que les réfractions de la lumière s'y 
doivent faire d'une manière plus parfaite . tant 
parce que la lumière s'y meut avec plus de liber- 
té, que parce que tout concourt à la réunion de 

Dij 



y6 Description 

chaque pinceau de rayons, & à leur réception 

jufle fur ia rétine. 

,Cai î'éminence fphérique de la cornée tranfpa- 
rente excédant celle du globe, fait que les rayons 
gui rejaillirTent de chaque petite partie des ob- 
jets, en s'approchant chacun de la perpendicu- 
laire de leur entrée, plus qu'ils ne feroient fans 
cette éminence ; & continuant leur route en cette 
difpoiîtion par l'humeur aqueufe, i! en pafîe un 
plus grand nombre parla pupille, qui fans cette 
jéfradion temberoient fur l'iris. Chaque pin- 
ceau de rayons fe retrécilTant donc en entrant 
dans l'œil, & tous ces pinceaux fecroifant pour 
paiTer par ïa pupille, rencontrent enfuite le cri- 
ftaliin , dont la fuperficie fphérique faifant partie 
d'un moindre cercle que celui de la cornée tranf- 
parente, & dont la fubftance étant plus folide 
que celle de l'humeur aqueufe, tous les rayons 
dont chaque pinceau eftcompofé, s'y brifentune 
féconde fois en s'approchant encore davantage 
delà perpendiculaire ;& fortansen cettedifpo- 
irtionducriftaîlin, & entrans dans le corps vitré 
•qui n'eft pas à beaucoup près (i dur que lecriftal- 
|in, ils fouffrent une troihéme réfradion en s'é- 
^oignant de la perpendiculaire de leur fertie, 
& s'approchent par conféquent tellement les 
uns des autres, qu'ils s'uniflentchacunenunfeul 
point lorsqu'ils atteignent la rétine. Et parce que 
tous ces pinceaux , en fe terminant ainfi en autant 
<le pointes, s'approchent en même tems les uns 
des autres autour du pinceau du milieu, dont le 
rayon perpendiculaire leur fert d'axe , comme 
je l'ai ciit dans le Chapitre précèdent, ils doivent 
tracer fur la rétine une peinture fort racourcie 
des objets d'où ils partent» 

Comme tous les pinceaux de rayons qui feré- 
jlichifïentde chaque petite partie des objets ,fe 



de l'Oeil, ^ . 7? 

terminent en autant de points fur la rétine à I ; oo 
cafion des réfra&ions fufdites , on peut dire 
qu'ils y impriment les mêmes mou vemens qu'ils 
a voient lors de leurs réflexions, qui font à la vé- 
rité plus foibles ; & c*«f£t cette impreflionde mou- 
vement qui fait refTentir à l'ame la préfence des 
objets extérieurs. Cette même impreflion eft 
aufïi ce que nous appelions image. 

Cette impreflion ou image fe trouve ren ver fee 
par lesraifons que j'ai rapportées ci-deflus: elle 
eft très-petite à proportion de celle que l'on voit 
fur le papier dans la première expérience^ caufe 
du nombre & de la nature des réfractions , qui 
font que les pinceaux qui tombent obliquement 
s'approchent davantage du pinceau moyen :elle 
eft aufli mieux exprimée, parce que ia figure de 
la rétine étant fphérique, elle fe trouve juge- 
ment à la pointe de chaque pinceau de rayons. 

Une jufte plénitude du globe de l'œil eft it 
néceiTaire pour que les réfractions dont je viens 
de parler fe fa fient régulièrement, que quand 
elle ne fe rencontre plus, comme îorfque l'hu- 
meur aqueufe s'eft écoulée enfuite de quelque 
playe, ou qu'elle s'eft diminuée ou confommée 
par quelque maladie ou par une extrême vieiî- 
leiTe, & que le globe s'afFaifie, qu@ique les au- 
tres parties intérieures foient faines, la vue fe 
diminue confidérablemnet ou fe perd, & elle ne 
fe rétablit que quand cette humeur fe rengendre 
dans une fufHfante quantité pour lui donner fa 
première extenfion: & de même quand le globe 
fe remplit par trop , comme je le dirai ci-après 
en parlant de fes maladies, & cela parce que les 
parties intérieures ne gardant plus leur fituation 
naturelle, les rayons de lumière n'agiiTent plus 
qu'avec confuilon fur la rétine. 

Ladilatation& lereflerrementdeîa pupille ne 

Diij 



78 Descrïptîon 

contribue paspeuàlapeife&ionde la vue, lorf- 
que l'on a deflein de regarder les objets proches 
ou éloignez, & ceux qui font plus ou moins éclai- 
rez. Je m'explique. 

Qu'on examine la pupille d'une jeune perfon- 
ne qui ne regarde que les objets qui font dans le 
le fond d'une chambre médiocrement éclairée, 
ou ceux qu'on lui préfente de près, on la verra 
fort dilatée: & fion fait approcher cette même 
perfonne de la porte ou-de la fenêtre, en verra 
que fa pupille fe reflerrera à rnefure qu'elle 
approchera du grand jour. Y étant, fi on lui 
fait regarder quelque objet éloigné, on apper- 
cevra que fa pupille fe reflerrera encore davan- 
tage: & fi on lui préfente fnbitement & allez 
près quelques objets à regarder , on verra de 
rechëf que fa pupille fe dilatera, & fe mettra 
dans l'état qu'elle étoit avant qu'en lui fit re« 
garder cet objet éloigné. Si enfin ou î'expofe 
à la plus grande lumière, comme fion lui fai£ 
regarder du côté du foleil, on verra fa pupille 
Fe refîerrer extiaordinairement. 

De cette expérience j'eitime qu'on peut pro- 
bablement tirer ces conféquences. i*. Que fi la 
pupille fe dilate quand la lumière eft foible , c'eft 
pour admettre un plus grand nombre de rayons 
de chaque faifeeau , afin que fe réunifiant , ils 
ayent plus de force pour ébranler la rétine. z°. 
Que fi elle fe refîerre quand la lumière eft forte, 
c'eft qu'une trop grande lumière ébranlant ex- 
tiaordinairement la rétine, lablefïe, & excite 
de la confufion dans la vifion, comme on ne le 
connoît que trop par expérience. 

Or comme les rayons qui viennent des objets 
éloignez, ne peuvent parvenir jufqu'à l'œil fans 
qu'ils foient joints en chemin par d'autres rayons 
qui fe réfléchifient d'un très-grand nombre d'au- 



I>E l'Oe I h. ^~> 

t?es objets, & qui entrent dans l'œil conjointe— 
ment avec les premiers; il eft évident que de ces 
derniers il y en a beaucoup qui frapentîes mêmes 
fibres de la rétine dans les environs de ion cei - 
tre: ces fibres fe trouvent donc doublement & 
peut-être diveifement agitez par ces premiers 
et féconds rayons. Par cette agitation, le fenti- 
ment de lumière feroit extrêmement augmenté; 
maisî'ame ne pourroitque très-imparfaitement, 
& même nullement dans une très-grande diilan- 
ce,difiinguer les objets principaux vers lefquéîç 
l'œil feroit dirigé, fi la pupille demeurent autant 
dilatée qu'elle le feroit loriqu'on regarde les ob* 
jets à une médiocre diftance: mais pour remédier 
à cet inconvénient, la nature y a pourvu autant 
qu'il a été pciTible, en faifant que la pupille le 
puifre reflerrer ou dilater fuivant le befoin. Ai: iî 
lorfqn'on regarde des objets éloignes, la pupille 
ie reflerre, afin d'empêcher l'entrée à une paitio. 
de ces rayons acceiToires ; & alors l'agitation eau- 
fée parles rayons qui viennent de ces objets éloi- 
gnez , furmontant celle qui efi: excitée par ces 
layons acceflbires, l'ame apperçoit mieux la n> 
gure & la couleur de ces mêmes objets. 

Il eft vrai que fi la pupille fe refîerroit trop y 
les rayons qui viennent des objets éloignez, quoi- 
que réunis fur la rétine, n'ébranleroient pas afîez 
cette membrane pour fe faire refTentir, puifqu'é- 
ta tdivergensen parrant de chaque petite partie 
dis objets , plus ces objets font éloignez , moins 
il en paiîe par la popi'îe, & moins aufli ils ont de 
fjrce: mais comme elle ne fe reflerre que jufqu'à 
un certain degré pour diftinguer les objets fltuez 
à un certain eloignement, & qu'elle ne fe reflerre 
plus pour en voir de beaucoup plus éloignez, à 
telle diftance qu'ils puiiTent être , du moins cela 
eft inienfible j il efi impofiibte qu'elle n'admette 

Dihj 



8o Description 

encore un affez grand nombre de ces rayons ac- 
ceflbires, pour peu que les objets vers le fqueÎ3 
l'œil eft dirigé foient éloignez; & ces rayons 
augmentons le tremouflement des fibres de la 
rétine, font que les objets éloignez paroiflent 
d'une couleur claire ou approchante de la lumiè- 
re. Plus même lesobjets font éloignez, plus cette 
couleur eft claire , & plus on a de peine à les ap • 
percevoir diftin&emerjt. Si même ils le rencon- 
trent à une fort grande diftance, ou s'ils n'ont 
pas une fort grande étendue, iîsdifparoifïent en- 
tièrement, parce que de tous les rayons qui fe 
réfléchirent de leurs fuperficies, il n'en peut vê- 
tir qu'un très-petit nombre à l'œil par la raifon 
ci-deffus: ainfi les rayons accefîoires prévalans, 
ils fe font feuls re fient ir. 

Mais lorfque les objets font proches de l'œil , 
ils empêchent en cette fituation un très- grand 
nombre de ces rayons qui viennent de quantité 
d'autres objets de fe joindre à ceux qui fe réflé- 
chifTent de leurs fuperficie. Il n'yen a que quel- 
ques-uns qui viennent des objets qui font de côté 
qui puiflent parvenir jufqu'à l'œil, quifrapansla 
cornée fort obliquement, fe terminent en partie 
fur l'iris, & ceux qui pafîent par la pupille ren- 
contrent auffi le criftallin fi obliquement , qu'en fe 
brifans , ils ne parviennent que vers les cotez de la 
rétine, & par conféquent nefe font que foibîe- 
ment& confufément reiTentir. Ainfi les rayons 
qui rejaillifient de chaque petite partie des objets 
prochts vers lefquels l'œil eft principalement di- 
rigé , frapans feuls le centre de la rétine ou les par- 
ties les plus prochaines, ils y impriment plus dif- 
tin&ement leurs mouvemens. Et comme l'ame 
tend autant qu'elle peut , fuivant la difpofition 
des organes dont ellefefert, à perfectionner fes 
fenfations , elle dilate la pupille pour admettre 



DE LUE ïL* ■ tt 

un plus gr and nombre de ces rayons , afin que fe 
réuniffans fur la rétine , Usaient plu* de force pour 
l'ébranler & lui faire appréhender d'une manière 
plus parfaite la figure & la couleur de ces mêmes 
objets, 

La pupille fe dilate donc & fe refTerre pour 
mieux voiries objets proches ou éloignez parla 
raifon des deux conféquences ci-defius : parce 
que fi ellefe dilate pour voir les objet* proches, 
c'eft qu'il y a peu de rayons capab'es d'augmenter 
le fentiment de lumière , & d'affoiblir l'action des 
rayons qui vienneut de ces objets proches , ainfi 
ellefe dilate pour en Iaifîer palier davantage de 
ces derniers ; Ôc que fi elle fe relierre pour voir les 
objets éloignez , c'eft qu'il fe prélente un très- 
granJ nombre de rayons capables d'augmenter le 
ientiment de lumière , & d'affoiblir ou éteindre 
l'acbion des rayons qui fe rérléchitïent de ces ob- 
jets éloignez , ainfi elle fe refTerre pour s'oppo- 
fer à l'entrée de ces premiers. 

Je me vois encore en quelque manière engagé 
de montrer que l'oeil ne s'allonge point pour voir 
les objets qui font près de lui, & ne fe racourcic 
pas pour voir les objets éloignez , comme quel- 
ques-uns fe l'imaginent , fondez fur l'expérience 
d'un œil artificiel qu'on eft obligé d'a'longer & de 
racourcir , pour approcher ou éloigner le vélin 
du verre convexe. Il eft vrai que cela devroit arri- 
ver fi les deux faces du criftallin fbrmoient cha- 
cune une portion régulière du cercle , car comme 
les rayons dont chaque faifceau eft compofé, q-ii 
fe/értéchiroientde chaque petite partie des ob- 
jets proches , febriferoient moins en pénétrant la 
cornée, par la raifon rapportée enfuite de la fé- 
conde expérience du Chapitre X V 1 1. il s'enfui- 
vroit qu'après leur troifiéme réfia&ion,leur réu- 
nion pourroitfe trouver fort éloignée du criitai- 

J> v 



8a Description 

In*, & la rétine trop près;ainfi elle devroit être 
reculée, ou le criftallin devroit s'avancer en de- 
vant, ou la bofîe de la cornée tranfparente de- 
vroit erre rendue un peu plus éminente, pour que 
cctce réunion fe fit jufte fur la rétine, ce qui arri- 
veroit par l'allongement de l'œil. Et comme ceux 
qui fe reftéchiroient des objets éloignez fe brife- 
xoient davantage , comme je l'ai dit au lieu ci- 
deftuscité, il arriveroitaulli que leur réunion fe 
pourroit faire plus près du criftallin, & l'œil fe 
devroit alors racourcir pour peu que la rétine fe 
trouvât à leur réunion. Mais la figure particulière 
des deux faces du criftallin fe trouve tellement 
difpofée,que les rayons qui paffent au travers de 
ce corps, fe brifent en fortant de fa face porté» 
rieure d'tme telle manière, que les cônes ou py> 
ramides qu'ils forment, ont leur pointes un peu 
pî «s allongées qu'elles ne feroienî, iiles deux faces 
du criftallin étoient terminées chacune par une 
portion régulière de cercle : ainiî foit que ces 
rayons viennent d'objets médiocrement proches 
ou éloignez , s'ils ne frappent toujours de leurs 
pointes la rétine, du moins ils la rencontrent par 
un endroit fi étroit de leurs pointes , qu'ils caufent 
peudeconfuliondans la vifion A quoi bon donc 
vouloir que cette membrane s'approche ou fe fe- 
cule^ou qu'il arrive quelque changement au globe 
de l'oeil ? puifq.ueTans cela la vifion peut être af- 
fez diftin&e pour l'ufage que nous en devons re- 
tirer pourvu toutesfois que la pupille fe dilate 
ou fe refferre , comme je l'ai dit. Ceux qui font 
verfez dans l'optique reconnoîtront cette vc- 
rité, lorfqu'ils voudront bien fe donner la peine 
deconfidérer attentivement le profil du criftallin 
tiré de la manière que je l'ai ci-devant enfeignée 
au Chapitre XL 
Je demeure d'accord que fi ces rayons venoient 



D e l'Oe il. 8 j 

d'objets fort éloignez, ils pourroientfe croifei il 
prè-sdu criAailin qu'ils fetrouveroient divergens 
en atteignant la rétine, ncnobftant la figure par- 
ticulière du criftallin : ainfi ils n'éxprimeroient la 
figure de ces objets qu'avec quelque confufion. Et 
s'ils venoient d'objets extrêmement proches, ils 
ne pourraient s'unir avant que de rencontrer la 
rétine , & ils n'agiroient aulli qu'avec quelque 
confufion, c'cft effectivement ce qui- arrive s cas 
on ne voit bien diftinctement que les objets qui 
font à une certaine diftance,& cette diftance fe 
détermine fuivant la figure de la cornée tranfpa- 
rente & l'étendue des objets. 

Je dirai de plus que s'il étoit vrai que l'œil s'al- 
longeât ou feracourcit pour voir les objets pro- 
ches ou éloignez, on devroit s'en appercevou*. 
particulièrement dans les enfans qui ont les mem- 
branes de l'œil fort flexibles. Ce que je n'ai jamais, 
pu remarquer, quoique je l'aie eflayé pïufieur* 
fois, en leur rai faut regarder des objets fort pro- 
ches , & fubîtement de fort éloignez. J ai feule- 
ment remarqué que leur prunelle fe dilate davan- 
tage que dans les perfonnespîus avancées en âge,, 
& qu'elle fe meut beaucoup plus librement. 

Les mufcles obliques qu'on dit l'allonger en le- 
prellant îorfqu'ilsfe gonflent , ne peuvent avoir 
cet ufage, leur difpofitionôc leur lituation y ré- 
pugnent. Quand unmufcleagit', il fe reflerre Se fe 
racourcit , les moins verfez dans l'Anatomie le- 
fçavent. Ils pourroient bien plutôt le tirer de- 
hors , fi leur difpofition étoit. allez fembîabla 
pour le tirer également ; & quand cela feroit le 
globe en changeant de lituation, n'enchangeroit 
pas de figure. Et les mufcles droits, s'il étoit vrai 
qu'ils Vapplatifîent en le retirant vers le fond de 
l'orbite , ils ne le feroieut qu'inégalement quand 
les uns ou les autres fe rdâcheroier.t, pendant 

D vj 



84 Description 

que leurs antagoniftes fe racourcîroient pour in- 
cliner l'œil vers les différentes parties d'un objet 
éloigné , ce qui cauferoit de la confufion dans la 
vifion. 

Ceux qui font dans ce fentiment prévoyans une 
forte obje&ion qu'on auroit pu leur faire , à l'é- 
gard des oi féaux dont la cornée opaque fe con- 
vertit en partie en os, & à l'égard des poifTbns 
<& de quelques autres animaux qui l'ont cartila- 
gineufe , & qui par conféquent ne pourroit être 
alTVz flexible pour changer de figure; ils fe font 
efforcez d'y répondre par avance , en fuppofant 
de certaines fibres, ou petits filets noirs qu'ils 
difent ne N fe point rencontrer dans les yeux des 
hommes ou des autres animaux , qui attachans Je 
criftallin au fond de l'oeil , le peuvent faire ap- 
procher ou reculer de la rétine. Mais ils ont fans 
doute été trompez en fe confians trop au rapport 
de quelques Anatomiftes, qui nefe font pas ap- 
perçûs que ces petits filets noirs ne font autre 
chofe que les fibres de la rétine , qui eft effetti ve- 
ment noirâtre dans la plupart des oifeaux & dans 
quelques autres animaux. Et quand ces petits fi- 
lets noirs exifteroient comme ils le difent, cela 
ne lesempêcheroit pas de tomber dans une erreur 
manifefte ; car fi ces fibres ou ces petits filets 
soirs pouvoient approcher ou reculer le criftal- 
lin de la rétine, il s'enfuivroitque les fibres mo- 
trices des autres parties qui gardent une femblable 
fituation , devroient caufer les mêmes mouve- 
mensdans les parties où elles s'infèrent ; ainfi les 
mufcles antagoniftes feroient inutiles, ce qui fe- 
roit abfurde. 

D'ailleurs ces fibres ou filets n'auroient pas 
allez de force pour reculer le criftallin , qui étant 
intimement joint au corps vitré , ne pourroit re- 
culer fans que le corps vitré, qui occupe environ 



se l'Oeil, Sf 

les deux tiers du globe de l'œil, reculât en même 
tems : ce qui ne fe pourroit, parce qu'il ne trou- 
veroit point d'efpace pour fe loger. Il ne ferviroit 
même de rien de dire que ce corps étant fort flexi- 
ble , il pourroit obéir & s'applatir ; parce que 
pour cela il faudroitdes forces plus grandes que 
ces filets n'en pourroient avoir ;& même il fau- 
droit que les fibres ciliaires qui tiennent le criftal- 
lin en fa fituation naturelle , puffent obéir ou 
s'allonger , mais elles font trop courtes Se trop 
tendres ; & d'ailleurs le criftallin & la partie anté- 
rieure du corps vitré étant collez comme ils font 
par leurs cotez au cercle ciliaire , ce feroit encore 
un obftacle pour ce prétendu reculemenr. 

Enfin les mufcles obliques ne devroient pas fe 
rencontrer dans ces animaux, puifqu'ils n'y au- 
roient point l'ufage qu'ils leurs attribuent dans 
l'homme & dans les autres animaux ; cependant 
ils s'y rencontrent également ; il y a donc appa- 
rence qu'ils y ont le même ufage que tous les Ana- 
tomiites leur attribuent, comme je l'ai ci-devant 
ditau Chapitre I V. & comme je le vais encore ré- 
peter , après que j'aurai expliqué l'ufage de la 
teinture noire de l'uvée. 

La noirceur dont la partie poftérieure de l'uvée 
qui eft derrière la rétine eft enduite , & qui la 
rend fort opaque, arrête les rayons de lumière , 
& les empêche de pafîer au-delà > ou de fe réflé- 
chir confidérablement : ainfi l'image fe forme 
mieux fur la rétine. Et celle qui fe trouve à la par- 
tie poftérieurede l'iris, fait que les rayons qui fe 
réfléchiflentdesfupeifîcies des corps tranfparens 
& même de la rétine , s'y perdent & ne fe re'flé- 
chiffent plus vers le fond de l'œil ; ce qui nuiroit à 
lavifion. 

Les mufc'es de l'œil fervent à le diriger vers les 
objets que l'on veut regarder. Ils font li néceflaires 



86 Description 

pour la vifion,que fans eux on verroit prefque 
toujours les objets doubles , & il feroit même dif- 
ficile de drîtinguer les différentes parties d'un 
objet , fans être obligé en même tems de mouvoir 
Ja tête fuivant l'ordre qu'on voudroit les regar- 
der , afin que chaque partie pût tomber fucceffi- 
vement fous l'axe viiuel , comme on le connoît 
fouvent par l'expérience de ceux qui les ont af- 
fe&ez de quelqu'inflammation ou autre maladie 
qui empêche leur mouvement. 

J'appelle *slxe optique ou vifuel , le rayon qui 
partant d'une partie d'un objet vers laquelle l'œil 
eft dirigé , entre perpendiculairement par la par- 
tie la plus éminente de la cornée tran fpa rente , 
pénètre l'humeur aqueufe , le criitallin & le corps 
vitré , & frappe en un point le centre de la rétine , 
fans avoir foufrert aucune réfraction. 

Et comme c'eft autour de ce point que les autres 
rayons qui viennent des autres parties de cet 
objet, fe terminent chacun fuivant l'ordre de leur 
réfl ixion , pour en tracer une peinture jufte & en 
racourci : il s'enfuit que regardant des deux yeux- 
ce même objet, il s'en Fait une peinture dans cha- 
que œil , cependant on ne voit qu'un feuî objet. 

Pour fçavoir comment cela fe fait, il faut re- 
marquer que quand on fe preffe légèrement le 
g!obe de l'œil , en pofantîeboutdu doigt fur l'u- 
ne des paupières, enforte qu'on la hauiîe ou qu'on 
l'abaifle : ou quand on s'efforce de tourner cha- 
que œil du côté du nez , comme fi on en vouloir, 
regarder le bout, & qu'en même tems on regarde 
un objet, cet objet paroît double. Or il paroît 
ainfi , parce que les deux yeux ne gardent plus 
une fituation. égale , & qu'apparemment les 
rayons qui viennent de cet objet ne frappent plus 
îes parties de chaque rétine à une égale diitance 
de leur centre* U faut donc pour qu'un objet pa* 



de l'Oeil. £9 

roîiTe feul , lorfqu'on le regarde des deux yeux , 
que les mufcles les tournent & les dirigent de telle 
manière vers l'objet, que les rayons de lumière 
qui en réfléchirent & qui entrent en chaque oeil, 
frappent à une égale diftance du centre les parties 
de chaque rétine : ce qui arrive lorfque chaque 
axe optique qui part d'un même pointde l'objet., 
frappe le centre de la rétine de chaque œil ; autre- 
ment on verroit tous les objets doubles. Et c'eft là 
le véritable ufage de tous les mufcles de l'œil. 

Par le centre de la rétine, j'entens la partie de 
cette membrane la plus voiime de l'infertiondu 
nerf optique qifi répond vis-à-vis le centre du 
criftallin , de la pupille & de la cornée tranfpa- 
rente, & qui étant plus fournie des fibres moei- 
leufes de c© nerf, a un fentiment plus vif. C'eft 
pourquoi on remarquera que des rayons de lu- 
mière qui fe réfléchiflént des objets -, il n'y a que 
ceux qui font voifins de l'axe optique , & qui 
frappent le centre de la rétine ou les parties les 
plus prochaines , qui f à fient voir diftin&ement la 
partie de l'objet d'où ils partent , tous les autres 
rayons qui fe peignent fur la rétine ne font voie 
que Confufément les autres parties de l'objet. 
Ainfi lorfque je lis dans ce Livre, quoique je dé- 
couvre dune mêmefituation d'ceil, uneoudeux 
pages, & même les objets voifins; cependant je 
ne vois diitin&ement que les lettres qui fe ren- 
contrent dans l'axe vifuel , ou celles qui en ap- 
prochent; & pour peu qu'un mot foitlong,je ne 
le puis lire fans changer fuccetTivement la fitua- 
tionde mon œil depuis la première lettre jufqu'à 
la dernière. 

De tout ce que je viens de dire, il paraît que-la 
rétine eit l'organe de la vue ; puifque c'eft elle à 
qui toutes les autres parties de l'œil fe rapportent, 
oc que c'eft elle feule qui reçoit les impreilions 



S8 Description 

des rayons de lumière , qui tracent fur elle Tes 
images des objets d'où ils réfléchirent, & dont le 
caradtere ou l'impreflîon eft portée au cerveau 
par le moyen des efprits contenus dans les fibres 
du nerf optique qui la compofent,& cela à la 
manière des autres fens; ce qui fait que l'ame ap- 
perçoit les objets. 



CHAPITRE XXII. 

Sçavoir ft le criftallin eflA^olurnsnt néceffaire 
pour voff. 

J' Aurois pu, en fuivant mes expériences, en rap- 
porter quantité d autres aflez curiçufes ,& ex- 
pliquer par mes principes plufieurs autres quef- 
tions d'optique ,ii j'avois eudeflein d'en faire un 
Traité complet ; mais ayant feulement réfolu de 
faire connoitre de quelle manière les rayons de 
lumière fe portent fur la rétine pour y exciter le 
fentiment de ia vue , en expliquant à ce fujet i'u- 
fage des parties principales de l'œil, afin de faire 
mieux comprendre dans la fuite quelques-unes de 
leurs affedions. Je crois m'ëtre fuffifamment ac- 
quitté de mon entreprife'; & je finirois même en 
cet endroit cette defcription , fi je ne me trouvois 
obligé de prévenir la furprife que pourroient 
avoir quelques-uns de ceux qui liront la fuite de 
ce Traité Jorfqu'ils y verront que la cataracte eft 
une altération entière du criftaljinrc'eft pourquoi 
je vais montrer en peu de mots que le criftallin 
n'eft pas abfolument néceffaire pour voir. 

La première expérience que j'ai rapportée en 
commençant à expliquer la vue, peut feule faire 
ccnnoitre la vérité que j'avance ; puifque par 
cette expérience on voit manifestement que les 



de l'Oeil. 89 

faifceaux de rayons qui patient par le trou du car- 
ton , étant reçus fur un papier ou fur un linge 
blanc , y exprime la figure & la couleur des objets 
de dehors , quoique ces rayons ne fouffient aucune 
réfraction. Il efl vrai que cette figure fe trouve 
grande & confufe , & que fi cela fefaifoit ainiï 
dans un œil dont le criftaîlin feroit détourné, on 
ne verroitque bienconfufément les objets. Mais 
on remarquera que l'éminencede la cornée tranf- 
parente tenant lieu du verre convexe qu'on met 
en dehors au-devantde ce trou ; il arriveront que 
les rayons qui y pafleroient & par l'humeur 
aqueufefe briferoient comme ils Te brifent effec- 
tivement, en s'approchant de la perpendiculaire : 
ainfi la figure des objets qui fe traceroit fur la ré- 
tine feroit moins confufe, comme on le voit dans 
l'expérience fufdite. 

D'ailleurs, le criftaîlin ne peut être détourné, 
qu'en même tems le corps vitré n'occupe fa place, 
comme je le prouverai ci-après , & ne forme une 
boife ronde qui imite en quelque façon la fu per- 
fide antérieure du criftaîlin , par laquelle ces 
rayons continuant leur chemin, après s'être croi- 
fezenpafTant par la pupille, peuvent febrifer une 
féconde fois en s'approchant encore de la perpen- 
diculaire , & venans en cette difpciition fe termi- 
ner fur la rétine, ils y doivent tracer une figure 
moins confufe. 

Mais comme ces rayons nefoufTrent que deux 
réfractions , & que même la féconde eft moins 
parfaite, parce que le corps vitré, quoiqu'alors 
éminent en fa partie antérieure , n'a pas la dureté 
du criftaîlin; ce qui fait que les réfractions qui fe 
font chez lui approchent de celles qui fe font dans 
l'humeur aqueufe ; il s'enfuit que tous ceux qui 
partent d'un même point d'un objet, ne peuvent 
pas affez fe rompre pour fe réunir en un feul point 



go Description 

fur la rétine ; ainfï agitfans en mêmetems fur dif- 
férentes parties de la tétine, ils ne peuvent faire 
voir l'objet d'où ils rrfléchifTent , qu'avec quelque 
confufion. C eit aufli ce qui an ive à ceux aufquels- 
on a détourné le criftailin, comme je le dirai ci- 
après en parlant de la cataracte, ïl eit doneconf- 
tant que le criftallin n'eft p3s abfolument nécef- 
faire pour voir ; mais feulement pour mieux voir. 
Je ne fuis pas le premier qui ait été de cette- 
opinion ; Plempius célèbre Médecin d'Amfter- 
dam s'en eft expliqué avant moi au Chapitre 14. 
du ^.Livredefon Ophthalniographie, ou, réfu- 
tant l'opinion de ceux qui croient que la vue fe 
fait dans le crillailin y il dit. Dïcam ne veto etïanr 
omnibus inopinatum quidpiam ? Aio enimyerocriflalli- 
num non nobiliori in oculofungi officio , quàm aqueumi 
Et exempta cri jlallino , oppktoque ïoeo abhumorevitreo- 
vifwnem nihilominus celcbratum- tri: ver ùm non tam 
dijlmBè , quàm nunc :confu[a enim effet in retiform'p 
piïïura , mft aîio fit h , quam quem nunc obtinet , reti- 
formis locaretur. Ce fçavant nomme n'avoit cepen- 
dant point d'expérience que le criftallin fe pût 
détourner; puifqu'en pailantde lacatarade il a 
fuivi l'opinion ancienne; il n'y a donc eu qu'une 
profonde méditation fur les expériences d'op- 
tique qui lui ait pu faire embraiîér cette opinion» 

Concïufion de la defiripiion de VOeih 

C'eft un jeu pour un AnatomiOre lorfqu'il tra- 
vaille à examiner des os , à féparer des mufcles, 
à conduire des nerfs, des artères & des veines, 012 
à rechercher la ilrudure de quelque partie fen- 
iible;mais lorfqu'il s'attache à quelque petit or- 
gane^ qu'il en veut découvrir parfaitement la 
nature , c'eit un véritable travail ; puifque fouvent 
il ne rencontre que des particules dont la délies» 



D E l'Oe- il. 9 1 

tefle efî fi grande qu'elles fuient fes fens , bien loin 
de les pouvoir féparer avec fon fcalpel. Etilabe- 
foin dans cette rencontre d'une grande patience 
pour furmonter les difficultezqui fe préfenter.t à 
tout moment, & d'une induftrie finguliere à ima- 
giner des moyens pour parvenir à fon deffein. 

Je me fuis vu dans cet embarras après avoir 
commencé la defcriptionde l'œil ; jem'étois d'a- 
bord figuré la chcfe aifée, parce que je me per~ 
fuadois connoître allez bien la ftrudtnre de cet or- 
gane. Maislorfqueje me fuis arrêté à rechercher 
exactement toutes les parties qui font renfermées 
dans fon globe, que j'ai examiné avec foin toutes 
les particules qui en compofent d'autres un peu 
plus fenfibles , & que j'ai fait réflexion fur les ien- 
timens différens des Anatomiftes touchant leur 
nature & leur ufage , j'avoue que le fcalpel m'efi 
prefque tombé des mains, & que je me fer ois dé- 
fi fté dès-lors de ma pouifuite,fi je n'avoiscorii- 
deré que l'explication que j'avois entrepris de 
faire des maladies de l'œil, auroit été défe&ueufe, 
fije ne l'avois appuyée de faits Anatomiques. 

J'ai donc continué mon travail ; & comme je 
fuis dans cette opinion qu'un Anatomifte qui veut 
mettre au jour quelqu'ouvrage , ne doit écrire 
que ce qu'il voit , ou au moins ce qu'il conje&ure 
fi clairement qu'on ne lui puifieraifonnablement 
difputer : j'ai examiné en général toutes les par- 
ties qui entrent en la compofition de l'œil de 
l'homme , j'ai confideré celles qui fe rencontrent 
également dans les yeux des animaux , & j'ai 
conclu que puifqu'elles dévoient avoir un même 
ufage , elles dévoient aufli avoir une ftructure 
femblable ou approchante. 

Ainfi lorfque je fuis entré dans le détail, & que 
j'ai voulu décrire chaque particule, j'ai fait voir 
fa fituation, fa figure extérieure, fa compofitioDj 



ç>z Description 

fes vaiflèaux , fa couleur , fa convéxion , Sec. J'ai 
fait voir , dis-je , toutes ces chofes telles quelles 
fe rencontrent dans l'œil de l'homme ; mais lorfque 
îadélicateife de cette même partie m'a empêché 
de connoître fa ftructure , j'ai eu recours aux yeux 
des animaux ,'chez lefquels j'ai pris feulement ce 
qui pouvoit me fervir pour l'expliquer , & pour 
tout le relie je l'ai entièrement négligé, comme 
m'étant inutile. 

Si mes fentimens ne s'accordent pas toujours 
avec ceux des Anatomiftes , on en jugera avec 
équité ; je n'ai point crû être obligé de les fuivre 
en toutes chofes. Je me fuis plutôt attaché à ce 
que j'ai reconnu moi-même , qu'à ce que les autres 
ont écrit. J'ai embraiïé leurs opinions , quand elles 
fe font trouvées conformes à la raifon & à l'expé- 
rience , & lorfque, j'ai connu qu'elles y étoient 
contraires , je les ai abandonnées. 

J'ai eu auiii plus de foin d'établir mes fentimens 
qu'à détruire ceux des autres ;& fi je me fuis at- 
taché à combattre quelques opinions , je ne l'ai 
fait que parce qu'elles font reçues fans beaucoup 
de fondement par nos Anatomiftes modernes. Je 
n'ai pas allez de préfomption pour croire que je 
ne me fois point trompé dans mes raifonnemens, 
& pourme perfuader que rien ne me (bit échappé. 
Au contraire , je ne doute point qu'on ne puiile 
raifonner plus jufte,& qu'on ne puiffe encore faire 
d'autres découvertes fur cette partie. Mais quand 
cela arri veroit , j'aurai au moins cette confoîation 
de n'avoir rien négligé pour pouffer autant loin 
que j'ai pu l'anatomie de l'oeil. 

A l'égard de l'explication que j'ai donnée de la 
vue, on pourra peut être dire ,q*Je pour un Ana- 
tomifte j'ai trop rapporté d'expériences d'op* 
tique, & que je me fuis trop étendu fur cette ma- 
tière. Maisfi on confidere que les Chirurgiens font 



de l'Oeil. *93 

pour l'ordinaire fi peu inftruitsde l'optique, qu'à 
peine en fça vent- ils les termes : on jugera aifé- 
ment que je ne pou vois pas en moins dire pour 
leur rendre fenfible i'ufagedes parties principales 
jde l'œil , & pour leur faire concevoir dans la fuite 
les fymptômes de quelques maladies Ceux mê- 
mes qui font les mieux ir lLuits de cette f ience , 
ne feront peut-être pasfà :hez de voir la méthode 
.que j'ai obfervée , en ne propofant que des expé- 
riences amples., claires, ik faciles à faire, & qui 
cependant prouvent affez évidemment les prin- 
cipes dont je me fuis fervi pour expliquer la vue , 
& qui ne (ont autre chofe que les conféquences 
^que j'ai tirées de ces mêmes expériences. 

J'ai , ce me femble , affez juftifié la conduite 
que j'ai tenue pour décrire l'oeil , & pour expli- 
quer la vue. Il eft tems que je décrive toutes les 
malad.es dont cet organe eft affe&é ; que j'en- 
feigne les remèdes qui leur conviennent, & que 
j'explique les opérations qui fe pratiquent pour 
les guérir. 

J:m de la dejeription de Y Oeil. 




94 

DES MALADIES 

DE L'OEIL 

PREMIERE PARTIE, 

Contenant les maladies du criftallin , connues 
vulgairement fous le nom de catara&es. 



CHAPITRE PREMIER. 

Diverfes opinions fur la nature de la cataraïïe , î$ 
quelques réflexions fur ces opinions. 

CE que tes Grecs appellent hypochyfts outypo- 
chyma y les. Arabes guita obfium ou caliginofa, 
les Latins fuffufto , eft une feule & même maladie, 
connue vulgairement fous le nom de cataraSe. 

Prefque tous nos Auteurs depuis Galien juf- 
ques à préfent, difent que la catarafte eft un 
amas d'humeur -fuperflue, lente & épaifle, qui le 
congelle& s'endurcit comme une pellicule dans 
l'humeur aqueufe, félon quelques-uns entre la 
cornée & le criftallin, & félon d'autres entre l'u- 
sée & le criftallin, & qui empêche la vue. 

Ce qui les a fait tomber en cette erreur, eft 
îopinion faulfe en laquelle ils étoient , que le cri- 
ftallin étoit le principal inftrument de la vûe,& 
par cor.féquent abfolument néceffairepour voir^ 

l'ai déjà réfuté cette opinion au Chapitre i% 



Des Maladies de l'Oeil. 9$ 
(le la Defcription de l'Oeil , oti j'ai fait voir 
.qu'il ne fervoit que pour mieux voir : & dans La 
fuite , en parlant des cataradtes vray es, je rappor- 
terai des observations qui prouveront encore 
plus fortement la fa ufl été de cette opinion. 
' Conftans dans cette opinion, ces Auteurs n'ont 
jamais pu s'imaginer que la cataracte fût une ma- 
ladie du criftaîïin, parce que cet obftacle étant 
.détourné, les malades voyoient. Et c'eft fans 
doute cette raifonqui les a induits à s'e'Ioigner 
du fentiment des plus anciens Médecins, quoi- 
que plus conforme à la vérité. 

Que nos plus anciens Médecins ayent crû que 
Ja catara&e fût une altération du criftaîïin, Ga- 
Jien m'en fera un auteur non fufped. Il ait au 
chapitre 12. de la particule 4 defon Livre Je ocu- 
lis , en parlant de la cataracte. Hu'us aquœ color efi 
diverfus : qtudam emm aè'ri , qu«edam vitro ajjïmt- 
latur, ait» ji quafi album babenr colorent , al a quafi 
cœli colorem , alia quafi viriden , alia quafi venetum : 
unde antiqui cataraBat ^veneticor oculos appel 'lave- 
runt : fed différent i a eft: , quia venet/ci oculi duebus 
jnodif fiuttt , vel pf opter aquam : fi nimiùm fuerit coa<~ 
gui aï a , vel pwptef ficcitatsm quam patitur criftjtl- 
linus. 

Oribafe qui eft venu long-tems après Galien, 
s'en eft expliqué encore plus nettement au ebap. 
47 du S e Livre defon Abrégé de Médecine. Glau* 
toma, dit-il, î$ fuffufionem veterex unum eumdem* 
que morbum effe ex'fimarunt : vojieriores vero glau" 
fomata humons glaciali s , qui exproprio colore in glau- 
cum convertatur ~<S mutetur , morbum effeputjtverunt : 
fuffufionemverà ejje effufionem humorum inter uveam 
Ç? cryfialloidem tunicam concrejeentium : cxterùtn 
glaucomata omnia curationem non recipiunt : fuffufw 
jpe$ vero recipiunt , fed non omnes. 

Ces deux paîiages prouvent évidemment que 



ç6 Des Maladies 

nos plus anciens Médecins, au nombre defqueîs 
je pourrois mettre Hippocrate, ne reconnoif- 
foienrpoint d'autres catara&es que ces maladies, 
où le criftallin changeoit de couleur & perdoit fa 
tranfparence , & qu'ils appelloient glaucoma , 
foit qu'elles fuflent curables, ou non. 

Galien eft peut-être le premier qui a établi 
cette différence entre la catara&e & le glauco- 
ma, comme il paroît ci-deflus, où par une eau 
trop coagulée, il entend une vieille cataracte, 
& par la feicherefTe du criftallin , le glaucoma. 
Et il a été fî fort prévenu de cette opinion, que 
dans tous leslieux de fes Oeuvres oîî il parle de la 
catara&e, il en donne une définition à peu près 
conforme à celle que j'ai rapportée au commen- 
cement de ce chapitre ; & dans fon Livre ci- 
defîus cité, au chap. i de la première particule, 
pour prouver que la vue fe fait dans le criftallin, 
il fe fert de cette opinion comme d'un principe 
inconteftabîe. QhoJ autem in eo fit vifus , dit-il , 
te/latur id , quod videmut in cataraBis : aqua enim 
cum wtercrffialUnHm & corneam fteterit , utnonpof- 
ftt fpeciet prœ aqua ad crifiaîîinum tranfire , iumem 
amputât vifuaîe ; [ed aqua ablatâ, lumen reparatur. 
Il dit auffi la même chofe au chapitre premier de 
rufage des Parties. 

L'autorité de Galien a été d'un li grand poids, 
.que prefque tous ceux qui font venus après lui 
jufques à préfent, même ceux qui ne fuivene 
point fes principes , ont embraffé fon opinion : & 
li quelques-uns s'en font un peu éloignez, c'a 
plutôt été à l'égard de la caufe delà maladie ,& 
du lieu imaginaire où ils penfoient qu'elle s'en- 
pendroit, qu'à l'égard de fon effence , qu'ils ont 
toujours eftimée femblable. 

Mais s'ils avoient bien confidéré ce qui fe patte 
dans nos corps , ils ne fe feroient jamais imaginé 

que 



DE L'O E IL. 97 

que la catara&e fîk une membrane eiigen- 
cirée dans l'humeur aqueufe. En eiKt, qui a ja- 
mais obfVrvé que de nouvelles membranes fe 
foîetït formées chez nous après notre raîMance ? 
Si on remarque quelquefois des excroi fiances, 
e T ies tirent leur orknne des parties aufquelles 
elles font toujours adhérentes ; & fi dans la prati- 
que on rencontre des humeurs charnues ou hu- 
morales, qui ont des membranes ou envelopes 
particulières, en les examinant il eft aile de ju- 
ger que ce ne fontque,ou des glandes ma'ade?, 
extrêmement grofiies par le fuc nourricier plus 
ou moins vicié, qui s'y porte continuellement 
par les artères, qui groffiiTent même considéra- 
blement, comme on le voit dans le cancer, dans 
les écrouelles dans les fchirres,& autres maîa 
dies de cette nature ; ou des extenfiors de mem- 
branes , rendues telles par une femblable caufe , 
comme on le remarque dans les aîhéromss ,ftCa- 
tomcs, r d me'Itcerh, & dans d'autres tumeurs fera- 
b! a blés. 

C'eil anfll ce qui a fait dire a quelques nou- 
veaux Médecins, que toutes les particules étant 
formées dès la. première conformation, il ne 
s 'engeridroit jamais de kift ni de membrane ab- 
folument contre nature, & que ces kifts ou ces 
cataractes qui paroiflent, ne font que des déve- 
lopemens des membranes &des petites pellicules 
quicompofent les parties rd'oii ils concluent que 
la cataracte ne commence à fe former que par 
une petite pellicule qui fe détache du criita'ilin, 
6c qui flotte dans T humeur aqueufe. 

Cette opinion femble à la vérité probable: 
cependant ii on l'examine de près, on trouvera 
■qu'elle neft point foutenabîe ; par ce que s'il 
étoit vrai qu'il fe fit des détachemens des pelli- 
cules du criftaliin, ce qui ne fe peut, il ieroit 

E 



9 S Des Maladies 

impcfïîble que la furface de celles qui refient ne-oe 
îeifenti.fient de l'altération de celles qui feroient 
féparées: ainfi cette cataracte imaginaire étant 
abbaiiTée, il refteroit un nuage cui empèche- 
roit la vue: d'ailleurs cette même fui face ne de- 
viendrait jamais allez polie pour îaiiTer palier 
les rayons de lumière au-travers du criftal'in, 
fans leur caufer plufieurs fauffes réfra&ions, qui 
brouilieroient tellement la vue, que toutes les 
lunettes convexes n'y pourroient remédier. 

Voilà -les opinions différentes & principales 
qu'on a eu touchant l'eiTence de la cataracte. Si 
celle des anciens n'avoit pas été abandonnée par 
-Galien & par ceux qui font venus après lui , cette 
«maladie n'auroit peut-être pas été i\ long-tems 
inconnue: on verra Ciàns la fuite qu'elle nppro- 
choit de la vérité. Celle de Ga'ien, quoique plus 
en vogue, eit abfolumeut fauffe; .& celle des 
nouveaux Médecins, quoiqu'elle femble plus 
raifonnable, elle ne peut à mon fenspafier pour 
vraye, parce qu'elle ne s'accorde pas à l'expé- 
rience. 



CHAPITRE IL 

Çê qyzfeft que la cataraUô , & la àivifion dit 
cataraffex. 

Près des expériences & des observations 
\ fouvent réitérées, j'ai reconnu que le ci iftal» 
lin eit attaqué de différentes maladies, qui l*a Itè- 
rent ou en toute fa fubftance, ou feulement en 
quelques-unes de fes parties. 

L'altération entière du crirTaHin , qui lui fait 
perdre tout ou partie defatranfparence, je l'ap- 
pelé tetarafte ; & la particulière , je la nomme 
tacbp* 



de l'Oeil. 99 

Et comme dans les catara&es,!e criftallin fe 
trouve diverfement altéré, & que ces diverfes 
altérations ont différentes cau r es, je reconnofe 
auftî des- cataractes de difféi\ nte nature , que je di- 
vife à raifon du prognoftic qu'on en peut Faire, 
en attabler , incurables, Si en très- difficiles * guérir. 

Par cataraBes curable f , j'entens celles ou le cri- 
ftailin obéi fiant à i'éguille, peut être conduit en 
un autre lieu que celui qu'il occupe, au moyen 
dequoi la vue eft rétablie; & je 'es appellerai 
dans la fuite de ce Traité, cataractes vrayet , ou 
{impie ment cataraBes. 

Par cataraBes incurables , j'entens premièrement 
celles où le criftallin eft fi fortement attaché au 
lieu qu'il occupe, qu'il n'en peut être féparé pour 
être conduit ailleurs : feconJement celles où le 
criftallin eft fi peu attaché, qu'il peut être con- 
duit dans toutes les autres parties de l'oeil , mais 
fans aucun avantage pour les malades ; je les ap- 
pellerai cataraBes fauffes CU ha fardes. 

Et pir cataraBes très- difficiles à guérir, j'en- 
tens celles qui participent desvrayes & des fauf- 
fes, & qui font plus ou moins curables, celles qui 
participent plus ou moins des vrayes ou des 
fauffes ; je les appellerai cataraBes mixtes ou 
itompeujes. 

Dans la fuite de ce Traité , on connaîtra aifé- 
ment toutes les raifons qui m'ont obligé à divifer 
ainfi les catarades, c'eft pourquoi je n'en dirai 
rien ici. 



CHAPITRE I I L 

De la cataraBe vraye, 

A cataraBe vraye eft une altération de tout le 
r criftallin , qui change de couleur, perd fa 



Eii 



$ oo Des M a l a d i e s 

tranfparence, devient plus fbiide qrfï\ n'< 

& qui diminuant un peu en volume, femble ce- 
pendant augmenter à l'cccafion d'une certaine 
.matière mucilagineufe qui s'amaffé auteur en 
manière d'aper.dices qni flottent fouvent dans 
l'humeur aqi»eufe;& la fuite de cette altération 
eft lapeite.de ia vue 

PoJr prouver la vérité de cette defeription, 
je pourrais rappotter ici un grand nombre dob- 
fei vation- que j'ai faites en opérant fur les cata- 
ra&es; mais cela feroit affez inutile, parce que 
i? Chirurgiens Oculiftes qui exercent cette 
opération, les peuvent faire auiîi-bien que moi; 
aitîfi je me contenterai d'en rapporter feulement 
deux de celles qui m'ont le plus defab'.féde l'o- 
pinion commune , que je fuivois alors fort reîi- 
gieufement: enfuite j'en rapporterai une autre 
que j'ai faite après la mort d'une perfonne tra- 
vaillée d'une cataracte, fur laquelle on n'a voit 
point fait l'opération: 6c enfin j'en rapporterai 
lieux autres faites après là mort d'une autre per- 
fonne, fur laquelle j'avais fait l'opération fur 
tes deux yeux quelque tems avant fa mort. 

PREMIERE OBSERFâTION, 

En Tannée 1682. . j'abbaiflai une catara&e fur 
Thomas Charié, Maréchal, demeurant à Châ- 
tres fous Méry. Cette catara&e, avant l'opéra- 
tion , tue parut bonne, quoique la pupille eut de 
la^einç à fe refferrer. Dins letemsde l'opéra- 
tion, après que j'eus i trodmt reguiîle dans 
1 œil , & que j'eus détaché la catara&e , je nrap- 
5 qu'elle s'avançait fort en devant îorique 
Vappuyois l'éguïile pour l'abaifi'er,& qu'il for- 
roic par la pupille quelque chofe de b'anc & fort 
ie, Je crus facilement que c'etoit toute la 



d e l'Oeîl. i : 

cataracte qui pafibit par la pupire:ceîa me £t 
changer la Situation de mon éguil.'e, pour en peç- 
terdoucement la pointe à la partie fupén'eurede 
la pupille, afin de retirer en dedans Scd'abaiflei? 
ce que je voyois : mais je fus fui pris, en raiiYn; 
ce mouvement, de voir un corps gros, b'anc<Sc 
& rond, eu: navoit point la fjiiiie d'une mem- 
brane, rouler fous mon éguiile. Je reporta 
fieurs fois la pointe 4e mon éguiiîe fur ce corps, 
& je l'abaiflai : après quoi je vis l'ail fort 
ik le malade âlors.diiringua les objets communs. 
Ap ;ès avoir enfin tenu quelque tems ce corps 
fujet, je retirai mon éguiile. 

Qne'ques jours après ,1a catr.r^clre remonta un 
peu, & j'^pperçns quelque choie de blanc par- 
delà la pupiile, qui baufi oit& bai in it au moin- 
dre mouvement de l'œil. Je CiU> que cela fe pré- 
cipiteroit dans la fuite , je me trompai ; car après 
que le malade fut gyéri de la piquure , cda ce n- 
tinua, & il pafla ainii hhyver. Cétoit dans Tau— 
tomne que l'opération avoic été faite. 

Le printems fuivant il vint me trouver, &me' 
pria inftamment de lui abbaifler ce nuage, qui 
fincommodoït fi fort, à ce qu'il me difoit, qu'il 
étoit obligé de fermer cet ceil pour ne fe 1 
que de l'autre, qui avoit auiii été travaillé d'une 
cata:aite,dont l'opération avoit été faite il y 
avoitenviron dix huit mois. 

J'allai donc chez lui: je remis l'éguille dans 
fon ceil; je la portai au bas de la papille, pour 
reprendre ce que j'a vois abaifié par le bas, & lui 
faire faire la culebute, comme l'enfeigne Guil- 
lemeau pour les cataractes qui ne demeurent pas 
fujettes ; & i/ m'apperçu; auflïtôt que je faifois 
remonter ce corps blanc & rond que j'avois re- 
marqué la première fois , mais qui ne me parut 
pas fi gros: je i'abbaiflai enfin pour la féconde 

Eiij 



ici Des Maladies 

fois , & il refta fujet , & ce qui paroiflbit aupara- 
vant difparut entièrement. Il vit alors de cet œil 
comme il voyoit du premier, 6c a vécu près de 
dix-neuf ans depuis, n'étant mort qu'en l'année 
1701 fort âgé. 

Cette opération a été la première qui a com- 
mencé à me defabufer de l'opinion commune ; 
car je raifonnois aînfi : fi la cataracte eft une mem- 
brane qui s'engendre entre l'uvée & le criftallin, 
étant leparée, elle ne peut* contenir un fi grand 
efpace, & on pourroit aifémeut la loger au- 
deflbus de la prunelle fans qu'elle incommodât, 
& d'ailleurs îa vue feroit auifi bonne comme elle 
étoit avant la naiflànce de la cataracte. Si c'eft 
une pellicule qui fe détache du criftallin , à la 
vérité la vue devroit être diminuée après l'opé- 
ration, mais cette pellicule ne devroit pas pa- 
roitre fous un fi gros corps : il faut donc, difois- 
je, que ce foit véritablement le criftallin altéré 
que l'on abbaiffe. Je n'avois pointde peine à con- 
cevoir comment on pou voit voir fans criftallin : 
j'en étois déjà perfuadé par raifon d'optique, & 
par le fentiment de Plempius, rapporté au Cha- 
pitre 11 de laDefcription de l'Oeil: mais ce qui 
m'embaraffoit, c'étoit je ne fçai quoi de blanc 
cjue j'avois vu floter dans l'humeur aqueufe. 

11. OBSERVATION. 

Le 5 Octobre 1685 , étant mandé à Sézanne 
en Brie, je fis l'opération de l'abbaifiement d'une 
cataracte fur l'œil droit d'un nommé Gobin, 
Cordonnier, au Faubourg de Broyés. Mon éguil- 
le écant dans l'œil , & îa cataracte commençant 
à quitter, fortuitement je fus heurté au bras par 
quelqu'un des aiïiftans : cela me fit donner un 
faux mouvement à mon éguille, & je m'apper- 



fi-E l'Oe ri;. ^ rof 

eus aufïitôt eue prefque la moitié de la cata- 
rafte étoit paflee par la pupille ; elle me parut 
b!anche& rende, comme dans l'cbiervation pré- 
cédente, Se j'y obfervai bien mieux ce je ne fçai 
quoi de blanc & de flexible attaché autour, "& 
dont les extrêmitez fllotoient dans l'humeur 
aqueufe. 

J'achevai mon opération comme deffus :1a ca- 
taracte refta abbaiflee, & le malade guérit fars 
.que la pupille foit reliée dilatée, ce que j'ap- 
préhendois bien fort. Ileft encore en vie, n'ayant 
plus que cet œil, l'autre étant perdu par l'impé ■ 
ritie d'un charlatan coureur, qui lui perfuada dé 
fe mettre entre Tes mains, pour le guérir d'une 
autre cataracte qui commençoit à fe former, 
quand je lui fis l'opération fur l'œil droit. 

Cette oblervation me defabufa entièrement 
de l'opinion commune; & je commençai dèl- 
lorsà foutenir, quand l'occalion s'en préTentoit y 
que la cataracte étoit une altération entière du 
criftallin: ce qui me donnoit lieu de réfoudre 
quantité d'objections que plufieurs Médecins o» 
Ghirugiens me faifoient. 

1IL OBSERVATION.. 

Quelque tems après un pauvre paffant mourut 
dans notre Hôpital ; j'avois pris garde la veille 
de fa mort , qu'un de les yeux e'toit travaillé* d'une 
cataracte y- peu après qu'il fut mort , je féparai 
l'oeil de fon orbite , & je le portai chez moi* 
L'ayant ouvert , je remarquai que cette cataracte 
occupoit la place du criftallin , & je ci ai bien que 
c'étoit le criftallin même ;en effet, après l'avoir 
fe'paré aifément avec la pointe de mon fcalpel , je 
reconnus que c'étoit véritablement le criftallin 
entièrement altéré : je le rompis avec les doigts 

Eiiij 



s-04 Des Maladies 

pour m'en aflurer davantage, & je remarquai que 

fa fubftance étoit femblable à celle d'un cfiftaîiîn 

infufé dans une liqueur acide, comme je l'ai dit 

ci-devant. 

Je fuis fâché d'avoir perdu la mémoire de cette 
obfervation : ce ] a m'oblige d'en demeurer là , 
dans la crainte que j'ai d'en impofer au public, fi 
je marquois les autres circonftânces de cette ob- 
servation que ma mémoire ne me fourniront peut- 
être pas aufli fidèlement que ce que j'en viens de 
dire. 

'• Après cette obfervation, je n'eus plus befoin 
de raifonner fur les observations que je Fa i fois en 
opérait , pou me fortifier dans l'opinion que je 
tênois. J'en étois convaincu de vue & de fait ; ce- 
pendant je n'en pouvois encore convaincre les 
autre?. On m'alléguoit qr.e je pouvois me trom- . 
per, & que c'étoit pénétre un glaucoma ; que 
quand on auroit abbaifle cecorps pendant la vie 
de cet homme , il n'auroit peut- être pas vu , à 
caufe du défaut du c iitallin ; que pour détruire 
une opinion univeifehement reçue, il fallcitdes 
obfervat ions qui ne laiflaflent aucun doute , ëc 
beaucoup d'autres raifons de cette nature, qui 
me donnaient lieu d'admirer la facilité avec la- 
quelle on embrafïe une opinion peu foutenabie, 
ëc la difficulté que l'on a de l'abandonner quand 
on en tft une fois prévenu. 

IV. OBSERVATION. 

Sur la fin du mois d'Octobre de l'année 1 691. un 
pauvre homme m'amena fa femme qui étoit 
aveugle, & me pria , par charité de lui rendre la 
vue fi cela fe pouvoit. J'examinai fes yeux que je 
reconnus être travaillez chacun d'une cataracte; 
celle de l'œil droit étoit d'un blanc de perles peu 



D e l'Oe 3 & 1 c ; 

îuifantes , fuffifamment étendue & avancée en de- 
vant. Le trou de l'uvée fedilatoit & fe reflerroit 
ni trop vite ni trop doucement , quaiid«je frottois 
la paupière & que je l'ouwois;& en paflant la 
ma»n entre fon œil & le grand jour . elle en diftin- 
guoit t'ombre, & de même la lumière & les té- 
nèbres- Ces lignes me firent juger qu'elle étoit 
mûre & confirmée. Cette cataracte s'étoit for- 
mée foit prornptement , félon le rapport que 
cette ferpme & fon mary m'en firent, qui m'aliu- 
rerent qu'il n'y a voit que trois mois qu'elle fe conr 
duifo-t encore de cet œil, ce qui me confirma da- 
vantage que cet te cataracte obéir oit àl'éguille. 

Celle de l'œil gauche étoit jaune, elle paroifibit 
avoir plus d'étendue que celle ce l'œil di oit , & 
s'avancer plus en devant. Le trou de l'uvée ie cira- 
toit & relletroit fort lentement , & diftirguoit 
bien moins l'ombre de la mainelt la lumière. Je 
jugeai par ces lignes qu'elle étoit vieille ; & ces 
pauvres gens me dirent qu'il y avoit fix ans que 
cet œil etuit perdu; cependant je ie défe/perai 
point que cette cataracte n'obéit à leguille, 
parce qu'elle étoit vraie , l'iris de l'un & de Vautra 
œi! étoit d'une bonne odeur. 

Ayant préparé cette femme à l'opération , je 
lui abbaifiai ces deux cataraéfces le i. Novembre 
fuivant. C lie de i'ceil droit ne me fit aucune 
peine , lecriftallin étant abbaifle demeura , & la 
malade diftingua dès-lors toutes fortes d'objets : 
cela s'entend à la manière de ceux à qui en a ab~ 
baiffé les catara&es; c'eft-à-dire, les voyant un 
peu confufément;& dans la fuite il n'y eût à cet 
œil ni douleur ni inflammation. 

L'opération de l'œil gauche fut beaucoup la- 
borieufe, tant pour abbaifler la cataracte, que 
pour la tenir fujette , ayant remonté trois ou 
quatre fois pendant l'opération , & après i'opéra- 

£ v 



tô6 Des Maladies 

tion elle remonta même un peu , & la malade' 
voyoit un peu moins de cet œil que de l'autre , &' 
fut travaillé d'une inflammation légère , qui fe 
pafïa entièrement dans fept ou huit jours. 

Dis jours après l'opération, cette pauvre fem- 
me fe trouva entièrement guérie. Et comme fou 
mari & elle trouvèrent à s'occuper à préparer du 
chanvre pour en faire de l'œuvre; le mari à le dé- 
grcffir, & la femme à l'affiner, ils réfoiurent de 
palier l'hy ver dans cette Ville; mais cette pauvre 
femme ayant été attaquée le i . Décembre fui van 6 
d'une violente péripneumonie ; elle en mourut le 
fixiéme jour, nonobstant tous mes foins. Sa mort 
me fâcha , parce que c'étoient de bonnes gens : je 
ne fus cependant pas fâché de trouver un^ occa- 
iion auffi favorable , pour m'éclaireir davantage 
de ce qui arrive après l'opération de l'abbaiffe- 
rnent des cataractes , tant pour mon inftrucfion 
particulière, qu'afin de pouvoir mieux détrom- 
per le public. 

Quelques heures donc après la mort de cette 
pauvre femme , je féparai les deux yeux de leur 
orbites , je les remarq nai par des fils que j'y atta- 
chai pour les reconnoitre , je les portai chez moi, 
gc je fis les remarques fuivantesfur l'œil droit. 

i . Avant que d'ouvrir l'œil droit , je te renver- 
fai en pîufieurs fens , je le fecouai plufieurs fois 
aiïez rudement, je le preffai même, fans que la 
cataracte changeât de place. Ce qui me fit juger 
qu'elle s'étoit affeimie au lieu où jelavoislogée 
lors de l'opération. 

z. Je coupai enfuitela cornée rranfparente tout 
autour du cercle extérieure de l'iris , & j'enlevai 
la pièce fans ofFenfer l'iris : je tenois cependant la 
partie antérieure de l'œil élevée en haut, pour 
empêcher qu'il n'arrivât aucune confufion au de- 
dans de l'œil. L'humeur aqueufe s'étant écoulée 



de l'Oeil. 107 

en partie , j'eus le plaifir de voir au travers de la 
pupille, que le criftallin n'étoit plus dans le lieu 
qu'il de voit occuper, qui eft le milieu de la partie 
antérieure du corps vitré. 

3. Cet endroit du corps vitré étoit élevé en une 
boflè fort égale, qui imitoit la fur Face antérieure 
d'un criftallin , hors qu'elle n'étoit pas déprimée ; 
8c lorfqu'àvec un ftile je l'enfonçois doucement, 
elle fe rele voit tout auflitôt que j'avois été le f nie, 
& retournoit en fa première figure. 

4. Elevant l'uvée avec le bout d'un ftile , j'ap- 
perçûs ie criftal'in en fa partie inférieure au* 
defîous de l'iris , où il avoit été placé le rs de l'opé- 
ration. Pour le mieux voir je fendis la cornée & 
î'uvée au- travers du côté des deux angles de l'œi?, 
le refte de l'humeur aqueufe étant écoulée , & 
ayant enti 'ouvert ces membranes , je vis alors 
tout le criftallin au lieu dit, où il étoit affermi pas; 
le corps vitré qui étoit enfoncé à l'endroit qui 
touchoit le criftallin, & par uneefpecede g'u qui 
le coloit légèrement à l'uvée & à la membrane 
du corps vitré, 

5. Ayant tout- à-fait ôté le criftallin du lieu dir, 
je remarquai que les fibres ciliaires , qui du cercle 
ciliaire, s'infèrent à la membrane du corps vitré» 
à l'endroit oùellefediviie peur recouvrir le crif- 
tallin , étoient rompues & féparées de leur cercle y 
à l'endroit où ce criftallin avoit été conduit lors de 
l'opération, & dans celui où l'éguille avoit paîTé ; 
& que dans ces deux endroits le cercle ciliaire 
étoit de même fépare de la membrane du corps 
vitré à laquelle il ie colle. 

6. Examinant ce criftal'in, je reconnus qu'il 
étoit recouvert de deux fortes de fubflances ; la 
première qui fe préfentoic, étoit d'un blanc de 
perles, fort flexible & obéiflanre , & environnoit 
inégalement le criftallin , ne le touchant qu'en 

E v j 



io8 îtes Maladies 

quelques endroits. Elle reflembloit affez bien à 
ézs flocons de neige , ou à des morceaux de gom- 
mes foudus à moitié dans l'eau, & attachez en 
manière d'apptndices autour de quelques corps. 
J'appellerai dans la fuite de ce Traité cette pre- 
mière fubftance , accompagnement de la cataraBe ; 
parce que ces fortes g 'appendices fe rencontrent 
toujours plus ou moins dans les cataractes vraies, 
uuand elfes font confirmées ou mûres. 

7. La féconde fubftance recouvrait tout le 
crrftalhn , fafuperficie étoit un peu inégale & ra- 
boteufe ; elle étoit blanche , plus iblide que la 
première , reflemblant à un blanc d'ceuf cuit & 
prefque dur , & me paroi flbit être la propre fub- 
ftance du criftallin , dont tout îe volume fem- 
bloit: être plus petit qu'il ne de voit i à proportion 
de la grandeur de l'œil, cette féconde fubftance 
comprife. 

8. A mefure que cette féconde fubftance, fem- 
blabîe à un blanc d'ceuf endurci , approchoitle 
centre du criflallin, elle étoit plus dure,& fon 
blanc tir oit un peu fur le jaune. Et aprè 3 avoir ôté 
toute cette fubftance, le reftedu criftallin me pa- 
rut plus jaune & plus folide ; cependant il etoit 
un peu tranfparént , enforteque le préfentant au 
grand jour, on pou voit diftinguer les ombres des 
objets communs que l'on mettoit au-devant. 

9. Le rompant, je reconnus qu'il avoit la con- 
fiftanced'un fromage non parlé endurci de fei- 
chei efie, qu'on peut broyer fous les doigts ; mais 
qu'il fedivifoitpar lamines ou pe!iicules,dont les 
fibres qui les compofoient fe conduifoient de 
devant en derrière, ou de derrière en devant , de 
la même manière que je l'ai fait remarquer au 
Chapitre IL de la Defcription de l'Oeil , en par- 
lant du criftaîîin bouilli, ou préparé avec l'eau- 
forte ; enforte que ces lamines ou pellicules 



D E L'OE IL. ï - ~ 

avoient plus dedifpofition à fe fendre & fedivi- 
fer félon cette longueur de fibres; c'eft-à-dire de 
devant en derrière. Leurs fuperficiesétoientauilî 
fort unies & confervoient leur figure fphérique. 
Enfin le cnftallin refTembloit entièrement à un 
criftallin préparé , comme je l'ai dit , excepte 
qu'il étoit un peu jaune. 

10. Le corps vitré étoit net & tranfparent à 
l'ordinaire. L'humeur aqueufe avoitaulii la pu- 
reté & la tranfparence qu'elle doit avoir, & étoit 
dansune quantité iuffifante pour tenir le globe de 
l'œil afiez tendu. J'avois eu foin de la conferver 
toute dans un verre pour l'examiner enfuite. En- 
fin toutes les autres parties de l'œil étoient dans 
leur état & fituation ordinaire. 

V. OB SERVAT10N. 

t. Ayant fini d'examiner l'œil droit , je pris 
l'œil gauche, & après avoir procédé comme à 
l'œil droit , je reconnus pareillement que le crif- 
tallin n'étoit plusdansle lieuqn'ildevoitoccuper. 

î.QYilétoit à la partie inférieure de l'avée, un 
peu plus élevé que celui de l'œil droit , parce 
qu'il avoit remonté un peu après l'opération , 
comme je l'ai dit, enforte qu'on en découvroit 
une très-petite partie p^r le trou de l'uvée , & 
aulli des flocons ou accompagnement dolit je 
vais parler , qui fembloient s'être un peu afraiflez 
depuis l'opération. Il paroifïoit aofli un peu 
moins affermi à l'endroit où il étoit refté. 

3. Qu'il avoit beaucoup de cette première fub- 
ftance dont j'ai parlé à l'article 6. de l'Obfei va- 
tion précédente , qui n'avoit pas la même blan- 
cheur ; elle étoit auiTi plus folide & fibreufe , fai- 
fant même reflbrt. 

4. Qu'il avoit très-peu de la féconde fubftance, 



no des Maladies 

qui étoit beaucoup plus jaune & plus dure , &c 
dont la fuperficie étoit pareillement un peu iné- 
gale & raboteufe; tout le refte du criftallin étant 
aufli plus petit qu'il nedevoit, & étant plus dur, 
plus jaune & moins tranfparent que celui de l'œil 
droit, ayant au relie même difpofition de fibres. 
5. Enfin que le corps vitré & l'humeur aqueufe 
étoient comme à l'œil droit, & toutes les autres 
parties intérieures de même. 



CHAPITRE IV. 

Réflexion s fur les Obfervations contenues au Chapitre 
précédent, 

TOutes les Obfervations que je viens de rap- 
porter, font connaître fi exactement ce que 
e'eft que la catara&e , que je ne penfé pas qu'on 
puifie douter que ce ne foit une altération entière 
du criftallin. Il faudroit être bien ennemi de la 
vérité & du bon fens , pour perfifter dans une opi- 
nion qui n'avoit pour fondement qu'une idée 
faufTe qu'on s'étoit formée de Pafage du crift&l- 
lin. On voit" par l'article 2. de la quatrième Ob- 
feryation , & par l'article premier de la cin- 
quième , que le criftalJin n'eft point néceflaire 
pourvoir, puifque cette femme voy oit, quoique 
ces deux criftallins refufient plus dans leur lieu, 
mais feulement pour mieux voir, comme je l'ai 
prouvé au Chapitre XXI I. de îa Defaiption de 
l'Oeil , & comme Va reconnu Plempius; ai ni! cette 
epinion, quoiqu'univerfellement reçue , fe dé- 
truit d'elle même. 

Les articles 6. 7.8.8c 9. de la quatrième Obfer- 
vation,& lesi. }.& 4. de la cinquième prouvent 
que la cataradte rreft point une membrane , ou 



DE L'OBI!;.' HT 

an autre corps qui s'engendre, ou fe congelé dai?s 
l'humeur aqueufe : mais une altération entière de 
tout le criftallin, qui change de couleur & perd 
fa tranfparence , & que c'eft ce criftailin ainii ai- 
teréqu'on détourne avec l'éguilIe.L'Obfervation 
troifiéme fait connoître que c'eft ce même criftal- 
lin altéré qui s'oppofe au paflage de la lumière, 
tant qu'il refte dans fon lieu naturel. Enfin, la pre- 
mière & la deuxième Obfervation & toutes les 
autres que Ton peut faire en opérant fur les cata- 
ractes , ont tant de relation avec la 3. 4. & 5, 
que l'on peut dire que ces derniers ne font que 
des preuves plus évidentes des conféquences cer- 
tainesque l'on pouvoit tirer de la i.& de la 2. 

Les anciens Médecins avant Galien avoient 
donc eu raifon d'eftimer que la Cataraïïe & le 
Glaucoma étoient une feule & même maladie ; ils 
ne les confondoient pas pour cela. Le Glaucoma 
eft une efpece de cataracte , comme je le dirai 
dans la fuite; il eft vrai que c'eft une maladie in- 
curable ; aufti reconnoiilbient-ilsde deux forte3 
de cataractes , de curables & & incurables ;{\ leurs 
écrits étoient venus jufqu'à nous , nous ferions 
peut-être mieux éclaircis de leurs opinions que 
nous ne connoiflbns qu'imparfaitement, puifque/-. 
ce n'eft que par le rapport de ceux qui les ont 
abandonnées. 

Je dirai encore qu'on ne pouvoit trouver une 
occafion plus favorable que celle qui adonné lieu 
à la 4. & à la 5. Oofervation ; puifque dans un 
mêmefujeton y a trouvé une cataracte nouvelle- 
ment confirmée , & une vieille cataracte , Se 
toutes les deux abbaifïées peu de tems aupara- 
vant la mort avec tout lefuccès polTible; fur les- 
quelles on pouvoir remarquer en mêmetemsque 
laracilite ou la difficulté de les tenir fujettes, dé- 
pend de la nature de leurs accompagnemens , qui 



ni. Des Maladies 

félon qu'ils font plus pu moins flexibles, obéiiTent" 
ou réfiftent plus ou moins à l'éguille ou au poids 
du criftallin ; & que cette efpece de glu qui coi- 
ioit légère ment le criftallin à l'uvée & à la mem- 
brane du corps vitré, comme je l'ai dit en l'ar- 
ticle 4 de la quatrième obfervation, ne provient 
que de la matière gluante de ces menu s accom- 
■pagnemens encore tendre?: d'où vient que dans 
fes catara&es récemment mû i es , le criftallin 
doit être moins fujet à remonter que dans cel- 
les qui font vieilles , poifque leurs accompagne- 
mens étant plus folides, ils peuvent moins s'u- 
nir aux parties voi fines, comme on l'a vu à la fin 
de l'article i de la cinquième obfervatlon. 

Comme ce rïeft pas ici le lieu de rn'étendre 
fur les diôerens états de ces accompagntmens, 
& furies précautions qu'on doit prendre pour fur- 
monter les difficultés qu'ils caulent très-fouvent 
dans les opérations, je n'en dirai rien davantage 
pour le préfent ; je me réierve d'en parler au 
Chapitre fuivant, & dans les Chapitres 7,8,9, 
13 & 14. 



CHAPITRE V. 

Des caufes des cataraBes vrayes. 

A Près avoir montré que la cataracte vraye 
. eft une altération entière du criftallin , i^ eft 
bon de faire voir quelles peuvent être les caufes 
de cette altération. 

En confi dérant le rapport qu'il y a entre le crif- 
tallin infufé pendant quelque te m s dans une eau 
compofée de trois parties d'eau commune & d'u- 
ne partie d'eau forte, comme je l'ai dit au Cha- 
pitre onzième de la Defcription de l'Oeil; & un 



de l'Oeil, îz$ 

criftallin qui a perdu fatrar.fparence&qui s'eft 
endurci dans fon Iku naturel, comme il le ren- 
-contre clans le> cataractes vrayes & dans quel- 
ques-unes des faufi'es, ie n'ai pas de peine à con- 
cevoir que la caufe de l'endurcifiement S: de la 
perte de la tranfparence de l'un, ne foit à peu 
près femblable à la caufe de I'endurcifîement &" 
de lapertede la tranfparence de l'autre. 

Ainfi j'eftime eue la caufe des cataractes efi: 
une férofké acide & mordicante, qui fe jettant 
quelquefois par voye de fluxion , 6c d'autres fois 
s'amailant par congeftion entre le criftallin & la 
membrane qui le recouvre, commence à donner 
n ai fonce à la cataracte, dont les malades s'ap- 
perçoivent par un léger brouillard qui les empê- 
che be bien voir. Que cette férofité agi (Tant en- 
fuite fur la fuperficie du criftallin, en change 
fans doute la dilucfition, & en détache quel- 
ques particules peu affermies , qui flotant & pi- 
rouettant dans cette même férofité, font fem- 
bler quelquefois aux malades qu'ils voyent vol- 
tiger en l'air des étincelles de feu ; & que cette 
même férofité s'infinuant toujours déplus en plus, 
altère auffi de plus en plus le criftallin, enendur- 
cifTant la fubftance Se changeant fa couleur , de la 
même manière que les acides agiflans fur la cire, 
altèrent fa fubftance, en la deflechant, l'endurcif- 
fant , & la changeant de couleur. 

Et comme les conduits qui portenya nourri- 
ture au criftallin ne fe trouvent pas détruits, ils 
ne ceiïent pas aufli de lui en fournir : ainfi cette 
nourriture ayant du rapport à la partie qu'elle 
doit nourrir, on peut juger qu'itant épanchée 
autour du criftallin , & fe mêlant avec cette féro- 
fité acide, fes parties les plus difpoiees à s'unir 
y prennent corps , de même que nous voyons 
que le lait dans lequel on mêle quelque acide ou 
de la préfure, fe coagule. 



ir 4 Des Mal aime s 

C'eftaufîl en partie au lue nourricier du criftal* 
lin, & en partie aux particules qui fe détachent 
de fa fuperficie, que j'attribue la naiflance de 
ces additions ou excroiflances, que j'appelle ac- 
compagnement Je la cara-raïïe ;, & fuivant que ce lue 
eft plus ou moins fourni de parties liantes ou ra» 
meufes, il fait que ces accompagnemens font 
en plus giande ou en moindre quantité, qu'ils 
font ou plus flexibles ou moins flexibles. 

Quand ces accompagnemens commencent à fe 
former, c'eft alors que les malades femblent 
voir voltiger en l'air des choies qui reflemblent 
à des cheveux, à des dis, à de lapoufliere, à des 
toiles d'araignées , à un crêpe , à des barres , à des 
flocons de neige ou laine, & à des mouches: 
c'eft ce qu'on appelle ordinairement imaginations ; 
parce qu'il femble aux malades que ces chofes 
foient à une certaine diftance au-devant de 
leurs yeux. Et ces chofes ne paroiflent ainii, que 
parce que les rayons de lumière rencontrant ces 
accompagnemens , ne les peuvent pénétrer : ainfï 
il fe forme fur la rétine des ombres femblables 
aux chofes qui lescaufent, 

Et quand ces accompagnemens augmentent, 
on commence à appercevoir dans les yeux ma- 
lades des nuages blancs, qui augmentent de plus 
en plus, à meiure que ces accompagnemens de* 
viennent plus folides, & que le criftalîin perd fa 
tranfparence : alors les malades ne diftinguent 
plus aucuns objets, mais feulement une lumière 
confufe, & les ombres des corps opaques, lorf- 
qu'ils font fituez entre leurs yeux êclalumiere.- 

Cette féroiité acide qui enagiflantfur le criftal- 
îin, endurcit &defleche fa fubftance;& agiffant 
fur fon fuc nourricier, le coagule 8c lui donne 
corps ; enagiiïant fur la membrane qui recouvre 
Le criftalîin , elle n'y. produit pas le même effet i 



DE L' OE I U 11 ? 

au contraire > elle la détruit le plus fouvent & la 
confomme,fi non entièrement, du moins dans fa 
plus grande partie. Et la caufe, ce me femble, 
de cette deftru&ion, vient de ce que les parties 
membraneufes fe nourrifîantdu fangqui leurefî 
porté immédiatement par les artères, cette fé- 
rofité en s'infinuant dans cette membrane, coa- 
gule ce fang & empêche fon mouvement circu- 
laire; ce qui fait que cette membrane faute de 
nourriture, feconfomme comme par une efpece 
de fuppuration,de même qu'il arrive aux autres 
membranes de notre corps, lorfqu'elles font 
abreuvées d'une humeur qui a quelque acidité. 

Mais cette férofité qui détruit & confomme la 
membrane qui recouvre le criftallin, pourquoi 
n'agit-elle pas également fur la membrane qui 
fe rencontre au-deflbus,& qui recouvre immé- 
diatement le corps vitré? Ne feroit-ce point 
parce que cette membrane étant attachée aux fi- 
bres membraneufes de ce corps , & en faifant par 
conféquent partie , le fang & les efprits qui nour- 
riflent & entretiennent cette membrane , fe- 
raient confervez dans leur mouvement par la 
chaleur & les efprits de ce corps dont elle faifi 
partie : enforte qu'un acide peu malin, tel queft 
celui qui caufe la vraye catara&e, n'auroit pas 
afîez de force d'y agir comme fur celle qui re- 
couvre le criftallin, qui hors dans fes extrêmitez 
n'adhère à aucune autre partie, non pas même 
au criftallin quoiqu'elle le touche : d'oii vient 
aulfi que dans quelques cataractes mixtes ckdans 
quelques fauffes, lorfque cette férolité eft ma- 
ligne, la membrane du corps vitré en eft affectée, 
comme je le dirai dans la fuite. Ou bien ne feroit- 
ce point que, commedans les pullules, ou petites 
tumeurs peu malignes qui fe font dans les tégu- 
mens,la matière qui elt renfermée chez elles j 



ïi6 Des Maladies 

étant pouflee par la «aturedu centre à la circon- 
férence, brife la peau qui la recouvre, fans of- 
fenfer les membranes ou antres parties qui font 
au-deiTous, quoique plus diîicates:£c que de 
même, l'humeur qui caufe la cataracte étant 
pouflee du centre de l'œil vers fa circonférence, 
feroit plus en état de brifer la membrane qui re- 
couvre le criftallin. Il y a quelque apparence que 
cela fe fait de l'une ou de l'autre manière , Ôc il 
feroit difficile de rendre une autre raifon de ce 
fait. 



CHAPITRE VI. 

Suite du précédent. 

QUe ce foit donc une firofité acide &mordi- 
cante quifoitlacaufedescatara&es,Ia con- 
formité qu'il y a dans la difpofition des pellicules 
& des fibres, & dans toute la iubftance même 
d'un criftallin altéré & tel qu'il fe rencontre dans 
les cataractes , & entre celle qui fe rencontre 
dans un criftallin infuie en une eau acide, comme 
je l'ai ci-devant dit , le fait bien voir. D'ailleurs , 
la deitrudon de la membrane qui le recouvre 
en eft encore une autre preuve ; puifque partout 
ou on voit une deftruefron de partie , on demeure 
d'accord qu'elle a été caufée par une humeur 
acre , acide , ou mo; dicante. 

Mais cette conformité n'eft pas tout-à-fait 
fembîable , me dira-t-on : un criftallin infufé 
dans une eau acide, eft blanc jofques dans fon 
centre, & mime d'un blanc de perle ;& lecrif- 
ftallin altéré comme il Teft dans les catara&es 
vrayes qui font d-ms leur maturité , n'eft blanc 
que dans fa fuperficie^ & on voit qu'il jaunit à 



D E L'Oe IL. îi? 

-mefure qu'en le dévelopant de fes pellicules on 
approche de fon centre. 

Je répondrai à cela, en difant cju'i] eft vrai 
que lorfque l'on fait infufec un criflaliin pendant 
J'hyver dans Veau acide propofée au Chapitre 
XI. de iaDefcription de l'Oeil , il devient blanc 
en tomes Tes parties, & demeure en cet état 
tel tems qu'il relie en infuiion,& j'en ai même 
teiffé perdant plufieurs mois, fans qu'ils ayent 
aucunement jauni : mais j'ai aulli expérimenté 
que -le fartant in&ifer dans cette eau acide pen- 
dant Ls grandes chaleurs de l'été, il blanchit les 
premiers jours, & fe prépare au relie comme 
pendant i'hyver; mais dans la fuite il jaunit; 
même fi on le laifle un mois ou plus, cette cou- 
leur jaune s'obfcurcit, & il devient noirâtre, Or 
il y a apparence que la chaleur donnant alors plus 
de mouvement nux particules acides de l'eau, 
elles pénètrent & agirent 11 vivement fur les 
pellicules qui compcfent le criftaîlin, qu'elles 
leur caufent une efpece de calcination, qui fait 
chang.fr leur couleur blanche en une jaunâtre 
puis en une noirâtre ; comme on voitque le mer- 
cure fixé par les acides , lé change en des couleurs 
différentes, fuivant les diftérens degrez de calci- 
nation qu'on lui donne. Onpeutraifonner de mê- 
me à l'égard des cataractes , en difant q-e la 
chaleur dont nous jouiflons pendant la vie, fai- 
iant agir l'acide qui eft la caufe des cataractes, 
fur les pellicules du cr iftaiiin de la même ma- 
nière que je le viens de dire, de blanches qu'el- 
les font d'abord, i\ les doit rendre jaunâtres, & 
quefois noirâtres dans la fuite, comme il arrive 
allez fouvent dans les vieilles cataractes; &con- 
clurede-là , qu'il n'y a point de contrariété dans 
cette conformitéijue j'ai dit être entre un crillal- 
&m altéré £c tel qu'il fe /encontre dans lescata- 



ïiS Des Maladies 

caftes, & un criilallin infufé dans les acides:; 
puilque ces mêmes acides aidez par la chaleur^ 
lui peuvent faire changer la couleur blanche en 
une jaunâtre ou noirâtre. 

Que l'humeur qui caufe les catara&es s'a- 
rnaife quelquefois par voyede fluxion ,•& d'au- 
tres fois par congeftion , l'expérience nous le 
fait connoitre;puifque nous voyons des catara- 
ctes qui dans l'efpace de trois ou quatre mois fe 
trouvent confirmées & en état d'être abbaiflees, 
comme celle de l'œil droit de cette femme dont 
j'ai parlé dans la quatrième obfervation du 
Chapitre III. & d'autres qui font fi long- tems à 
fe former, qu'après deux, trois, quatre, cinq ou 
fix ans, elles font fi peu avancées, qu'elles ne fe 
trouvent pas en état de foutenir l'opération ; 
même pendant un long tems on ne remarque au- 
cuns nuages dans les yeux qui en font travaillez, 
quoique cependant les malades ne puiilent di- 
stinguer aucuns objets. J'en donnerai quelques 
exemples dans la fuite. Et pour éviter toute équi- 
voque , je dirai que par ce terme de fluxion, je 
r/entens autre chofe qu'un amas d'humeur qui fe 
fait en peu de tems; & par celui de congeftion , 
un amas lent & imperceptible. 

Que cette humeur fe jette d'abord entre le 
criftailin & la membrane qui le recouvre, il y a 
apparence ; puifqu'avant que le criftailin ait per- 
du de fa tranfparence , les malades ne peuvent 
bien diftinguer les objets : ce qui ne peut arriver 
que parce q le cette humeur élevant en bofle 
cette membrane, elle eft la caufe d'une nouvelle 
réfraction des rayons de lumière, qui les fait 
agir avec confufion lorfq u'ils atteignent la rétine, 
comme on peut le concevoir par ce que j'en ai 
.dit en expliquant la vue. 

gi 1-oc m'objecte, que fi cette férofité ou bu- 



DE LUE I L. ïlâ 

-meur que je fuppofe caufer l'altération du crif- 
tallin, e fi: acide ou mordicante, elle peut pre- 
mièrement altérer l'humeur aqueufe , quand 
-elle fe mêle avec el!e après que la membrane 
qui la retenoit autour du criftallin eft rompue, & 
ainfi caufer l'altération des autres parties de l'œil 
Secondement, qu'elle doit caufer de la douleur 
lorfqu'elle agit fur la membrane qui recouvre le 
criftal lin, piufque c'eft le propre des membranes 
d'être fenfibles. 

Je répondrai à la première objection que cette 
humeur nefluant pas continuellement, mais feu- 
lement pendant un certain tems , comme il arrive 
dans la plupart des fluxions qui fe font fur les 
autres parties de notre corps ; elle n'eft pas en 
aflez grande abondance pour altérer l'humeur 
aqueufe , quand la membrane qui recouvre le 
criftallin , en fe brifant la laifle écouler ; parce 
que l'humeur aqueufe étant dans une quantité 
beaucoup plus grande , elle affoiblit & dompte 
fon acidité, dont même elle fe décharge dan? les 
veines, en circulant comme je l'ai dit dans la Def- 
eription de l'œil. 

A la féconde je dirai que ]^ membrane qui re- 
couvre le criftallin étant très fubtile , on ne doit 
point s'appercevoir de !a douleur, puifqu'elle ne 
peut être que tiès-légere;aufii voyons- nous que 
d'autres membranes beaucoup plus épaifles eau- 
lent peu de douleur îorfqu'elles font piquées, 
comme par exemple l'uvée dans l'opération de 
ï'abbaiffement des cataractes.. 

Il y a cependant des malades , qui lorfqu'ils 
commencent à. être travaillez de cataractes , 
même avant qu'ils commencent à s'en apperce- 
yoir, & quelquefois aufli quand elles font confir- 
mées, fe p'a'gnent d'une douleur au fond de l'œil 
qui en quelques-uns eu violente^ ôcen d'autres 



no Des Maladies 

fupportables ; mais cette douleur n'eft point can- 
fée par cette féroiité acide , amafiee autour du 
criftalîin & qui çaufe la cataracte; mais bien par 
une humeur rhumatifante qui fe jette fur les 
membranes qui forment le globe de l'oeil, & fur 
fes nerfs & autres'paities voiiines; & cela eft fi 
vrai, que ce n'eft pas feulement le fond de l'oeil 
qui loufïre,maisauili le devant de la tête, & fou- 
vent on reffent même des douleurs de rhumatifme 
en d'autres parties du corps. 

Il eft vrai que lorfque cette douleur de rhuma- 
tifme précède ou accompagne l'humeur qui 
caufe la cataracte, ou qu'elle contribue à la dé- 
terminer à couler au centre de l'oeil, la cataracte 
eft ordinairement fufptcte pour la mauvaife im- 
prefiion qu'elle caufe à tout l'œil; ce qui fait que 
la cataracte change quelquefois de nature, aufïî 
n'entreprend- 1- on point l'opération que cette 
douleur ne foit entièrement appaifée , & que la 
cataracte n'ait de très-bonnes marques, comme je 
le dirai ci- après. 

J'ai attribué en partie au fuc nourricier du crif- 
tallin,& en partie aux particules qui fe détachent 
de la fuperficie de ce corps ; la naifîance des ac- 
compagnemensde la cataracte ne pouvant l'attri- 
buer à d'autre humeur. Cette féroiité acide qui 
eft la caufe de l'altération du criftalîin , n'eft pas 
capable de prendre corps ; ce n'eft pas le propre 
de ces liqueurs : l'humeur aqueufe n'y contribue 
aufli en aucune manière, parce que iï cela étoit, 
on trou veroit quelquefois de femblablesexcroif- 
fances dans l'efpace que cette humeur occupe , 
fans que le criftalîin fut altéré; il n'y a donc que le 
fuc nourricier du criftalîin qui leur puifTe donner 
naiflance, en liant avec lui les particules qui fe 
décachent de la fuperficie de ce corps. 
Je n'ai nen dit des caufes extérieures des cata- 
ractes, 






de l'Oeil. mi 

rades', comme font les coups reçus fur l'œil ; par- 
ce que ces forces de cataractes ne font pas pour 
l'ordinaire vraies. Cela viendra dans fon lieu , auffi 
bien a'ai-je eu deffein de traiter ici que des caules 
intérieures des cataractes. Voyons préfentement 
qu'elles en font les différences. 



CHAPITRE VIL 

Dss différences des Catar/iBes vraies, 

LEs Cataractes vraies ne différent entr'elles, 
que , ou à raifon de leur âge , ou de leur 
quantité ou étendue , ou de leurcouleur. 

A raifon de leur âge , elles font ou naiilantes & 
imparfaites, ou confirmées & parfaites. 

La cataracte eft naiflante torique le criftallin 
commence à. s'altérer , & que les accompagne- 
mens commencent à fe former, & à paroître 
comme des nuages blancs au-travers de la pupille. 

Il y en a de deux fortes , de Laiteufcs & de Ca- 
fe'eufcs , qui ne différent que du plus ou du moins; 
car toute cataracte dans fa naiflance eft laiteufe, 
& cette matière laiteufe n'eft autre chofe que ces 
accompagnemens naiiïans & encore très-tendres , 
joints à ces particules qui fe détachent de la fu- 
perficie du criftallin Et lorfque cette matière lai- 
teufe acquiert plus de conliftance , elle devient 
comme un lait caillé qui fe peut divifer par mor- 
ceaux , & forme ainiî la catara&e caféeufe. Dans 
ces deux états, la membrane qui recouvre le crif- 
tallin eft encore entière. 

La cataracte eft confirmée & parfaite , lorfque 
l altération du criltallin eft entière , qu'il a acquis 
une folidité p 1 us grande qu'il n'avoit ; que fes ac- 
compagnement ont plus de conliftance; qu'ils ont 

Y 



n* Des Maladies ' 

pouffé plus abondamment; que la membranequi 
couvre le criftaliin eft en partie ou entièrement 
confommée comme par une efpece de fupuration 
louable, 6k" qu'on voit au-travers de la prunelle 
la cataracte entièrement blanche ou d'autre cou- 
leur. 

Il y a deux dégrez de perfection, un de matu- 
rité lorfque les accompagnemens & lafuperficie 
du criftaliin (ont dans un certain degré de confif- 
rance, qu'ils ne peuvent plus fe réparer du criftaî- 
î.n, & fe difibudre dans l'humeur aqueufe quand 
en les touche avec l'égaillé ; qu'ils fe peuvent dé- 
tacher de l'avée s'ils a voient contracté quelqu'ad- 
hétence avec cette membrane , 8c qu'ils font fî 
flexibles & fi obéiffans, que quand on conduit le 
criftaliin au bas de l'uvée, ils ne font aucun ref- 
fort, d'où vient que la catara&e demeure. 

L'autre de vieiîleffe, quand les accompagne- 
mens ont tant de confiftance qu'ils deviennent fi- 
breux & font reffort ; d'où vient que la catara&e 
cft fort fujette à remonter lors de l'opération, & 
qu'ils s'attachent quelquefois fi fort à l'uvée, qu'on 
2 de la peine à les en féparer. 

Quand je dis que les cataractes vraies différent 
à raifon de leur quantité ou étendue , je n'entends 
pas que le criftaliin altéré foit plus étendu ; j'ai 
ait au contraire qu'il diminuoit de volume: mais 
j'entens qu'il paroîtainfi, parce que les accompa- 
gne^iens font en fi grand nombre quelquefois & 
fi étendus, qu'ils occupent tout l'efpace qui eft 
entre le criftaliin & l'uvée , & qu'il en paile 
même au-travers de la pupille, comme je l'ai vu 
quelquefois , & comme quelques Oculiftes peu- 
vent l'avoir vu ; & c'eft fans doute ce qui a fait dire 
à quelques Auteurs, que la catara&e s'engendroit 
quelquefois contre la cornée & l'uvée. Quand les 
accompagnemens font ainii , la pupille ne fe ret- 



de l'Oeil. 115 

ferre qu'avec peine, parce que Fuvée eft preffée 
par ces accompagnemens;& quand on abbaifle 
la catara&e, quoique le criftallin refte en bas, il 
paroitfouvent de cesaccompagnemens en forme 
de nuages par le trou de l'uvée,qui quelquefois 
ne fe diilipent pas entièrement. Ces catara&es 
pour l'ordinaire fe forment fort promptement, 
6c pour réuiïir on doit les abbaifTer fitôt qu'elles 
commencent à être mûres ; parce que lî on at- 
tend, pour peu de foliiitéqueces accompagne- 
mens ayent, elles font fujetces à remonter. 

D'autres fois ces accompagnemei.s font en fi 
peti:e quantité, que les cataractes enparoiflent 
petites & enfoncées. Dans cette rencontre le 
mouvement de l'uvée efl: très- libre, fon trou fe 
dilatant & refTerrant fort promp-ement. Elles 
font pour l'ordinaire long-tem> à fe former, & 
fou vent elles fe trouvent tra ver fées , & ces tra- 
verfes ou barres ne font autre choie qu'une partie 
de la membrane qui couvre le criftallin , qui n'a 
pas été entièrement confommée, par la pe- 
tite quantité de l'humeur qui caufe la cataracte ; 
même quelquefois cette membrane ne fe con- 
fomme point: d'où vient auffi que ces cataractes 
font pour l'ordinaire difficiles à féparer; mais 
quand elles font féparées, elles fe précipitent ai- 
fément. 

Enfin les cataractes différent à raifon de leur 
couleur, en ce que les unes font de couleur cé- 
îefte ; d'autres blanches qui font les plus commu- 
nes, fous lefquelles je comprens celles qui font 
d'un blanc de neige, d'un blanc de plâtre, d'un 
blanc de perle, d'un blanc argentin ou mercu- 
riel, & d'autres blancs mêlez : d'autres font jau- 
nes, d'autres noires, d'autres brunes, ou de cou- 
leur de fer, ou de châtaigne, d'autres grifes ou 
cendrées, & d'autres verdàtres. Nos Auteurs en 

Fij 



Des Maladies 
encore de rouges, mais je n'en ai jamais v\j, 

11 y a apparence que toutes ces différentes cou- 
leurs naiiTentdela différente a&ion de cette fé- 
routé acide que j'ai fuppofie être la caufe des 
catara&es. D'abord endëtruifant ia tranfparenGe 
du criitallin,elle le blanchit, & en condenfant 
cette humeur qui forme les accompagnemens, 
elle les rend pareillement blancs, & leur blan- 
cheur eft diverfe fuivant leur diverfe difpofition : 
ainfi quand ces accompagnemens font fubtils, 
ils font paraître une couleur célefte; quand ils 
font plus épais , plus épars , ou plus ferrez , ils font 
yaroitre différens blancs , <jui font plus ou moins 
faifans félon que leur fuperficieeft plus ou moins 
polie. Cette même férofité agiffant plus vivement 
ëç plus-long- tems, elle jaunit non- feulement les 
.carara&es, -mais -aulfi leurs accompagnemens; 
enfuite elle les noircit, comme je l'ai montré au 
Chapitre précédent : & de ces différens mélanges 
de blanc , de jaune , & de noir , viennent les ver- 
dâtres, les brunes , celles de couleur de fer ou de 
châtaine Jes grifes & les cendrées. On peut en- 
core dire-queia diverfe température des malades 
contribue beaucoup à la diveriité de toutes ces 
couleurs; puifquun bilieux, par exemple, eft 
pkisiujet aux catarades jaunâtres ou verdâtres; 
in mélancoliques aux noires, aux brunes, aux 
grjfeti ou cendrées, & à celles de couleur de fer 
ou de châtaigne ; un fanguin , un pituiteux 
aux céleftes & aux blanches, quoique quelque- 
foistoutes ces efpeces de cataractes ne commen- 
cent que d'entrer dans leur maturité. 

Un Chirurgien Ocuiifte.doit confidérer atten* 

.-_ivement toutes ces différentes couleurs, parce 

elles dénotent fou vent les différens âges dos 

cataractes, & leur différentes conilftances , qui 

kii aident à faire unprpgnoftic plus certain de la 



se l'Oeil. j fcrj 

bonne ou mâuvaife réufTite des opérations , com- 
me je le dirai en fon lieu. 



CHAPITRE VIII, 

Des figncs dtagtiojlics des cataractes, 

f\ Uand l'humeur qui canfe la cataracte com- 
V*Jjnence à couler ou à s'amafler entre le cri* 
fta'lm 6c la membrane qui le recouvre, les ma-* 
lades ne s'en appercoivent pas aulïïtôt ; parce 
qu'il eft rare que cette humeur fe jette en mémo 
tems & également fur les deux yeux: ce nfeffc 
que loriqu'ils regardent à l'ordinaire, &que fer- 
mant fortuitement l'œil iain , ils s'apperçoivent 
de quelque diminution d ; vue dans l'autre Sou- 
vent ils ne s'en plaignent pas, ayant quelquefois- 
oui dire à quelques perfonnes qu'elles ne 
voyoient pas également des deux yeux ; & quand 
ils confukeroient alors quelque Médecin ou Chi- 
rurgien , on ne ponrroit leur lien dire de certain ,>. 
ce ligne étant équivoque, & on le contenterois 
de leur ordonner quelques remèdes généraux qui 
n'empêcheroient pas le progrès de leur maladie, 
Quand enfu te les malades fembient voir vol- 
tiger en l'air quelques-unes ou plufieurs de ces 
chofes qui refiemblent à des cheveux, à des fils , 
à de la pouiliere, à des toile; d'araignées, à un 
crêpe, à des barres, à des flocons de neige ou 
de laine, & à des mouches, ce que l'on nomme 
imaginations , comme je l'ai dit au Chapitre W 
on peut s'affurer davantage du commencement 
d'une catara&e ; mais ce ligne n'eft pas encore 
certain, à moins qu'en même tems on ne s'ap- 
perçoive d'une diminution fenlibledelavue.il 
^ a des perfonnes qui font travaillées de ces ima- 

Fiij 



126 Des Maladies 

ginations; fans que la cataracte arrive, comme 
je le dirai ci-après au Chapitre XXII. même il y 
a des malades qui ne voy ent aucunes de ces cho- 
fes, mais feulement une forte diminution de vue 
préced leurs cataractes 

Quand ces cbofes fe fortifient de plus en plus 
& fans intermiffion , que la vue diminue à me- 
fure, & que les malades ne peuvent plus diftin- 
guer que confufément les objets communs , on 
peut s'affiner du commencement d'une cata- 
racte; & on juge qu'elle fe formera prompte- 
ment, fi tout ce que je viens de dire fe fait en peu 
de tems ; & lentement, iî cela ne fe fait que dans 
unlong-tems. 

Ne confondez pas , parmi les fignes avant-cou- 
reurs des cataractes, ces efpeces d'imaginations 
à peu près femblables à celles que je viens de 
rapporter, ces diminutions & ces erremens de 
vue qui arrivent à ces perfonnes cacochymes 
dont l'eftomac tft rempli d'impuretez^aux per- 
fonres atrabilaires, à celles qui tombent dans la 
f'rénélie , aux femmes ou filles travaillées de va- 

Îeurs ou de fuffocations , aux yvroges& autres. 
1 eft aifé de ne s'y point tromper ; parce que ces 
fyrr-p ornes ne font pas continuels, y ayant de 
Pintcrmiflion , ou qu'ils guériflènt par les re- 
mèdes, ou cefTent quand la maladie eu la caufe 
<]ui les prOv ? uit celle ; & les autres ancontraire. 

On connoitq se la cataracte augmente, quand 
en voit que la couleur de la prunelle fe change, 
que hon commence à appereevoir des nuages 
blancs, & que la vue eft fi diminuée, que les 
malades ne peuvent plus en aucune manière di- 
ftirguer les objets communs, mais feulement les 
couleuis vives & encore très-confufément, & 
une 'umiere blanche ôc.confufe lorfqu'on les ex* 
pofe au grand joui\ 



de l'Oeil. rrr 

On connoît qu'elle eft dans Ton état, îorfque 
ces nuages font fi tort augmentez, que la pupille 
en paroit toute blanche, ou de quelqu'une des 
autres couleurs énoncées au Chapitre précédent \ 
que cette couleur eft égale en toutes fes parties, 
ce qui dénote l'égalité de la fubftance des ac- 
compagnemens:& que les malades n'appergoi- 
vent plus qu'une foible lueur, & les ombres des 
corps opaques que l'on interpolé ou paile en- 
tre leurs yeux & le grand jour. 

Rapportez ici quelques-uns des lignes que 
vous trouverez dans le Chapitre fui vant, qui font 
connoitre en même tems l'état de la catara&e & 
le jugement qu'on en peut faire, & rapportez- y 
aulfi quelques-unes des chofes dites aux Chapi- 
tres V.& VII. 

Enfin on peut connoitre à peu prés l'étendue 
de la catara&e , je veux dire la plus ou la 
moindre quantité de fes accompagnemens : car 
fi elle paroit "petite , enfoncée , luifante , & il 
on a de la peine à diftinguer fa couleur, on juge 
que fes accompagnemens font en petite quan- 
tité : fi au contraire elle paroît grande , peu lui- 
fante , fuperficielle ; que regardant de côté la pu- 
pille, on voye fortir quelques fiiamens, que cette 
pupille foit plus dilatée qu'à l'ordinaire, & 
qu'elle ne fe refTerreque peu & très- lentement, 
qu'on remarque quelques rayes non naturelles en 
l'iris, quoique d'ailleurs d'une bonne couleur., 
on juge que fes accompagnemens font en très- 
grande quantité. 



Fiii/ 



iz8 Des Maladies 

CHAPITRE IX. 
Des ftgnzs prognofiics des calàraïïes. 

LOrfqu'on a connu par les fignes précédera 
que la cataracte eft à peu près en fon état 
ou maturité -, par ceux-ci on juge fi , en faifant 
l'opération , la réufiite en fera ou bonne ou mau- 
vaife. 

Le malade étant au milieu d'une chambre mé- 
diocrement éclairée, & tourné du côté du jour, 
on prend garde ïi la pupille eiî bien dilatée , & li en 
faiiant approcher le malade près de la fenêtre ou 
de la porte, ce trou fe reflerre à mefure que le 
malade approche du grand jour. 

Le malade aflisprèsdela fenêtre ou delà por- 
te, & l'œil fa in étant fer mé, on pofe la main de- 
vant & près de lœil malade , on dbferve iï la pu- 
pille fe dilate comme deflus, & ôtant fubite- 
ment la main , fi elle ne fe reflerre ni trop vite ni 
trop lentement , & fi elle retourne en fa première 
grandeur. 

Ou bien l'oeil fain fermé , on pofe le doigt fur 
l'oeil malade dont les paupières font fermées, en 
frotte l'œil doucement en rond pendant un peu 
de tems, onôte fibitcment le doigt, & on com<- 
mande en même tems au malade d'ouvrir l'œil, 
on voit enfuite fi la pupille s'eft bien dilatée, & 
fieîle fe reflerre comme deflus. 

Si après ces trois manières d'examiner l'œil , 
qui fe rapportent l'une à l'autre, la pupille fe di- 
late & fe reflerre comme il eft dit, c'eft un très^ 
bon figne ; parce que cela marque première- 
ment, que la partie de l'uvée qui forme l'iris, le 
corps vitré 4 la rétine a & le nerf optique ne foufr 



de l'Oeil. 119 

firent aucune altération; puifq ne les rayons de 
lumière qui pafïent, quoique faiblement, an- 
travers du criftallin altéré , 6c qui fe portent fur 
la rétine, font capables d'y exciter cette fenfa- 
tion à l'occafion de laquelle i'ame eft mue à di- 
later 6c reiTerrer la pupille, à peu pi es comme 
elle le feroit ii l'œil n'étoit point travailléde ca- 
taracte : ainfi on efpere que cette catara&e étant 
détourné , le malade verra, 

Secondement que les accompagnement de la 
cataracte ne font que dans une médiocre quan- 
tité, & qu'ils font fort flexibles; parce que ne 
preflant que légèrement l'uvée , ils ne l'empê- 
chent point de fe mouvoir, mais retai dent un peu 
fon mouvement: ainii on juge que la cataracte 
eft dans un état de maturité, & qu'étant abbaif- 
iee, elle reliera. 

Si au contraire la pupille étant dilatée , fe ref- 
ferre très-promptement, c'eft une marque qu'il 
y a très-peu d'accompagnemens, qui peuvent 
même être encore renfermez fous la membrane 
qui recouvre le criftallin, 6c qu'ils font encore 
laiteux ou cafeeux, & que par conféquent la 
cataracte n'eft pas dans fa maturité. Ainii ce li- 
gne eft fufped pour la réduite de l'opération ; 
tant à caufe qu'une cataracte en cet état eft: dif- 
ficile à féparer, que parce qu'autlitôr qu'on 
rompt la membrane qui recouvre le criftallin , 
cette matière laiteufe ou caféeufe s'épanche & 
brouille l'humeur aqueufe,ce qui empêche de 
voir l'éguille, & de diftinguer la cataracte, 
d'où vient que l'opération relie- fou vent impar- 
faite. 

Et fi la pupille s'étant dilatée, fe refterre très- 
lentement, c'eft une marque que la cataracte eft 
vieille, & que fes ace .mpagnemens font ibli- 
des; ou ii elle eft nouvelle, que ces mêmes ae- 



i 5 o Des Maladies 

compagnemens font fort nombreux, puifqu'ifo 
prefTent fi fort l'uvée , que fon trou ne fereflerre 
qu'avec peine. Ce figne auffi eft fufpedfc pour la 
reuffite de l'opération, y ayant à craindre que 
les accompagnemens ne foient adhérens autour 
du trou de l'uvée, ce qui feroit de la peine à ff- 
parer la catara&e; & que la catara&e abbaiflee 
r.e fe relevé auilitôt , par l'abondance ou foli- 
ciité defdits accompagnemens, qui lui feroient 
faire le pont-Ievis. 

Si la pupille eft fort dilatée & qu'elle ne puifTe 
fe reflerrer, & fi elle eft changée de figure, ce 
font de fort mauvais lignes, qui dénotent des ca- 
taractes ou fauiles, ou mixtes, aufquelles l'opé- 
ration eft ou inutile, ou très-fufpecte. Voyez ci- 
après lesChapitresXVIII XX. &XXI. 

Si elle eft refîerrée& qu'elle ne puifte en au- 
cune manière fe dilater, c'eft aufti un fort mau- 
vais figne, qui dénote une cataracte fsuiTe ou 
mixte. 1 Voyez les Chapitres XIX. & XX. 

Enfin toute cataracte , lorfque la pupille n'a 
aucun mouvement, quoique d'ailleurs elle ait 
quelques bonnes marques, eft très-mauvaife; 
parce que cela dénote ou fon extrême vieilleiîe 
qui la rend entièrement opaque, ou une faufle 
cataracte comme je l'ai dit ; ou bien une obftru- 
ôion dans le nerf optique, ou quelqu'autre ma- 
ladie dans la rétine ou dans le corps vitré. Je m'en 
explique. 

L'extrême vieiiîefTe d'une cataracte la rend 
prefque toujours incurable; parce qu'étant ve- 
uue en fa maturité , & fes accompagnemens 
- ayant ceiïë de croître, ils fe lient fouvent & fe 
co'le ît infenfiblemêht aux parties voifines , & 
s'endurc^fl" nt de telle forte, que lorfquVIIe eft 
parvenue aune extiême vieilleiîe»ouil eft très- 
difficile de la réparer du lieu qu'elle occupe fans 



de l'Oeil. 151 

intérefler lefdites parties, ou fi on la fépare , il 
eit prefqu'impoifible qu'elle refte , àcaufedela 
folidité de fes accompagnemens qui la fontpref- 
que toujours remonter II eft vrai que quelque- 
fois, mais bien rarement, il fe trouve des cata- 
ractes extrêmement vieilles qui font en état d'ê- 
tre abbaiflees & qui réunifient, mais elles ont 
toutes les marques de bennes cataractes. J'en don- 
nerai quelques exemples dans la fuite. 

Je ferai auili voir dans quelques Chapitres par- 
ticuliers, pourquoi les cataractes faufles font 
incurables. Et à 1 égard de l'obfiru&ion du nerf 
optiqae, quand elle fe rencontre avec la cata- 
racte , l'opération y eft entièrement inutile , telle 
bonté que la cataracte ait; parce que quand elle 
feroit abbaifl : e, la vue ne feroit pas rétablie, 
puifque les pafTages desefprits qui doivent por- 
ter à l'ame le caractère des images peintes fjr 
la rétine, n'en feroient pas plus dégagez 

Outre le fitme fufdit, pour connoitre l'obftru- 
ction du nert optique, on demande aux malades 
s'ils n'apperçoivent point quelque lumière, lorf- 
qu'on leur fait regarder le foleil ou le feu, on 
quand on pafle la main ou quelque corps opaque 
entre leurs yeux & la lumière, s'ils ne voyenc 
point quelque ombrage ; car s'ils ne voyent rien, 
c efr figne qu'il y a quelque autre empêchement 
que la cataracte. 

Les maladies qui changent ladifpofitionde la 
rétine au du corps vitré, détruifent auili la vue, 
& rendent inutile l'opération, comme je le ferai 
voir ci-après. 

En examinant les lignes bons ou mauvais que 
l'on tire des ditférens états ne la pupille, on ob- 
ferve en même tems la uifpofition générale de 
l'œil & de quelques-unes de fes parties , la cou- 
leur de la cataracte, & les caufes occafionneles 

F vj 



r3* Des Maladies" 

de cette maladie, s'il y en a quelques-unes.- & de 
toutes ces chofes on s'en forme ces lignes, qur 
étant rapportez & comparez avec les précédens, 
fervent à juger plus certainementde la bonne ou 
mauvaife réuffite des opérations. 

Air.fi fi la cataracte eft inégale dans fa couleur, 
c'eft un ligne fufped ; parce que cela dénote l'iné- 
galité de la fubftance de fes accompagnemens 
couine font pas encoredans leur maturité : ce qui 
oblige d'en différer l'opération , jufques à ce que 
ces ac.ompagnemens ayent acquis plus de confi- 
(lance. 

Si elle eft traverfée ou barrée, elle eft auffi fuf- 
pecte , quoique plus avancée en maturité que la 
précédente ; êe on doit pareillement différer l'o- 
pération jufqu'à fa parfaite maturité , pour les 
raifons que j'ai déjà rapporté en parlant des cata- 
ca&es laiteufesou caféeufes. Ce n'eft pas que ces 
deux efpeces de cataractes neréufliflent quelque- 
fois quand elles font bien féparées ; le criftallin fe 
précipitant fou vent de lui-même, quand il peuD 
fe loger au bas de la pupille ; & l'oeil s'éclaircilfant 
enf lite , comme je le dirai ci-après ; mais c'eft Va 
difficulté de les bienféparer. 

Il y a auiTi , mais rarement, des cataractes qui 
font traverfées , quelqu'âge qu'elles ayent ; elles 
font pareillement douteufes, parce qu'il eft très- 
difficile de les féparer ; mais auffi quand elles le 
font, elles fe précipitent allez aifémenr. 

Celle dont il n'y a que le centre du criftallin qui- 
foit b'anceft le plppfouvent fauffe. Voyez à ce 
fujet le Chapitre X X 1 1. & fi elle eft vraie , c'eft 
un figne qu'elle eft encore récente , & qu'on doit 
attendre fa maturité , d'autant -qu'il feroit dange- 
reux, en voulant l'abbaifler, de gâter l'œil & de 
faire perdre la vue au malade. 

Si la catara&e eft d'une couleur égale , qui foit 



DE L'OèîL. f ïn 

bonne, & que les bons fignes ci-deiTus énoncez, 
ou qui le feront ci-après , s'y rencontrent en même 
tems, l'ifTue n'en peut être que favorable. 

La catara&e eftimée la meilleure par tous les 
Praticiens , quant à la couleur , eft celle qui eft 
d'un blanc de perles tirant un peu à la couleur cé- 
îefte Cette couleur dénote une médiocre quair- 
titedes accompagnemens, & leur médiocre con- 
fiftance. 

Celle qui eft d'un blanc grifàtre , tirant un pea 
fur la cendre eft encore bonne. El'e a aulli une 
médiocre quantité d'accompagnemens, qui font 
d'une coniiftance un peu plus forte ; mais ils obéif- 
fent aufTi aifément que les précèdent 

Celle qui eft d'un blanc qui décline tant foi t 
peu fur le verd , eft à peu prè^fembiable à la pré- 
cédente; mais i! faut prendre garde de la laillér 
vieillir, parce que fes accompagnemens devien- 
nent en peu de tems folides, & elle fe rendroit 
diffici ; e. 

Celle qui eft d'un blanc de neige eft difficile à 
abbaifïer& àrefter au ba> de la pupille, par l'a- 
bondance de fes accompagnemens qui lui font 
fouvent faire le pont-levis , à moins qu'on ne 
faffe l'opération dès qu'elle entre dans fa matu- 
rité , comme je l'ai déjà dit. 

Celle qui eft d'un b ancde plâtre eft volontiers 
fauiïe, ou à tout le moins trompeufe ; voyez les 
Chapitres XIX. & XX. & de même celle qui eft 
d'un b'anc fort trouble. 

Celle qui eft d'un blanc argentin ou mercuriel , 
qui eft fort claire & luifante, eft ordinairement 
fauife. Voyez le Chapitre XVI. 

Celle qui refTemble à une corre branche & po- 
lie eft toujours faulfe, & de même celle qui ref- 
femble à un grain de grêle. Voyez aufli le Cha- 
pitre X V I. & X V II, 



«14 ^ Es Maladies 

Celles qui font fort jaune> ou fort vertes, font 
ordinairement vieilles & fufpe&es pour la réuf- 
fite. J'en ai vu quelques jaunes réullir. • 

Ceilesqui font du noircie plomb ou fort noires, 
font pareillement fufpe&es. J'en ai vu quelques- 
unes ré; ,ffi.- > & j'en donnerai un exemple au Cha- 
pitre XIV. 

Celles qui font de couleur de fer ou de châ- 
taigne, réuliiilent aflez fouvent; mais elles font 
difficiles à le parer pour peu qu'elles foient adhé- 
rentes; parce que leurs accompagnemens, quoi- 
qu en petite quantité , s'allongent fouvent fans 
quitter prife ou fans fe rompre ; aufli quand elles 
font fépaiées elles demeurent fujettes. 

I! fe rencontre quelquefois des cata. adirés dont 
la couleur eft bonne , & qui font cependant fuf- 
pec~tes,& même entièrement mauvaifes, parce 
qu'elles font accompagnées de fignes fufpe&s ou 
mauvais. Et de même il s'en rencontre dont la cou- 
leur eft fort fufpedte, & qui peuvent néanmoins 
réuffir , parce qu'il y a d'autres bons fignes qui 
prévalent. Ce que je juftitîerai par quelques Ob- 
servations que je rapporterai ci-après. 

Si l'œil travaillé de cataracte eft plus petit que 
le fain , cVft un fort mauvaisfigne ; parce que l'a- 
trophie ou l'émaciation , eft une marque que la 
partie ne reçoit. pas fuffifamment de nourriture. 
Ainfi il n'y àuroit point d'honneur pour l'Opéra- 
teur, ni de profit pourle malade, d'entreprendre 
l'opération. 

S'il eft p-us gros que l'oeil fain, c'eft encore un 
mauvais ligne, parce qu'il y a tout lieu d'appré- 
hender que l'ab ndance des humeurs étrangères 
qui le remp'ifîent ne canfe une confufïon & def- 
tru&ion des parties intérieures , qui arriveroit 
même plutôt enfuitede l'opération; ce qu'on at* 
tribueroit à l'Opérateur.. 



DE L'OE ï L. ï < 

En comparant l'œil malade avec l'œil fain , fi la 
couleur naturelle de l'iris fe trouve changée en 
une mauvaife, ou que l'iris foit ridé ou affaiffé , 
c'eft autfi un mauvais figne, qui dénote une cata- 
racte purulente, ou quelqu'autrecataractefaufle, 
comme je le dirai enfon lieu, ou un commence- 
ment de corruption des parties intérieures de 
l'œil. 

Difficilement l'opération réulTit fur une cata- 
racte qui fe trouve dans une perfonne qui a les 
yeux mauvais , qui eft fujetce à d'extrêmes dou- 
leurs de tête ou des yeux , & à de violentes flu- 
xions fur ces parties. 

Si même cette douleur de tête ou du fond de 
l'œil a précédé la cataracte, & qu'elle ait contri- 
bué à déterminer l'humeur acide à couler au 
centre de l'œil , quoique le malade n'ait point été 
fujet avant ce tems-là à de femblables douceurs , 
cette cataracte eft fouvent fufpecte, pour la rai- 
fon rapportée au Chapitre VI. & on n'en doit 
point entreprendre l'opération , que cette dou- 
leur ne foit entièrement appaifée , & que la cata- 
racte n'ait toutes les bonnes marques énoncées en 
ce Chapitre. 

L'opération eft dangereufe fur une perfonne 
qui étemae fouvent , qui a une toux violente , qui 
vomit fréquemment , ou qui a d'autres incom- 
moditez fatigantes ; parce qu'on doit craindre 
que lesfecouïfes rudes que ces accidens caulent, 
nefaffent remonter la cataracte après qu'on l'au- 
roit abbaiffée , ou r?excitent quelque fluxion fur 
l'œil :ainfi on doit différer l'opération juiqu'à ce 
que ces accidens foient celiez. Si toutefois ils ar- 
rivent après que la cataracte eft abbaiflee, il fau- 
dra avoir recours à leurs remèdes propres. 

Elle n'eft pas moins dangereufe fur les per- - 
fonnes travaillées fouvent de violens accès de 



r 5 6 Dss Mala'dïes 

vertiges ou d'épilepfie : non feulement par la 
crainte que l'on a que ces accès n'ai rivent dans le 
tems de l'opération, mais aufîi pour les defordres 
qu'ils cauferoient s'ils arrivoient enfuite de Topé- 
ration. 

Les cataracfcesfont très- fàcheufes quand elles- 
font caufées par quelque chute , par qnelque 
coup, par une piqueurederœil,ou par d'autres 
caufes extérieures- ; parce que dans toutes ces 
rencontres , les parties intérieures de l'œil fone 
pour l'ordinaire , ou confondues , ou détruites , 
ou beaucoup altérées, & que d'ailleurs la plupart 
des catara&es excitées par ces caufes, font 
fauiTes. 

Un bel œil à rieur de tête & bien ouvert, efl 
avantageux pour opérer facilement; au contraire 
un œil naturellement petitôc enfoncé rend l'opé- 
ration plus difficile. 

On n'eft pas fi sûr de la réuflïte de l'opération 
que l'on fait fur un vieil homme, qui fan? cette 
maladie a la vue foible , comme on î'eft lorfqu'on 
opère fur une perfonne d'un âge moyen. A l'égard 
des enfans, on diffère l'opération jufqu'à ce qu'ils 
foient dans un âge raifonnabîe ; non pas pour la 
crainte que leurs carara&es n'ayent pas affez de 
confiftance ; car le plus fouvent elles font très- 
louables , comme je l'ai vu bien des fois ; mais c'eft 
parce q Vils ne font pas allez obéiflansjni allez 
tranquiles pour foutenir l'opération. 

CHAPITRE X. 

Si par les remeJes on peut guérir la CataraBe naïf- 
Jante ou non confirmé ; î§ fi on peut la prévenir, 

LA plupart de nos Auteurs propofent des re- 
mèdes pour empêcher la ca tara été de le for* 



de l'Oeil. ty-j 

îrrer lorfqu'eîle commence , ou pour h guérir - 
quand elle n'eit pas encore confirmée. Ces re> 
medes, félon eux ,font généraux ou particulier?» 
Par les généraux ils tendent d'abord à iubtilifer 
& atténuer les humeurs; parl'ufagedesfixchofes 
non-naturelles qu'ils diient devoir pancher vers 
une température chaude & feiche , & par celui 
de quelques autres remèdes qu'ils croient fpéci- 
fîques. Quand ils ont ainfi préparé les humeurs , 
ils les purgent avec d'autres fpécifïques ,dcnt la 
bafe eft prefque toujours l'aloës; ils mettent en 
ufage les gargarifrms, mafticatoires , iternuta- 
toires, cautères & autres remèdes pour dégager 
le cerveau, ou pour dériver l'humeur qui caufe 
la cataracte. Enfin ils viennent aux remèdes parti- 
culiers, qui confident dans plufieurs efpeces de 
collyres , liquides ou fecs, préparez avec des fiels 
d'animaux, gommes , fucs , &c Je n'entre point 
dans le détail de tous ces remèdes , puifque je 
n'ai pasdeflein de les propofer , mais feulement 
d'examiner fi par cette conduite on peut guérir 
ou prévenir les cataractes naiilantes ounonconr 
firmées. 

Quand je confidereque la cataracte eft une aï* 
tération entière du criftaîlin, qui lui fait perdre 
fa tranfparence ; que cette altération eit caufée 
par une humeur que j'ai fuppofée avec quelque 
fondement être acide, qui , s'iniinuant dans les 
pores du criftaîlin, difîout ion ferment radical , 
unitenfembleles particules molles & gommeufes 
qui compofent chacune de {qs fibres , les endur- 
cit, les defTeiche,& changeant la difpoiïtion na- 
turelle de ce corps, le met hors d'état de fe pou-. 
voirnourrir.Quand je confidere encore que toutes 
ces chofes ne fe peuvent faire fans que les pores 
du criftaîlin qui donnent paflage à la lumière n e 
foient. détruits , qu'il ne perde par conféquent fa. 



i}8 Des Maladies 

tranfparence , qu'il ne blanchifle ou prenne les 
autres couleurs dont j'ai parlé , fuivant que cette 
humeur acide agit plus ou moins vivement ou 
plus long-tems , ou/qu'elle eft pure, ou mêlée 
o'autres humeurs fuivant la divetfe température 
des malades ; je ne fçaurois m'imaginer com- 
ment un criftalîin en cet état , qui eft un corps 
étranger, inutile , nuifible, pourroit fe rétab.ir par 
les remèdes. 

Les remèdes généraux peuvent digérer, atté- 
nuer & fubtilifer les humeurs; ils peuvent les dé- 
tourner & les diminuer, en les évacuant fenfible- 
ment ou infeniiblement; ils peuvent dégager les 
parties, y rétablir le mouvement circulaire s'il y 
étoit empêché , & ainil prévenir quantité de ma- 
ladies futures , ou guérir celles qui feroient arri- 
vées. Les remède^ particuliers peuvent aulîi agir 
à peu près de la même manière fur les parties 
malades fur lefqueiles on les applique , même 
ils adoucifîent , digèrent , réfolvent , confom- 
ment , abforbent & deflTeichent plus puifïam- 
ment C'eflainfi que les uns & les autres difïipens 
les inflammations, les éréiipeles & autres mala- 
dies intérieures ou extérieures ; qu'ils conduifent 
à fupuration les apoftêmes ; qu'ils procurent la 
réunion des play es ci des ulcères ; qu'ils facilitent 
l'exfoliation des os ; qu'ils arrêtent les gangrènes 
& hâtent la fiparation des parties mortifiées ; 
mais ils ne peuvent ni les uns ni les autres , re- 
mettre dans le même état les parties dont la dif- 
pofltion naturelle eft changée ou détruite; la na- 
ture même qui eft la fouveraine médecine des 
maladies ne le peut ; la réunion des parties ne fe 
fait que par une féconde intention -, dans les par- 
ties molles il fe forme une cicatrice; dans- les par- 
ties dures un callus; ce n'eft plus la mêmedifpo- 
lition ; ce ne font plus les mêmes parties; com- 



r> e vOe x l. i <9 

ment donc rétabliront-ils en fon premier état un 
criftallin altéré, un criftallin corrompu ? 

On dira peut-être qu'on demeure d'accord 
que quand le criftallin eft entièrement altéré & 
corrompu, il ne peut fe rétablir ; mais que lorf- 
que riiumeur ne fait que commencer à rluer , 
qu'elle n'a altéré que lafuperfïciedece corps, & 
qu'il n'a encore perdu que peu de fa tranfparence, 
du moins pourroit-on par les remèdes empêcher 
cette humeur d'y fluer davantage , refondre celle 
qui feroit fluée, rétablir cette légère altération y 
ou au moins empêcher fon progrès , & rendre 
ainfi la tranfparence à ce corps , ou entretenir 
dans le même état celle qui lui refte encore. 

Je répondrai que quand il feioit poflible d'em- 
pêcher l'humeur de fluer , & de réfoudre celle 
qui feroit déjà fluée , comme peut être cela fe 
pourroit faire par les remed s adminiilrez fui* 
vant les règles prefcrites par nos Auteurs; il fe- 
roit cependant impoffible d'arrêter le progrès 
de l'altération du criftallin, bien loin de rétablir 
ce corps; parce que le criftallin étant féparé de 
toutes parts de la membrane qui l'embraile , il 
ne reçoit point fa nourriture, de même que les 
autres parties de notre corps , comme je l'ai dit ats 
Chapitre XIV. de la Description de l'Oeil, mais 
par imbibition ; deforte que l'humeur qui caufe 
la catara&e , s'épanchant entre ce corps & fa 
membrane, en altère toute fa fuperfrie;& cette 
altération , fi légère quelle puifle être , ne fe 
pouvant faire fans que les pores fuperficiels de 
ce corps , qui donnent pafTage à fa nou; riture ne 
foient détruits : il s'enfuit que quand l'humeur 
qui caufe la cataraére pourroit cellèr de Huer , & 
celle qui feroit fluée le réfoudre , l'humeur ali- 
mentaire ne pourroit pas pour cela pénétrer 
cette fuperficie ; ainft tout le criftallin , faute de 



140 Des Maladies 

nourriture fe deiîeicheroit , & îa cataracte de- 
viendroit mixte, & delà nature de celle dont je 
parlerai au Chapitre XVI. 

De prévenir la cataracte, fe feroit une chofc 
bien difficile , quand ceia fe pourroit ; il n'y a point 
de ligne qui précède la fluxion de l'humeur qui 
la caufe , & même les premiers fignes font H 
équivoques, qu'on ne juge certainement que îa 
cataracte le forme que lorlque la vue eit fort di- 
minuée , & qu'on commence à appercevoir quel* 
ques nuages , dans lequel tems toutes les précau^ 
tions que l'on pourroit prendre feroient inutiles * 
comme je le viens de montrer ; ainfi à quoi bon 
travailler les malades par des remèdes? 

Je dirai de plus que l'expérience ne s'accorde 
point aux promefles que ncs Auteurs nous font 
de la vertu de leurs remèdes ; on n'a point vu- 
encore de cataracte guérir par leur moyen. Je 
veux bien croire que parmi ces Auteurs il y en a 
beaucoup qui n'ont pas eu defTein de nous trom- 
per; ils fe font trompez les premiers en fuivanfc 
trop aveuglément ceux qui les ont précédez ; 8c 
l'opinion qu'ils tenôient touchant la nature de la 
cataracte 5 les a confirmé dans leur erreur : auflî 
nous ont-ils propoie leurs remèdes de bonne 
foi, & fuivant les règles de la Médecine. Us au- 
roient cependant mieux agi s'ils ne lavoient fait 
que problématiquement , cela auroit donné lieu à 
ceux qui lifent leurs écrits , de douter de leur 
doctrine, & de s'en éclaircir par des expériences 
de pratiques. Si même ils avoient eu autant de 
foin de confuîter Galien, qu'ils en ont eu à pro- 
pofer leurs remèdes, ils auroient reconnu que 
cet Auteur , quoiqu'il crût aulli-bien qu'tux que 
la cataracte fut une humeur épaiflle & cong. lée , 
fe donnoit bien de garde de donner fa règle, 
gueloif qu'il jugeoit .que les imaginations ,figne3 



de l'Oeïï,. 14^ 

incertains de cataractes, n'étoient que paffageres; 
& que quand on le confultoit par lettres pour des 
fufruiions naiiTantes,il avoit foin avant que d'en- 
voyer les remèdes > de s'informer de toutes les 
circonstances qui pouvoient l'aflurerque ces in- 
difpoiitions ne provenoient que des impuretez 
de iVftomach, comme on le peut voir en lifantle 
Chapitre 1 1. de fon quatrième Livre des Lieux 
malades : ils auroient auflï reconnu qu'il doutoit 
ii fort qu'on pût guérir lesfuttuiions par les re- 
jnedes , que far la fin du ( hapitre IV. ce fon qua- 
trième Livre, de la compofition des nmedes Jeïon les 
Ztieux , après avoir propofé les remèdes qui con- 
viennent auxfuffufions, il conclud ainfi: Promif- 
fiones itaque omnium korum pharmacorum magna 
funt, verùm effeftus aliquando nullaj, aliquando valdè 
exguus. 

Il y en a aufil d'autres qui fe font vantez un peu 
trop hardiment d'en avoir guéri , ou prévenu 
quelques-unes. Il y avoit chez ceux-là plus de 
vanité que de bonne foi : 8c le feul récit vague, 
indéterminé , 8c jna'î circonftancié qu'ils font de 
leurs cures, eft plus que furfifant pour les con- 
fondre de menfonge , ou tout au moins d'erreur , 
aulTi-bien que quelques Charlatans modernes qui 
n'ont aucune teinture de Médecine ni de Chirur- 
gie , ou s'ils en ont quelqu'une , elle eft fi médio- 
cre , qu'ils ne méritent pas de porter le Titre 
dont ils s'honorent, & qui cependant exagèrent 
impunément les vertus de leurs prétendus fecrets 
.pour guérir les cataractes, & trompent ainfi le 
public. 

De tout ce que deffus, je conclus qu'on ne 
-peutguérir par les remèdes les cataractes, quand 
même elles ne feroient encore que naiflantes oa 
non confirmées, & qu'il eft très- difficile de les 
.prévenir. Qu'ainfi, lorfqu'on a reconnu par lej 



t4* Des Maladies 

lignes diagnotlics ci-deflus expliquez, qu'une 
cataracte fe forme, on doit laifler les malades en 
repos, fans leur faire aucun remède; à moins 
qu'il n'arrivât en même tems quelques autres 
maladies que l'on traiteroit fuivant les règles ;& 
au refte leur -recommander d'obferver un bon 
régime de vivre Jufques à ce que leur cataracte 
foit parvenue à une entière maturité pour la 
pouvoir abbaifTer par l'opération; les exhortant 
d'attendre patiemment ce tems, & leurfaifant 
efpérer un heureux fuccès de leur maladie, 

Êour leur diminuer le chagrin qu'elle leurcaufe. 
t en cas qu'une cataracte foit long-tems à par- 
venir en fa maturité , on ne doit pas eflayer de la 
faire avancer par lufagedes ahmens vaporeux 
& qui donnent dans la tête , comme quelques 
Auteurs le confeillent: cette conduite eft re- 
prouvée par les meilleurs Praticiens, & avec 
raifon ; parce qu'elle feroit capable d'exciter des 
douleurs de tête fàcheufes, & d'autres defor- 
dres dans toute rœconomie du corps, que l'on 
ne pourroit enfuite corriger qu'avec peine. 



CHAPITRE XI. 

Ce ç[tf il faut faire avant V opération, h temsque Von 
doitcbgiftr , Î5 la qualité des égailles. 

QUand on s'eft afTuré par lesfignes tant dia- 
t gnoftics que prognoftics, que la catarade 
eft dans fa maturité , & qu'elle pourra obéir à l'é- 
gaillé 9 on en avertit le malade. Et s'il fouhaite 
ardemment qu'on lui rafle l'opération , la pre- 
mière chofe qu'un Chirurgien doit faire, c'eft 
de confidérer l'état préfent de fon malade. S'iî 
reconnoit que fa faute foit bonne, n'ayant point 



DE L*OeP L. 14$ 

cl'autre maladie c,ue faca aracfce, il lui doitcon- 
feiller de fe faire préparer à l'cpé.ation par Ton 
Médecin ordinaire, ou de l'y préparer lui-mê- 
me , s'iî ne fe rencontre point de Médecin , com- 
me il arrive afkz fouvent à la campagne, ou 11 
le malade eft fi dénué de moyens, qu'il nepuifle 
fournir à la dépenfe pour en faire venir. 

Cette préparation codifie à lui prefcrire un 
bon régime de vi vre & tort exact quelques jours 
avant l'opération, lui défendant le vin & les ali- 
mers échauffons ou grofTiers&de mauvais fuc: 
lui tenir le ventre libre par le moyen de quelques 
lavemeus émolliens & rafraichiiîans: le faigner 
une fois s'il y a plénitude, ou deux fois 11 la plé- 
nitude eft grande: le purger enfin, fi on juge 
<m'il y ait encore beaucoup d'excrémens retenus 
que les lavemens n'ayent pu vuider, ou qu'il y 
ait quelque indice de'cacocnymie. La purgation 
doit être douce, parce qu'on n'a defTein que de 

λurger les premières voyes, fans trop ébranler 
es humeurs. 

Par exemple , on prendra deux gros de fenné > 
y n demi-gos de rhubarbe , une once de moelle de 
cafîe , & un demi-gros de criftal minera! , qu'on 
fera infuferdans undemi-feptier mefure de Paris 
de déco&ion de racines de chicorée & de chien* 
dent,& dans la coulure on diffoudra une once de 
manne , & une once de firop de fleurs de pêche. 

Ou fi le malade eft d'une compléxion fort dé- 
licate , on fe contentera d'une once de cafTe 
mondée, une once & demie de manne, & une 
once de firop de chicorée, qu'on diffoudra dans 
deux verres de petit lait, pour deux prifes que 
l'on fera prendre à trois heures de diltance l'une 
de l'autre. 

L'intention que l'on a en préparant ainfi îe 
malade, c/eû de prévenir la fliuion & f inflam- 



144 DesMalàdie9, 

mation qui arrivent fouvent enfaitede Popëra- 
tion, & qui font à redouter lorfqu'elles font 
grandes. Ainfi, comme l'abondance du fang en 
pourroit être une eau fe, on diminue fa quantité: 
6c comme la cacochymie & la quantité des ex- 
crémens retenus enpourroient auflï être une au- 
tre, on corrige l'une Se l'autre par les potions 
purgatives & par les lavemens, & on empêche 
par la diette exacte une nouvelle abondance de 
fang& une nouvelle cacochymie. 

C'eft pourquoi, quand il n'y a ni plénitude, ni 
indice de cacochymie, on peut obmettre la fai* 
gnée & la purgation , fe contentant feulement 
d'un régime de vivre humectant & rafraîchiflant, 
qu'on fera obferver au malade trois ou quatre 
jours avant l'opération ; & la veille de l'opéra- 
ration , de lui faire prendre un lavement pour 
décharger le ventre de fes gros excrémens,quand 
même le malade auroitdéja été purgé. 

A l'égard du temps de l'opération, quand on 
la peut faire dans le printems ou dans l'automne, 
choifiilant le mois de May ou de Septembre, 
c'eft le mieux: mais quand le malade ne peut ou 
ne veut différer, ou que la cataracte eft d'une 
nature à s'endurcir, & que l'on appréhende en 
retardant que fes accompagnemens ne réfiftent 
trop , on la peut faire en tout tems ; évitant feu- 
lement les grands froids & les extrêmes chaleurs, 
comme contraires aux playes des yeux. Et quand 
on veut commencer à préparer le malade , il faut 
choifir un tems beau & qui paroifTe fiable, afin 
que le jour de l'opération puiffe fe rencontrer 
beau & ferain, parce qu'il faut bien voir pour 
faire cette opération. 

Avant l'opération, il faut prendre garde fi les 
éguilles dont on doit fe fervir font en état. Elles 
doivent être d'une moyenne groireur, à peu près 

de 



de l'Oeil» t45 

de celle de ces éguilles à coudre en linge com- 
mun. Les grofles Font une tiop grande folution, 
& par conlequent beaucoup de douleur; & les 
petites n'ont pas aflêz deréfiftancepour pouvoir 
pénétrer la Cornée fans plier, & ne font pas fi 
commodes pour abbaifler la cataraéte. Elles 
doivent être bien polies, pour glifler plus aifé- 
ment;bien pointues, pour piquer avec moinsde 
douleur; un peu tranchantes des deux cotez vers 
la pointe, à peu près comme ces éguilles droites 
à coudre lesplayes, pour entrer plus Facilement, 
& pour furmonter quelques difficultez qui fe ren- 
contrent quelquefois dans l'opération ; d'ailleurs 
il efl: plus aifé de les rendre bien pointues , en les 
repafîant fur des pierres à lancette. Quelques 
Oculiftes fe fervent d'éguilles rondes ; parce que, 
difent-ils , les tranchantes coupent les fibres 
qu'elles pénètrent, ce qui eft vrai. Mais les ron- 
des meurtriHent aufli davantage les -fibres qu'el- 
les écartent, & ces fibres meurtries fe rétablil- 
fent plus difficilement. Je m'en fuis fervi comme 
eux, & je me fais mieux trouvé des premières 
par les raifons ci-defius. Elles doivent être em- 
manchées dans des manches ronds, longs & dé- 
liez, faits d'y voire , d'argent, ou d'autre matiè- 
re, pour les tenir & manier plus aifément. Enfin 
on en doit avoir au moins deux , afin que ù on 
fait l'opération fur les deux yeux en même tems , 
on puiiTe fe fervir de l'une pour un œil, & de 
l'autre pour l'autre œil; parce que la première 
dont on s'eft fervi, ayant été mouillée de l'hu- 
meur aqueufe, quoiqu'efluyée enfiite, n'entre- 
roit que très-difficilement, à caufe d'une petite 
croûte imperceptible & muciîagineufe quirefte 
deflus , & qui ne s'ôte qu'en la lavant , & on n'eft 
pas alors en un état à prendre cette précaution. 



146 Des Maladies 



CHAPITRE kll. 

De la manière d'ahbaiffer la cararaïïe» 

LE malade étant préparé, & le jour de l'opé- 
ration venu, le Chirurgien Opérateur fe doit 
rendre chez ion malade, fur les huit, neur, ou 
.-dix heures du matin , ou fur les trois , quatre , ou 
cinq heures du foir , fi le tems du matin eft fom- 
bre & pluvieux: vifiter d : abord le logis, pour 
ehoifir une chambre bien éclairée, & fur les fe- 
nêtres de laquelle le foîeil ne donne pas ; parce 
que ces rayon* frapans lœil malade , en feroient 
trop refferrer la pupille, & incommoderoit aufîi 
Jemaladequand la cataracte quitteroit. 

Il fera préparer deux fseges: un pour le ma- 
lade, qu'il fera pofer vis-à vis des fenêtres, à 
une di itance convenable & un peu de biais , afin 
que la lumière nefrapepas à plomb le vifage du 
malade, ce qui rendroit l'œil trop luifant, & 
fcmpécheroit de bien diftinguer la cataracte, & 
i égaille quand elle feroit dans l'œil ; l'autre pour 
lui, qjidoit être un peu plus élevé, & ce à pro- 
;ion de la grandeur du malade ou de celle du 
-Chirurgien, parce qu'il faut que le Chirurgien 
jjfoèE toujours un peu plus élevé q«îs le malade , 
pourcp Ter facilement. 

Dans les villages ou chez les pauvres, oc on ne 
rencontre pas toujours fes commoditez, on fe 
fert d'un banc étroit, difpofé comme deiïùs, fur 
lequel on fait afleoir le malade jambe deçà jam- 
be"de-là,le Chirurgien s'afleyant de même, & 
ifant mettre quelque choie fous lui pour l J é- 
: t p'us que le malade , en cas qu'il ne fe trou- 
vât pas affez élevé. 



de l'Oeil. Ï47 

Les fiéges étant préparez , on fait approcher 'le 
malade : s'il n'y a qu'an œil d'incommode , on ap- 
plique fur le fainunecompreffeen plufieurs doi - 
blés , que l'on contient avec une bande pofée 
obliquement, & cela pour deux raifons; la p:e- 
miere, pour empêcher cet œil de fe remuer en 
regardant les affiftans ou les chofes voifines, ce 
qui obligeroit l'œil malade de fe remuer de mê- 
me;la féconde, pour empêcher la pupille de fe 
refferrer, fi le malade tournoit l'oeil du côté du 
grand jour, ce qui arriveroit de même à la pu- 
pille de l'oeil malade, parce que tous les mou- 
vemens qui fe font dans un œil , fe font pareille- 
ment dans l'autre. 

On fait affeoir le malade. Un ferviteur debout 
fe tient derrière, & û près que de fesdeux mains 
pofées fur les deux cotez de la tête du malade, 
il la puifîe tenir un peu renverfée & appuyée 
fermement contre fa poitrine. Le Chirurgien 
s'aflied aufli fur fonfiége vis-à-vis du malade, 
& s'approche le plus près qu'il peut: de fes ge- 
noux & cuifles il embraffeles genoux &cuiiîes 
du malade, Se il le prie de tenir fes mains ab- 
baiffées fur fes genoux. 

II le prie aulh de tenir fon œil ouvert, de le 
tourner comme s'il vou'oit regarder le bout du 
nez, & lui recommande de le tenir ferme & allu- 
re autant qu'il le pourra en cette fituation. Il pofe 
enfuite le doigt indice de fa main droite , fi c'eft 
i'ceil droit fur lequel il opère, au-deffous du 
fourcil, & le pouce fur la pommette de la joue, 
pour en les écartant entretenir les paupières ou- 
vertes : & il remarque l'endroit qu'il veut pi- 
quer , qui eft le blanc de l'œil du côté du petit 
angle, à deux lignes près du cercle extérieur de 
l'iris, ou un peu plus près ou un peu plus loin, 
fuivant la grofleur de l'œil, & fur la ligne qu'on 

Gij 



14$ Des Malad-îes 

imaginerait être tirée d'un angle à l'autre , évi* 
tant les vaifleaux s'il en paroit quelques-un?. 

On choifit cet endroit pour éviter de piquer 
chns celui où i'uvée s'attache à la cornée par le 
moyen du cercle ciliaire; parce que- fi on piquoit 
dans ce cercle, il y aurojt à craindre dans les 
opérations laborieufes, de féparer de ce côté-là 
I'uvée de la cernée ;& fi cette féparation étoit 
confidérable, 'l'iris pourroit s'affaifTer, & la pu- 
pille fe dilater & reflerrer irrégulièrement, l'in- 
fertion des fibres motrices de l'iris n'étant plus 
itable dans ce lieu, Ce n'eft pas à dire qu'on ne 
réunifie, fouvent, quoiqu'on pique plus près de 
l'iris lorfque les opérations ne fe rencontrent pas 
laborieufes ; mais il vaut toujours mieux s'en 
éloigner, & choiiir le lieu que-j'ai marqué, tant 
pour la raifon dite, que pour mouvoir plus li- 
brement & dans une plus grande étendue la 
pointe de l'égaillé. 

Le lieu choifi, leChirurgien de la main gau- 
che, li c'eft l'œil droit fur lequel il opère, & de 
la main droite fi e'eft l'œil gauche, prend fôa 
égaille qu'un ferviteur lui préfente, la tient par 
îe milieu du manche avec le pouce, le doigt in- 
dice, & le doigt moyen, à peu près comme on 
tient une plume pour écrire, appuyé le petit 
doigt & l'annullaire fur la tempe pour empê- 
cher fa main de vaciller, & pique hardiment, 
dans le lieu déligné, les membranes qui compo- 
sent îe b 7 anc de l'œil, la cornée & I'uvée: quand il 
a pénétré i'uvée, il couche un peu le manche de 
fonéguilledu côté de la tempe, Scia pou fie dou- 
cement & en tournant, jufques à ce qu'il envoyé, 
au- travers de la cornée tranfparente, la pointe 
parvenue aux deux tiers de la pupille : alors il la 
hàuffe & labbaiiTe pour voir fi les accompagne- 
mens ne font point adhére-ns au bord de la pu* 



S5 E L' ÛE I L, r 4 9 

Taille; ce qu'il connoit, quand il s'apperçoit qu'il 
meut l'iris, & que la pupille change de figure à 
mefure qu'il meut fon égui!le;en ce cas par ces 
mouvemens il les détacheroit doucement & pe^ 
titàpeticfinon il porte la pointe de fcn éguiîle 
vers la partie fupérieure de la cataracte ou cri- 
ftaîlin altéré', & en l'appuyant un peu vers la 
centre de l'œil, il VabbaiiTe, & réitère ainii juf* 
ques à ce qu'il voye que la cataracte fe détache 
du lieu qu'elle occupe : alors il gagne tout-à- 
fait le deflus, & en appuyant doucement, il 
l'abaitfe entièrement au-defîbus de la pupille, 
ou elle ferait place entre le corps vitré & l'uvée, 
le cercle ciliaire fe feparant même le plu^ fou- 
vent en cet endroit de la membrane eu corps 
vitré, comme je l'ai fait voir en l'article 5 de la 
quatrième obfervation du Chapitre III. cela ne 
fe pouvant prefque faire autrement, parce qje 
l'efpace qu'il y a du bord de la circonférence ê& 
la pupille au cercle ciliaire, n'eit pas toujours 
capable de loger le criltaîlin avec tous fes ac- 
compagnemens. Et quoique les fibres ciiiaires fe 
trouvent rompus en cet endroit & en celui par 
lequel l'éguille a pafle, le corps vitré ne cefle 
pas pour cela de recevoir de la nourriture au- 
tant qu'il lui en efr néceiTaire, parce qu'il relfe" 
encore affez d'autres fibres entières pour lui en 
fournir. 

Le Chirurgien tient la cataracte en cet état 
pendant un peu de tems, & relevé enfuite la 
pointe de ion éguille: fi la cataracte celle âb- 
bailTée,à la bonne heure, l'opération eft faite: 
fi elle remonte & fait lepont-Ievis, il appuyé de 
rechef deffus , & Fabbaifle un^eu plus que la 
première fois , & la contient ainli pendant un 
peu plus detems: il relevé encore la pointe de 
fon éguille; & ii la cataracte remonte encore , il 

Giij 



ȍo Des Maladies 

l'abbaifTe comme deflus , j ufques à ce qu'elle de* 

meure. 

Pendant tout ce tems, fi le bras du Chirurgien 
fe fatigue , il fe fait foutenir par un ferviteur af- 
furé, afin de s'empêcher de vaciller. 

La catara&e étant reliée au bas de la pupille, 
îe Chirurgien retire fon éguiile doucement, & 
dans le même ordre qu'il l'a introduite. Il n'eft 
pas nécefiaire de présenter quelques objets au 
malade, pour les lui faire diftinguer, & faire 
connoitre aux ailiftans qu'il voit,: les malades 
eux-mêmes ont ailez d'empreflément de le dire, 
& le Chirurgien le connoit fuffifamment par la 
noirceur & la netteté de la prunelle. Au con- 
traire il faut les prier de ne point parler, & de ne 
regarder aucuns objets; parce que cela ne fe 
pouvant Caire fans que l'œil fe meuve, il feroità 
craindre que l'égaillé étant encore dans l'oeil, il 
ne fe fit quelques faux mouvemens qui pour- 
roient caufer quelque defordre.. 

L'opération faite, on ferme les paupières, on 
applique fur tout l'œil une compreflè en plu- 
sieurs doubles, trempée dans un collyre fait avec 
i'eau-rofe, l'eau de plantais , & un blanc d'œuf, 
battus enfemble ; & fi le malade avoit quelque 
averfion pour l'eau-rcfe à caufe de fon odeur, 
que quelques pet formes ne peuvent fouflrir , com- 
me quelques femmes ou filles, on le feroit avec 
l'eau de plantain feule & le blanc d'œuf : on bande 
enfuite l'œil malade, bandant auifi le fain fur 
lequel on laide la comprefie pour les raifons 
ci-neiTus. On reconduit le malade dans fon lit , on 
le fait coucher fur fon dos v îui tenant la tête un 
peu élevée, & on lui recommande de fe tenir en 
repos ôc de ne point parler. 



DE ï/Oeii- t;ï 



CHAPITRE XII î. 

Comment il faut furmonter les difficulté z qui arrï* 
vent dans le xems de P opérât ion. 

Première difficulté ait fu* et de Vitré fol ut ion du malade 

LA première difficulté qui arrive, c'efi quand 
ie malade eft ii timide & fi fen fibre, qu'il ne 
peut tenir fon œil en une affiette itable , & qu'il 
afipenderéfolution , quefitôt qu'il fent la pointe 
de l'égaillé, il tourne Ion œil ou en haut, ou en 
bas, ou vers les cotez, Il faut en cette rencontre 
l'exhorter a avoir plus de réfolution, & l'exci- 
ter à tourner l'œil du côté de fon nez,& pen- 
dant ce tems-là tâcher de le furprendre, en pi- 
quant promptement dans le lieu défigne; quand 
les membranes font piquées, on eft alors maître- 
de l'œil , & on finit l'opération comme de f lus. 

Mais il arrive au [fi que'quetbis qu'en piquant' 
ainfi, on pique un peu plus haut ou un peuplas 
bas que le lieu déiîgné, àcaufe de Pïnftabilité de 
l'œil : il ne faut pas s'en étonner , on ne laifTe pas 
que de réuffic. I! eft vrai qu'il y a un peu plus de 
difficulté; car quand on pique bas, on a un peu 
plus de peine de gagner le défi us de !a cataracte, 
maisaufli il eft plus Facile de la loger au-deflbus 
de la pupille , & de la tenir fujette ; & quand on 
pique haut, il eft plus facile de gagner le deffas 
de la catara&e,& plus difficile de la conduire 
en bas. 

IL Difficulté' au fitjet des cataractes fohettjèfi 

La féconde ^c'efi: quand on s'efi trompé à l'âge" 

Giiij 



tft Des Maladies 

rie la cataracte : car il y a quelquefois des cata- 
rades qui paroiflènt confirmées & mûres, & qui 
cependant font encore laiteufes ; ce qui arrive 
plutôt aux jeunes gens. Et comme cette matière 
iaiteuie elt contenue au-deiious de la membrane 
qui recouvre le criftallin, & qu'elle eft quel- 
quefois en fi grande quantité qu'elle forme une 
tumeur, enforte qu'il fembie que la cataracte 
avance en devant, il arrive quelquefois qu'en 
paffant Téguille pour la faire avancer au-deilous 
de la pupille, on pique cette membrane cxonla 
déchire, & aullitôt cette matière îaiteufe s'é- 
panche & fe mêle avec l'humeur aqueufe, fou- 
vent la blanchie & mêle de telle forte, qu'on ne 
voit ni la pointe de l'éguille, ni la cataracte. En 
cette rencontre, ft la membrane qui couvre le 
criflallin eft bien déchirée , l'opération réuiTit, 
parce que le criftallin tombe de lui- même, n'é- 
tant plus foutenu par la membrane, même on le 
voit quelquefois fe précipiter quand l'humeur 
aqu.?ufen'eftpas bien trouble. Quand cela arrive, 
il faut tâcher d'appuyer l'éguille par-defius pour 
aider à le loger au bas de la pupille; mais ii îa 
membrane n'eft pas bien déchirée, ou qu'elte ne 
le foit qu'en fa partie fupérieure, le criftallin 
ne fe précipite pas, & il eft bien difficile de 
finir l'opération , fi l'humeur aqueufe eft fort 
trouble. Cependant comme on fçait la fituation 
de ce corps, il faut appuyer doucement l'éguille 
vers fa partie fupérieure, 3c l'abbaiiier enfuite, 
répéter le même mouvement deux ou trois fois 
avec prudence, fans s'obftiner davantage, re- 
tirer fon éguilîe, de crainte de détruire quelque 
partie intérieure, ou pour le moins d'altérer la 
fuperficie du corps vitré, en cas que le criftallin. 
fût précipité. Comme on n'a travaillé qu'en 
aveugle , on n'eft pas fur d'avoir réuflï , & on ne. 



de l'Oeil, i^ 

le fçait que quand l'oeil eft éc'airci. Si on n'a pas 
réufli , il faut fe donner patience, la cataracle ne 
laiflera pas que defe mûrir avec le tems, & être 
en état de foutenir l'opération. 

Il arrive auiTi quelquefois que cette matière 
laiteufe nefe trouvant qu'en une médiocre quan- 
tité , ne forme qu'une légère tumeur qu'on ne 
rencontre point en conduifant fon éguille ny- 
deflbus de la pupille ; deforte que la poirirtHfè 
l'éguille étant avancée aux deux tiers de la pu- 
pille , quand on penfe abbaiffer la catara&e à l'or- 
dinaire , on s'apperçoit qu'elle enfonce en la pref* 
fant,& on dhoit qu'elle flotte; ce qui vi*2nt de 
ce que l'éguille la prefle inégalement. On fait 
louvent plufieurs tentatives vaines , parce que 
l'éguille ne fait que glifler fur la membrane qui 
recouvre le criftal'in, qui en cette rencontre tft 
toujours entière , à moins qu'on ne retire tanc 
foit peu l'éguille, afin d'en porter la pointe ven 
le milieu de la cataracte , pour en preflant defili* 
rompre cette membrane: aîorson voit cette ma- 
tière laiteufe s'épancher, & fe mêler dans l'hu- 
meur aqueufe,qui fouvent ne blanchit que com- 
me une eau de favon, à caufe du peu de quantité 
de ce'te matière. Si cette membrane eft bien 
rompue ,on voit en même tems le criftallin Te 
précipiter , que l'on conduit & affermit au bas 
de 'a pupille ; linon , en portant la pointe de l'é- 
guille vers fa partie fupérieure , en preflant un 
peu & defeendant , on ne manque gueres de le 
précipiter, parce que pour peu qu'il foit preffé, 
ia membrane achevé de fe rompre entièrement, 

Dans ces deux rencontres, quand le criftallin 
fe trouve bien abbsifTé,il eft rare de le voir re- 
monter , parce qu'il n'a point d'accompagne- 

mens qui le repoufTent , même ce défaut d'ac- 
compagnemens fait que fon volume n'étant pas 
» G v 



154 Des Maladies 

fi gros » il feloge plus aifément entre le corps vi<* 
tré & 1 uvée , où i! demeure par fon propre poids } 
Si quand i! n'arriveroit point de réparation au 
cercle ciliaire , il demeureroit fur ce cercle entre 
l'iris & le corps vitré , fans caufer aucun obftacle 
à la vue. Il eft vrai qu'il en paroîtroit une petite 
portion par le bas de la pupille, mais elle difpa- 
'•c^rrqit dans la fuite , quand ce corps fe defiei» 

On n'eît pas toujours sur de réuffir dans ces 
fortes de cataractes; car fila membrane qui re- 
couvre le criftailin eft dans fon état naturel , & 
qu'il y ait peu de matière laiteufe au-deffous , 
fouvent on ne la peut rompre, Se les tentatives 
que l'on fait font vaines ; c'eft pourquoi il eft àelsi 
prudence du Chirurgien , après avoir eflàyé deux 
ou trois fois de la rompre , fie en vain de retirer 
fon égaille & de remettre l'opération dans un 
autre tems, plutôt que de gâter quelque partie 
antérieure ; mais auffi quand elle eft mortifiée ôc 
qu'elle eft prête, pour ainii dire à tomber en fu- 
puration, on ne manque gueres de réufiïr , pro- 
cédant comme je le viens de dire, à moins que 
l'humeur aqueufe ne fut extraordinairement 
trouble , encore quelquefois reuiiit-t-on. 

Il n'eft pas néceffairede dire ici qu'on ne doit 
point entreprendre l'opération, quand on foup- 
£onne par les fignes tant diagn^ftics que pro- 
gnoftics , que les cataractes font encore laiteufes ; 
puifque je fuppofe qu'on s'eft trompé dans le ju • 
gement qu'on en a fait , étant même difficile 
qu'on ne le foit, quand ces cataractes paroifiènt 
comme des cataractes mûres & confirmées , & 
qu'e les re font ni luifantes , ni inégales , ni tra- 
verfées ou barrées. 

Quoique l'humeur aqueufe foit rendue trouble 
par le mélange de cette matière laiteufe, elle ne 



r> e l'Oe XL. i { ç 

ïaîfie pas de s'éclaircir en peu de jours, & de de- 
venir aulli tranfparente qu\ île étoit; cette ma- 
tière laiteufe le précipitant petit à petit, même 
quand ces cataractes ré-jffiiTent bien, les malades 
diftinguent fouvent mieux les objets, parce que 
leur volume n'étant pas fi grand que dans celles 
ou il y a des accompagnement, quand elles font 
logées au bas de la pupille , elles n'apportent pas 
un fi grand changement dans la dilpofiti <$A\ 
corps vitré , & la bolle de ce corps qui fe forme 
à l'endroit cù étoit lecriftallio eft plus régulière. 

III. Difficulté aufujet des CataraEttscafétufes. 

La troill éme, c'eft quand on s'tft auflî trompé 
à l'âge de la cataracte , & que l'éguille étant dans 
l'œil, on voit que les accompagnemens encore 
tendres fe féparent du criftailin ce flottent dans 
l'humeur aqueufe. Dans cette rencontre on elt 
bien plus sûr a'abbaiiïer le criftalhn que 1. rf- 
qu'elle eft laiteufe, parce que l'humeur aqueufe 
ne fe troubîeque peu, & que pour l'ordinaire la 
membrane qui recouvre le cnftallin eft ou dé- 
truite, ou pour le moins prête à tomoer en fu- 
puration; maisaufîî on n'eft pas certain que tous 
les accompagnemens féparez fe précipitent e »- 
tierement, & qu'il n'en refte quelques-uns à l'en- 
droit delà pupille, qui incommodent quelque- 
fois autant que la cataracte. 

Il faut agir ici avec prudence, & d'abord qu'on 
s'apperçoitque les accompagnemens quittent il 
faut porter la pointe de l'éguille vers la partie fu- 
périeure & moyenne du criitaîlin , & en l'ap- 
puyant fur ce corps & I'abbajflTant, tâcher de le 
précipiter du premier coup . afin qu'il fc f-fpare 
moins d'accompagnement; fi on nereuflit pas on 
réitère. Et quand on voit que le cnftallin fe pré- 

G vj 



r ç6 Des Maladies 

cipite , ce qu'on contient par la groffeur de Ton 
corps plus confidérable que celle des accompa- 
gnemens ; on l'afTermit au bas de la pupille , en- 
fuite avec la pointe de l'éguille on abbaifle les 
plus confidérables pièces des accompagnemens, 
autant qu'on le peut; pour les moindres qui flot- 
tent dans l'Jaumeur aqueufe on les laifFe ; elles fe 
précipitent d'elles-mêmes dans, la fuite , auflï- 

.,.. o oourroit-t-on les abbaiffer, parce que 
TéguilicVa point de prifefur elles. 

Quand toutes les parcelles des accompagne- 
mens fe font précipitées , l'humeur aqueufe re- 
prend fa tranfparence ordinaire, & les malades 
recouvrent la vue ; mais quand il en refte quel- 
ques-unes, ou qu'il en remonte de celles qui ont 
été abbai ffées, comme il arrive quelquefois, ( car 
pour le criftallin il eft rare qu'il remonte , comme 
je l'ai dit à l'occafion des îaiteufes ,) il paroît un 
nuage au-delà de la pupille, qu'on diroit quel- 
quefois être la même cataradte ; il eit pourtant 
aile de reconnoître que ce ne font que les accom- 
pagnemens par l'inégalité de ce nuage, qui en 
quelques endroits eft rare & tranfparent, & en 
d'autres plus ferré & obfcur;d : ou vient auifi que 
quelquefois les malades voyent comme au-tra- 
vers d'un crible, quand les parcelles font nom- 
breufes; d'autre fois comme au- travers d'un petit 
trou, quand il fe trouve quelque divifiem dans 
leur milieu ; quelquefois aulli ils ne voyent qu'une 
grande lueur, quand il y a quelque grotte pièce 
qui occupe le milieu de la pupille. 

Il arrive quelquefois que ces accompagne- 
ra ns reftent dans le même état,fe lians & pre- 
nans coips; quand cela arrive, on peut remettre 
l'égaillé dans l'œil \- ou 6. mois après , ou quand 
on juge qu'ils ont allez de confiftence : fi même . 
il n'y avtfit que quelque grotte pièce , on la pour» 



be l'Oeil/' i*? 

roît remettre le ? . ou le 6 e . jour après l'opéra-» 
tion. Il arrive aufli le plus fouvent que ces pièces 
d'accompagnemens reftees ou remontées, fe flé- 
triflent& fe précipitent d'elles-mêmes , & ainfî 
l'œil s'éclaircit& reprend petit à petit fonufage : 
on leconnoitquandon les voitdiminuerde jour 
à autre ; ainli quand on s'en apperçoit , il n'eft pas 
néceflaire de remettre l'éguille dans l'œil. 

Ce qui eft fujet à refter aux malades ap. n h*2 
telles cataractes , & même quelquefois enfuite 
des laiteufes, ce font des petits ombres, comme 
des pouiïîeres, ordures , ou autres chofes fem- 
blables , que les malades voyent quelquefois vol- 
tiger devant leurs yeux quand ils les mouvent 
brufquement pour regarder en l'air ; & ces chofes 
ne font que ces petites parcelles d'accompagne- 
mens flétries & féparées les unes des autres, qui 
à caufe de leur légèreté font excitées à flotter 
dans l'humeur aqueufe par le mouvement préci- 
pité des yeux : d'où vient auffl que quand les ma- 
lades arrêtent leur vue fur un objet, ils voyent 
ces chofes fe précipiter & difparoître. 

1 V, Difficulté au fui et àct accompagnement 

nombreux, 

Lorfque les accompagnemens d'une cataracte 
font fort flexibles & obéiflans,& dans une mé- 
diocre quantité , comme ceux énoncez en l'art. 
6; de la ^ Oofervation du Chapitre III. On ne 
peut manquer de bien réuffir ; il y a même des 
cataractes qui font dans un degré de maturité 11 
jufte & ii favorable , .que pour peu qu'on les 
touche avec l'éguille, elles fe précipitent, & on 
n'a point d'autres peines qu'à les preffer un peu 
de la pointe de l'éguille pour aider à les léger 
au bas de la pupille. Mais quand les accompa- 



i^g Des Maladies 

gnemens font nombreux, ilscaufent pîusde diffi- 
culté, quand même ils feroient flexibles & obéif- 
fans. 

Quand donc on juge par lesfignes prognoftics 
que les accompagnemens font nombreux , il faut 
prendre garde en introduifant l'éguille , de ne 
l'engager que le moins qu'on pourra dans les ac- 
cony^agnemens, & pour cet effet , quand on aura 
pl~«..<- / 'e>.Jes membranes de l'œil , il en faut cou- 
cher le manche davantage d'! côté de la trempe, 
afin de conduire la pointe le plus près qu'on 
pourra de la partie intérieure de l'iris , prenant 
toutefois garde de piquer l'iris par deflbus;& la 
pointe de l'éguille étant parvenue à l'ordinaire 
aux deux tiers de la t>upile, on agit comme je 
l'ai dit au Chapitre XII. Ce qu'il y a de plus à 
obferver, c eft qu'à toutes les fois qu'on relevé la 
pointe de l'éguille , il faut s'approcher de la pu- 
pille pour la débarafTer des accompagnemens qui 
le replient par-dtflus , avant que de la porter à 
la partie fupéi ieure de la cataracte ; & quand elle 
eft abbaiflee il la faut loger le plus bas qu'on 
pourra entre le corps vitré & l'uvée. & l'y tenir 
afiujettie pendant un tems plus corildérabîe que 
dans les autres cataractes , puis retirer l'éguille 
dans la même fituation qu'elle fe trouve , de 
crainte que la changeant on ne faiie remonter la 
cataracte, dans les accomp-^gm mens de laquelle 
l'éguille fe trouve embarrafiée. 

Ces cataractes fort fujettes à remonter après 
l'opération, à caufe de l'abondance des accom- 
pagnemens qui augmentent beaucoup leur vo- 
lume; & qui les rerdent fi gliFantes, que par 
le moindre effort elles font repouflees vis-à-vis 
de la pupille; cela oblige fou vent à remettre une 
féconde fois l'éguil'e 4. 5. ou 6. jours après l'o- 
pération jfi l'inflammation n'eft pas confidérable 



DE l'Oeil; ^ rj9 

On peut pafler l'éguilie car le même trou , s'ii 
n ; eft point enflammé, ouii on croit le pouvoir 
faire , linon , piquer en un autre endroit , pourvu 
que la féconde piqueure que Von fera foit un peu 
éloignée de la première , afin que les deux trous 
ne fe joignent pas s'il furvenoit dans lafuite quel- 
que fluxion ou inflammation , & agir au refte 
comme la première fois. 

Il ne feroit pas toujours nécefîaire de . ab~ 
baiffer une féconde fois, parce que fouvent elles 
fe précipitent d'elles-mêmes quand dans la fuite 
des tems leurs accompagnemensfe diminuent en 
fe fletrifîans; mais comme il arrive aufli quelque- 
fois qu'elles s'affermiffent au lieu ou elles font re- 
montées, particulièrement quand les accompa- 
gnemens font encore un peu tendres , & que 
d'ailleurs on p"eut douter fi elles ne fe font point 
trouvées adhérentes lors de l'opération , & il 
elles ne tiennent' point encore en quelques en- 
droits, ce qui les empêcheroitde fe précipiter, 
il vaut mieux réitérer l'opération , après laquelle 
elles relient le plus fouvent 

Ce ne font pas toujours les cataractes qui re- 
montent, ce font le plus fouvent les accompa- 
gnemensqui paroiflent par la pupille lorfqu'ils 
font fort étendus : on les reconnoitlorfqu'onvoit 
qu'ils flottent , ou qu'ils paroiflent comme des 
nuages de différente confiflance ; il- n'occupent 
quelquefois qu'une petite partie de la prunelle , 
alors ils nuifent très- peu , ils en occupent d'autre 
fois davantage & ils nuifent. Pojr l'ordinaire ils 
diminuent & difparoiflent dans la fuite : quel- 
quefois aulfi ils demeurent dans le même état , & 
on eft obligé de lesabbaiffer derechef, comme 
on l'a vu dans la première Obfervation du Cha- 
pitre III. 



*6o Des Maladies " 

V* Difficulté au fit] et des accompagne mm s fonder, • 

La plus grande difficulté qui fe rencontre dans 
l'opération de l'abbai flè ment descatara&es , c'eit 
lorfque leurs accompagnemens font folides.Cette 
folidité leur donnant une vertu de reflort, ils 
obligent fouvent le criftallin â remonter en haut, 
fitoy^';! n'eft plus affujetti par l'éguille , & d'ail- 
leurs"^ fortes de cataractes fe trouvent quel- 
quefois a -hérentes. 

Pour K-s abbaiiïer on fuit la méthode que je 
viens d'enfeigner , obfervant feulement de les 
bien détacher des environs de la pupille, fi elles 
fe trouvent adhérentes , quoique rarement , & 
que ce foit petit à petit , afin de ne point déchi- 
rer ou dilater la pupille ; car quelquefois les ac- 
compagnemens font fi adhérens en quelques en- 
droits de la pjpilie, que quand on preffel'éguille 
deflusjon voit l'iris fuivre le mouvement de l'é- 
guilîe , & la pupille changer de figure. On les 
doit aulfi tenir fujettes le plus qu'on peut quand 
elles font abbaiflées, & fi l'éguille n'cft point en- 
gagée dans les accompagnemens , on la relevé 
pour voir il elles ne remontent point , fi elles re- 
montent , on les abbaiffe derechef, jufqu'à ce 
qu'elles demeurent. 

On n'eft pas fou vent obligé de remettre l'é- 
guiile plufieurs fois dans l'œil , ces cataractes 
étant les plus fujettes de toutes à remonter. Je 
l'ai quelquefois rem ife jufqu'à }•&: 4. fois, fans 
qu'il en foit arrivé aucun accident, & fouvent 
par le même trou. 

Quand des accompagnement de cette nature 
ne fe trouvent que da s une médiocre quantité , 
les cat3rades réufllflent p'û ; ôt : quand auîli ils 
font nombreux, elles réuffiffent très-difficilement. 



D E L'Oê I L. T6 I 

Les règles que je viens d'établir pour furmonter 
les diiEcultez caufées par les difrerens états des 
accompagnemensdescatarades, le doivent éten- 
dre far tous les autres états moyens qu'il feroit 
impcfliole de dénombrer ici, vu qu'il eft: très- 
rare que deux cataractes qui fe rencontrent dans 
une même peiTonne, ayent une femblable con* 
iiftance. 

VI. DifficulteZ au fujet de quelques accident qm 
arrivent dans Pope rat ton. 

J'ai dit fur h fin du Chapitre VIII. de la Des- 
cription de l'Oeil , que des nerfs , des artères & 
des veines quife portent au cercle ciliaire , il yen 
avoit quelques rameaux, qui après avoir pénétré 
la cornée , faifoient deux & trois lignes de che- 
min entre l'uvée & la cornée , avant que de fs 
jetterdansle cercle ciliaire. 

Il arrive quelquefois en opérant , qu'après 
avoir pénétré la cornée , on rencontre avec l'é- 
gaillé quelques-uns de ces fcions de nerfs , alors le 
malade relient une douleur vive. Comme il eft 
impoilible d'éviter cette rencontre, on doitfeu^ 
lèment prendre garde que les mouvemens de l'é- 
gaillé foient lents & non précipitez , afin d'épar- 
gner de la douleur au malade. 

D'autres fois on rompt quelqu'un de ces ra- 
meaux d'artères ou de veines , alors il fe fait un 
épanchementde fang dans l'œil, qui paffe quel- 
quefois entre l'iris & la cornée , & fe précipite 
en bas , quelquefois aullî il trouble beaucoup l'hu- 
meur aqueufe, fi l'opération fe trouve laborieufe, 
Il n'y a point d'autre précaution à prend re , quand 
on commence à voir qu'il s'épanche du fang, que 
de terminer l'opération le plutôt qu'on pourra; 
Ce, fang épanché fe réfout dans la fuite } & il eft 



Des Maladies 
rare d'en voir arriver des accidens, a moins qu'il 
ne fe trouve en fi grande quantité, qu'au l^u de 
réfoudre, il fuppure, & alors il peut corrompre 
les parties intérieures de l'œil; cependant je n'en 
ai point vu encore arriver en cette rencontre. 

Dans le tems de l'opération il fe fait pref- 
que toujours quelqu'épanchement de l'humeur 
aqueufé par le trou qu'on a fait avec l'éguille. 
Quan^'-J^epanchement eft petit ou médiocre , il 
n'arrive aucun changement à l'œil; mais quand il 
eit conliderable , la cornée s'affailïe , l'iris fe ride , 
& les malades ont peine à diftinguer les objets, 
quoique 'a catara&e fe trouve bien abbaiffée ; ce 
qui étonne fouvent les novices. On ne doit point 
tant s\ ffrayer de cet accident , cette humeur fe 
rengendre aîTez prompte ment & la vue fe réta- 
blit, comme je l'ai dit aux Chapitres XII. &XIII. 
de la Defcription de l'Oeil ; il le faut cependant 
éviter le plus qu'on peut , parce que i\ cette hu- 
meur s'écouloit plus corjid érable ment dans le 
commencement de l'opération , & que la cata- 
racte fe trouvât difficile à abbaiiler, on auroit 
beaucoup de peine à finir beureufement Topé- 
ration. 

Pour cet effet on doit bien prendre garde de 
prefler le globe de l'œil pendant l'opération , 
penfant parce moyen l'empêcher de fe mouvoir , 
parce qu'en le preilant ainîi , on oblige l'humeur 
aqueufe de couler : c'eft pourquoi il ne faut point 
fefervir auffi defpeculum oculi> comme quelques 
Auteurs le confeillent , mais fe contenter de tenir 
les paupières ouvertes , com me je l'ai dit au Cha- 
pitre XII. On doit encore prendre garde en pi- 
quant le globe, que ce foit prefque perpendicu- 
lairement & non en biaifant,afin que 'a piquure 
ne foit pas plus grande que la grofleur de l'é- 
guille , particulièrement quand on fe fert d'e- 



DE i/Oeïl. l6j 

guilles un peu tranchantes vers la poînte;carpour 
ies rondes celan'eft pas tant à appréhender. Et 
quand l'opération eft finie , il faut défendre au 
malade de (e frotter ou prefier l'oeil. On doit ex- 
trêmement fe défier des yeux bleus dont la cor- 
née eft pour l'ordinaire fort mince, & par confè- 
rent très fujets à cet accident. 

Il y a encore d'autres difflcultez qu'on ren- 
contre en opérant , dont je ne parler .■ pis ici , 
parce qu'eTles ne dépendent pas des d.ffirens 
états des cataractes vraies , mais dts mixtes ou 
trompeufesdontje traiterai dans 'a fuite. 



CHAPITRE XIV. 

Vlufnurs Obfervationr de pratique qui ont rapport, 
aux chojes ci- devant dites. 

I. Objen-aiion fur une Cataraïïe laiteuft, 

LE i 7 Octobre de l'année 1685. j'allai à Sa* 
viere pourabbaiffer unecataradedans l'oeil 
ga iched'un jeune g3rçon appelle Nicolas Very, 
ValetdeSebaftienCoutan Laboureur. Cette ca- 
ta; acte me paroilfoit d'une bonne couleur, la pu- 
pille fedilatoit lentement & beaucoup, &fe ref- 
terroitde même quand je pafîbislamain entre 
l'œil & le grand jour , le fain étant fermé ; ci le 
malade ne diftinguoitque les ombres des objets , 
& une foible lueur. Ces fignes me firent juger que 
la cataracte étoit mûre,& d'autant plus qu'il y 
avoit près d'un an qu'il ne diftinguoit aucun 
objet, ace qu'il me dit Je me trompai cepen- 
dant ; car en introduifant l'égaillé dans l'œil , je 
m'apperçûsaufli-tôt que l'humeur aqueufccom- 
fcençoit à blanchir, j'avançai à l'ordinaire moi) 



ï-64 De ^ Maladies 

éguille aux deux tiers de la pupille, je la vis un 
peu, parce que l'humeur aqueufe n'étoit pas en- 
core bien trouble. Et comme j'étois déjà per- 
fuadé que la cataracte n'étoit autre chofe qu'une 
altération entière du criftalhn , je ne défefperai 
pas d'achever l'opération. Je portai donc la 
pointe de mon égaille vers la partie fupérieure 
du criftallin , & je l'abbaifFai en fuite doucement, 
& penikpnA^ems l'humeur aqueufe blanchif- 
foit davantage ; je la portai une fecotide fois de 
même , & en l'abbaiflant le malade me dit qu'il 
voyoit un grand jour; cela me fit juger que le 
criftallin fe précipitoit ; en effet, quoique l'hu- 
meur aqueufe fût fort trouble, la prunel.e ne me 
parut pas fi blanche , & je vis qu'elle fe refl erroit 
beaucoup : ce qui me confirma que le criftallin 
étoit entièrement précipité. Je retirai peu de 
tems après mon égui'le, & jepanfai le malade à 
l'ordinaire. Quelques jours api es je retournai le 
voir , & je trouvai que l'humeur aqueufe étoit 
fort éclaircie , & qu'il diftinguoit toutes fortes 
d'objets ; je le vis encore feptou huit jours après 
en paffant par fon Village , & je le rencontrai 
faifant fon ouvrage , & entièrement guéri , fans 
qu'il parût qu'il eût jamais été incommodé de 
cataracte. 

IÎ.OhJsrvationfuY une autre cataracte laiteujè~ 

Le io Octobre 169 1 , j'avois abbaifle une ca- 
taracte à Barnabe Contant de Vannes pràs S. Be- 
noît , qui réuffit comme on pou voit le fouhaiter ,. 
aufti avoit-elSe toutes bonnes marque-. L'oeil 
gauche dans le même tems étoit travaillé d'une 
autre cataracte qui ne paroifîbit pas être mûre, 
j'en différai anlfi l'opération. Au commencement 
d'Octobre de l'année fuivante il me vint trouver, 



DE L'Oeï L. tï6j 

Cette cataradte me parut afièz bonne & bien 
mû.e.aulli lui donnai-je jcur pour l'opération 
au 1 1 dudit mois. Quand mon égaille fut dans 
l'œil , & que je travaillai à abbaiiïer la catara&e^ 
•je m'apperqus qu'en preflant deflus , elle enfon-" 
-çoit,& il me fembloit qu'elle flottoit dans l'hu- 
meur aqueufe ; je fis plufieurs tentatives fans 
..avancer en rien, parce que mon éguilJe ne faifoit 
que gliffer deiTus:je me déterminai*- étirer un 
peu* mon éguiile, pour porter la pointe vers le 
milieu de la cataracte, & en la preflant je rompis 
la membrane qui recouvre le criffallin, <3c auffi- 
tôt une matière laiteufe s'épancha , & rendit l'hu- 
meur aqueufe comme une eau dans laquelle on 
auroit diiTout du favon :en abbaiffant la pointe 
de mon éguiile., j'apperçus le criiîallin comme 
un gros pois qui s'abbaiffoit, je portai dellus 
î'eguille pour le loger au bas de la pupille où il 
demeura. Comme je retirons mon éguiile, I'em- 
preiîement que le malade eut â répondre à unde 
Tes voiiins qui lui demandoit »'il voyoit, lui fit 
tourner brufquement l'œil en dehors pour le re- 
garder , cela rit que la pointe de mon eguille ren- 
contra le bord de la pupille & le déchira; quel- 
ques jours après î'œil s'éclaircit entièrement, & 
le malade guérie. La pupille eiî reûée un peu di- 
latée, il voit cependant de cet œil les objets 
proches comme de l'autre; mais les éloignez, i! 
Jes voit un peu cenfuiement, parce que la pu- 
pille ne peut affez fe refierrer. Cela ne l'empêche 
pas de travailler aux vignes, & de lire dans ^s 
iieures. 

111. Obfervaticn fur une catsraBe caféeufe. 

En l'année 1689, le "4 May, je fis l'opération 
fur un nommé Claude Robert 3 Tonnelier, au 



Des Maladies 
Faubourg Goyer de Sézanne. Quand mon eguilte 
fut introduite dans l'œil , lacataratte me parut fe 
divifer en plufieurs pièces, je portai la pointe de 
ï'éguille vers la partie fupérieure& moyenne du 
criitalliri que j'abbaiflài du premier coup, en- 
fuite je travaillai à abbaifler les plus considéra- 
bles pièces; j'eus beaucoup'de peine àenabbaif- 
fer une qui. me paroiifoit grande, & il en refta 
pîufieur^^tf^s fur lefqueltes mon éguiîle n'a- 
voit point de prife, & qui me fembloient flot- 
ter; je ceffai mon travail, & retirai Ï'éguille, ef- 
pérant que ces pièces le précipiteroient dans la 
fuite. Pendant l'opération l'humeur aqueufe fe 
brouilla un peu ; & huit ou dix jours après , re- 
tournant à Sézanne, je reconnus que cette hu- 
meur s'étoit éclaircie, que les moindres pièces 
s'etoient précipitées, & qu'il en reftoit une qui 
occupoit le milieu & prefque les deux tiers de 
la pupille, en manière d'un nuage plus épais dans 
fon milieu ; deforte que le malade ne voyoit 
qu'une grande lumière , fans pouvoir difcerner la 
•figure des objets, mais feulement leurs cou- 
leurs» comme blanches, rouges, vertes, &c. Ce 
nuage paroiffoit branler, quand le malade re- 
muoiti'œiL, ce qui me fit croire qu'il fe précipi- 
teroit bkntôt : cela n'arriva qu'environ quatre 
mois après, comme je l'ai fçû du malade, qui me 
dit qu'en defcendant de fa chambre pour for tir 
dans la rue, il fut furpris, étant dans l'allée delà 
maifon,de voir & de connoître les paflans. Et de- 
puis ce tems-là , il a toujours travaillé de fon 
métier de Tonnelier jufques à prêtent avec cet 
ceil là , ayant perdu l'autre d'une autre maladie. 
Dans ce tems-là j etois perfuadé de ce que c'é- 
toit que la cataracte ; mais je ne pouvais m'ima- 
^iner ce que ce pouvoit être que ces pièces qui 
fen féparoient, ne connoiflant point encore les 
■accompagnemens. 



D E L'OE !L. U 7 

IV. Obfervatwt fur deux cataraBet avec des 
accompagnement nombreux. 

Le Mardi z6 Aouft: 1698, j'abbaiffai deux ca- 
taractes à un nommé Cailet, dit Dumenne, Pa- 
tiflîer, entre les deux portes du Faubourg Goyer 
de Sézanne. Je jugeai par les lignes ci-defîus, 
que ces deux cataractes avoient ;£*',. accompa- 
gnemens nombreux, quoique nouvelles l'une & 
l'autre , celle de l'œil droit étant un peu plus con- 
firmée que celîe de l'œil gauche. Je' commençai 
par celle de l'œil droit; & quand j eus introduit 
mon égaille, comme je l'ai dit ci-defllis au fu- 
jQt de ces fortes de cataractes, j'eus beaucoup 
de peine à lui faire quitter le lieu qu'elle occu- 
poit;& quand elle l'eut abandonné , j'eus encore 
plus de peine à la loger au bas de la pupille, par 
la multitude des accompagnemens qui s'embar- 
rafloient autour de mon égille;j'en vins cepen- 
dant à bout: mais comme je la contenois ainll, 
une légère foibieîle, furvint au malade, & ap- 
préhendant qu'il ne tombât tout-à-fait en fyn- 
cope , je retirai mon é^bille. Qjand il fut revenu 
de fa foiblefle, j'examinai fon œil v & je vis que 
la cataracte étoit reftee,& qu'il paroifibit feu- 
lement un peu d'accompagnemens vers le bas de 
la pupille. Je travaillai tnfuite à celle de l'œil 
gauche, qui ne me fit pas tant de peine à ab- 
baiffer, mais elle remonta pi ufieurs fois, à la fin 
elle demeura fujette. Huit jours après je re- 
tournai le voir,& je trouvai que ces deux ca- 
taractes étoient remoncées en partie, delorte 
que prefque les deux tiers de chaque pupille 
etoient occupez par les accompagnemens, & le 
malade ne diitinguoit que très-difficilement les 
ebjets.Cela n'étoit arrivé que le cinquième jour 



x 6% D £ s Mal ame s 

aptes l'opération, à ce que me dit M. Houllier 
fon Chirurgien ordinaire, qui en attribuait la 
caufe à l'impatience & à l'emportement que le 
malade eut ce jour- là. Je ne trouvai pas à pro- 
pos de les abbaifler de rechef , parce cjue je les 
voyois branler au moindre mouvement de l'œil , 
que le malade voyoit quelquefois les objets aflez 
bien pendant un peu de tems, que j'étois fur 
quelles ne*q$vjentà aucune partie ;& que d'ail- 
leurs ayant relté pendant cinq jours abbaifîees, je 
crus qu'elles ne s'afFermiroient pas dans le lieu 
qu'elles occupoient. Ainfi j'efpérai , que quand 
leurs accompagnemens feroient flétris & dimi- 
nuez, elles fe précipiteroient de rechef; ce qui 
arriva entièrement dans le cinquième mois ou 
environ après l'opération , ne s'étant précipi* 
lées que petit à petit; 

V. Objetvaùon fur deux cataracte/ avec des 
accompagnement J'olidex. 

Au mois de Juin 1 694 >ii£e nommée Madame 
Germain , de Villenauxe , femme déjà âgée , me 
vint trouver pour lui abfcaifTer deux catara&es, 
une plus vieille & un peu jaune, l'autre un peu 
plus nouvelle , plus blanche & meilleure. Je lui fis 
l'opération chez un Bourgeois de ce lieu chez 
lequel elle étoit logée, le 30 du même mois, Se 
je travaillai d'abord fur la meilleure, que je 
trouvai adhérente à la circonférence de la pu- 
pille: quand j'eus féparéles fibres qui canfoient 
cette adhérence, j'abbaifiai la catara&e avec 
aflez de peine, & je la portai au-defibus delà 
pupille ; mais elle n'y fut pas plutôt , qu'elle s'é- 
chapa de deflbus mon éguille & remonta, & 
-cela arriva plufieurs fois. Apparemment que je 
me la preiïbis pas également, car quelquefois 

c'étoit 



D E l'Qe i ti *6g 

C'étoit par- devant mon éguille, & d'autres fois 
par derrière , qu'elle s'échapoit, félon que je re- 
culois en arrière, ou que j'avançois en devant 
la pointe de mon éguille: enfin j'appuyai fi jufte, 
que je la tins fujette pendant du tems , après quoi 
je retirai mon éguille, & la cataracte refta. J'ab- 
baifiai enfuite l'autre avec autant de peine , j'en 
eus même davantage à la féparer,narcequeles 
accompagnemens étoient ïi foîidts, que je les 
voyois s'allonger quand je les preffois avec mon 
éguille. Trois jours après, la dernière abbaiflee 
remonta entièrement, je l'abbaiflai'de rechef, 
& je paflai l'éguille par le même trou, ce qui fe 
fit fans douleur. Je 7 Juillet fuivant, je trouvai 
que la première abbaiflee étoit auQi remontée; 
je remis ce même jour l'éguille dans l'œil , & 
l'abbaifTai. Je piquai l'œil dans un autre endroit, 
parce que le trou de la première piquure étoit 
couvert d'un petit grain de chair. Elle s'en re- 
tourna chez elle quelques jours après, étant gué- 
rie. Elle n'avoit pas la vue fort bonne avant que 
d'être travaillée de fes cataractes, à ce qu'elle 
me dit ; après l'opération elle voyoit encore 
moins , comme on le peut juger ; mais elle voyoit 
allez pour fe conduire feule, & pour connoitre 
tous les objets communs. On me dit depuis ion 
retour, qu'une de fes cataractes étoit un peu re- 
montée environ un mois après l'opération, & 
j'ai fçû auffi qu'elle s'étoit précipitée de rechef. 

VI. Objervation fur une opération fuivie d'un épan- 
chement cmfiàérable de l'humeur aqueufe , la cata* 
ra3e étant de la nature de celles énoncées dans la 
IF.Obfervaiion, 

La femme d'un nommé Roger Marinot, de 
S. Benoît, & (œur puinée de Barnabe Contant. 

H 



ï 7 o Des Maladies 

dont j'ai parlé dans la IL Observation , étoit tra- 
vaillée de deux catara&es , une confirmée, & 
l'autre naiiïante. J'opérai far la première qui 
étoit à l'œil droit, le n Avril 1698; les accom- 
pagnemens fe trouvèrent nombreux , mais obéif- 
fans. Comme elle étoit prefque abbaifTée, je ne 
fçais à quelle occafion cette -femme tourna un 
peu la tète du x èté gauche, & cela fit fortir mon 
éguille de PcflX-ÊmbarrarTé que j'étois de cet ac- 
cident , je voulus remettre Véguille par le même 
trou ; mais cette femme n'eut pas afiez de patien- 
ce : je me réfolus donc de piquer en un autre en- 
droit ;& le preffement que je fis pour faire en- 
trer l'éguille, fit fortir de l'humeur aqueufe par 
le premier trou; cet écoulement continua pen- 
dant le refte de l'opération; & quoiqu'elle fut 
bientôt finie, il fut û considérable , que quand 
mon éguille fut retirée, la cornée trânfparente 
me parut affain r ée,& l'iris fort ridé. Je ne m'en 
étonnai pas, ayant vu d'autres fois des écoule- 
mens prefque auffi confidérables. Le 19 du mê- 
me mois je l'allai voir, je trouvai le globe de 
l'œil auffi plein qu'il étoit avant l'opération, 
mais la catara&e étoit remontée prefque entiè- 
rement : doutant qu'elle fe précipitât d'elle- 
même, je remis l'éguille par une nouvelle pi- 
quure, & l'abbaiflai de rechef, après quoi elle 
demeura, & cette femme guérit fans accident, 
nonobilant les trois piquures que l'œil a voit 
fouffert. Le 14 May de l'année fuivante, je lui 
abbaifîai fon autre catara&e plus heureufement 
que la première, & fans tant de peine. 

je ne rapporterai point d'obfervations fur Te- 
panchement de fang qui fe fait quelquefois dans 
l'œil dans le temsde l'opération , ni fur cette dou- 
leur vive que les malades refTentent auffi quel- 
quefois, quand on rencontre avec l'éguille ces 



Ï3 E L'O E I L. 171 

fcions dé nerfs qui fe glifîent entre la cornée & 
l'uvée. Jai vu cependant plusieurs fois ceschofes 
arriver; mais n'en ayant jamais vûdemauvaifes 
fuites, comme je l'ai dit ci-deflusj'ai négligéd'é- 
crire les rencontres où ces accidens me font ar- 
rivez ; ainfi il me feroit difficile de citer les per- 
fonnes, de marquer les tems & les autres cir- 
conftances particulières. On fe contentera donc de 
ce que j'en ai dit à la fixiéme d acuité du Cha- 
pitre précèdent. 

Voici trois autres Obfervations, qui feront 
connoître que lion s'eft quelquefois trompé dans 
le jugement qu'on a fait de quelques catara&es 
que l'on a crû bonnes, &qui fe trouvent mau- 
vaifes; on l'eft auffi quelquefois dans des cata- 
rades que l'on croit defefpérées, & qui réuf* 
fifîent néanmoins. 

Vil. Obfcrvation fur une cataraEte Je douze ans , 
î$ trcs~'aunô. 

En l'année 168 j, au mois d ? 0&obre, Fran- 
çois Carrougeat , Laboureur , demeurant à Font- 
Vanne, étant aveugle à caufe de deux catara- 
raftes, fit vcea d'aller en pèlerinage. Paflant par 
Méry, quelques perfonnes qui eurent compaflïon 
de fon malheur,le conduisent chez moi : l'ayant 
examiné , je reconnus que l'œil gauche étoit tra- 
vaillé d'une cataracte aflez louable, & je fçus 
de lui qu'il n'y avoit qu'environ neuf ou dix mois 
que la vue étoit entièrement perdue. L'œil droit 
étoit travaillé d'une autre catara&e d'un jaune 
fort foncé , & il me dit qu'il y avoit plus de dou- 
ze ans qu'il n'en voyoit plus : cependant la pu- 
pille fe 'dilatoit & fe reti'erroit, quand je paf- 
fois la main entre le grand jour & fon œil , & il 
dilîinguoit une très-foible lueur ; ce qui me don- 

Hij 



( w. Des Maladies 

lia. quelque légère efpérance de réunir. 

L'ayant préparé à l'opération, je la fis le 19 
du même mois fur Tun & fur l'antre œil, & je 
commençai par la bonne cataracte, quiréuflit 
comme jel'âvois efpéré. Je misenfuite l'éguiîle 
dans l'œil droit; mais je fus bien étonné de voir 
qu'en prenant l'éguiîle fur cette cataracte pour 
rabbaifî'er , il s'en fépara une humeur groiîiere , fï- 
breufe -et jaâ'ftl, qui nageoit dans l'humeur 
?.queufe,& qui paifa même par la pupille, &fe 
logea entre l'iris & la cornée tranfparente. Je 
demeurai un peu de tems fans remuer mon éguil- 
ïe, pour voir ce que deviendroit cette humeur, 
& je nvapperçus bientôt qu'elle fe précipitoit 
au bas de l'iris, fans qu'elle troublât le relte de 
i'humeur.aqueufe. J'en vis encore par-delà lapu- 
pille vers le bas , & je vis enfuite le corps de la 
cataracte qui n'avoit pas encore changé de place. 
Je portai donc mon éguille vers fa partie fupé- 
rie^ire , & je l'abba'ffai fans peine , je le vis même 
: f e précipiter comme un gros pois; & quand j'ap- 
puyai l'éguiîle deilbs pour le loger au bas de fa 
papille, je vis l'humeur dont j'ai parlé, -qui étoit 
au delà de la pupille, prendre le defïus de la ca- 
taracte, & il en paffa même encore par la pupille. 
Voyant que ce corps ne remontoit pas , je retirai 
ruon.éguvl ! e,&je panfai le malade à l'ordinaire. 
Le" lendemain matin, 1 allant vilïter, je connus 
-que cette humeur qui avoit pafîé la veille entre 
l'iris fk la cornée tranfparente , avoit repafle 
-parla pupille, & convroit toute la partie anté- 
rieure du corps vitré: comme je jugeai que la li- 
xuation bafTe en laquelle je trouvai le malade, 
pouvait avoir été la caufe de ce nouveau trans- 
port, & voyant qu'il n'y avoit ni douleur, ni in- 
flammation à l'un ni à l'autre œil, je crus qu'en 
luifaifant tenir une Situation contraire, cette hu- 



de l'Oeil; 

ftïeur fe précipiteroit au bas de la pup'ilfe;jè !fe 
fis lever, & palier la journée dans un fauteuil Le 
foir je le'vifitai, & je vis en effet que cette hu- 
meur fe précipitent, & qu'il y avoir déjà preft 
que moitié de la pupille de découverte : je le Bs- 
coucher la tête extrêmement élevée, & lui re- 
commandai de demeurer en cette fituacïon pen- 
dant la nuit, & le lendemain matin de fe lever , 
& de pafler la journée dans fon. fauteuil , ce qu'il 
continua les jours fuivans; & dans quatre jours 
cette matière fe précipita entièrement, & il re-*- 
couvra ainfi la vue des deux yeux. Le dixième 
jour, il s'en retourna chez lui fi bien*. guéri', 
qu'arrivant près de fon village, il defeendit de fa- 
charrette , & s'en alla feul à l'Eglife rendre grâces 
à Dieu de fa guérifon , à ce qu'il m'a dit de- 
puis. 

J'avois lieu d'être furpris de rencontrer Çom 
mon égaille une humeur grofiiere& Ruante qui 
accompagnoit une cataracte vieille & jaune , qu-2 
je croyois au contraire ne de voir obéir que diffi- 
cilement, comme cela fe rencontre ordinaire- 
ment. Et ma furprife n'auroit pas été moins gran- 
de, quand dans ce tems là j'aurois connu les ac- 
compagnemens, que je n'ai bien découvert quâ 
huit ans depuis, ne faifant alors que commencer 
à abandonner l'opinion commune; & cette ob- 
fervation même fut une de celles qui me confir- 
mèrent dans mon ientiment, puifque je vis fort 
diftindkement le corps de la cataracte que je ju> 
geai être le criftalîin. Car comment aurois-je pu 
m'imaginer que des accompagnemens auroient 
pu feconferver filong-temsdans une confiftance 
moyenne entre laiteufe & caféeufe? Je crus d'a- 
bord que cette humeur étoit un pus greffier, & 
que cette cataracte étoit de la nature de ces ca- 
taractes mixtes -que j'appellerai dam la fuite pu- 

Hiij 



174 Des Mal a dies 

rulentes, que je connoifîbis déjà, & je l'avais 
airfi marqué dans les notes que j'avcis fait alors 
fur cette obfervation ; ce qui me fît appréhender 
que dans la fuite l'œil ne fe corrompit, vu la 
quantité de cette humeur. Mais deux ans après 
cet homme m'étant venu voir peur me remer- 
cier, je trouvai fon œil dans un très-bon état, & 
comme il eft encore, l'ayant vu au moisd'Avril, 
quoique ce bon homme ait plus de foixante & 
dixans;cegui me fit charger de fentiment. 

C'eft la feule cauarafte vieille & jaune que 
j*aye rencontrée de cette nature ; &je n'enaurois 
point entrepris l'opération, fi cet homme n'a- 
voit pas été aveugle. Je ne rapporte pas auffi cet 
exemple pour fervir de régie générale, mais 
feulement pour faire connoître qu'on réulîic 
quelquefois contre fon attente; & que quand un 
hemme eft aveugle, on peut tout bazarder, 
quoiqu'on n'ait qu'une légère efpérance , comme 
tobfervation fui vante le fera encore connoître. 

VIII. Obfervation fur une calaraBe noire, 

te 14 Septembre 1698 J'allai à Vannes près 
S. Benoît, chez Edme Contant, frère puîné des 
deux peifonnes dont j'ai parlé dans la féconde 
&iixiéme Obfervation , pour lui abbaifTer deux 
catarades. Celle de l'œil gauche étoit d'un blanc 
un peu grifâtre & mûre, la pupille fe dilatoit & 
refierroit lentement, il voyoit les ombres des 
objets que je paflbis entre fon œil & le grand 
jour. Celle de l'œil droit étoit noire , & il y avoic 
très-peu de mouvement à la pupille , & par con- 
féquent fort fufpe&e. Je commençai par celle 
de l'œil gauche, dont les accompagnemens fe 
trouvèrent nombreux, mais obéiflans, & elle 
demeura au bas de la pupille. L'opération faite 



de l'Oeil. tf$ 

& ïe malade panléje le voulus faire coucher, 
ne jugeant pas à propos de travailler fur l'œil 
droit pour la raifon ci-defius Ce pauvre homme 
voyant cela, me pria inilamment d'effayer de 
lui rendre la vus de cet œil , joignit les larmes à 
fes prières, fa femme en fît autant ; mais je ne 
pouvois me réfoudre à entreprendre une opé- 
ration que je croyois defefpérée : j'en dis les 
raifons à M. Potier, Chirurgien ordinaire du 
Roy, qui étoit prêtent, afin d'en difliiader le ma- 
lade ; cela ne fervit à rien, l'affliction redou- 
bloit , il fallut travailler. Je lui mis donc l'égaillé 
dans l'œil, je trouvai des accompagnemens fo- 
lides & en petite quantité, qui fe divifoient les 
uns des autres comme s'ils euflent été fibreux ; je 
féparai la cataracte le mieux que je pus, & je 
m'efforçai de l'abbaiffer ; mais quand je mettois 
Pégujlle en fa partie fupérieure, & que je la 
greffais vers le bas, elle s'échapoit: je fis plu- 
iieurs tentatives en vain , elïe retcurnoit toujours 
en fa même place ; & voyant que je n'avançois 
en rien, & que l'humeur aqueufe commençoit à 
fe brouiller, à caufe d'un peu de fang qui s'éto't 
écoulé au-cîedans, je retirai mon éguille, Se je 
panfai le malade. 

Le dernier jour du même mois je l'allai voir, 
mais je fus bien furpris de trouver cette mau- 
vaife catara&e précipitée au moins des deux 
tiers, le malade diftinguaut de cet œil toutes 
fortes d'objets, ce qui me fit efpérer qu'elle fe 
précipiteroit entièrement: & celle de l'œil gau- 
che au contraire étoit un peu remontée , mais 
elle fe précipita depuis. Douze ou quinze jours 
après pafTant chez lui , je trouvai la catara&e 
noire entièrement précipitée; & ce qui eft afTez 
particulier, ceft qu'il voit beaucoup mieux de 
cet œil que de celui ou étoit la bonne cataracte. 

Hiiij 



i-j6 Des Maladies 

Je n'aurois pu citer un autre exemple de cata- 
racte noire , puifque celle dont je viens de parlée 
eft la feule qui m'ait bien réuffi, encore plus par 
bazard que par mon adrefTe; mais j'aurois pu 
rapporter d'autres exemples de cataractes laiteu- 
fes, fembiables à celle énoncée en îa féconde 
obfervation,& d'autres exemples d'opérations 
fuivies de l'épanchement de l'humeur aqueufe^ 
prefque femSlable à celle rapportée en la fir 
xiéme obfervation. Si j'ai donc préféré ces exem- 
ples à d'autres fembiables , c'a été pour faire con- 
noîtredeuxchofes. 

La première, que de deux cataractes dont un 
même fujet fe trouve travaillée en même tems 
ou en. difFérens tems, l'une peut être louable, 
fans que l'autre le foit; & que quoiqu'elles pa- 
roiflent égales en bonté, & qu'elles foient d'un 
même âge, elles ne fe rencontrent pas toujours 
d'une même confiftance. 

La féconde, que l'on peut mettre les cataractes 
aunombredesmaladiesbéréditaires, puifque ces 
deux frères & leur feeur ont été travaillez de cette 
maladie. On ne doutera même pas que cette dif- 
pofitionne leur vienne des premiers principes de 
leur formation, quand on fçaura que la mère de 
ces pauvres gens avoit pareillement été affligée 
de deux cataractes dont elle fut délivrée par l'o- 
pération, comme je l'ai fçû d'eux mêmes, qui 
m'ont encore affuréqueîeur mère leur avoit fou- 
vent dit que leur grand-mere en avoit auffi été 
incommodée, & que cette maladie leur venoit 
de famille. 

C'eft la feule famille à la vérité oïl j'ai vu ré- 
gner cette maladie aufli univerfellement J'ai 
bien abbaifîé des cataractes à quelques perfon- 
nesqui m'ont dit que leurs ayeuls oubifayeulsen 
avoient auffi été travaillez ; mais ce malheur n'eV 



!>e l'Oeil. 177 

toit arrive qu'à quelqu'un de leurs enfans. Je 
connois deux D«. moi Telles de qualité, foeurs ju- 
melles , qui toutes les deux ont été allez infortu- 
nées que d'avoir été travaillées d'une femblable 
maladie, fan? que perfonne de leur famille en 
ait été affligé :ce qui peut auffi confirmer que les 
j -meaux naiffent quelquefois avec de fvmblables 
difpoikions, non -feu le ment de tempéramment, 
mais auffi de parties. 

IX. ObfervatioH fur une CMëra3e de 1 rente ans. 

Sur la fin du mois de Janvier de l'année 1*00, 
le nommé Chandelier , Fermier de Panay à une 
lieue deTroyes, me vint trouver pour me de- 
mander confeii fur une maladie qui lui étoit ar- 
rivée quelque tems auparavant à l'œil droit ,& 
pour laquelle il n'y avoit point de remède , l'œil 
étant perdu entièrement. Je remarquai en même 
tems que fon œil gauche étoit travaillé de deux 
maladies; d'une cicatrice fur le milieu de la cor- 
née tranfparente, reftée en mite d*une pullule 
de petite vérole dont il avoit été travaillé en fa 
jeuneiTe, & d'une cataracte vieille de trente ans, 
à ce qu'il nVafiura-, & qui étoit cependant b'an- 
che èi peu luifante: la pupille même fe dilatait 
& fe reiferroit aiîez aifément ; ce qui me fit croi- 
re que cette cataracte pourroit réuffir nonob- 
ftant favieiilefTe, & que ce malade verroitaifez 
pour fe conduire; parce que cette cicatrice n'oc- 
cupant que le milieu de la cornée tranfparente , 
les rayons de lumière qui palleroient autour de 
cette cicatrice, pourroient être fuffifans pour lui 
faire diftinguer les objets qui fe trouveroiert à 
côté. Je luiendis mon fentiment, & remis cette 
opération au printems fuivant, parce qu'alors la 
faifon étoit fort fàcheufe. Je fus quelque tems 

H v 



ï 7 8 Des Maladies 

fans avoir de fes nouvelles: mais le n May fin** 
vant , e'tsimt à Troyes , & cet homme l'ayant fçû , 
il m'y vint trouver, pour me dire qu'un nommé 
Defchamps, Opérateur ambulant, avoit été chez 
îui,& lui avoit perfuadé de fe mettre entre fes 
mains pour lai abbaifier fa cataracte, ce qu'il 
avoit fait; mais que comme il ne voyoit point 
devant foi à caufe de cette cicatrice, il me ve- 
rjoit prier de lui dire fionpouvoit lui ôter; parce 
que cet Opérateur lui avoit promis que quand il 
feroit guéri de fa cataracte, il lui ôteroit fa cica- 
trice. Je lui répondis qu'il n'y avoit rien à faire à 
îa cicatrice , nonobftant la promefTe de fon Ope- 
rateur, qui aurefte avoit autant bien réuffi qu'on 
le pouvoit , en lui abbaifiant fa cataradte , & qu'il 
devoit être content de fe pouvoir conduire. Gette 
catara&e étoit à la vérité fi bien abbaiiïée, qu'il 
n'y paroilToit pas la moindre partie des accom- 
pagnemens, le malade voyant au refte de la ma- 
nière que je lui avois prédit. 

Si j'ai rapporté en ce Chapitre des obferva- 
tions où la réulfite a été allez favorable , qu'on ne 
croye pas que ce foitparoftentation ;cen'eft pas 
là mon génie. J'avoue de bonne- foi que j'ai 
trouvé des difficultez que je n'ai pu furmonter, 
& que je me fuis quelquefois trompé dans le ju- 
gement que j'ai fait de quelques cataraéfces. Ce 
que j'ai dit furleprognoftic de ces maladies, les 
règles que j'ai données dans le Chapitre précé- 
dent, & que je dirai dans la fuite, en font des 
preuves ; car je n'avance rien que je ne l'aye re- 
connu par expérience. 

Je n'ai donc rappcrté ces obfervations , que 
pour confirmer les repies de pratique que j'ai 
établies, & pour empêcher les jeunes Chirur- 
giens qui commencent à faire cette opération , 
de fe rebuter quand ils rencontreront des dïflî- 



be l'Oeil, ^ t^9 

cukez qu'ils n'auroient pas prévues, en leur fai- 
fantconnoitre qu'on les furrnonte le plus fou vent 
quand on agir avec ord.e.Et je les ai rapportées 
fuivantles diffïrens états feniib^s des cataractes, 
& fuivant l'ordre de leur formation, fans garder 
celai des tems dans iefqueU j'ai fait chaque ob- 
f.rvation. Ce petit nombre m'a femblé fuffifant, 
puifqu'un plus grand auroit été ennuyeux par les 
fréquentes redites 



CHAPITRE XV. 

Ce qu'il faut faire après V opérai ion , Ç£ Us moyeux Je 
remédier aux accident qui lajutvent* 

LE malade étant panfé en premier appareil 
de la manière que je l'ai dit au Chapitre- XII.. 
on lui prefcrit le régime de vivre qu'il doit ob- 
ferver jufqu'à ce que le tems de la fluxion & de 
l'infl immation foit pafle. Ce régime corififte à 
lui faire ufer de bouilons, de potages ou panar- 
des, & de quelques œufs frais, lui défendant le 
vin, au lieu duquel on lui feraboiie delatifanne 
commune. Lefix ou feptiéme jour de /opération, 
s r il n'èïl arrivé aucun accident, on lui permettra 
du rnchis,ou d'autres viandes aifées à manger & 
de facile digeftion , & de boire du vin trempé y 
6c infenfibîement on le remettra à fà vie com- 
mune. 

Le foir de l'opération on ôte !a comprefféde 
deflusfonœil, & on en applique une autre trem- 
pée dans le même collyre, ce qu'on continue 
dans la fuite foir & matin , Si. même plus fouvenr, 
fi e le fe defTeche ttop. Deux, trois, ou quatre 
jours après l'opération, on ouvre l'œil malade- 
pour voir fi la catara&e n'a point changé de place , 

H vj 



ïgo Des Maladies 

ou fi l'inflammation n'eft point confidérabïe. OfiN 
prend garde en ouvrant l'œil , que la lumière ne 
toit point forte , de crainte d'exciter de la douleur 
à l'œil , qui en cet état a de la peine à fouffrir le 
grand jour. Si on reconnoît que tout aille bien, 
on continue à panfer ainfi le malade, jufques à 
ce que le tems de la. fluxion & de l'inflammation 
foit pafTé , qui eft ordinairement le feptiéme 
jour. Pour l'ordinaire ,1a piquure de l'égaillé fé 
trouve prefque guérie pendant ce tems-là fans 
autre remède; fi cependant elle ne fe trouvoit 
pas entièrement guérie , on fe ferviroit alors d'un 
collyre fait avec quinze grains des trochifques 
bîar.a de rhafts , difîbuts dans deux onces à et 
taux diftïlces de rofex £5 de plantain , dont on feroit 
couler quelques goûtes tiedes dans l'œil malade 
cinq ou fîx fois par jour, pour achever de cica- 
trifer la playe, par-deflus on continueroit à ap- 
pliquer une comprefle trempée comme dcfius, 
ik ce jufqnes a parfaite guérifon. 

Le tems de la fluxion & de l'inflammation 
étant paflfé. fi on juge qu'il y ait de la foiblefTe à 
l'œil, ce qu'on connoit par un larmoyement d'hu- 
meur fereufe fans douleur & fans inflammation , 
ou quand il s'eft écoulé de l'humeur aqueufe dans 
le tems de l'opération, on cefle i'ufage du col- 
lyre rafraichiffant, pour fe fervir d'un collyre 
fortifiant, échauffant, & defïéchant modéré- 
ment, qu'on fait avec 1er eaux dijiileef de fenouil 
Î5 d y eufaife mêlées enfemble, & que l'on anime 
avec un peu d y ejprit-de-v:n ; dans lequel collyre 
on trempe une comprefTe qu'on applique un peu 
chaudement fur l'œil malade & fur les parties 
voiiînes , la renouvellar t de tems en tems. 

Ou bien on fe fert du collyre fait avec umpoi- 
gnée de femence d'ariis ou de fenouil, qu'on foit in- 
tuferdans une pinte de bon vin blancou clairet pen- 



to-E i/Oert; rSv 

«Tant vîngt-quatre heures, diftilant enfuite ^e 
tout par l'alambic de verre, pour avoir feulemenu 
une eau fpiritueufe dans laquelle on trempe une 
comprefTe qu'on applique comme deffus. 

On fe fert aulii de l'un ou de l'autre de ces col' 
lyres fur la fin de la cure , quand il s'eft fait quel- 
que épanchement de fang au-dedans de l'œil 
dans le tems de l'opération , pour , en échauffant 
doucement l'oeil , atténuer lerefte de ce fang, 3c 
le faire circuler plus promptement avec l'hu- 
meur aqueufe. 

Quand il n'arrive point d'accident, le malade 
fe trouve entièrement guéri huit ou dix jours 
après l'opération, ou tout au plus dans quinze 
jours il peut foufflir la lumière & fe fervir de 
fon œil ; mais quand il en arrive , il fe palTe quel- 
quefois bien du tems avant que le malade puiiTe 
guérir. 

Les plus communs fymptômes qui fuivent l'o- 
pération, font la fluxion , l'inflammation , & la 
douleur. Quand ces fymptômes font légers, ilsfe 
corrigent par le collyre rafraîchi fiant ci-deflus 
renouvelle plus fouvent, y ajoutant même Veau 
de morelle pour le rendre plus rarraîchilîant , & 
par une diette exaéfce. 

Mais quand ils font violens , outre ces remèdes, 
il" faut s'efforcer de diminuer & d'arrêter le pro- 
grès de la fluxion, en faignant le malade au 
bras du côté de l'œil malade, même à la jugulai- 
re du même côté, fi la fluxion eft extraordinaire. 
On peut auffi fe fervir des Jangfues qu'on appli- 
quera à la tempe, & des véjicatoirer derrière l'o- 
reille. L'expérience fait connoitre que ces re* 
medes généraux contribuent beaucoup à arrêter 
le progrès des fluxions qui fe font fur les yeux* 
en diminuant, détournant, & dérivant l'humeur 
<jui les caufe. Les lavemens émolliens & rafrai* 



r$i Des^ Maladie? 

chiflans , donnez fréquemment pour têniT ïe vett~ 

tre libre , qui ne s'endurcit fou vent que trop dans 

ces rencontres, tempèrent aufli la violence des 

fluxions, auflï- bien que les apofemes & juleps 

rafraîchiflans. 

Quand la fluxion eft arrêtée, l'inflammation 
& la douleur cèdent enfuite plus aifément. On les 
calme encore par les collyres adoueiflans & ra- 
fraîchiflant, que l'on fait avec 1er eaux dijhléts de 
méhlot, de lyr , (5 de ro/£/,dans quatre onces def- 
qudles on fait infufer une fuffifante quantité de 
graine de Un ou de pfillmm pour les rendre un peur 
muci!agineufes,& un demi-fcrupule de Jafran ; 
êc étant paflées par un linge, on en fait couler 
quelques gouttes tiédes dans l'œil malade dix ou 
douze fois par jour: obfervant de tenir toujours 
for l'oeil une compreffe trempée dans le collyre 
rafraîchi fiant fufdit 

Pour la même intention, on fe fert aufli au 
fang de pigeon . que l'on coule chaudement dans 
l'oeil ; ou du lait de femme, que l'on y trait chaude- 
ment il une nourrice s'en veut bien donner la pei- 
ne, finon on fe fert de celui qu'elle aura trait dans 
quelque vafe , dans lequel on mêlera un peu de 
faffran pour l'empêcher de fe cailler & pour 
adoucir davantage; & l'ayant fait tiédir, on en 
coule quelques gouttes dans l'œil malade, auOi 
fbuvent que deflus. 

Qnoique quelques Auteurs nouveaux réprou- 
vent le lait dans les maladies des yeux, à caufe 
qu'il efl fujjet à fe cailler, l'expérience toutefois 
fait connoître qu'il eft utile dans les playes de ces 
parties quand il y. a de la douleur , & dans quel- 
ques autres mala lies, comme je le dirai dans la 
fuite. En •: fret, h fubftance douce & balfamique 
adoucit les humeurs acres, tempère la douleur, 
& clifpofe à une fupuration douce & louable les 



tt L'OEîX. i8f 

membranes qui ont été piquées, qui fans cette 
fupuration ne peuvent fe réunir, comme elles le 
feroient fi elles n'avoient pas été altérées par une 
humeur acre & mordicante. 

II arrive quelquefois que l'endroit de la pi- 
quure s'ulcère enfuite de la fluxion & de l'in- 
flammation ; alors la douleur augmente dans tout 
l'oeil , & par fympathie à la partie antérieure de 
Fa tête. En cette rencontre on continue les remè- 
des fufdits, & alternativement on coule dans 
l'œil quelques gouttes des collyres fuivans , pour 
lï)ondifîer& arrêter le progrès de l'ulcération. 

Quand l'ulcération n'eft pas bienconfidérable, 
ou qu'elle ne fait que commencer , on fait un col- 
lyre avec les eaux diftilees de rofe, de plantain y C5 
d^eufraife , mêlées par parties égales, dans quatre 
onces defquelles on Fait fondre douze grains de 
gamme arabique en poudre pour les rendre muci- 
lagineufes, & on y diflout enfuite huit grains d& 
vitriol blanc, cinq grains de Jel defatume y vingt 
grains de trochijques blancs de rbafts , & une demi- 
dragme defucre candie. 

Quand elle eft plus confidérable , on ajoute au 
collyre fufdit vingt grains d'aîoës , dix grains de 
myrrhe, 8c dix grains ** tutbie préparée. 

On continue ces collyres jufques à ce qu'on 
voye que l'ulcère foit monciifié: après quoi on 
ne fe fert plus que d'un collyre fait avec vingt 
grains des trochijques blancs de rbafts , & une demi- 
dragme de jucre candie ,di{\outs dans quatre on- 
ces des eaux fufdites, rendues un peu mucitagi- 
neufes par l'infufion des graines de lin ou de pjil- 
Jium, & ce jufques à parfaite guenfon. 

Il fe forme aufll quelquefois, à lVnd r oit de la 
piquure une excroijfance de chair : quand elle tft pe- 
tite & fans douleur, on la néglige, fe guériflant 
d'ordinaire fans remède ; mais quand elle eft 



i$4 £>E5 MALAMË5 

cônfidérable & douloureufe , elle fe traite arec 
les collyres qui fervent à l'ulcération, ou avec 
le collyre fec que l'on fait avec parties égales *& 
JnCi-6 candie & d y irïs de Florence , que l'on réduit; 
en poudre très-fubtile,pour en foufflerun peu 
fur l'excroifiance avec un tuyau de plume d'oye, 
& cela cinq ou fix fois par jour 

Tous les fymptômes appaifez , on finit la cure, 
comme je l'ai die ci-devant. 

CHAPITRE XVI. 

Des faujjsf Cataraiïet , 5 premièrement dit 
Ghucoma, 

A Près avoir décrit les catara&es vraies , je 
veux dire celles qui ont toutes les qualitez 
nécefTaires pour pouvoir être abbailfées ; il m'a 
femblé à propos de décrire les faufFe? ; c'eft-à- 
dire, celles qui n'ont point ces qualit z, & qui 
étant des altérations particulières du criftaUin , 
^plupart inconnues jufqu' à préfent, ont été fou- 
vent rnifes par nos Auteurs au nombre des cata- 
ractes. 

Et quoique je reconnoifîe que ces catara&es 
foient incurables de leur nature , je dis qu'il eft 
cependant néceflaire de les bien connoitre , pour 
s'empêcher d'être trompé en les confondant 
avec les vraies, & pour faire un prognoftic juite 
& allure de ces maladies. 

Je commencerai parle di-ffechement du cviflallin , 
connu par nos anciens Auteurs fous le nom de 
Glaucoftf ou Glaucoma, à caufe de fa couleur qui 
eft fouvent d'un bleu céleite , ou d'un verd de 
mer ; d'où* vient que quelques-uns d'eux ont ap- 
pelle de. ce nom ks cataractes , qui pour être 



de l'Oeîl; tfrj 

trop vieilles , approchent quelquefois de cette 
couleur. 

Hippocrateaconnu cette maladie , comme ?! 
eft aifé de le juger, enlifantle commencement 
de fon Livre , De Ptjk , & la fin du 3 1 Aphorifme 
de la troiiiéme Section ; comme aufli Galien qui 
en parle dans fon Livre, Dt Oculir , au Chapitre 
Xll.de la Particule 4. où il fait voir la différence 
de cette maladie d'avec la catara&e, comme je 
l'ai dit au Chapitre I. Il en parle encore vers la 
fin de fon Commentaire fur l'Aphorifme fufdit , 
au Chapitre XV. de fon Livre , De Medïco , auftï 
vers la fin , & dans quelques autres endroits de fc s 
Ouvrages, Les Médecins qui font venus après lui, 
ont tenu fa doctrine , qui a été fui vie par nos Pra- 
ticiens modernes, & qui feroitaffez conforme à 
la vérité, s'ils ne conrondoient pas parmi cette 
maladie , celle que je décrirai dans le Chapitre 
fuivant. 

Le Glaucoma eft une altération toute particu* 
liere du criftaîlin, par laquelle il fedefTeche, di- 
minue en volume, change de couleur & perd fa 
tranfparence , en confervant fa figure naturelle , 
& devenant plus folide qu'il ne doit être natu- 
rellement ; & la fuite de cette altération eft la 
perte, ou au moins une notable diminution de la 
vue. 

Il y a apparence que le défaut du fuc nourri- 
cier eft la caufe de cette altération. En effet, il 
eft aifé de juger que lorfqu'une partie manque de 
nourriture , elle doit néceilairement fe defle- 
cher ou fe corrompre; elle fe defleche lorfque îa 
nourriture n'y coule pas aufli abondamment qu'il 
eft néceffaire , alors ce n'eft qu'une altération im- 
parfaite. Elle fe corrompt lorfque la nourriture 
eft entièrement fupprimée, ou que les principes 
de la partie même s'exaltent, alors c'eft une alté* 



s 86 Des Maladies 

ration entière. Ceft aufli ce qu'on remarque dans 
îe Glaucoma ;car, ou le criftaîlin reçoit encore 
un peu de nourriture, alors il fe defîeche Ample- 
ment , conferve un peu de fa tranfparence , & 
devient de la couleur de l'air , ou d'un blanc ver^ 
dâtre,& c'eft ce qui arrive plutôt aux vieillards ; 
ou il n'en reçoit plus aucune , alors fon altération 
eft entière , il perd fa tranfparence , & devient 
d'un verd plus foncé , ou jaune , ou noirâtre , ou 
comme un grain de grêle. 

Le criftaîlin cefle de prendre de la nourriture, 
quand les canaux qui la portent font , ou trop 
étroits, ou obtruez, ou rompus, ou que cette 
nourriture eft trop groffieie, ou enfin quand les 
pores du criftaîlin ne font plus proportionnez 
pour la recevoir. Et quoique toutes ces chofes 
puiffent arriver par de certaines difpoiitions par- 
ticulières & naturelles du criftaîlin & de celle de 
fes canaux , & par des caufes intérieures & ordi- 
naires; cependant le grand âge , les grandes flu- 
xions fur tout le globe de l'œil , & les coups reçus 
en font aufli des caufes fort communes. 

Cette maladie , pour l'ordinaire n'eft précédée , 
ni fuivie d'aucune douleur dans fon commence- 
ment , ni dans fes autres tems , à moins qu'elle ne 
foit caufée* par de grandes fluxions , ou autres 
intempéries , ou par quelques coups reçus. 

A l'égard des Agnes du Glaucoma, ils font auffi 
équivoques dans fon commencement que ceux 
de îa cataracte vraie, & que ceux de la cataraéfce 
ci-après décrite , à l'exception que la pupille 
n'eft pas plus grande qu'à l'ordinaire, Se qu'elle 
conferve toujours fa rondeur. Dans la fuite les 
malades s'imaginent voir comme aa-travers d'un 
brouillard, d'une fumée , ou d'une nuée; la ma- 
ladie augmentant, on apperçoitque le criftaîlin 
change de couleur > le plus fbuvent il eft d'un 



D E LÔE î 1, r8? 

verd blanchâtre , ou d'une couleur célefte fort 
claire ; entin il devient d'un verd plus foncé ,ou 
jaune , ou noirâtre , ou d'un blanc luifant , ou d'un 
grain de grêle, comme je l'ai dit, & alors il perd 
fatranfparence,& la vue eft entièrement ôtée. 

Comme cette altération le fait fans que la men> 
brane qui recouvre le crifrallin fe détruife , je 
dois avertir ici que dans le Glaucoma & dans les 
autres maladiesdu criftallin, où cette membrane 
refte entière, le criftallin altéré paroît prefque 
toujours luifant ;& c'eft pour cela que les cata- 
ractes luifantes font toujours très-fufpectes, par 
la crainte qu'il y a qu'elles ne foient de faufl'es ca- 
taractes , ou pour le moins qu'elles n'en parti- 
cipent. 

Tant qu'il paile au-travers du criftallin des 
rayons de lumière , le mouvement de l'uvée fe 
confcrve plus ou moins, fui vant les différensdé- 
grez de la maladie ;& quand il n'en paile plus , 
elle demeure immobile, je veux dire que fon 
trou ne fe dilate, ni fe reiferre , en examinant 
l'œil de l'un ou de l'autre des trois manières énon- 
cées au commencement du Chapitre IX. 

Lorfque le Glaucoma arrive par une intempé- 
rie de tout l'œil , l'oeil fe diminue & defîeche,& 
quand c'eft par une autre caufe particulière , il 
conferve davantage fa groffeur naturelle. Chez 
les vieillards il diminue auflî, comme on le re- 
marque par lesrides de l'uvée, alors pour l'ordi- 
naire les deux yeux font aflrè&ez également. 

Il arrive quelquefois que le Glaucoma refle 
dans un état imparfait fans augmenter , ce qui eft 
plus ordinaire chez les vieillards ; & comme en 
cet état les rayons de lumière peuvent encore 
pafler au-travers du criftallin , les malades auflî 
peuvent voir les objets communs, confufément 
toutefois. 



s38 Des Ma lames 

Dans cette maladie, le criftallin fe defleohaflfl 

& di minuant en volume , paroît pour cette raifon 
plus enfoncé quedansla cataracte vraie, & dans 
celle que je décrirai ci-après. 

Il eft inutile de marquer ici les différences d?i 
Glaucoma d'avec la cataracte vraie ; ce que j'ai 
dit de ces deux maladies, fuffit pour les pouvoir 
diftinguer Tune de l'autre ; d'ailleurs il eft difficile 
de les confondre, & la plupart de nos Auteurs ne 
s'y font gueres trompé-, quoiqu'ils ayentcompris 
fous cette maladie celle que je décrirai dans îe 
Chapitre fuivant, qui en diffère beaucoup, com- 
me je le ferai voir. 

Quoique pluficurs de nos Auteurs propofent 
des remèdes dans le commencement de cette ma^ 
ladie pour empêcher fon progrès , l'expérience 
toutefois nous montre qu'ils y font inutiles; Se 
pour moi j'ai toujours reconnu cette maladie 
pour incurable en tous fes états, &- en cela je fuis 
du fentimentd'Oribafe , rapporté ci-devant au 
Chapitre I. lorfqu'il dit , Glaucoma ormria curatio* 
fiemnon recipiunt. 

Je n'ai point trouvé d'occaflon d'obferver cette 
maladie après la mort de perfonnes qui en fuffent 
travaillées; mais je l'ai examinée beaucoup de 
fois fur des perfonnes vivantes ; ce qui- m'adonne 
lieu de faire les remarques fufdites. Voici une 
Obfervationqui feraconnoitre jufqu'à quel degré 
te criftallin fe peut defiecher. 

OBSERVATION. 

Etant à Sezanne au mois de Septembre 1700. 
M. Houllier Maître Chirurgien , me parla d'un 
Maréchal du Faubourg de Broyés , travaillé 
d' u ne catara&e toute extraordinaire. J'eus lacu- 
tiofité. de voir cet homme , je me tranfportai 



DE L'OEIL. 189 

Criez lui avec ledit fieurHoullier. Je reconnus que 
le criftallin de l'oeil gauche étoit ii defleché , que 
les fibres qui forment les pellicules extérieures 
de ce corps , lat-îl oient entr'elles des petites canne- 
lures qui formoient une infinité de lignes très- 
bien ordonnées , qui partoient du milieu de fa fu- 
çerficie antérieure , & setendoient à fa circon- 
férence. La couleur de ce criftallin étoit d'un 
brun jaunâtre, &quandon le regardoitau grand 
jour elle paroiflbit changeante. Cet homme qui 
étoit aiTez âgé , me dit qu'il y avoit bien zo ans 
qu'il avoit perdu la vue de cet œil. 



CHAPITRE XVIL 

De la Protubérance du. Criftallin. 

UNe maladie contraire à celle ci-deflus dé- 
crite , eft urtfe excroiiïance démefurée du 
criftallin qui n'a point été remarquée par nos Au- 
teurs , ni même par nos Oculiftes modernes ; les 
uns& les autres la confondant avec le Glaucoma, 
Je l'appellerai Protubérance , à caufe que le crif- 
tallin dans cette maladie paroit éminent, & qu'il 
s'avance en devant. 

Cette maladie eft une altération toute parti- 
culière du criftallin, par laquelle il augmente en 
volume , perd fa tranfparence & fa figuré natu- 
relle , & devient plus folide qu'il ne doit être na- 
turellement. 

Si le défaut de nourriture eft la caufe du defTé- 
chement du criftallin , il y a tout lieu de croire 
que l'excès de nourriture é.ft la caufe de la Protu- 
bérance: car ï\ eft aifé de concevoir qu'un fuc 
nourricier , un peu plus vifqueux qu'il ne doit 
£tre , fe portant abondamment par les canaux ci« 



T $o des Maladies 

îiaires entre le criftallin & la membrane qui le re- 
couvre, ne circule que difficilement, je veux dire, 
que n'y ayant que les parties les plus fubtiles & 
aqueufes de ce fuc qui pui fient traverfer les 
pores de la membrane qui recouvre ce corps, 
pour fe mêler aveclhumeuraqueufe,& circuler 
avec elle,les parties les plus vifqueufes & les plus 
difpofées à s'unir , s'amaffent entre ce corps Se 
cette membrane ; ainfi ce fuc échappé & errant , 
pour ainli dire, autour du criftallin, & entre les 
interftices de ces fibres , s epaiffit enfin , & au- 
gmente le volume de ce corps.Et cela de la même 
manière que le fuc nourricier de l'os s'échappant, 
ou à caufe de quelque folution de l'os , ou à caufe 
de laféparation du périofte , en s'épaififlant & 
prenant corps, forme un callus ou une exoftofe. 

Il faut que ce foit le fuc nourricier qui caufe 
cette maladie , & il y a apparence, puifqu'il eft 
capable d'augmenter le volume du criftallin, fans 
lui caufer d'autre altération que celle de la perte 
de fa diaphanéité , qu'on doit attribuer feulement 
au changement que cette humeur caufe dans la 
difpofition des pores de cette partie ; de la même 
manière que les corpufcules du froid, en s'infi- 
nuant dans les pores de l'huile , de l'eau & d'autres 
liqueurs, en changent les couleurs, & détruifent 
ou diminuent beaucoup leur tranfparence en les 
glaçant. 

Lesfignesde cette maladie dans fon commen- 
cement font un peu équivoques; mais dans fon 
progrès ils deviennent très- fenhbles. 

Les malades fe plaignent d'une diminution de 
la vue de l'un ou de l'autre ceil, ou de tous les 
deux. Le trou de i'uvée paroit un peu plus grand 
qu'à l'ordinaire, fans fe reflerrer , & le cercle de 
É'jris , parconféquent eft un peu plus étroit, fans 
qu on remarque a'abord rien de blanc par-delà 



DE L'OEIL 19* 

la pupille, & ju r qu'alor> ; on ne peut encore diftin- 
guer cette maladie de la cataracte vraie , & de la 
maladie que je décrirai au Chapitre I. de la fé- 
conde Partie , les premiers accidens de ces mala- 
dies (e trou vans p'refque femblables. Mais dans 
celle-ci, quelque tems après on remarque un 
nuage à l'endroit du criftallin , qui augmentant 
de plus en plus , fait paraître le criftallin plus 
avancé, & d'une couleur de corne blanche, polie 
& luifante, quelquefois fa fuperricie eft égale, & 
fort fouvent elle eft inégale. Le trou de l'uvée s'a- 
grandit encore, & conferve fa rondeur, lorfque 
la fuperricie du criftallin eft égale ; & quand elle 
eft inégale & cornue, ce trou n eft plusrond, mais 
inégal jfuivant le6 inégalités du criftallin qui s'a- 
vance. Souvent en cet état les malades voient une 
foible lueur , & quelquefois ils n'en voient au- 
cune. Et quoiqu'on les expofe au grand jour, 
même au foleil , leur pupille ne fe refferre en au- 
cune manière ; comme aulfi les expofant au fond 
d'une chambre vis-à-vis des fenêtres, ou préfen- 
tant devant l'œil malade, l'autre étant fermé, la 
paume de la main, ou quelque corps opaque, la 
pupille ne fe dilate point davantage , ainfi l'uvée 
eft fans aucun mouvement. 

Cette maladie ne caufe .point de douleur dans 
fon commencement, dans fon progrès , ni dans 
f on état ; fi quelquefois il s'en rencontre à l'œil ou 
à la tête , cette douleur a une autre caufe que 
celle de la maladie. 

C'eft à cette excroHTance démefurée du crif- 
tallin, qu'on doit attribuer la caufe de l'immobi- 
lité de l'uvée , & de la dilatation de fon trou ; 
parce que le criftallin ainfi difpofé , s'avançant 
fort en devant, s'appuie fur l'uvée, & la pouf- 
fant en devant, l'étend Se l'empêche.defe reffer- 
rér. Et une preuve que c'en eft laieule caufe , 



\g-i Des Maladies 

c'eft qu'en cet état les malades voyent fouvent: 
les ombres des corps opaques fituez entre leurs 
yeux & la lumière, de la même manière que 
ceux qui font travaillez de cataractes vrayes^ 
fans que leur pupille fe dilate & fe reiTerre corn* 
me dans les cataractes vrayes, ce qui devroit ar- 
river , fi l'uvee étoit violemment étendue par le 
preffement du criftallin. 

Et comme l'humeur qui caufe la protubérance 
au criftallin, eft poufiee& s'amafle fous la mem- 
brane qui recouvre ce corps, c'eft auflî à cette 
membrane, fuivant qu'elle prête ou réfifte,que 
Ion doit attribuer la caufe de légalité ou de l'i- 
négalité que l'on remarque au criftallin. 

Quoique cette maladie femble avoir beau- 
coup de rapport avec la catara&e vraye, elle 
en diffère cependant en plusieurs choies. i°. En 
ce que dans la catara&e vraye, la membrane qui 
recouvre le criftal'in, saltere &fe confomme le 
plus fouvent comme par une efpece de fupura- 
tion , s'endurcit & fe fortifie. 1°. Que dans la 
vraye catara&e le criftallin diminue engroffeur, 
& dans celle-ci fon volume augmente. 3°. Que 
les additions qui arrivent en la vraye catara&e, 
obéifTent, & flottent dans l'humeur aqueufe, ce 
qui fait qu'on peut féparer le criftallin de fon lieu 
naturel^ & dans celle-ci, l'humeur qui fe con- 
gelle autour du criftallin, forme un corps folide 
avec lui, & l'attache aux membranes qui le ren- 
ferment, d'où vient qu'il eft impoilibie de le fé- 
parer. 

Elle diffère aufïi du glaucoma. 1°. En ce que 
dans le glaucoma, le criftallin cefiant de pren- 
dre delà nourriture, il fe diminue & fedefTeche ; 
& dans celle-ci au contraire, il augmente par 
une fur- abondance de nourriture. 1°. Qje dans le 
^•aucoma il eft tantôt bleu, verd, jaune, blanc, 



de l'Oeil» 19$ 

^r. & dans celle-ci il eft prefque toujours de la 
couleur d'une corne blanche, polie & luifante. 
3°. Que dans le glaucoma il paroît plus enfoncé 
éc petit; & dans celle-ci il s'avance fort en de- 
vant , & paroit fort grand. 

Cette maladie eft plus commune que le glau- 
coma, & arrive à toutes fortes de perfonnes;el!e 
eft aullï bien moins commune que la cataracte 
vraie. De fa nature elle eft absolument incurable , 
même dans fon commencement, les remèdes n'y 
profitant en rien , & l'opération y étant tout à- 
fait inutile. 

Pour confirmer ce que j'ai ditde cette maladie , 
je veux bien rapporter les d^eux Obfervations fui- 
vantes. 

PREMIERE OBSERVATION. 

Il y a quelques années qu'un pauvre homme 
aveugle me vint trouver pour lui apporter quel- 
que fecours. Son œil gauche étoit perdu depuis 
un long-tems , à caufe d'un ulcère dont il avoit 
été travaillé , qui avoit laifle une cicatrice qui 
occupent toute la cornée tranfparente ; 8c fon œil 
droit étoit travaillé d'une maladie femblable à 
celle-ci décrite il y avoit environ un an. Ayant 
reconnu la maladie pour incurable , je lui dis 
qu'on ne pouvoit lui rienfaire; lui au contraire 
me follicita fortement de lui mettre Péguille 
dans l'œil , fur ce qu'un Opérateur- coureur, qu'il 
avoit rencontré dans un Village voifin comme il 
venoit me trouver, lui avoit dit que c'étoit une 
cataracte , & qu'il le guériroit. Ne pouvant le 
d ifFuader, & voyant qu'il étoit réfolu de fe mettre 
entre les mains de cet Opérateur ; & d'ailleurs 
confidérantque l'obfervationque je rerois pour-, 
roit un jour être utile au public , fans que ce 



r 94 d es Maladies 

y aûvre homme courût aucun péril , je condefcen- 

ois à fa forte volonté. 

La maladie n'étoit pas encore dans fon plus 
haut degré de perfection : le malade voyant une 
foible lueur, àz diftinguant les ombres des corps 
opaques fituez entre fon œil & le grand jour; 
maïs l'uvée étoit immobile , ayant ton trou fou: 
dilaté & extrêmement rond. 

Je me propofai de déchirer la membrane do 
criiiailln , pour enfuite tâcher de le détacher , & 
de l'abbaiifer au-deflbus du trou de l'uvée, s'il 
n'étoit pasfortement attaché au heu ou il eft na- 
turellement fitué. 

Pour cet effet , je me fervis d'une éguille un peu 
pi ai te & tranchante , que j'introduifis à l'ordi- 
naire ; & quand je fus parvenu entre l'uvée <& le 
cridaliin , &que je vis la pointe de l'éguille par- 
delà les deux tiers- du trou de l'uvée, je la haufiai 
& abhaifiai fans remarquer aucune adhérence du 
criftaliin avec l'uvée, quoiqu'il fût fortement ap- 
puyé defilis. Je m'é forçai enfuite de rompre la 
membrane du criftallin , mais en vain ; ce qui 
m'obligea d'appuyer bien fortement la pointe de 
l'éguille à la partie fupérieure du criftailin , pour 
VJQir fi je ne pourrois point le détacher en l'ab- 
fcaifiant. Pendant cette action, je m'aperçus que 
j'amenois le criftailin en bas ; & le malade me di- 
rait ,qu'il diftjnguoit mieux la lumière, & effec- 
tivement quelques rayons de lumière pouvoient 
^aiTer alors au- travers du corps vitré qui fe pré*- 
Tentoit un peu vis-à-vis de la partie fupérieure 
de la pupille, ensuivant le mouvement du crif- 
Ealîin; mais je reconnus bien- tôt qu'il ne fe fai- 
fo.it aucun détachement du criitallin , & que ce 
.mouvement forcé que j'impiimois à ce corps, 
ne faifoit qu'affaifer l'uvée dont je voyois le trou 
changer de figure , le criftailin remontant auffi-tôt 



de l'Oeil. 19 c 

que je relevois la pointe de ! 'éguil ! e , ou qu'il 
s'wchappoit de lui-même. hnfin,ap:ès plui 
tentatives vaines , j^ ceflai mon travail , & je 
panfaimon malade qui hit entièrement gué i de 
ia piquuiedel'égui:le 8. jours ap.è^ l'operati n, 
dont il ne retira aucun profit : l'œil au refte fe 
trouvant dans le même état qu'il étoit aupara- 
vant. 

IL BS ERFAT10N, 

Quelque tems, api es je rencontrai fortuite- 
ment le chien d'un Payfan qui avoitunefc: 
ble maladie en un de Tes yeux; délirant de pks 
en plus découvrir la difpoiition du critlallin en 
cet état, je fis tuer ce chien , & j'en examinai 
anatomiquement l'œil. Je trouvai le criilallin 
près d'une fois plus gros que celui de Ton autre 
ceil,ayantune bofle inégale en devant. Sa mem- 
brane qui étoit plus épaifle , plus forte & plus 
polie , le tenoient fortement attaché au corps vi- 
tré: ayant coupé cette membrane, je vis l'hu- 
meur épaiflie <& qui groflïfîbit ce criftallin , qui 
étoit blanche , Se avoit une folidité médiocre , à 
j?eu près comme celle d'un fromage paiîé , Se 
e'toitun peu vifqueufe. Cette fubftance ne faifoit 
qu'un corps avec le criftallin qui étoit pareille- 
ment blanc, peutranfparent, & pîusfolide qu il 
ne devoirètre naturellement ; & les autres par- 
ties de l'œil étoient dans leur état naturel , à l'ex- 
ception de l'avée dont le trou étoit fort dilaté , & 
inégalement rond , & contre laquelle ce criftal- 
lin étoit fortement appliqué. 

Par ces deux Obfervations on peut juger de la, 
nature de cette maladie, & du prognoftic qu'on 
en peut faire, pour peu qu'on en fafle l'applica- 
tion à ce que j'ai dit ci-defîus. 

ly 



196 Des Maladies 

CHAPITRE XVIII. 

De la CataraUe branlante. 

CElfe en parlant des cataradies , dit que fi la 
cataracte branle & fe remue çà & là , à peine 
y peut-t-on jamaisremédier par chirurgie, mais 
il ne nous a point dit la nature de cette cataracte, 
& pourquoi elle éroit incurable; apparemment 
qu'il ne la connoiiToit pas , puifqu'il n'aurcit pas 
dit, à peine y peut-t-on remédier par chirurgie, 
laiflant ainfi la chofe douteufe ; mais auroit dit 
absolument , on n'y peut jamais remédier par 
chirurgie. 

Cette maladie eft aufii une altération toute par- 
ticulière du criftaliin , qui fuit ordinairement la 
fonte ou la corruption du corps vitré par laquelle 
il-fe diminue, s'endurcit, blanchit ou jaunit , & 
perd fa tranfparence en confervant fa iituation, 
& demearant fufpendu , & flottant dans les eaux. 
Quoiqu'il fembleque cette altération du crif- 
taliin ait beaucoup derapport au glaucoma , l'al- 
tération du criftaliin dans ces deux maladies fe 
trouvant prefqu'égale , je n'ai point crû devoir 
en traiter en parlant du glaucoma, parce que fa 
eaufe en eft entièrement différente, & que de tous 
les Auteurs qui en ont parlé , & qui ont fuivi 
Celfe , aucun. ne la pris pour un glaucoma, mais 
véritablement pour une cataracte , félon leur ma- 
nière de parler. 

En expofant la caufe de cette maladie , je me 
vois engagé de parler de la fbnte & corruption dn 
corps vtréy quoique je n'euife réfolud'en traiter 
que lorfque j'expliquerois les maladies de cette 
partie ; mais cette maladie du criftaliin me force 



de l'Ôeîl. fg-f 

d'en parler ici. Ce fera donc une chofe faite , Ôr 
on aura recours en ce lieu quand je parlerai de& 
aurres maladies du corps vitré. 

Entre les maladies du corps vitré , fa fente ou 
corruption , comme on voudra l'appeller , eft la 
plus confidérable. Elle a deux caufes. La pre- 
mière vient d'un prompt dépôt d'humeurs fur 
cette partie, qui lui diminuent d'abord fa trans- 
parence; enfuite ces humeurs s'aigrliTant, elles 
détruifent les membranes & fibres délicates de 
cette partie, & enfin la fondent ou corrompent 
entièrement. 

-Ce dépôt eft fi prompt, que tous les malades 
affligez de cette maladie que j'ai interrogez, 
m'ont dit qu'ils s'étoient apperçûs tout-à-coup 
de la diminution , & enfuite de la perte de leur 
vue. L'expérience nou> fait allez connoître 
que les humeurs amafiees en une partie , s'f 
fermentent & s'y aigriffent, & confommens 
enfin les parties dans lefquelles elles font épan*- 
chées. 

La féconde caufe de Ta font'e ou corruption du 
corps vitré , vient d'un pus qui s'amafle au-de* 
dans de l'oeil, foit enfuite de queîqu'abces qui f» 
forme dans le çriftallin , ou entre ce corps & fa 
membrane, comme je le dirai dans le Chapitre 
fuivant, foit enfuite d'autre abcès qui arrivent 
ou à la membrane uvée, ou en la fuperficie inté- 
rieure de la cornée, foit enfin par un pus qui fe 
forme d'un fangextravafé au- dedans de l'œil en- 
fuite de quelque coup , &: qui n'a pu fe réfoudre 
par fa trop grande quantité. De telle manière 
donc que ce pus foit épanché , il altère par fon 
acrimonie ou fon acidité, corrode, détruit, & 
fond le corps vitré. 

Ce corps étant fondu & réfout en une eau 
claire & jaunâtre , quand cette fonte vient par 

I iij 



1-98 Des Maladies 

un dépôt d'humeurs ; ou en une eau blanche Se 
trouble quand elle vient d'un amas de pus; cette 
eau fe mêle avec l'humeur aqueufe , & en détruit 
en même tems fa vifcofité;elle paffe au-travers 
des pores de la rétine, & la détache de I'uvée, elle 
altère les conduits qui portent la nourriture au 
cridallin, elle pénètre la membrane qui recouvre 
ce corps, & la lûbftance de ce corps même qu'elle 
corrompt enfin entièrement. 

Voici les lignes de cette maladie. Quand la 
fonte fe fait par un dépôt d'humeurs, les malades 
fê plaignent d'abord qu'ils ne voyent pas, ou ti es- 
iqu'alors on ne remarque aucun change- 
ment ( ans* l'oeil, hors la pupille qui eft un peu 
plus dilaté*© qu'à l'ordinaire ; & cette perte ou 
diminution de vue cft quelquefois précédée de 
Ifcplentes douleurs à la partie antérieure de la 
tête & au fond de l'œil , quelquefois aufli les ma- 
n'en rt- (Tentent aucune : peu de tems après 
on voit le crifta lin fort trouble ,& dans la fuite il 
devient blanc * puis jaune, & alors au moindre 
mouvement de i'dftl , on le voit tremblettant & 
branlant comme une girouette agitée d'un vent 
médiocre , lVis perdant fa couleur naturelle, fe 
ridant & fe mouvant tantôt en arrière, & tantôt 
en devant, fui vant qu'il efr, agité par ce criiiallin 
flottant. 

Et guànd cette fonte eft caufée par un pus 
amafie au-dedans de l'œil , fes lignes font prefque 
femblab'es dans fon commencement à ceux des 
cataractes purulentes, ou des autres amas de pus 
que je décrirai ci-après ; ce qui faitqu'on ne peut 
d'abord certainement juger fi ce fera une cata- 
racte branlante, parce qu'on ne peut fçavoirfi le 
pus aura allez de malice pour corrompre le corps 
vitré & altérer le criftallin ; ainii ce n'eft que dans 
la fuite qu'on s'en affuie , & quand on voit que le 



DS L'ÛEïL," Ï90 

! in altéré branle, co m me je viens de le dire, 

C'eft cette agitation du criitallinquiafaiteiti- 
mer à nos anciens & à nos modernes , que cette' 
maladie etoitunecataraébe de la nature de celles 
qu'on abbaifle , parce que voyant branler ce 
corps, ils s'imaginoientquecetoit une membrane" 
qui flottoit dans l'humeur aqueufe ;& apparem- 
ment qu'en ayant voulu tente rl'abbaiilement,& 
ayant reconnu par expérience que ce ccrps étant' 
détourné, les malades ne voyoïent rien , ils au- 
raient conclu delà qu'il y avoit obllreciion a& 
nerf optique. 

Cette fonte du corps vitré demeure en cetfétat 
pendant le relie de la vie, fansfe communiquer- 
aux membranes qui forment le globe de l'oeil y 
comme je l'ai vu par expérience en beaucoup de 
perfonnes travaillé -S de cette mal adie,cntr'a utres 
en une femme àgÏQde plus de 70 ans, qui avoit 
unefembîable cataradtedepu^ plus de 50. ans. 

On peut rendre raifonde ce fait , û nn confi-- 
dere que, quoique le corps vitré (bit détruit, & 
le criftallin altéré , cependant l'humeur deftinée 
par la nature pour nourrir ces corp^ , ne ceffe pas 
pour cela de fe filtrer par hivée, & par le cercle 
ciliaire qui ne fouffrent aucune altération , & que 
s épanchant parmi cette fonte & ce mélange du 
corps vitré liquidé & de 'humeur aqueufe, e-le 
en adoucit fon acidité, & d'autant plus que pou- 
vant circuler, de même que je l'ai dit en expli- 
quant la circulation de l'hum-ur aqueufe , elle 
peut pareillement entraîner avec elle dans ia 
mafle du fan g ce qu'il y a .'acide & fi acre. 

J'ai été fort long-tems fans pouvoir connoître 
au vrai pourquoi dans cette maladie le criftallin 
altéré branloit au moindre mouvement de l'œil, 
faute d'oceailon de pouvoir anatqmifer un œil 
aiû fut affecté de cette maladie ; mais le 1 1 Dé- 

I iiij 



zoo Des Maladies" 

cembre de Vannée 1 691. je rencontrai parhazard 
une vache qui en avoit une femblable , je la fis 
acheter par un Boucher pour la tuer, fur l'œil de 
laquelle je fis l'obfervation fuivante. 

i PREMIERE OBSERFATION. 

Ayant détaché l'œil de fon orbite , & le tenant 
à la main, pour peu que je l'agitait, le criftallin 
s'agitoit auiîi de toutes part?. 

Je coupai la cornée tranfparente tout autour 
du cercle extérieur de l'iris , tenant le fond de l'œil 
en bas, & ledevant en haut, pour empêcher l'hu- 
meur aqueufe de s'écouler; quand elle fut cou- 
pée , il s'en écoula environ une fixiéme partie , & 
j'apperçûs alors le criftallin flottant fur l'humeur 
reliante , & retenu dans toute fa circonférence 
par des membranes & des fibres. 

Je verfai par inclination cette humeur dans un 
verre, elle me parut d'une conhftance d'eau jau- 
nâtre & fans aucune vifcclïté , & le criftallin de- 
meura fufpendu & dans fa mêmefituation , étant 
feulement un peu plus enfoncé. 

je coupai enfuite la cornée en long jufqu'au- 
près de l'infertion du nerf optique , ci enfuite je 
fendis l'uvée , Se je reconnus que la rétine étoit 
entièrement féparée de l'uvée, & attachée par 
derrière au fond de l'œil, à l'entrée du nerf op- 
tique, & par-devant autour du cercle ciliaire , 
près le criftallin ;de forte que cette membrane 
îmitoit un cône , dont la pointe étoit à l'entrée 
du nerf optique ,& la baie autour du cercle ci- 
liaire. 

Au milieu de ce cône formé par la rétine, je 
remarquai quelques fibres membraneufes, que je 
crus être la membrane extérieure du corps vitré, 
En effet, ces fibres toutes flétries, altérées 6c fub- 



de l'Oeil. 201 

tiles qu'elles étoient, imitoient en quelque ma- 
nière le cône de la rétine , & paroiiîbient fe con- 
tinuer autour de la circonférence du criftallin. 

C'étoit auili tout ce qui reftoic du corps vitré ; 
car au reife il étoit entièrement fondu , & ne 
formoit avec l'humeur aqueufe qu'une même li- 
queur, quiremplifloit, comme je l'ai dit , tout le 
globe de l'œil. 

Le criftallin étoit renfermé dans fa double 
membrane, qui me parut entière , quoiqu'alté- 
rée, & étoit retenu dans l'endroit qu'il occupoit 
par les fibres ciliaires qui s'infèrent à cette mem- 
brane aux cotez du criftallin , & ces fibres fem- 
bloient être un peu allongées ik beaucoup flé- 
tries. 

Je féparai ce criftallin pour le comparer à ce- 
lui de l'autre œil ; il étoit plus petit, fort fec, 
dur, jaune, & fans humeur mucilagineufe autour. 

Je l'examinai anatomiquement, & Je recon- 
nus que fes fibres & pellicules étoient difpofées 
de même que celles des crifta'lins préparez avec 
l'eau- forte , ou bouillis dans l'eau. 

La cornée au relte & l'uvée étoient dans leur 
état ordinaire, hors l'iris qui avoit perdu fa cou- 
leur naturelle. 

En comparant cette obfervation avec la fui- 
vante,on connoîtra facilement en quoi diffère 
la fonte & corruption du corps vitré, caufée par 
un dépôt d'humeurs fur cette partie , d'avec celle 
qui eft caufée par un amas de pus au-dedans de 
l'œil , fans qu'il foit befoin que je m'en explique 
davantage. 

IL OB SERFAT10N. 

Un nommé Claude Merat, originaire de Bou- 
lage,& demeurant à Brandenouvilliers près de 

I v 



ioi Des Maladies 

Bar-îè-Duc, âgé de 40 ans ou environ, me vint 
trouver le 1 8 Octobre 1 700 , pour me confulter 
fur une maladie qui lui étoit arrivée à l'œil droit, 
la moiffon précédente En même tenis je remar- 
quai que fon œil gauche étoit travaillé d'une 
cataracte branlante, qui avoit été caufée par un 
amas de pus au-dedansde l'œil, dont la partie la 
plus groiliere avoit pris corps en fe de fléchant: 
ce pus deiTéché paroifioit être attaché par une 
de fes extrêmitez au crittallin , & par l'autre à la 
cornée tranfparente, où je vis une blancheur qui 
me fembla être une cicatrice intérieure ;& à 
l'endroit de cette blancheur , la cornée formoit 
une petite bofle en dehors, marque qu'elle étoit 
émincée en cet endroit par une ulcération inté- 
rieure qui avoit précédé, fdit que cette ulcéra- 
tion eût été la fuite d'un abfcès de la iuperficie 
intérieure de cette membrane . & qui ^étoit ou- 
vert en dedans, ou qu'elle eut été caufée par l'a- 
crimonie d'un pus qui fe fût amaifé en quelque 
autre partie intérieure de l'œil. Au moindre mou- 
vement de l'œil , ce pus épaifli fl .ttoit & branloit ; 
& comme il n'oceupoit qu'environ la moitié de 
]a pupille vers fa partie inférieure, je voyois ■ 
en même tems au-travers de l'autre moitié fu- 
périeure le criftallin altéré & fort blanc flotter 
aufîi & branler Cet œil me parut plus gros que 
l'autre. La cornée étoit parfemée de gros vaif- 
feaux bleus & variqueux aux endroits du blanc 
de l'œil, & de quelques autres petits vaiilcaux 
rouges en quelques autres endroits; & du refle, 
l'humeur qui rempiifïbit le globe paroifioit fort 
tranfparente. Ayant interrogé cet homme, j'ap- 
pri qu'il y avoit neuf ans qu'il avoit entièrement 
perdu la vue de cet œil, & qu'il avoit fouffcrt 
pendant un an une violente douleur en cette 
partie. 



DE l'OE ï L. 20$ 

• Par ces deux obfervations, & ce que j'ai die 
delà cataradfce branlante, onconcluera aifément 
que cette m «la ie eft abroîuraènt incurab'e; &z 
que ii 'es malades ne voyent a icune clarté, on ne 
doit pas inférer que ce fuit une obfïru&ion du 
nerF optique qui en toit 'a caufe , mais la fonte 
ou corruption du corps vitré, & le dérangement 
delar 'tine. 



CHAPITRE XIX. 

4. De la cataraBe purulente ,ou de PabfcU 
du crijlallw. 

Rien ne refTembîant mieux à un Catara&e 
vraye , que l'abfcès du crittallin & Ton ul- 
cération , jedois traiter de cette maladie en par- 
lant des cataradtes fauffes, puisqu'elle ne reçoit 
de guérifon, ni par les remèdes , ni par l'opéra- 
tion. 

Par cataraBe purulente , ou ab r cèt du crifljiJJiK^ 
j'entens un ama< de pus, ou d^.ns la propre fub- 
fiance de ce corps,, ou entre fa fuperficie & la 
membrane qui l'env 'op j , oni l'ai "ère, le dépê- 
che, <^ lui t'ait perdre fa tranfparen e: airifi le 
criftallm fe trouve en mêmetemsaff <£te de tois 
maladies gé érales , qui font l'intempérie, la 
mauvaife conformation, & la folutiunde con- 
tinuité. 

Sj on ne fçavoit pir expérience que Je criftaï- 
lin s'abfce ie, f y auroit afTez lieu d'en douer; 
puifque c'eft un corps qui n'a aucune continuité 
avec les autres parties de notre coi p- , coram ? je 
l'ai dit lorfque je l'ai décrit , qu'il fe nourrit 'une 
manière différente, & que les acides àginanjs 
fur lui, au lieu de le eonfommer & le fondre, 

Ivj 



2C4 Des Maladies 

Te ncfurci fient comme je l'ai montré; cependant 
comme la nourriture qu'il reçoit vient du fang, 
on peut juger qu'elle en doit retenir les mêmes 
qualitez, & qu'elle peut par confe'quent fouffrir 
les mêmes altérations. 

Ainfi on peut dire vrai- femblablement , que les 
caufes de l'abfcès du criftallin font'fem niables à 
cellesdesautresabfcèsde notre corps, & qu'une 
humeur impure féjournant entre ce corps & la 
membrane qui le recouvre, ou entre les inter- 
faces de fes fibres, foit qu'elle s'y -.foi t coulée 
promptement, ou amaffée peu à peu, fe cor- 
rompt^ abfcede enfin le cnftallin.- 

On connoit que l'abfcès fe fait, par une dou- 
leur que le malade fouffre au- dedans de l'œil , qui 
eft plus ou moins grande, félon que l'humeur qui 
ïa eau fe eft plus ou moins chaude, & cette dou- 
leur s'étend quelquefois au devant de la tête ; par 
une inflammation au-dedans de l'œil , quand 
l'humeur eft chaude ;& par un nuage qu'on re- 
marque bientôt au-travers de la pupille. 

Quelquefois le dépôt eft fi fubit , & cette hu- 
meur chaude fe fermente fi promptement, que le 
pus fe trouve formé &prefqu'entiérementblanc 
dans i'efpace de trente ou quarante heures. Et il 
femble alors à ceux qui ne font pas tout-à-fait 
verfez dans ces maladies, que ce foit une vraye 
catara&e, à caufe de cette blancheur du pus 
qu'on remarque par-delà la pupille, qui imite 
afléz bien unecatarafte,& de la perte de lavûe 
qui arrive en même tems que ce pus fe forme. 

Je ne doute point que ce ne foitune femblable 
maladie qui a trompé Fernel, lorfqu'il a dit au 
Chapitre 5 du V. Livre de fa Pathologie, qu'il a vu 
une fuftufion entièrement épaiffe & confommée 
s'amafTcr en un jour. Inurdumvidi , dit- il, omni- 
no crajjam aiqne çonJomrnaUm fuffufwnem uno die 



de l'Oeil. i&j 

Ce qae j'ai dit de la formation des catarades 
Vrayes, fait afl'ez connoître qu'il ne peut s'en 
former en un jour , ii prompt que le dépôt de l'hu- 
meur qui la caufe puiflfe être, & qu'ainfi Femel 
a été trompé par l'apparence. Car quand même 
on demeureroit d'accord de ces principes, on ne 
pourroit pas concevoir qu'une humeur coulée 
entre l'uvée & le criftallin , pût prendre corps en 
fi peu de tems, pour former félon lui une caca- 
rade parfaite. Et pour la raifon qu'il en donne 
immédiatement après, quand il dit: Etcnim fi 
c raffut humor in opùcum nervum repente incident 
fub.to obceccat , cur non ctiam is longiut ob pupiîîarn 
proîapfus repôntinam fujfufwnem eamque perfl-Bara 
inducet? elle n'a aucun rapport à ce qu'il veut 
prouver: parce que quand un humeur pourroit 
tomber fubitementdans le nerf optique, ou elle 
s'engageroit aifément à caufe de la difpolltion 
de fes pores, & en même tems lui ôter lbn uiage; 
il ne s'enfuivroitpaspour ce ] a qu'une même hu- 
meur épanchée entre l'uvée <5c le criftallin , yjprit 
corps enfipeudetems l'humeur aqueufe avec la- 
quelle elle fe trou veroit confondue, s'y oppofanr. 
Mais lorfque l'humeur qui caufe cet abfcès eft 
froide , il eft beaucoup plus de tems à fe former , 
il fe palTe plusieurs mois , quelquefois des années 
entières avant qu'il paroifledu pus :1a vue eft ce- 
pendant empêchée, & les malades ont prefque 
tous les mêmes figues qu'ont ceux qui font tra- 
vaillez de catarades vrayes ; ce qui fait qu'on 
n'en peut faire de jugement 'certain. I'i en eft de 
même quand l'abfcès ne fe fait que dans une pe- 
tite partie de la fuperficie du criftallin, & qu'il 
eft dune mauvaife nature; parce qu'il n'ulcère 
que peu à peu le criftallin. 

On connoit que le pus eft fait, par fa blan* 
cheur,& par la diminution des fymptômesqui 



to6 ' Drs Maladies 

l'ont précédé; quand ce pus eft le uable &en me 
médiocre quantité, le plus fubti! le réfout, & le 
plus groflier fe defieche, enfemble le crifta' in, 
qui pa;oit alors comme au g'ancoma, hors qu'il 
qu'il n'eft pas il uni , & par conf quent moins lui- 
fant,& qu'il femble plus petit & plus enfoncé, 
à caufe que la pupille fe reflerre davantage. 
Mais quand il eft d'une autre nature , qu'il eft ma- 
lin , ou qu'il fe trouve en grande quantité , iî 
rompt la membrane du criftallin, fe mêle dans 
l'humeur aqucufe,fe précipite quelquefois au 
bas de l'œil, où on le voit fou vent au travers de 
l'uvée & par fon trou, détruit quelquefois & 
fond le corps vitré; & alors le criftallin altéré 
n'étant pi us fouten^bra^e, comme je l'ai dit au 
Chapitre précédent , & très- fou vent ce pus altère 
les autres parties intérieures de l'œil, qui dans 
îa fuite s'atrophie, fe corrompt, & jaunit: ce 
qui arrive rarement fans de très- grandes dou- 
leurs de cette partie, qui fe communiquent mê- 
me à la tète. 

Quand le pus eft échapé du criftallin, l'ulcère 
qui refte, fait paroître fa fuperficie blanche, 
înéga'e & éloignée : l'uvée fe ride, & la couleur 
de l'iris fe convertit eh une mauvaife; fon trou 
s'étrécit extrêmement, & fou vent même change 
de figure, & les malades ne distinguent plus que 
très-faiblement la lueur du grand jour. 

Voilà ce que l'exoérience m'a fait remarquer 
fur cette maladie, afTczaifée à connoitre , quand 
elle ne tarde pas à fe former: mai- qua> d elle 
vient I 'ntem nr, elle eft bien difficile à diftin- 
guer de la caMra&e vraye ; fouvent on^y eft 
trompé, à caufe de leurs lignes qui font à peu 
près femblables. Voici un exemple de la der- 
nière. 



de l'Oeil; 107 

OBSERVATION. 

Un nommé Claude Durand, homme âgé, de- 
meurant à S. Julien du Saut, entre Villeneuve- 
le-Roy & Joigny, me vint trouver le premier 
May 1697. Son oeil droit depuis cinq ans étoit 
incommodé d'une tache blanche, qui occupoic 
une partie du criftailin, Semblable à une cata- 
racte naifTante;& comme le tour du criftailin 
confervoit encore de fa tranfparence , il diftin- 
guoitde cet œil les objets communs, la lumière, 
les portes , les fenêtres , ÎSc & fur la cornée trans- 
parente il y avoit un ulcère Superficiel, joint à 
une légère ophthalmie caufée par des collyres 
acres qu'on lui avoit donné , dont ayant cefTé l'u- 
Sage, il fe trouva bientôt guéri decefte inflam* 
mation & de cet ulcère, comme je l'ai fçû de- 
puis. 

L'œi 1 gauche fe perdoit depuis dix-huit mois; 
il s'en apperç ut par des fils , fl occons , nuages , & 
autres lignes avant-coureurs des catara&es : le 
milieu du criftailin me parut d'un b'ancun peu 
fale , & le relie de cette partie écoit de couleur 
d'air un peu obfcur. En l'un & l'autre la pupille fe 
dilanoit&reiïerroit, plus cependant du droitque 
du gauche dont il voyoit moins. 

J'eftimai que la tache de l'œil droit avoit été 
caufée par un^ pullule ou petit abfcès à la Super- 
ficie du criftailin, qui etoit guéri, dont la cica- 
trice blanche étoit cette tache qui demeureroit 
en cet état fans augmenter, & je ne me trompai 
pa*; & que celle de l'œil gauche étoit un com- 
mencement de vraye catara&e, je me trompai 
comme la fjite me le fit voir. 

Car le 1 Avril de l'année fuivante , étant venu 
derechef chez moi Je trouvai fon œil droit dans 



as8 Ds's Maladies 

le même état que ci-devant: mais pour Yœïï 
gauche, le criftallin m'en parut fort enfoncer 
d'un blanc fale, à peu près de la couleur d'un 
pus épais & peu louable, la pupille étant fort 
petite, irréguliere en fa rondeur, ne fe dilatant, 
ni refîerrant au grand jour, au foleil , à la chan- 
delle , ni à l'obfcurité , ni en frottant l'œil , ni par 
tout autre moyen : l'iris étoit obfcur & un peu vif, 
& fort ridé, ne distinguant au refte que très-foi- 
blement la lueur du grand jour & du foleil. Tou- 
tes ces mauvaifes marques me firent juger que la 
tache qui paroiflbit l'année précédente, & que 
j'avois eftimée être un commencement de cata- 
racte, étoit un petit abfcès d'une mauvaife na- 
ture, dont le pus s'étant étendu infenfiblement, 
avoit enfin rendu le criftallin tout ulcéré <te puru- 
lent, & que les autres parties intérieures de cet 
ceil étoient altérées par la malice de ce pus; ce 
qui m'empêcha d'en entreprendre l'opération, 

En effet, dans l'abfcès & l'ulcération du cri- 
ftallin, l'opération y eft abfolument inutile :car, 
quand même on abbaiiTeroit le criftallin , ce qui 
n'eft pas toujours impoillble, les malades never- 
roient pas pour cela ; parce que ;la membrane qui 
recouvre le corps vitré, contracte le même vice \ 
& que d'ailleurs le trou de l'uvée demeure fi ref- 
ferré,que la lumière n'y pafTeroit qu'avec peine. 

A l'égard des remèdes, ils font auffi inutiles 
pour ces maladies. On s'en fert feulement pour 
tempérer les douleurs lorfqu*el!es font violentes, 
& pour empêcher la fluxion. On employé à cet 
effet les collyres rafraîchiflans & anodins, & les 
fomentations de pareille vertu, lafaignée, & 
autres remèdes qu'on trouvera ci-après au Cha- 
pitre de l'Ophtalmie & ailleurs. 



'de l'Oeil; 209 



CHAPITRE XX. 

Des cataraHes mixtes , oh trompeurs. 

SI la'connoiflance des cataraïïes faufes eft né- 
ceiïaire pour s'empêcher d'être trompé en 
les confondant avec les vrayes ; celle des catara* 
Bds mixtes ne l'eft pas moins , pour s'afîurer de la 
bonne ou mauvaife reuflite des opérations qu'on 
entreprend, & pour prévenir les malades, oa 
ceux à qui ils appartiennent , fur les dirncultez 
que l'on foupçonue fe rencontrer dans leurs mala- 
dies. 

S'il nefe rencontroiflpjue des cataractes vraies 
& des catarades fauffes , on pourroit avec certi- 
tude approuver les unes & rejetter les autres , en 
obfervantce que j'ai dit ci-devant; mais ces ma» 
ladics ne fe trouvent pas toujours ainfi difpofées ; 
fouvenc elles participent des cataractes vraies & 
des cataractes fauffes , & font plus ou moins 
mauvaises , qu'elles approchent plus ou moins des 
catarades fauffes. 

C'eft ici la pierre d'achopement des Chirur- 
giens Oculiftes , qui fe confiant trop en leur 
adrelTe , promettent auilî avec trop craflurance 
à leurs malades un favorable fuccèsde leurs opé- 
rations , fans conlidérer que fouvent les appa- 
rences fonttrompeufes. Une cataracte pour a voit 
de bonnes marques , n'eft pas toujours bonne pour 
cela ; il faut examiner s'il n'y en a point de mau» 
vaifes, & qui font celles qui prévalent ;&qtrand 
elles feroient toutes bonnes , oa doit fufpendre 
fon jugement. On voit bien la fuperficie d'une ca- 
tarade , mais on ne voit pas- fon fond. Si on fe 
trompe quelquefois au jugement d'une catarafre 



zro Des Maladie? 

vraie que l'on croit confirmée , & qui dans l'opé- 
ration fe trouve Iaiteufe ou caféeufe, on peu: 
avec plus de raifon être trompé enunecatarscte 
mixte -dont la fuperfkie paroîtra bonne, & le 
fond fera mauvais ; ce qu'on ne connoît à la vé- 
rité , que lorfque l'éguille eit dans l'œil 

Je ne y« ux pas pour cela dire qu'on doive defef- 
perer de toutes les cataractes qui auront quelques 
mauvais ; au contraire je confeiile qu'on 
en entreprenne l'opération. On ne rifque rien > 
quand un hommeeft aveugle, il ne fçauroitétre 
dans un pire état, & on peut lui rendre la vue , 
puifqu'une cataracte un peu mauvaife peutréuf- 
îir ; mais on ne doit pas trop promettre , Te reflbu- 
venant du confeil de Guy de Chauîiac, qui dit , 
?> en parlant des cataractes : „ Qu'il ne faut ja- 
,, mais être afTez impnJcent , que de promettre 
„ avecaiiurancede guérir une cataracte, parce 
„ que les remèdes topiques ne profitent gueres , Se 
„ que l'opération de l'éguille eft aiTez^douteufe, 
„ fur -tout II on a manqué à bien prendre des me* 
„ fures'avant que de l'entreprendre. 

Par cataraBe mixte, j'entens unefcerraine alté- 
ration du criftaiîin, qui tient de la nature de la 
cataracte vraie, Si de la cataracte fauiTe , Si qui 
a par conféquent pour caufe principale , quand 
elle participe p'usde la cataracte vraie, l'humeur 
quicaife cette eatara de, & pouracceflbire celle 
qui eft la caufe des cataractes fauiies,& au con- 
traire. 

Comme il eft difficile de déterminer les diffé- 
rentescombirsifens decesc*ufes,il eft pareille* 
nient dirhc-i'e de décrire jufte toute Lscataractes 
mixtes ; cVft pourquoi je me contenterai de dé- 
crire fuccinctjment en ce Chapitre les plus com- 
munes & principales. Et voici comme on les doit- 
concevoir. 



© E Î/Ge IL. z i a 

Première catarafte mixte, qui tient de la nature du 
glaucome, 

l Quand l'humeur qui caufe la cataracte vraie., 
ne coule que dans une m c iocre quantité, ca- 
pable d'altérer feulement la lupertice du criftal- 
lin , de commencer à former le.- accompagne- 
mens, & même d'altérer en quelque pu* Lie la 
membrane qui recouvre ce corps, & eue par 
queïque caufe inconnue cette humeur celle de 
fluer, il arrive que cette humeur Radoucit & fe 
co! fomme; mais comme la fuperncîeda criftallin 
eit déjà altérée , & que fes p- »w s font changez - le 
fuc nourricier ne la peut plus pénétre. ; ainfi 'e 
criftallin , faute de nourriture, fe d fecheje 
refte de fa membrane demeure entier , & de cette 
manière il fe fait une cataraBe mixte , qui tient du 
dejfecbejnent du criftallin. 

Cette cataracte, oute les lignes communs des 
deux maladies aufqueiles elle a plus de rapport, 
a aulli fes partie u lie j s, 

La couleur de cette cataracte eft fouvent iné- 
gale , à caufe de l'inégalité de l'altération du 
criftallin ; enforte qu'ur.e partie fe trouve blan- 
che , & une autre partie comme une eau glacée 
& un peu trou 1 \ 

Elle paroit plus pet-teeV enfoncée que la vraie 
cataracte ;& la pupille fe rencontre auffi plus 
reffèrrée. 

Elle eft pour l'ordinaire luifante , & fouvent 
elle eft barrée ou traverfée. 

Elie eft enfin très-long-tems à fe former, & 
fou ent apiès 5. 6. & 7. ans elleneft pas encore: 
confirmée. 

De fa nature elle eft fort fufpe&e, étant diffi- 
cile àféparer, à caufe de la membrane qui re* 



in Des Maladies 

couvre le criilallin . qui eil prefque toujours en- 
tière , & appliquée contre ce corps : fouveàt 
même il eit impofliblede le détacher. 

Quand on petit la détacher , elle réuiîît , n'étant 
gueres fujette à remonter , & quand elle remon- 
treroit, ellefe précipiteroit de rechef aflez aifé- 
ment ; mais ce qui relie après que cette cataracte 
eft abbailTée , c'eil un nuage par-delà la pupille, 
caufé par la membrane qui recouvroit le aiilal- 
lin, qui n'étant que déchirée, relie appliquée fer 
la boiTe du corgs vitré, en manière d'un -canne- 
pin blanchâtre & extrêmement délié ; & ce relie 
de membrane dans la fuite du tems leçon fomme 
pour l'ordinaire petit-à-petit , & alors ce nuage 
difparoît. Les malades eux-mêmes s'apperçoi- 
ventde ce nuage, & un Chirurgien le diftingue 
aifement , pour peu qu'il ait bonne vue ; & pour 
mieux s'allurer qu'il n'eft produit que par la 
membrane qui recouvroit le criilallin ; il doit re- 
garder l'œil aveede bonnes lunettes, ou avec une 
leupe de verre, Se il connoîtra que ce n'eit que 
cette membrane; il verra même la déchirure oa 
fente par laquel'e le criilallin s'eil échappé , qui 
eil ou longue ou d'autre figure , & comme dans 
l'endroit de cette fente la prunelle fe trouve noire, 
au lieu que dans les autres endroits que cette 
membrane occupe elle efl un peu blanchâtre. La 
même chofe arrive après l'opération des autres 
cataractes ou cette membrane ne fe trouve point 
confommée, ou altérée en un tel degré pour fe 
féparer entièrement, & pour fui vie le criilallin ^ 
comme dans la plupart des cataractes laiteufes & 
caféeufes,& dans la mixte dont je parlerai dans 
le Chapitre fuivant. 

Je dirai encore que cette cataracte en vieiîlif- 
fant, devientafTez fou vent bonne, ce qui arrive 
apparemment par une nouvelle fluxion de l'hur 



de l'Oeil. 21$ 

meur qui caufe la cataracte vraie ; quelquefois 
aulli elle refte mauvaife c Je ne donnerai point 
d'éxempledeceîlesqui ont quelque bonté & qui 
peuvent réuilir, comme tenant plusdes cataractes 
vraies ; mais en voici un de celles qui participent 
plus du glaucoma , & dont on doit le plus fe dé* 
fier. 

PREMIERE OBSERVATION. 

Un -pauvre homme mandiant , de Ferre en 
Tartenois , Diocefe de Soiflons , ayant l'œil 
gauche perdu d'une maladie pour laquelle il n'y 
a voit point de remède, l'œil droit travaillé d'une 
cataracte que je jugeai participer du glaucoma, 
me vint trouver pour me prier de lui en faire l'o- 
pération. 

Cette cataracte me parut blanche ^ médiocre- 
ment luifante , petite & enfoncée ; la pupille 
étoit aufli un peu plus petite que dans la cata- 
racte vraie, & ne fe diiatoit ni refTerroit que très 
foiblement, quand je paflbis la main entre fon 
œil.& le grand jour, mais il en diftinguoit l'om- 
bre : le reue de l'œil étoit bien difpolé. Quoique 
cette cataracte fut confirmée, elle étoit três-fuf- 
pecte ; les mauvais lignes prévalent fur les bons ; 
je l'en avertis , il fouhaitoit l'opération , je la fis le 
jj Avril 1698. 

Quand mon éguilie fut dans l'œil , je la portai 
p'uiieursfois fur la cataracte pour l'abbaifler à la 
manière ordinaire ; mais en vain. Je retirai un 
peu l'éguilîe pour en porter la pointe vers la par- 
tie fupérieure du criftallin , que j'appuyai un 
peu fermement pour tâcher de rompre fa mem- 
brane <5c abbaiiTer ce corps , ce que je répétai 
deux ou trois fois inutilement. Je fis enfin un 
dernier effort, qui fut de piquer dans la cataracte 
çième ,, & d'abbaiffer enfuite la pointe de mon 



2.14 Des Maladies 

éguille, croyant par- là déchirer plutôt la mem- 
brane qui contient le criftallin ; mais il m/arriva 
ce que j'ai dit dans la première Obfervation du 
Chapitre XVII. c'eft-à dire que par ce mouve- 
menrforcé que j'imprimois au criftallin , il s'ab- 
baiilbit un peu , mais fi-tôt qu'il s'écbappoit d€ 
mon éguiHe, il reprenoit fa première fituation ; 
je réitérai îe même mouvement, & voyant que 
je n'a vançois en rien, je retirai mon éguille & je 
panlai îe malade, qui fut enfuite travaillé d'une 
inflammation doulcureufe qui dura 7 ou 8 
jours , dont il fut entièrement guéri, aulTi-bien 
que de la piquure le feiziéme jour, qu'il s'en alla 
fans aucun avantage de l'opération, 

IL Çataraïïe mixte qui tient de la protubérance du 
h-iftallin. 

f Une cataracte étant commencée , quand l'hu- 
meur qui la caufe cette de fluer, ou qu'elle s'a- 
doucit, que le fuc nourricier du criftallin eft un 
peu plus vifqueux qu'il ne doit être , comme je 
l'ai fuppofé dans la Protubérance , & qu il ne celte 
point de fe porter par les conduits ordinaires 
entre le criftallin & fa membrane, faute de cir- 
culer entièrement ; ce qu'il y a de plus vifqueux 
8c de plusdifpofé à s'unir, s'amafîe, prend corps 
& forme une fubftance plus folideque celle des 
accompagnemens ordinaires, augmente de cette 
manière îe volume du criftallin , & forme ainfi 
une caîaraBe , qui tient de P excroijfance immodérée 
de ce corps. 

Cette cataracte., outre les fignes communs des 
deux maladies aufquelles elle a plus de rapport, 
a encore (ts particuliers. 

De toutes les cataractes mixtes , celle-ci eft fa 
plus tardive à fe former &à meurir, 6c îe crifta!- 



se l'Oeil, 2»? 

lin conter ve fort lorg-tems une partie de fa 
tranfparence , cnfcrteque les malades diftinguen t 
confufémentla lumière, les couleurs vives & les 
objets communs. 

Quand elle eft dansfonétat 1 , elle eft d'un blanc 
luifant , & rarement elle change de couleur, fi 
vieille qu'elle foit. 

La pupille fe trouve plus dilatée que dans les 
cataractes vraies, & un peu moins que dans la 
fimple protubérance ;& elle ne fe dilate & ref- 
ferre que très foiblement, quoiqu'il paffe de la 
lumière au- travers du criitallin, plufque dans les 
cataractes vraies. 

Cette cataracte , en vieilliflant fe meurit quel- 
quefois, & eft en état d'être abbaiflee ; mais ce 
n'eft gueres qu'après 5. 6. 7 6c 8. ans, & même 
davantage. Souvent aufli elle eft prefqu'incura- 
bîe , parce que la membrane qui recouvre le 
criftallin, reliant entière , il eft très- difficile delà 
rompre. Et quand même en vieilliflant , elle cfcan- 
geroit de nature par une nouvelle fluxion d'hu- 
meur, fembîable à celle qui caufe la cataracte 
vraie , qui pourroit la détacher en altérant la 
membrane qui la tient fujette, elle ferait encore 
affez fufpecte, retenant toujours quelque chofe 
de fa première férocité. Voici un exemple d'une 
cataracte de cette nature. 

11. OBSERVATION. 

Monfieur Pouard , Curé de Sainte 'Savine, 
Faubourg de Troyes , travaillé de deux cata- 
ractes, me fit prier de l'aller voir au commence- 
ment du Printems de Vannée 1698. Ses deux ca- 
taractes me parurent blanches, iuifantes , gran- 
des , & affez fuperricie'tles ; les pupilles étoient 
un peu plus dilatées que dans les catan. 



ixC Des Maladies 

vraies , Se fe reiferroient & dilataient forte- 
ment, quand je pafibis la main entre fes yeux & 
le grand jour , ou que je procédons comme je l'ai 
dit ci- devant ; il appercevoit confufément la lu- 
mière , les couleurs vives , & même les objets 
communs; & celle de l'œil droit pafoiflbit la 
plus blanche & la plus avancée en maturité. Par 
ces fignes je jugeai que ces cataractes étoient 
mixtes , de la nature de eelle dont jetais la def- 
cription,& par conféquent douteuîes Je dis au 
malade qu'elles n'étoient pas en état d'être ab- 
baiiTees , & qu'il falloit attendre quelles fuflent 
meilleures , à quoi il confentit. 

Un Opérateur-Oculifte , renommé pour fes 
opérations , & à la vérité habile homme , l'avoit 
vu avant moi , & lui avoit afîuré que ces cata- 
rades étoient fort bonnes. Il le vit encore l'Eté 
fuivant, & lui aflura de rechef qu'elles étoient 
en état d'être abbaiflees, & qu'elles réuffiroient; 
il s'offrit même de lui faire l'opération , & je ne 
fçai pour quelle raifon ledit fieur Pouard le re- 
mercia. Quelque tems après il me fit mander de 
le voir quand j'irois à Troyes : je le vis , & je le 
trouvai téfolu à foufrrir l'opération. Ses cata^ 
rades ne me parurent gueres meilleures que la 
première fois, & je doutai toujours de laréuifite, 
Cependant faifant réflexion fur l'habileté 6c l'ex- 
périence de cet Oculifte , & fur le jugement qu'il 
avoit fait de ces catarades, je crus rae tromper 
dans le mien , mais j'eus tort ; car ayant accordé 
audit fieur Pouard de lui faire l'opération qui 
fut indiquée au 16 Septembre , pour lui donner 
le tems de fe préparer, je travaillai fur l'œil droit 
dont la catarade paroitloit la plus confirmée & 
la meilleure ,& mon éguille ne fut pas plutôt 
dans l'œil que je reconnus la faute que j'avois 
faite. Il me fut impoiïible de détacher le cnllallin 

du 



î»e l'Oe il. 2.17 

<5u corps vitré, quoique j'cuffe déchiré ou fendu 
fa membrane , comme je le connus par une légè- 
re blancheur de l'humeur aqueufe, qui ne pou- 
voir, venir que de lafuperficiedecette cataracte 
diffoute dans cette humeur par le mouvement de 
réguille: je lui imprimois bien le même mou- 
vement dont j'ai parlé dans la première obferva- 
tion du Chapitre XVII. mais auffi inutilement. 
Je ceilài donc mon opération, qui fut fuîvie de 
fièvre , de douleurs à l'œil, & d'une inflamma- 
tion aflez considérable au-dehors & au-dedans, 
& qui caufa même quelque defordre , comme 
je le connus après que ces fymptômes furent ap- 
paifez. 

Pour connoître que I'impoflibilité qu'il y 
a dans les cataractes faillies, & la grande diffi- 
culté qui fe rencontre dans les mixtes , de fêparef 
le criftalîin du corps vitré, vient principalement 
de ce que la membrane qui le recouvre eft en- 
tière. Faites attention à l'expérience fui vante, 
que j'ai Faite plusieurs fois,& qu'un chacun peut 
e fTayet\ 

J'ai piqué à différentes fois des yeux de mou- 
tons & de veaux, & ai fait à chacun tous les 
mouvemens néceiïaires pour féparer le criftalîin 
du corps vitré, & lui Faire changer de place, 
fans y avoir pu réulîir que rarement: ce que j'ai 
reconnu après avoir féparé ces yeux de leurs 
orbites, & les avoir ouverts. Aux uns je ne re- 
marquois pas la moindre impreilion de mon 
éguille, ayant feulement glîfle fur la membra- 
ne : à d'autres, je trou vois la membrane un peu 
déchirée en quelques endroits : en d'autres où 
favois imprimé plus fortement la pointe de mon 
éguille, elleétoit plus déchirée, cV la fuperficie 
même du criftallin ofTenfée, fans que pour cela 
aucun criftallin eût quitté fa place , parce qu'il 

K 



ii S Des M ai a die s 

r eftoit toujours plus de membrane entière qu'il 
ne falloir, pour le tenir embraffé : enfin quand 
j'avois de propos délibéré pique mon éguille 
dans le criftallin, ou que je l'avois parlée par- 
derriere, & que j'avois jàit les autres mouve- 
mens pour l'abbaifler, je le trou vois quelquefois 
culbuté ; mais ce n'étoit pas fans le fion du corps 
vitré. 

Je cMs donc par comparaifon, que dans îa ca- 
taracte vraye , qui eft mûre, & dont la mem- 
brane qui recouvre le criftallin eft pour ainfi dire 
fupurée; le criftallin doit fe féparer aifément, 
.n'étant plus retenu que par quelques fibres qui 
reftent c-ntieres : auiïi voyons- nous que dans cet 
état, pour peu qu'on ie touche avecTéguiile, il 
fe précipite 

Qje dans une catarade un peu moins mûre, 
& dont )a membrane n'eft point iupurée, mais 
fort altérée, & prête à tomber en fupuration, 
ie criftallin doit fe féparer un peu moins aifé- 
ment, c'eftce que l'expérience confirme. 

Que lorfque la cataracte eft encore moins con- 
firmée , c'eft-à-dire qu'elle eft caféeufe ou même 
fciteufe, & quela membrane ne commence qu'à 
s'altérer, il eft difficile de la rompre & de fépa- 
rer le criftallin: cependant on en vient à bout, 
à caufe que la matière caféeufe ou laiteufe qui 
eft au-deiïous, l'éloigné du criftallin; deforte 
qu'appuyant la pointe de l'égaillé de-ffus , elle s'y 
enfonce , la rompt , & a affez de prife pour la dé- 
chirer fuffifamment pour donner iflue au criftal- 
lin. 

Mais dans une catarafbe faafle ou mixte , lorf- 
que la membrane eft faine, ou très-peu altérée 
& entière, & qu'elle eft appliquée immédiate- 
ment fur le criilallin, comme dans le glaucoma; 
ou qu'il y a très-peu d'accompagnemens entre 



c e l'Oe IL. z i 9 

«lie & îe crifhllin, comme dans celle qui tient 
du g1aucoma;ou que l'humeur contenue a une 
iolidtté approchante de celle de la fuperfîcie du 
criftaUin,& qu'elle en fait partie, augmentant 
Ton volume comme dans la protubérance , en la- 
quelle même la membrane du criltalîin acquiert 
plus d'épaiffeur ; ou qu'étant en moindre quan- 
tité Se moins folide, une nouvelle flexion d'hu- 
meur, femblable à celle quicaofe la cataracte 
vraye, ne l'a point encore atténuée en un degré, 
pour qu'elle pu: (Te fe féparer des parties voiii-.e?, 
ni a'téré entièrement la membrane du criftailin, 
comme dans celle qui tient de Ja protubérance: 
je dis qu'il eft prefque autant dirnciîe dans toutes 
ces rencontres , de rompre & déchirer cette 
membrane, & de féparer le criltalîin, quedans 
l'expérience ci-demis ; & cela, parce que la poin- 
te de Péguille ne peut s'enfoncer défi us, 8c avoir 
a(Tez de prife pour la déchirer , à caufe de la re- 
fiftance qui eft au-deflbus. Ajoutez à cela que 
l'efpece d'union que le criftaliin contracte avec 
le corps vitré dans le glauroma & la protubé- 
rance, & dans les cataractes mixtes qui en par- 
ticipent, s'oppofe encore beaucoup à fon déta- 
chement. 

Ainfi on ne peut efpérer un favorable fuccès 
des opérations que l'on entreprend fur les cata- 
ractes mixtes qui tiennent du glaucoma ou de la 
protubérance, à moins qu'elles n'en tiennent que 
très- peu, ou qu'elles n'ayent changé en quelque 
façon de nature, comme je l'ai dit; encore font- 
elles toujours iufpectes, & même celles qui 
tiennent de la protubérance font prefque tou- 
jours incurables. 

3 . CataraBd mixte gui tient de la cataraEte purulente. 

Comme je n'ai point vu de cataracte mixte qui 

K i j 



-no Des Maladies 

participât de la troifiéme eipece de cataracte 
faufle, & que je ne penfe pas qu'il s'en rencon- 
tre; je parle à celle qui tient de la quatrième ef- 
pece, je veux dire de la cataracte purulente, qui 
éït iaplus commune des catara&es mixtes, ex la 
plus difficile à diftinguer, 

Pendant qu'une cataracte vraye fe forme ou 
qu'elle efi prefque formée , & avant que la mem- 
brane qui recouvre ïecriftailinibit eonfommée, 
4\ le fuc nourricier qui continue à fe porter entre 
cette membrane & îe' criftallin s'altère & fe cor- 
rompt, ou s'il fe rencontre quelque autre caufe 
capable d'abfcéder ou d'ulcérer le criftallin, & 
,de corrompre les accompagnemens commencez, 
il fe fait une catart&e mixte , qui tient -de Vabjcèt 
i',i crijlaïlin OU defon ulcération. 

Quand cette efpece de cataracte participe plus 
.de' ia cataracte vraye, elle en a les figues ; & 
quand elle tient davantage de la catarafbe puru- 
lente, elle en a auffi les mêmes fignes: airfilorf- 
que le pus ne fe trouve que dans une petite quan- 
tité , quoiqu'une cataradte ait de bons lignes, on 
eft fouvent trompé , & on ne peut même l'éviter, 
par la difficulté qu'il -y a de diftinguer la couleur 
du pu^ de cel!e des accompagnemens. Je n'ai pu 
encore jufques â préfent reconnoître cqh cata- 
ractes par aucuns fignes particuliers, d'où vient 
jque je my fuis trompé comme bien d'autres; il 
n'y a ea que lopération qui m'ait édairci deleuf* 
nature, 

|.ors donc qu'une cataracte paroît bonne, & 
■qu'ayant introduit Péguiile dans l'œil, on voit 
auriitôt unpbsgroffier ouune matière purulente 
s'épancher dans l'humeur aqueufe & couler en 
bas, ou palier même au-trayers de la pupille, 
& fe loger entre l'iris &la cornée tranfparente; 
on jugêàiféraent que cette cataracte tient de la 
nature de la caiara&e purulente. 



rrE l'Oé ï lï **i 

On diftîngne le pus de la matière ïaiteu-fé & do 
la caféeufe, en ce que l'hui^eur laiteufe blanchit 
& trouble tout-à-coup l'humeur aqueufev cwb 
la caféeufe fe divife par pièces , 8c que le pus nie 
& fe mêle inégalement dans l'humeur aqueufe,-. 
fe diflbut plus lentement dans cette humeur, 8s. 
trouble plutôt la partie inférieure de l'œil que la 
fupérieure. 

Qjoique cette cataracte fe trouve en cet état,. 
il ne faut pas pour cela laifier l'opération irn-* 
partaite, il faut au contraire l'achever ( ce qui 
le fait à la vérité avec un peu plus de peine , pasr 
les raifons que j'ai déduites en parlant de la ca- 
taracte iaiteufe ) parce que t\ ce pus ne fe trouve 
que clans une médiocre quantité , qu'il foit loua- 
ble, 8c qu'il n'ait point ulcéré ia partie antérieure 
du corps vitré, fur laquelle le crHtaliin cil fitué >. 
l'opération ne laifiera pas de bien réull'r. 

Un pus qui n'a point de mauvaife qualité , pour 
être répandu dans l'humeur aqueufe, ne la cor- 
rompt pas pour cela, à moins qu'il ne fuît dans- 
une grande quantité; il fe précipice, prend corps, 
& fe delleche ; ainfi l'œil s'éclaircit , 8c le malade 
recouvre la vue. 

Il n'en eft pas de même quand il fe trouve err 
grande quantité ; car quoique l'op 'ration foit 
bien faite, que ce pus fe foît précipité , que l'œil 
foit éclairei, & que le malade voye, fouvenE- 
dans ia fuite ce pus altère infenfiblement l'hu- 
meur aqueufe, 8c corrompt les parties intérieu- 
res de l'œil. On s'apperçoit de cette altération , 
par la chaleur & la douleur que le malade relient 
au-dedans de l'œil & à la tête, par la couleur 
fomore&confufede l'œil, par leretrécifîement 
de la pupille & par les rides de l'iris , & enfin par 
la diminution & la perte de la vue. Et quand ce' 
pus eft d'une très-mauvaife qualité, en telle 

Kliij 



it* Des Maladies 

quantité qu'il fe rencontre , foit grande ou peti- 
te , il ne manque guercs de caufer tous ces defor- 
dres-bien plus prompte ment & plus violemment, 

Mais quand après avoir abbaiflé une cataracte , 
la partie que le criftallin a quittée, refte trouble 
ou blanche; ce qu'on connoît quelquefois iîtôt 
que le criftal in eft abbaiflé, quand il n'y a que 
très-peu ce pus qui le fuit, & que ce pus ne 
brouille pas beaucoup l'humeur aqueufe, & d'au- 
tres fois feulement après q -e cette humeur eft 
écfaircie, quand elle s'eft brouillée dans le tems 
de l'opération par la quantité ru pus: on juge 
que la membrane q ti recouvre le corps vitré, a 
été ulcérée par ce pus, ou au moins tachée. 

Cette tache fe ciflipe quelquefois en partie, 
particulièrement- quand el e eft fupei fkie!!e , & 
les malades voyent comme un léger brouillard du 
côté de là tache: fou vent ils ont peine à (ouftr rie 
grand jour, à.caufe des faulfes refracxior.s oui ar- 
rivent aux rayons de lumière, & qui bleflent la 
rétiue, ce qui fait que leur pupille fe rétrécit 
beaucoup : & il? voyent mieux le foir,ou quand 
Se tems eft fombre , parce qu'alois la lum-ere 
étant foible ils en ibiifrrent moins, auili lem pu- 
pille h j d^ate davantage; d'autres foi ; eile refte 
dans le même état, & les mal a o es voyent une 
ombre. Quand la tache eft petite, ils retirer t de 
l'utilité de l'opération ; mais quand elle eft gran- 
de, l'opération leur eft prcfqueinuti'e,ne voyant 
que confufément une grande lueur. 

De toutes les cataradtes mixtes, celle-ci eft la 
plus aifée à abbaiffer, quoique l'œil fe trouble 
quelquefois dans l'opération; parce que la mem- 
brane du criftallin fe trouvant le plus fou vent 
confommee, ou au moins beaucoup altéiée, le 
criitallin fe fépare aifément. En voici un exem- 
ple. 






DE VOêÎÏ.0- 21 y, 

ÏÎJ. OBSERVATION. 

te 2 4 Septembre 169» , j'abbaifiai deux cata* 
rades à Remy Giraut, Charpentier, demeurant 
à Boulage , homme âgé. Ces deux catara&es 
avant l'opération me parurent vray es & bonnes, 
Jear couleur étant d'un blanc gniatre ou cendré ,. 
les pupilles fe dilatant & refrénant ni trop vite, 
ni trop lentement, & ayant eu auparavant tous 
les lignes avant coureurs de catara&es vrayes. 
Cependant quand mon éguille fut dans l'œil 
droit, & que j'eus touché la cataracte, je vis 
filer un pus groflier dans une médiocre quantité 
qui ne troubla point l'humeur aqueufe, enfuitela 
cptara&e fe fépara fans peine , & fe précipita à 
Pordinaire; mais il refta une tache blanche à- 
l'endroit que le criftalîin occupoit, de la gran- 
deur à peu près de la quatrième partie de la pru- 
nelle , & fe trou vo't fituée prefque au milieu: 

La cata r a&e de l'oeil gauche étoit la dernière-' 
formée; elle étoit auiïi un peu moins confirmée», 
élant plus blanche que celle de l'œil droit. Qjand 
j'eus introduit mon éguille dans l'œil, &. que 
j'eus touché la cataracte, je visauffi filer un pus, 
mais moins groflier que dans la première, à peu: 
près dans la même quantité , ôc qui brouilla un 
peu l'humeur aqueufe ; j eu*; à caufe de cela plus 
de peine à féparer & abbaifïer la cataracte, j'err 
vins cependant à bout : & comme l'humeur 
aqueufe etoit un peu brouillée, je ne pus voir ce 
qui éroit au-delà. 

Qj-lques joirs après j'a lai voir ce malade; je 
trouvai la tache de l'œil droit un peu diminuée, 
Pœîî gauche éclairci, & au fond un nuage qui 
étoit prefque de l'étendue de la prunelle. Dans J a 
fuite la tache de l'œil droit fe diminua telle* 

Kiiij 



ri4 Des Maladies 

ment, qu'elle ne parciflbit que comme un nuage 
fort fuperficiel, & le nusge de l'œil gauche dif- 
parut prefque entièrement. Le malade eut peine 
pendant quelque tems à fouffrir îe grand jour ; il 
ue cefla point de voir quelques nuages des deux 
yeux, & voyoit allez pour fe conduire, & pour 
difeernertous les objets communs. 

Je me crois obligé d'avertir ici, que dans ces 
fortes de cataractes, quoiqu'on ait bien réuffi, 
que les yeux fe foient éclaircis, &que les mala- 
des voyent enfuite de l'opération, on n'eft pas 
toujours fur que l'œil demeure en cet état : fou- 
vent il fe corrompt & fe perd,par l'abondance ou 
la mauvaife qualité du pus , comme je l'ai dit ci- 
devant ; ce qu'on attribue fouvent à Wmpéritie du 
Chirurgien Oculifte , mais à tort; il n'y a pointée 
fâ faute, & il lui eft impofllble d'éviter ces for- 
tes de defordres, non plus que ceux qui arrivent 
enfuite d'un grand épanebement de lang au- de- 
dans de l'œil , & beaucoup d'autres qui ne dé- 
pendent pas de lui. 



CHAPITRE XXI. 

Du déplacement force' du criftallin. 

CEtte maladie forcée du criftallin fe peur en- 
core placer au nombre des cataractes , puif- 
que le ci iltallin acquiert fouvent la même intem- 
p rie qui fe remarque dans le glaucoma > & qu'il 
en pêche également la vue. 

Cette efpece extraordinaire de cataracte eft 
une altération qui arrive au criftallin , pour avoir 
été féparé de fon lieu par quelque coup reçu fur 
l'œil , au moyen dequoi il fe defleche faute de 
nourriture, perd fa tranfparence , devient blanc-, 
& ôtelavue. 



de l'Oeil: 225 

Il eft aife de concevoir qu'un coopreçû fur 
Vœil , ébranlant avec violence toutes les parties 
intérieures de cet organe, rompt aifément la 
membrane délicate qui recouvre le criftallin, ëc 
que s'échapant de cette membrane, il eft ar- 
ment pouffé en devant par le corps vitré fur le- 
quel il eft appuyé, & qu'en cet état ne pouvant 
plus recevoir de nouiriture, il faut néceflaire- 
m^nt qu'il s'altère & fe defieche. 

Les lignes de cette maladie font très- appa- 
rent on fçaitdéjala caufe par le rapport du ma- 
lade. On regarde l'œil, li le coup eft récent; on 
remarque fouvent du fang extravafé au-de- 
dans, qui dénote qu'il y a plufieurs parties inté- 
rieures intéreflees : on voit la pupille pïusdilatée 
qu'à l'ordinaire, ce qui fait connoitre que le cri- 
ftallin eft: appuyé contre l'uvée, comme je l'ai 
dit en parlant de la protubérance de ce corps: 
elle eft le plus fouvent far s mouvement; ou s'il 
y en a, il eft très-oLMur. Dans le commence- 
ment, comme le criftallin eft encore transpa- 
rent, les malades voyent, mais, fort confufi- 
ment; parce que le criftallin étant plus avancé en 
devant qu'il ne' doit, les réfi actions des rayons 
de lumière doivent être faillies. 

Tant que le criftallin eft tranfparent , on ne le 
peut distinguer, puifqu'on ne peut même le voir 
dans fon état naturel: mais quand il commence 
à blanchir, on le diftingue aifément, & on le 
voit alors appuyé contre l'uvée; fa b 1 ancheur 
augmente de plus en plus, & enfin en fedeffe- 
chant, il diminue en grofTeur, & paroit fous la 
forme d'une catara&e , telle à peu p è- que le 
g'aa:oma> fi on ne confid :re que fon altération ; 
ou comme la pn.tubéranre, fi onconfidere fa iî- 
tuaùonSt la dilatation de la pupille: alors les ma- 
a des ne voyent plus que comme ceux qui font 

K v 



n6 Des Maladies 

attaquez de vrayes catara&es , c'eit- à-dire l'om»- 
bre des corps opaques, lorfqu'ils font interpofes 
entre leurs yeux & le grand jour. 

Quand le criftaliin eft appuyé également fur 
l'uvée, fon trou eft plus ample, & conferve fa 
figure ronde ; mais lorfqu'il eft appuyé inégale- 
mef t par quelqu'un de Tes cotez, le trou de l'uvée 
devient oblorg ou d'une autre figure. 

Je ne fçai ii quelqu'un a tenté l'opération de 
cette efpece de cataracte; mais je fçai bien que 
nos Auteurs l'ont reconnue pour tiès-fufpecire, 
& qu'ils défendent même d'y toucher. Je ne me 
fais jamais bazardé de la faire, dans la crainte 
que j'ai eu que le corps vitré ne fe trouvât dé- 
rangé par le coup , &,que d'autres parties ne fuf- 
fent pareillement intéreffées, comme cela doit 
vrai-femblab^ment arriver, & qu'ainfi l'opéra- 
tion ne fût inutile, quand bien même le ciiftaî- 
Jin aurcit pu être abbaifle. Voici un exemple 
d'une telle maladie. 

OBSERVATION. 

Etant à Sézanne il y a quelques années , un jeu- 
ne homme m'y vint trouver, pour me demander 
confeiï fur un accident qui lui étoit arrivé quel, 
ques jours auparavant -.jouant à la longue pau- 
me, il reçut un coup de balle fur un de fes yeux ; 
auiïitôt il perdit l'ufage de cette pat tie,ne voyant 
plus que cofifufémentla lumière. Il y eut une I'- 
gère échimofe au-defTous de la cornée, qui fe 
diifipa bientôt, à la faveur d'une faignée, & de 
quelques légers défenfifs qu'on lui appliqua fur 
l'œil. Le crifta'Iin qui étoit déjà un peu trouble, 
rne parut appuyé fur l'uvée, dins une fituation 
égale; la pupille étoit fort dilatée & ronde, & 
n'a voit plus qu'un mouvement fort obfcur. Corn* 



DE L'OEIt. 217 

me ce criftallin étoit encore un peu tranfparent, 
le malade voyoit la lumière , fans pouvoir riiftin- 
gner aucun corps. Je lui dis mon fentiment fur 
cet accident 

Q,uatre ou cinq mois après étant retourné à Se- 
zanr.-e, il me vint encore trouver, poi rfçavoir il 
en ne pourroir point lui ôter cet obilacle qui 
l'empê hoitde voir. Je tr uvai alors ce criflaî- 
lind'un beau blanc, aflez fembla le à une cata- 
racte louable, l'uvée dans la même difpofition 
que ci-deflus, & le malade ne voyoit plu- cue_ 
comme ceux qui font travaillez de cataradfces 
vrayes & conrLmées: l'cril ne paroifioit ni p'us 
gros, ni plus petit que l'autre, & la cou ; eur en 
écoit bonne. Et lui ayant ditqu'une telle maladie 
étoit trop fufpecte pour en efpéi ér un favorable 
fuccès, il fe confola de 'a peit de Ion œil, fur 
la bonté de celui q ù reftoit, fans me prier da- 
vantage d'entreprendre une opérât on, que j'au- 
rois toujours réfuté de faire pour les raifons ci- 
delTus. 

Il arrive auffi quelquefois ( mais cela efl: bien 
rare, ne l'ayant encore vu que d^ux fois d<> tla 
dernière étoit en un Gentilhomme bleil : auiîi 
d'une baie en jouant à la paume,) que le cnftaîlin 
enfuie d'un coup reçu furl'ceil fe porte en de- 
vant, s'appuye fur l'uvée, dilate fonrrou,& di- 
minue ficonfidérablement la vue, que le malade 
ne peut diftinguer les obj.es, tk cependant le 
criftallin ne perd point fa tranfparence dans la 
fuite. Apparemment que dans cette rencor tre le 
criftallin n'eft point féparé du corp* vitré, & 
qu'il reçoit fa nourriture à l'ordinaire; cet 
accident vient de ce que le corps vitré ayant 
été ébranlé par la violene du coup, il s'eft fait 
folution de queîques-unes de fes fibres intérieu- 
res qui font extrêmement délicates, & patticu- 

K vj 



iz8 Des Maladies 

librement de celles dont j'ai parlé dansIeCha^ 
pitre XI. de laDefcription de l'Oeil ; & que j'ai 
dit partir de différens endroits de fa membranes 
vers fa partie poftérieure, & s'unir enfemble 
vers fa partie antérieure vis-à-vis le milieu de 
la partie poftérieure du criftallin ; au moyen de 
laquelle folution, ce corps a plusdedifpoiition à 
s'avancer en devant, & faire avancer ainfi le cri- 
ftallin. 

Rajouterai encore, avant que de finir ce Cha- 
pitre , que j'ai vu quelques perfonnes travail» 
îées de cataractes vrayes, aufqueiles j'ai fait 
l'opération allez heureufement, qui m'ont dit ne 
s'être apperçu de leur maladie qu'après avoir- 
reçu un coup fur l'œil : cela peut être. Il peut ar- 
river qu'un coupreçu fur l'œil aflez légèrement, 
ébranle le criftallin, fans rompre fa membrane, 
6c fans déranger ou intérefier confidérablement 
aucune autre partie ; & qu'un criftaHin ainfi ébran- 
le fe trouve plus difpofé à recevoir la fluxion 
de l'humeur qui caufe la cataracte vraye, qui eCc 
même déterminée en quelque façon par le coup 
à couler plutôt fur l'œil, à caufe de la foibïefîë 
quiyrefte : de la même manière que nous voyons 
qu'une humeur rhumatifante fe jette plutôt fur- 
une partie qui a reçu quelque coup, ou qui a 
foufTèrt quelque extenfion C'eft ainfi qu'on peur 
concevoir la caufe primitive des cataractes. Et 
comme elles ont les mêmes fignes des autres ca- 
taractes vrayes, qu'elles fe forment dans les mê- 
mes tems,& quelles le font effectivement , elles 
fe traitent aulii de la même manière. 



9P 



de l'Oeil. 



CHAPITRE XXII. 

Des tacher du crifiallin , & des imagination* 
perpétuelles, 

i. Des taches du crifiallin. 

A Près avoir traite des maladies qui altèrent 
le criltallin en toute fafubftance, & que j'ai 
appellées catarattes , ilne me refte plus pour finir 
la defcription des maladies de ce corps, que de 
parler de cette altération particulière ou d'une 
feule partie de fa fubftance, que je nommerai 
tache ,• & par occaiion , de dire quelque chofe 
touchant certaines imaginations, que j'appellerai 
perpétuelles, que l'on prend fouyent pour les 
avant- coureurs des cataractes. 

Par tache du crifiallin , j'entens une efpece de 
cicatrice qui eft le plus fo :vent blanche, qu'où 
remarque fur fa fuperficie, & qui bîefTela vue. 

Elle eft le plusfouvent la fuite d'un très-petit 
abfcès ou pullule qui fe forme fur la f îperficie 
du crifiallin, dont l'humeur étant en très-petite 
quantité & bénigne, fe réfout & fe confomme , 
fans caufer d'autre altération au crifiallin , que 
celle du lieu ou cette petite puftule fe trouve , & 
cet endroit du crifhllin fe cicatrife enfuite. 

Dans fon commencement, on la connoîc parus 
nuage fort léger qui paroît fur le crifiallin, & 
par le rapport du malade qui fe plaint que fa vue 
eft brouillée : dans la fuite ce nuage devient plus 
épais, & enfuite il blanchit. 

On ne peut cependant dans les premiers mois 
afTurer politivement que ce ne foit pas le com- 
mencement d'une cataracte 3 ou d'une ulcération 



£jo Des Maladies 

ambulante du cnftallin, pa.ce qu'on ne peut ju- 
ger de la nature de la puftule: mais quand après 
un, deux ou trois ans, cette tache refteran.s le 
même état , on peut probablement ailùrer qu'elle 
y reflet a toute la vie. 

Quand cette tache eft blanche , on la voit ai- 
fement;& quanti elle efl; noirâtre ou t.ès-fuper- 
âcielle, on lier la peut distinguer, mais en con- 
jecture qu'elle y eft par le rapport di malade. 

Selon l'endroit que c.tte tache occupe, les ma- 
lades ferm lent voir devant l'œil & en l'air un 
nuage qui fuit l'œil en tous les lieux où la vue fe 
porte. 

Les malades en font plus ou moins incommo- 
dez Suivant qu'elle eft plus grande ou plus pe- 
tite, ou plus profonde ou plus iuptrrkidle. 

Les tach s du cnftallin ne ^'effacent point, 
ainfi les remèdes y font inutiles : elles n'aug- 
mentent point a ilii, à moins qu'elles ne s'usè- 
rent de nouveau; & elles 4ie 9'ukeient pas, fans 
qu'il fe faffe une nouvelle fluxion d'humeur fur 
cette partie: & quand cela arrive, le criftallin 
s'ul ère quelquefois entièrement, & il fe forme 
air.fi une cataracte purulente, ou au moins une 
mixte q ii tient de la purulente. 

J'ai norme un exemple de cette maladie , en 
décrivant la maladie de l'œil droit de cet homme 
dont j'ai parlé dans i'Obfervation du Chapitre 
XIX. J'en pourroiseicore donner d'autres, ayant 
plulieuis foi* remarqué de femblable.- tache ^ lur 
diftérentesperfonne^ travaillées des mêmes fymp- 
tôme>dont j'ai parlé, & qui font demeurées dans 
le même état, mais comme plufi-urs obferva- 
tions d'une même nature font a{Tez inutiles, je 
me contenterai de rappoiter celle-ci , pour 
mieux faire connoitre ce que c'eft que cette ma- 
ladie. 



de l'Oeil. x$t 

OBSERVATION. 

Ayant par hazard vu une vache qu'un Bou- 
cher conduifoit à fa boucherie, qui avoit une 
femblable tache furie criftallind'un de fe> yeux, 
je priai ce Boucher de m'en envoyer l'œil. 
L'ayant, je l'ouvris ;& je remarquai fur la fu- 
perficie antérieure du crifrallin , & un peu à cô- 
té, une tache blanche femblable à une de ces ci- 
catrices blanches qui relient fur la cornée tranf- 
parente après les ulcères de cette partie : elle 
ëtoit de la grandeur d'une lentihe , fort luifante 
& polie , & s'enfonçoit dans le criftailin de Yé- 
paifleur d'un liar l. La membrane qu> recouvroit 
le criftailin étoit entieie, fans être aucunement 
tachée ou altérée à l'endroit de cette tache, & 
tout le refte de l'œil étoit dans une bonne dif- 
pofition. 

2. Des imaginations perpétuelles. 

Les imaginations perpétuelles font de certaines 
ombres, comme des fils d'araignées ,des points, 
des ailes de mouches, des floccons de laine, & 
autres chofes de cette nature, qui paroifîent à 
une certaine dif tance devant les yeux , fans qu'on 
remarque aucun vice au-dedans de leurs globes. 

Je les appelle imaginations , à caufe de Lue 
rapport à ces imaginations qui précèdent les ca- 
taractes ;& perpctuellcs , parce qu'elles fubfiftent 
pendant tou~ le cours oe la vie, fans être fuivies 
de cataractes comme les autre». 

Dans leurs commencemens, ceux qui en font 
incommodez, en regardant l'eau d'an fleuve, le 
ciel, une muraiUe blanche un peu éloignée, ou 
autres corps blancs , s'imaginent voir répandus 



if 2. Dss M'A LAD TE s 

en l'air un nombre infini de petits points circnraP 
res & fe mouvais , dans tous les lieux où ils por- 
tent leur vue. Dans la fuite ces points étincelan^ 
noircifTent, & fe convertirent en de petits cer- 
cles, en fils ou toiles d'araignées, en aî'esdemou» 
ches, floccons de laine, & autres chofes fembla* 
blés, qui infenfiblement femblent fe rapprocher 
de leurs yeux: enforte que ces perfonnes jugent 
que ces chofes font à cinq ou fix pieds, & que!* 
quefo^ à un demi- pied ou à un pied devant eux. 

Les deux yeux n'en font pas toujours affectez 
également, & quelquefois un œil -feul en eft af- 
fecté fans que l'autre le foit ; mais le plus fouvent 
ils font tous les deux affectez en mêmetems.Ces 
ombres confer vent auflî entr'elles une fituation 
égale. 

J'ai connu des perfonnes qui en étoient fi in* 
commo'îées, que fans y penfer, elles portoient 
leurs mains devant leurs yeux pour les détourner; 
& en lifantou écrivant, il leur fembloit que ces 
ombres fe mou voient furie papier. 

On diftingue ces imaginations de celles qui 
précèdent les cataractes, en ce qu'elles font 
Fort long-temsà fe former, étant formées qu'e!* 
les augmentent peu , & q-Vell s n'incommodent 
pas plus que feroient les chofes aufquelles elles 
reffembien t , ii elles étoient pofées entre les yeux 
& les objets qu'on regarde: au lieu qie celles qui 
précèdent les cataractes, aug i entent tellement, 
qu'elles font bientôt fuivies d'une diminution 
très-fcnfible de la vue. 

Ces imaginations, comme je l'ai dit , fubfiftent 
toute la vie , fans qu'on les puiffe faire ditliper 
par aucuns remèdes. Ce n'eft pas auffi pour les 
guérir que je les décris ici; c'eft feulement afin 
qu'on puiffe arTurer ceux q ii en font incommo- 
dez, qu'elles ne feront pas fuivies de la perte de 



DE l'ûeil# zy? 

feur vue: pourvu que l'on içache qu'il y a plu- 
ikurs années qu'ils en font incommodez, Îan3 
augmentation fenfible. J'en connois plufieursqui 
depuis quinze & vingt ans fe font plaints à moi de 
telles chofes , & qui font encore à prêtent dans le 
même état. 

Il eft allez difficile de connoître au vrai là 
caufe de ces imaginations, & les parties de l'œil 
dans lefquelles elles fe forment. J'ai quelquefois 
penfé qu'elles provenoient d'un vice de quelques 
fibres de la rétine, & d'autres fois qu'el'es pou- 
voient avoir leur fîége dans le corps vitré: mars 
ayant confidéré leur rapport avec ces imagina- 
tions qui précèdent les cataradtes; que comme 
elles , elles femblent être hors de l'œil & voltiger* 
en l'air ; qu'elles gardent entr' elles une iltua- 
tion égale, & qu'elles fubfîitent toute lavie : je 
me fuis déterminé à penfer que leurs caufes dé- 
voient fe rencontrer ou dans'le criftallin même, 
puifque celles qui précèdent les cataractes y ont 
leur liège , ou dans la membrane qui l'environne. - 
Ce qui me fait conjecturer, ou que ceft un vice 
de quelques fibres qui compofent les pellicules 
extérieures du criftallin, ou bien une dilatation 
des veines répandues par fa membrane. Et ce qui 
me feroit le plus pencher à cette dernière opi- 
nion, c'eft que j'ai connu par expérience que 
ceux qui dans leur jeuneîTe ont la vûetrès-fub- 
tile, & qui font expofez pendant le cours de leur 
vie au vent, au f oid, & aux autres injures de 
de l'air, y font plus fujets que les autres : parce 
que ces chofes arrêtant en quelque façon dans les 
veines de cette membrane le mouvement circu • 
faire du fang, celui qui eft pouffé continuelle- 
ment par les artères, trouvant un obftade qui 
soppofeà fon cours, étend & dilate infenlibîe- 
meot les vaifleaux qui le contiennent ; ce qui atr 



£34 Des Maladies 

rive d'autant plus facilement, que la texture d« 
ces parti-s fe trouve très-délicate, & cela ds 
la même manière que les varices fe forment dans 
les autres parties de notre corps. 

Voilà toutes les maladies dont le criftallin 
peut erre afFe&é,du moins celles que j'ai pu 
connoitre : car je fqai bien que beaucoup d'Au- 
teurs lui en attribuent d'autres, dont je ne ferai 
point de mention, les croyant plutôt imaginaires 
que réelles, Jepafledonc aux autres maladies qui 
attaquent les parties intérieures de Pceil, & les 
membranes qui forment Ion globe , que je décri- 
rai plus fuccin&ement que je n'ai fait celles du 
criûallin. 

Pin ai îa première Partit* 




de l'Oeil. M 5 

DES MALADIES 

DE L'OEIL 

SECONDE PARTIE, 

Contenant les maladies du corps vitré, de 
1' umeur aqueufe, de la rétine, du nejf opti- 
que , del'uvée, de la cornée, 6V des membra- 
nes qui forment le blanc de l'œil. 

CHAPITRE PREMIER. 
Des maladies du corps vitré* 

PUifque j'ai commencé la defeription des ma* 
la ies de l'œil par les inté ieures, & que d'a- 
bord j'ai décrit cell s du cr.ftaUin, comme étant 
celles qui ont donné naiffance à ce préfent Trai- 
té : je ftiivrai le même ordre, & je continuera^ 
cette defeription par les maladies dont chaque 
partie renferm ^e dans le globe de l'œil peut être 
attaquée ; puis je parlerai à celles de l'a corné-* & 
de la conjonctive, 8r air il en rétrogradant j'ex- 
phquerai celles de toutes les autres parties qui 
font attachées au globe & contenues dan* l'or- 
bite^ enfin je finirai par celles des angles des 
yeux &des paupières. 

i . De la fonte £$* corruption du corps vitre'. 
J'ai déjà padé de la fonts & ds la corruption du 



z\6 Dss Maladies 

corps vitré, au Chapitre XV III. de la premiè- 
re partie, a I'occafion de la cataraUe branlant tj 
c'eft pourquoi je n'en dirai rien davantage, puif- 
que je l'ai expliquée en ce lieu-là, & que d'ail- 
leurs je n'ai point de remèdes à propofer pour 
cette maladie qui de fa nature e(t incurable. 

i. De [on extenfion non naturelle. 

Il y a une autre maladie que je lui attribue , 8c 
que j'aurois peine à faire connoître, iî je n'en 
commençois la defeription par les fymptômes 
qui l'accompagnent. 

J'ai vu plufieurs fois des malades qui fe plaî- 
gnoient d'une douleur à la partie antérieure de 
la tête & à l'œil, quelques-uns d'un feul côté, 
& d'autres des deux cotez : enfuite de cette 
douleur qui s'appaifoit en quelques-uns, & en 
d'autres qui continuoit moins violemment , le 
globe de l'œil du coté de la douleur paroilioic 
un peu plus gros & plus éminentja pupille fe 
dilatoit beaucoup plus qu'à l'ordinaire , fans fe 
reflerrer que ti es-peu & très-difficilement au 
grand jour & au foleil , & la vue fe diminuoit fi 
fort, qu'à peine pou voient-ils diftinguer la lu- 
mière, & très-confufémentiès obj-. ^communs, 
ne. pouvant même fe conduire feuls. En la plu- 
part ces accidens arri voient fur les deux yeux, 
ou en même tems,ou quelque tems aprè-.En 
quelques-uns, la douîeur qui précédoit la dimi- 
nution de la vue n'etoit pas bien confidérabîe, 
ne refTentant même que quelque pefanteur en 
cette partie ; en d'autres elle étoit violente Quel- 
quefois je ne pouvois remarquer fi le globe de 
l'œil étoit plus éminent qu'à l'ordinaire, particu- 
lièrement en ceux qui avoientles yeux noirs na- 
turellement, dont ordinairement les membïa- 



r> E l'Oe 1 L. i 5 7 

lies font plus épaiiles & plus fortes, "& en ceux 
•qui en étoient travaillez également des deux 
yeux : mais en ceux qui avoient les yeux bleus, 
o» blancs, ou gris & bien fendus, & en ceux qui 
■n'avoient qu'un ceiî afFe&é, je remarquois pius 
aifément que l'œil étoit plus gros. Enfin dans la 
fuite, à la faveur de quelques remèdes dont je 
parlerai ci-aprês,& même fans remèdes, cesac- 
-cidtnsdiminuoient,& infenliblement ia plupart 
de ces malades recou vroient la vue , en telle forte 
■pourtant qu'ils voyoient un peu moins bien 
qu'ils ne faifoient avant leur maladie. 

Réfléchiffant fur tous ces fymptômes, je juge 
que le globe de l'œil ne peut être rendu plus gros 
& plus éminent, que par quelque humeur qui 
flue, S: s'amaiie au-dedans de lui. Ceci pofe , je 
-dis que cette humeur n'eft pas épanchée dans 
fefpace qu'occupe l'humeur aqueuïe, Se qu'elle 
n'en augmente pas fa quantité ; parce que fi cela 
jétoit, le globe de l'œil en feroit à la vérité bien 
augmenté , mais la pupille ne fe trouveront pas 
dilatée & prefque immobile; puifque cette hu- 
tneur pouvant paffer par la pupille, fe logeroit 
également entre l'iris & la cornée tranfparente , 
Se ne preiTeroit par conféquent point l'uvée plus 
d'un côté que de l'autre: ainfi i'uvée conferve- 
ioit fon mouvement , fon trou , & fa grandeur or- 
dinaire. Où eil-elledonc? Je dis qu'il y a tout lieu 
de croire qu'elle elf renfermée dans le corps vi- 
tré, & qu'elle en augmente coniidérablement le 
volume. 

Si on confidere ce que j'ai dit au Chapitre 14 
de la Defcription de l'Oeil, touchant la nourri- 
ture de ce corps, il fera aifé de concevoir , que 
fi Iefuc nourricier qui fe filtre continuellement 
par I'uvée & par le cercle ciliaire , & fe porte 
par \qï fibres ou canaux ciliaires au corps vitré., 



2^8 Des Maladies 

oh il fe répand régulièrement dans toutes fes 
cellules, eft plus vifqucux& plusgroffier qu'il ne 
doit être, en telle forte qu'il ne puiile librement 
traverfer les pores de la membrane exterieure.de 
ce corps, pour fuivre le chemin de la circulation; 
il ennoitnéceflairement reiter dansce corps plus 
qu'il n'en convient pour fa nourriture & pour fon 
extenfion naturelle : & parce qu'il ne ce fie pas 
de s'y en porter de nouveau, il s'enfuit que ce 
corps doit s'étendre corfiderablement. 

Or le corps vitré ne peut s'étendre & augmen- 
ter en volume, que tous les fymptômes ci-defJiis 
énoncez n'arrivent, i . Le globe de l'ceil doit pa- 
roître un peu plus gros, à moins que l'épaifieur 
de la cornée ne s'oppofe à fon extenfion , puifque 
naturellement le corps vitré en occupe déjà la 
plus grande partie. i.Lacornéetranfparente doit 
être rendue plus éminente, parce que l'humeur 
aqueufeeftpoullée violemment en devant. 3. Les 
malades doivent relïentir de la douleur à l'ceil, 
& par fympathie à la partie antérieure de la tête , 
dans le commencement & dans le progrès de cet- 
te maladie, à caufede la diftenfiondts membra- 
nes du globe, & de celles qui y font renfermées; 
& elle doit diminuer ou s'appaifer dans cet état, 
puifqu'ilne fêtait plus de nouvelle extenfion :& 
cette douleur doit être moindre, quand l'exten- 
iion du corps vitré eft moins confidérable , ou 
que l'humeur quil'a caufée ne flue qu'infenfible- 
ment^ou ne s'amaiTe que petit à petit. La pu- 
pille doit être dilatée & prefqu'immobile, parce 
que le corps vitré s'étenciant, le ciiftallin qui eft 
attaché au milieu de fa partie antérieure, eft 
avancé en devant, & prefle la partie anté- 
rieure de l'uvée, de la même manière que je 
l'ai dit en parlant de la protubérance du crijlallitu 
rg . La vue doit extrêmement diminuer, parce 



de l'Oeil. *59 

que les réfractions des rayons de lumière ne fe 
.font plus comme elles le devroient^ à caufe du 
changement de fituaricn du criftallin, & que 
d'ailleurs la rétine étant preflée par le corps vi- 
tré , fon fentiment en eit émouiTé. 6. Enfin la vue 
fe doit rétablir, quand la circulation de cette 
humeur fui abondante fe rétablit, & que ce corps 
revient dan> fon état ordinaire, à l'exception 
quelle doit être un peu diminuée, puifqu'un il 
grand changement ne p^ut fe faire dans le corps 
vitré, fans qu'il y refte quelque léger defordre, 
& dans les autres parties du globe qui ont fouf- 
fert. 

Si l'humeur qui remplit & étend le corps vitré, 
ne s'altère pas pendant qu'elle y féjourne, c'eft 
une marque qu'elle eit pure Se naturelle , & que 
ce n'eft que le fuc nourricier de cette partie 9 
comme je l'ai fuppofé , qui ne pêche que parce 
qu'il eft trop v»fqueux,& qu'il ne peut entière- 
ment circuler : autrement ii c'étoit quelqu'hu- 
meur étrangère , acide & maligne , qui fe raélât 
parmi ce fuc , elle l'altéreroit , & cauferoit la 
fonte de ce corps , comme je l'ai dit ci-devant en 
parlant de la cataraBc branlante. 

Cette maladie dans fon commencement eft 
fort difficile à diftinguer dô la protubérance du cri» 
ftalîin , même de la catarsBs vrais , en ayant pres- 
que les fignes; mais dans la fuite, comme on voit 
que fon progrès eft plus p. ompt , fans qu'il pa- 
roiiTe d'altération dans le ciiftallin , & qu'étant 
dans fon état, quelque tems après les malades 
commencent à diftinguer un peu mieux la lu- 
mière ; on s'afiure delà nature. 
r Les hommes d'une conftiturion mélancolique 
ëc atrabilaire , font quelquefois travaillés de 
cette maladie; mais les perfonnes qui y font ïes 
piusiujettes, ce .font les femmes guofTes qui. ap- 



*3fb Des Maladies 

prochent d'une telle conftitution , & chez lef- 
quelles cette maladie commence quelquefois dès 
le fécond mois de leur groflefle, & continue fou- 
vent jufqu'après leurs couches ; & les filles'qui 
ne font point réglées ou mal réglées», aufquelles 
elle dure auffi quelquefois 4. ou 5 . mois. 

Nos Praticiens confondent cette maladie avec 
la goûte fereine , à caufe qu'il ne paroit point 
d'autre vice dans l'oeil , hors la dilatation de la 
pupille ; mais j'en ferai voir la différence en par- 
lant de cette autre maladie. Sennert s'y eft aufll 
trompé , & c'eft certainement cette maladie qu'il 
décrit comme maladie du nerf optique , au Cha- 
pitre XXXVII. de la deuxième fe&ion du pre- 
mier Livre de la troifiéme partie de fa Pratique 
de Médecine , lorfqu'ildit : Cogna Jcitur hoc malum , 
quàd oculi plané clari apparent , nthiîque vitii in ih 
animadvertitur , nift qaàâ pupilla nigrior £5 amplior 
apparet. Et quoiqu'il ne faflè pas mention des 
autres fignes dont j'ai parlé, ceux qu'il rapporte 
de la noirceur & de l'étendue de la pupille, fuf- 
£fent pour faire diftinguer cette maladie de la 
goûte fereine. De plus, l'ob fer vation qu'il a faite 
dans quelques femmes groffes , travaillées de 
cette maladie, -qui leur avoit doré 4 5. & 6. 
mois , & en quelques-unes jufqu'aprés leurs 
couches , & qui étoit enfuite ceffée d'elle-même, 
me confirme dans mon opinion. 

Cette maladie ne fe guérit pas toujours: quand 
l'humeur qui la caufe eft trop vifqueufe, & qu'au 
lieu de fe réfoudre , & de reprendre fon chemin 
ordinaire, elle fe congelé, elle eft fouvent incu- 
rable ; mais quand elle s'atténue , devient plu 9 
fluide & peut circuler, elle eit curable. On le 
connoît ii- tôt qu'elle eft dans fon état ; car ii les 
malades voyent encore quelque lumière , & que 
quelque tems après ils commencent à diftinguer 



DE L' OE I L, 14 * 

un peu mieux les objets, c'eft un très-bon figne. 
Pour la cure de cette maladie, on juge bien 
que dans le commencement & dans le progrès , 
lesfaignéesdubras & de la jugulaire, mê:. 
l'artère des tempes, Se celles du pied , lorfqu'il y 
a fupprefifion d'hémoroïdes dans les hommes , ou 
de mois dans les femmes ou filles, conviennent 
s'il y a plénitude ; que le cautère au derrière de 
la tête entretenu, ouvert pendait pluikursmois, 
les véficcatoires devant ou derrière les oreiller, 
& autres remèdes de cette nature qui évacuent & 
dérivent , & que l'on doit employer fuivant la 
violence de la maladie & les forces du malade , 
font aulTi utiles dans le progrès de cette maladie ; 
de même que dans l'état & fur le déclin, les pur- 
gatifs univerfels que l'on difpofe fuivant le tem- 
péramment du malade , eniuite les fpécifïques 
que l'on croit purger plus particulièrement la 
tête & les yeux, parce qu'ils incifent davantage 
les humeurs , les artirentdes parties éloignées , & 
les purgent enfuite,tels que font les pilules fine 
quibux , qui fe-donnent depuis un fcrupule jufqu'à 
une dragme , après le premier fommeil , ou le 
matin à jeun, celle f de hiere avec P agaric , celles 
d" agaric , les cochées , ou autres qui fe donnent de 
même & en même dofe. 

Ces purgatifs fe réitèrent de 6. ou de 8 en 2. 
jours, & même plusfouventfion le juge nécei- 
faire. A l'égard des femmes groffes , on ne les doit 
donner qu'avec prudence, & toujours fuivant le 
confeil de Meilleurs les Médecins. Dans les 
jours d'intervale, l'ufage de la décoction d'une 
once de racines Je Jalce-pareille ,& d'une demie oncs 
de celle de Squ'me , infufées & cuites dans deux 
pintes d'eau jufqu'à la diminution d'un quart, 
dont on fait prendre au malade deux verres le 
matin & autant lefoir, à 4. ou 5. heures loin de 

L 



$4* Des Maladies 

les repas, pendant 1 5 . jours ou 3. femaines , eft 
utile pour, en confommant & pouffant partranf- 
piration les humeurs, diminuer en même tems 
celle qui eit épanchée dans le corps vitré. 

Voilà les remèdes dont je me fuis fervi affez 
utilement dans cette maladie. Pour les fomenta- 
tions & les collyres , je les crois inutiles dans 
cette rencontre, & dans-quelques autres mala- 
dies des parties intérieures de l'œil : du moins je 
ne me fuis pas encore apperçû qu'ils foient d'un 
grand fecours: lî cependant on s'en veut fervir , 
on peut employer ceux qui atténuent & ré- 
fol vent. 

P* îa fohtwnÏÏ autres maladies Ju corps vitré 

JLafolutionde continuité du corps vitré , foit qu'elle 
arrive par un coup reçu fur l'œil , qui brife & 
rompt ce corps, foit par la playe de l'œil faite 
avec un infiniment pointu ou tranchant , foit par 
'i'éroiîon d'une matière purulente épanchée dans 
Kœil , f e met au nombre de fes maladies: mais 
comme dans ces rencontres cette partie n'eft pas 
-feulement affectée , mais auffi les voifines , & 
que la fuitedeces maladies communes eft îa con- 
fufion g deftru&on de /'oe//, je n'en parlerai qu'au 
'chapitre VIII. 

On Lsi en attribue encore quelques autres, 
comme , lorfqu'il diminue en volume , faute de 
nourriture ; mais cette maladie fe doit rappor- 
ter à l'atrophie de tout Pœil , dont je parlerai au 
Chapitre VII. & lorfqu'il devient plus obfcur, 
ce j^ue je n'ai point encore obfervé: c'eft pour- 
quoi je n'en dirai rien, non plus que de faiitua- 
àon changée. 

p^veut'auLTi que la membrane qui le recouvre 
j& Je C4'iftallin , ait fes maladies ; qu'elle devienne 



de l'Oeil» 14$ 

plus épaifle lorfqu'elle s'abreuve de trop d'hu- 
meur , ce qui lui fait diminuer de fa tranfparen- 
ce ; qu'elle fe relâche & fe ride .qu'elle foit tra- 
vaillée de petites pullules, de petits ulcères & de 
petites cicatrices ; d'où on fait naître des dimi- 
nutions de vue , dont le nom feul fait l'eife: ce ; 
mais je ne reconnois point d'autres maladies de 
cette membrane , que celles dont j'ai parlé en 
traitant des différentes altérations du criftalhn& 
du corps vitré , & celles qui lui arrivent par la 
«leftrucrion des autres parties intérieures de i'cei?, 
©u par les matières purulentes épanchées dansle 
«lobe; ainfi ce font toutes maladies communes, 
dont il eft inutile de parler en particulier. 



CHAPITRE II. 

Des mate die r de P humeur aqueufe. 

De fan abondance non naturelle. 

L'Humeur aqueufe pêche , lorfqu'eîle eft en 
trop grande quantité. L'inflammation des 
parties extérieures de l'œil en eft fou vent la cau- 
fe; parce que le fang étant arrêté dans les veines, 
l'humeur aqueufe ne peut circuler librement, ce 
qui fait qu'elle féjourne dans le globe , & l'étendu 
Les grands dépôts d'humeurs pituiteufes & vif- 
queufes fur l'oeil , augmentent auffi cette hu- 
meur. 

On connoît cette maladie quand le globe de 
l'œil eft un peu plus gros & plus éminent qu'à 
l'ordinaire, par la difficulté de voir, par l'étendue 
naturelle de la pupille, & parla prefence des 
maladies qui la caufent, & dont celle-ci n'eit 
*|u'un fymptôme. 

tij 



^44 ^ ES Maladies 

Quand l'inflammation celle , la circulation de 
cette humeur fe rétablit , & l'œil fe remet dans 
1 état qu'il étoit ; ainii la trop grande quantité de 
l'humeur aqueufe,.qui fuit les inflammations des 
parties-extérieures de l'œil , caufe d'elle-même 
peu de~defordre: mais quand elle eft caufée par 
ce grands dépôts d'humeurs,fouvent elle s'altère 
&fe corrompt , de même que les autres parties 
intérieures* 

Four la= cure de cette maladie , il n'y arien de 
particulier à ajouterau traitementdes maladies 
principales dont elle dépend : ainli voyez les 
Chapitres VI. & XIII. fuivans. 

Déjà diminution Î5 de fon écoulement 

Elle pêche encore lorfqu'elie fe diminue, on 
qu'elle s'écoule. 5a diminution arrive , pu par 
une extrême vkilleiTe , ou par une violente ma- 
ladie, ou par l'atrophie de l'oeil ; & elle s'écoule 
par h pon&ion Jes playes,& les ulcères qui pé- 
nètrent la cornée. Et de quelque manière que 
cette diminution -Te faiïe, l'œil s'afFaifle , l'iris fe 
ride,& quelquefois la cornée,. & les malades 
difeernent difficilement les objets. 

Quand cette diminution arrive par une extrême 
vieillefle, il eu très-rare que cette humeur fe 
ren gendre dans une quantité fuflfifante, pour te- 
nir ie globe de l'œil étendu comme il étoit aupa- 
ravant: je ne l'ai point vu arriver: on en cite ce- 
pendant des exemples. 

Quand ceft par une violente maladie, cette 
humeur fe rétablit , quand le malade revient en 
convaiefeence,, 

<gjand c'eft par une atrophie de tout l'œil , il ne 
s'enïaît aucune réparation. 

fit jquand cette humeur s'efl écoulée par quel» 



ifE l'Oeil. "ft^ 

que ponction de l'œil , ou par quelque pîaye ou 
Uicêrë, elle fe rengendre fî- tôt: que la pôncrîôîi , 
ou la playe, ou l'ulcère ne font plus allez ou- 
verts pour la laitier écouler , & la vue fe rétablit; 
à moins que toutes ces chofes n'aient caufé d'au- 
tres defordres , ou que l'écoulement n'ait été ex- 
traordinaire. 

J'ai donné la raifon de cette réparation au Cha- 
pitre XIV. de la Defcriptionde l'Oeil , & ftp 
rapporté un exemple de cette même réparation 
en la lixiéme Obfervation du Chapitre XIV. de 
la première Partie. Dans la fuite j'en rapporterai 
encore quel qu'autre," en parlant de la nature de la 
cornée & de Tes ulcères. 

Comm/? cette réparation dépend entièrement 
de la nature , on n'employé point d'autres re- 
mèdes que ceux qui conviennent aux playes , 
aux ulcères , ou autres maladies qui la caufent 

De fa confijlancs viciée. 

Ceft aufli un vice qaand cette humeur eh 1 plus 
ou moins viiqueufe qu'elle ne doit être naturelle- 
ment Quand ePe eit plus vifqueufe, elle rend 
l'œil un peu moins clair & brillant ; & quand elle 
l'clt moins, il paroît plus clair. Ces vices font des 
fuites de la difpofition générale de la mafle du 
fang;& j'ai remarqué plufieursrbis,en ouvrant 
des yeux d'animaux, que ceux qui avoient des 
abcès ou tumeurs fchirreufes dans les entrailles , 
l'humeur aqueufe dans ceux là n'avoit pas p;us 
de vifeofité que l'eau commune. Ces vices ne de* 
mandent aucuns remèdes particuliers. 



e^n 



M^ Des Maladies 

CHAPITRE III. 

Des maladies de la rétine* 

De V aveuglement de nuit. 

SI la rétine eft un développement , ou pJûtÔH 
un tiflu délié & fort tendre des fibres molles & 
moëlîeufesdu nerf optique, comme je l'ai ditau 
Chapitre IX. de la Dcfcription de l'Oeil : on peut 
dire que les maladies qui attaquent cette mem- 
brane , affectent fouvent , & en même tems le 
nerf optique : & que celles qui travaillent ce 
nerf, travaillent auffi cette membrane.* 

Un Chirurgien-Oculifte ne peut pas toujours 
par lui-même découvrir les maladies de ces par- 
ties : fouvent elles n'ont aucuns lignes fenfibîes , & 
ce n'eft que fur le rapport du malade qu'il peut 
juger de fon éxiftence. 

Ainfi lorfqu'un malade qui a toujours bien vu, 
& dont l'œil ne paroît nullement affe&é, fe plaine 
qu'il voit médiocrement bien pendant le grand 
jour : qu'il ne voit qu'avec peine , quand la lu- 
mière eft moindre, & qu'il ne voit aucunement 
îefoirôc la nuit, même quand la Lune luit, c'eft 
la maladie que nos Auteurs appellent aveuglement 
de nuit, (a.) 

Sans m'amufer à réfuter l'opinion commune 
de nos Auteurs touchant la caufe de cette mala- 
die, dont la principale, félon eux, eft une épaif- 
feur imaginaire des efprits vifuels : je dirai qu'elle 
vient, ou de ce que les fibres de la rétine ont un 
peu trop de confiftance > de forte qu'une forte lu- 



DE L'ÔEÏÉ. 2.4? 

rniere peut bien les ébranler, maïs unefoiblcnc 
le peut: ou de ce que ces mêmes fibres font et. 
duius de quelques humeurs vifqueufesqui en di- 5 
minuent leur fenti ment, qui ne peut erre excité 
par une foible lumière, au lieu qu'une forte far- 
monte cet obftacle. 

Lorfque cette maladie eft invétérée , & qu'elle 
vient de ce que les fibres de la rétine ont on peu 
trop de confiftance , ce qui arrive pour l'ordi- 
naire p 1 ûtôt aux vieillards , elle ne fe guérie 
point : mais elle fe peut guérir quand elle eft ré- 
cente, & qu'elle vient de ce que ces mêmes fibres 
font enduites de quelques humeurs épaifles & vif- 
queufes, & particulièrement fi ce font de jeunes 
gens qui en foient affectez , qui fouvent mêmes 
guériflent fans aucuns remèdes. 

Comme il n'y a point de fignes qui Fa fient côn- 
noître cette maladie, hors le rapport du malade, 
auili n'y en a-t-il point qui fafTent juger fi cette 
maladie fera curable ou non : c'eft pourquoi dans 
le commencement il eft toujours bonde faire les 
remèdes qui conviennent à cette maladie. 

Pour cet effet, onfaitobferver au malade un 
régime de vivre exact : on lefaignedu bras , de 
la jugulaire , ou de l'artère des tempes , s'il y a 
plénitude: on le purge enfuite avec les pilules 
fine quibus , cochées , lucis, ou autres: on employé 
quelquefois les vèftccatoiref , cautères ,majlicatoirer 
& autres remèdes femblables, qui évacuent les 
humeurs des parties voifines ; on lui fait prendre 
enfin la décoction de de [ajce-pareille £5 defquine : 
& le tout comme je l'ai dit au Chapitre I. J'en ai 
traité ainfi plufieurs qui ont recouvré entière- 
ment i'ufage de la vue. 

Nos Auteurs employent auffi pour cette mala- 
die plufieurs collyres , qui, à la vérité font bons 
pour quelques maladies de la cornée , & qui font 

L iiij 



M-8 Des Maladies 

inutiles dans celle-ci, puifcu'il ne peut pénétrer 
jufqu'au lieu ob eft la maladie, L'idée qu'ils le 
formoient de cette maladie , pouvoit excufer 
leur pratique : mais l'inutilité de leur application 
qu'ils ont fans doute reconnue, les rend inexcu- 
sables. 

De V aveuglement du jour, (a ) 

Sî au contraire un malade fe p'amt, que pen- 
dant le jour il a beaucoup de peine à fournir la 
lumière , qu'il ne peut que difficilement diftm- 
gu?r les objets communs , & que le foir, la nuit 
& à l'ombre il fouffre plus aifément la lumière & 
oiftingue mieux les objets : on juge aulîi que 
cette maladie eft une affection de la rétine , & 
qu'elle vient de ce que les fibres de cette mem- 
brane font plus tendues qu'elles ne doivent être , 
foit par quelque difpofition inflammatoire > oa 
parfécherefïe.ce qui fait que la rétine eft fi fen- 
fible , qu'une lumière un peu forte , ébranle trop 
fes fibres, la blefîe :& qu'une très-foible lumière 
ne les ébranlant qu'autant qu'il eft néceflaire 
pour voir , ne lui caufe aucune douleur. 

L a difpofition inflammatoire de la rétine eftle 
plusfouvent caufée par un? violente ophtalmie, 
ou par des puftu es, abcès , ou ulcères de la cor- 
née , ou par 'es playes de cette membrane : parce 
que dans toutes ces rencontres la cornée ne peut 
être enflammée , fans que l'uvée & la rétine ne le 
reffentent de cette inflammation : d'oïl vientque 
pour l'ordinaire les malades qui font travaille2 de 
ces maladies, fe plaignent d'une douleur chagri- 
rante par-tout l'œil. Elle eft auffi caufée par un 
écoulement de larmes chaudes & acres, par des 
violentes douleurs de tête tant fympathiques 

( a ) Htmcrapli*. 



ï) E L'Oë I L. 249 

quidiopathiques, par des vapeurs, par de cer- 
tains accès épileptiques , par des playes à la par- 
tie antérieure de la tète, & par toutes les autres 
maladies qui peuvent caufer de l'inflammation 
à la dure on à la pie-mere ; laquelle inflamma- 
tion fe communique au nerf optique, &parcon- 
féquent à larétine,àcaufe delafympathiedece 
nerf avec ces membranes. Et la féchereflè de la 
rétine arrive pour l'ordinaire enfuite des mala- 
dies aiguës & violentes , qui confomment & at- 
ténuent promptement toutes les parties. 

V aveuglement Je Jour eft une maladie qui a des 
fignes feniibles; puifqu'e le fe manifefte le plus 
fou vrent par les maladies qui la caufent, que d'ail- 
leurs les malades ont les paupières fermées pen- 
dant le jour, ne les pouvant ouvrir fans fouluir 
de la douleur ;& que même leur pupille fe ref- 
ferre plus qu'elle ne doit à la préfence de la lu- 
mière, &nefedilate que dans les ténèbres. 

Quand cette maladie eft caufée par unedifpo- 
fition inflammatoire de quelque caufe qu'elle 
vienne, elle fe termine quand les maladies prin- 
cipales, dont celie-cin'eit qu'un fymptôme, cef- 
fent : ainfi elle fe guérit promptement, quand les 
maladiesdontelledépend feguérifîentenpeude 
tems; & elle dure long-tems, quand ces mala- 
dies fe rendent habituelles. Et quand elle vient de 
féchereflè, on employé un bon régime de vivre, 
capable de réparer promptement toutes les par- 
ties atténuées. Ainfi cette maladie fe guérit fans 
autres remèdes particuliers. 

On remarquera que c'eft cette maladie qu'Hip- 
pocrate,au Livre II. de fes Prédirions & ailleurs, 
appelle NyïïaIopia,8c ceux qui en font afFe&ez 
Nyïïalopet : nom cependant que nos Auteurs ont 
transféré à la maladie précédente, comme lui 
convenant mieux félon fa lignification étiraologi- 

L v 



2)0 Des Mal a dies 

que, & ont appelle celle-ci Hemeralopia , c'eft-à-*- 

dire aveuglement de Jour, 

3 . De quelques autres affeUions de cette membrane* 

On doit mettre encore au nombre des affe- 
ctions de IsLrétmeyCesfoibleJJes %> diminutions de 
vue ,ÎS ces gros nuages noirs , jaunes , ou rouges , qui 
arrivent après avoir regardé fixement lefoleil, 
ou pour avoir été fubitement furpris d'une vio- 
lente lumière, ou pour avoir regardé avec trop 
d'attention avec des lunettes de longue vue des 
objets éloignez & fort éclairez, ou pour s'être 
fervi de verres fort convexes pour voir des petits 
objets, ou enfin pour avoir trop long-tems tenu 
la vue fur des corps blancs -.parce que toute forte 
lumière, de quelque manière qu'elle entre dans 
1 œil , ébrante a vec trop de violence la rétine , de 
altère fes fibres. Toutes ces chofes difparoif- 
fent, quand les fibres de cette membrane fe re- 
mettent dans [leur état naturel ; mais quand le 
vice que ces fibres ont contracté eft confidérable , 
elles continuent quelquefois à paroitre tout le 
refte de la vie. 

Voilà les maladies qui attaquent plus parti- 
culièrement la rétine : mais ne confondez pas 
parmi ces maladies, ces autres fymptômespref- 
que femb!ables,qui font des fuites de la mau- 
vaife conformation de la cornée, des vices de 
I'uvée, du cri(tallin,ou du corps vitré: il eft aifé 
de ne s'y point tromper, puifque tous ces vices 
ont des fignes très-fenfibles, comme je l'ai déjà 
fait voir, & comme je le ferai encore connoître 
dans la fuite. 



D E L'OE IL. 2 j I 



CHAPITRE IV. 

Des maladies du nerf optique. 
i . De la goûte fereine. (a) 

A L'égard des maladies du nerf optique, la 
plus confidérable eft ta goûte fereine , qui eft 
unaveuglementqui arrive petit à petit, outout- 
à coup, tantôt à un œil feul,& quelquefois à 
tous les deux, fans qu'il y ait aucun vice appa- 
rent dans les yeux qui en font affe&ez. 

On croit que la caufe la plus ordinaire de cette 
maladie, eft une humeur pituiteufe, grolliere, 
& vifqueufe,qui tombe du cerveau dans les nerfs 
optique ,& les bouche de telle forte que les ef- 
prits animaux n'y peuvent plus couler. Quoiqu'il 
en foit, il y a apparence que quelque chofe de 
femblable arrive, quand cette maladie fe fait 
fubitement fans caufe extérieure. 

La caufe la moins commune eftlacomprefïïon 
des nerfs optiques, foit qu'elle arrive par un 
amas d'humeur qui fe fait par voye de fluxion ou 
decongeftion,&qui forme quelque tumeur aux 
environs de ces nerfs ; ou par quelqu'épanche- 
ment de fang enfuitedes playes pénétrantes en la 
partie antérieure de la tête, comme je l'ai vu 
arriver en deux bleffez, ou bien enfuitedes 
playes oucontufonsqui pénètrent dans l'orbite, 
6c ycaufentunépanchement de fang; ou quand 
l'inftrument dont elles font produites, en péné- 
trant dans l'orbite , déjette le globe dans la partie 
oppofée& endehors, & comprime ainfi ou étend 
violemment le nerf optique. 

(a) Amaurajts, 

Lvj 



z{t Des Malades 

On peut donc concevoir que la goûte fereine 
eft proprement une para 1 , y fie des nerfs optiques, 
& par coniequent de la rétine, dont la caufe eft 
femblable à celle delà paralyfie des autres nerfs 
de notre corps : ce qui fait que les efprits ne fe 
portant plus par ces nerfs, ils perdent entière- 
ment leur lentement. Ainfi quoique les rayons 
de lumière qui entrent dans l'œil , frappent la ré- 
tine, & y peignent l'image des objets d'où ils 
partent; il ne le peut faire aucune vifion, puif- 
q.j'il n'y aplusdefenfation. 

Quand la vue fe perd tout-à-coup fans caufe 
extérieure, on juge que la goûte fereine eft ar- 
rivée par une fluxion d'humeur pituiteufe qui a 
écoupé les pores de ce nerf, ou relâché les fibres: 
quand il y a une caufe extérieure de la perte fu- 
bite de la vue, comme enfuite d'une playe pé- 
nétrante à la partie antérieure de la tête , ou des 
piayes ou contuiions qui pénètrent dans l'orbite, 
on s'affûte que c'eft un épanchementde fang qui 
la caufe, ou bien que le nerf optique a été vio- 
lemment étendu ou comprimé par le forjette- 
nient du globe : mais quand la vue ne fe perd 
que petit à petit, on connoît qu'elle vient de 
quelque tumeur qui fe fait aux environs des 
nerfs optiques, foit au-dedans de la tête, ou 
dans l'orbite. 

Le nerf optique ne peut être étoupé ou prefle, 
fans que les tibres de la rétine ne fe relâ;hent& ne 
perdent leur fentiment;mais ce vice ne paiïe 
point aux autres parties de l'œil :d'où vient anfli 
qu'il ne paroît nen d'extraordinaire dans les 
yeux, & qu'on ne peut gueres connoitre cette 
maladie que par le rapport du malade. 

On diftingue la goûte fereine de l'aveugle- 
ment de la nuit, en ce que dans la goûte fereine, 
on ne voit aucune^ lumière; & que dans l'aveu- 



de l'Oeil. z$3 

glement de nuit, on voit encore la lumière & les 
objets quand le jour eft beau. On la diftingue de 
l'extenfion du corps vitré, en ce que dans cette 
maladie le globe de l'œil paroît quelquefois un 
peu plus éminent, que la pupille le trouve tou- 
jours beaucoup plus dilatée qu'à l'ordinaire, & 
que les malades voyent quelque lumière, quoi- 
qu'ils ne puiflent diftinguer les objets communs ; 
& que dans la goûte fereine au contraire, le glo- 
be de l'œil eft toujours dans Ton étendue naturel- 
le , que la pupille quoiqu'immobile n'eft pas plus 
dilatée qu'elle le feroit pour voir des objets mé- 
diocrement éloignez, & qu'enfin l'aveuglement 
eft entier. On la diftingue enfin de toutes les ef- 
pecesde cataractes nailTantes,en comparant les 
lignes de Tes maladies avec ce que je v iens de dire 
de la goûte fereine. 

Quand je dis, quoiqu'immobile, je n'entens 
point que la pupille foit abfolument immobile 
dans la goûte fereine; car quand cette maladie 
n'attaque qu'un œil, la pupille fe dilate & fe 
reflerre, quand les deux yeux font ouverts, & 
qu'on regarde de l'œil fain des objets différem- 
ment éloignez, ou qu'on pafié entre l'œil fain & 
le grand jour quelques corps opaques ; parce 
que les nerfs moteurs qui fe portent àl'uvée de 
l'œil malade, étant fains, les efprits animaux 
continuent de fe porter aux fibres motrices de 
cette membrane, ainfi elle fuit lesmouvemensde 
celle de l'œil fain : mais quand i'œil fain eft fermé, 
la pupille de l'œil malade refte immobile ; parce 
que la rétine de l'œil malade étant infenfible à la 
lumière, rien n'excite l'ame à déterminer les ef- 
prits animaux de fe porter aux fibres motrices 
de l'uvée. 

Ceft rechercher la pierre philofophale , que de 
vouloir chercher dts remèdes pour guérir la 



*Ï4' ^ ES Maladies 

goûte fereine : cette maladie eft abfolument in- 
curable; & fi quelques Auteurs prétendent en 
avoir guéri, on peut bien penfer qu'ils fe font 
trompez, & qu'ils ont pris l'extenfion du corps 
vitré ou l'aveuglement de nuit pour la goûte 
fereine , étant aifé de les confondre enfemble il 
on n'y prend garde. 

z. De quelques autres ajfeBions de ce nerf. 

Le nerf optique eft aulîi quelquefois affe&é 
d' inflammation , enfuite de celle de la dure ou pie- 
mere, ou de celle des autres parties de l'œil, com- 
me je l'ai dit en parlant des vices de la rétine : 
cette inflammation cette, quand celle de ces mê- 
mes parties ceffe, & par les mêmes remèdes. Il 
fouffre des extenfionri$ contorftons douloureufis de 
l'épilepfie, & dans les grandes convulfions: des 
folutions âe continuité. , dans quelques grandes 
playes de l'orbite; & quelques autres vices , qui 
pour être des fymptômes communs d'autres ma- 
ladies, ne doivent pas être mis au nombre de fes 
maladies particulières. 



CHAPITRE V. 

Des maladies de Puve'e. 

i . De fes inflammations tf abfcès. 

SI toutes les parties qui fe nourrifient de fang 
font fajettes à s'enflammer & à s'abfcéder, 
on peut juger que l'uvée peut être affectée d'/'w- 
flammation & à' abfcès; c'tft auffi ce qu'on recon- 
noit par expérience. V inflammation eft générale 
ou particulière. L'inflammation générale arrive 



de l'Oeil. iff 

pîutôt dans les maladies qui attaquent en même 
tcms toutes îes parties intérieures du globe „ 
comme je le ferai voir ci-après : & la particuliè- 
re n'arrive qu'à quelque partie de cette mem- 
brane, & le plus fouvent elle eft fuivie d'abfcès» 
Quand cette inflammation eft à la partie anté- 
rieure de cette membrane, je veux dire à l'iris, 
elle paroît au-travers de la cornée tranfparente, 
comme une tache rougeâtre ; & quand elle eft 
vers fa partie poftérieure,on ne la peut diftin* 
guer, & il n'y a que la difficulté de voir, & la 
douleur que le malade fouffre , qui la pourroient 
faire foupçonner; mais il faudroit être bien jufte 
dans fon jugement* 

Quand cette inflammation fe réfout , il ne refte 
point de vice à l'uvée : mais quand elle fuppure , 
elle forme un abfcès qui , lorfqu'il eft petit, & 
que la matière en eft louable , s'ouvre & fe vuide 
au-dedans de l'œil, fans avérer d'autre partie; 
parce que la matière fe précipite au bas de l'œil , 
prend corps & fe defleche,& il ne refte à l'en- 
droit de l'abfcès qu'une tache ou blanche, ou 
noirâtre , qui eft la cicatrice ; du moinsj'en ai vu 
de femblables fur l'iris, après la guérifonde pe- 
tites puftales ou abfcès: mais quand l'abfcès eft 
plus confidérable,ouque la matière en eft ma- 
ligne , il eft fouvent caufe de l'altération de tou- 
tes les parties intérieures de l'œil, comme je le 
dirai ci-après, ou pour le moins d'une deftru- 
clrion d'une partie de cette membrane. 

Pour le traitement de l'inflammation ou de 
l'abfcès de l'uvée, on met en ufage les remèdes 
généraux dont j'ai parlé, & dont je parlerai en- 
core en traitant de l'inflammation de l'œil : on 
fe fert aulTi des topiques, comme des collyres ra- 
fraichiffans , pour le commencement; & des réfo- 
lutifs î$ fortifiant , pour le milieu & la fin , dont 



\f6 Des Maladies 

on trouvera des formules au Chapitre de l'oph- 
talmie, & en pluiieurs lieux de ce Traité. 

i, Defafortieoucbute. 

Cette membrane fort par les ouvertures de la 
cornée , & forme différentes bojjes î$ tumeur r , que 
l'on compte pour autant de maladies de l'uvée; 
mais comme toutes ces difpofitions non natu- 
relles font des fymptômes qui fuivent les playes 
& les ulcérations de la cornée, je n'en parlerai 
qu'au Chapitre XVIII. 

3 . De fes dilace'rations & playes. 

Elle foufire encore des dilacérations tf des playes y 
lorfque la cornée eft tranchée ou piquée, ou par 
des coups orbes reçus fur l'œil ; & qui arrivent le 
plus fou vent aux environs de la pupille, ce qui 
lui fait changer fa figure ronde en une irréguliere, 
& la dilate fouvent extraordinairement : mais 
comme ces vices ne fe rétablirent point par au- 
cuns remèdes, & que ceux qu'on y fait ne font 
que pour prévenir là fluxion & l'inflammation, 
on aura recours aux Chapitres VIII. & XI. 

4. De la dilatation non naturelle de la pupille. 

, Il ne me refte donc plus qu'à parler de la di- 
latation de la puplle , (a) r d de/on rétréetjjement oh 
conflri&ion, (b) 6c d'examiner fines Auteurs ont eu 
raifon de mettre ces divers états de la pupille au 
nombre de fes maladies. 

J'ai fait connoître au Chapitre VIII. de la 
Defcription de l'œil, que la pupille fe dilatoit & 

fe) AfjMaJts. (b) Tbthijtsi. 



D-E l'Oeil, k%*f 

fe refierroit fuivant les difîerens états de la lu- 
mière, & fuivant les éloignemens différens des 
objets; & au Chapitre XXfj'ai donné la raifon 
de ces divers changement Ce n'eft donc point 
de cette dilatation de la pupille , & de cette con- 
ftri&ion , dont j'entens parler ici, puifqu'elles 
font naturelles & nécessaires pour perfectionner 
la vifion : ni de ces autres extenfions & confin- 
erions de la pupille , qui en de certaines perfon- 
nes excédent l'état ordinaire dès leur naifî'ance; 
mais bien de cette affe&ion non naturelle de la 
pupille, par laquelle elle fe dilate extraordinai- 
rement, & demeure airfi dilatée fans fe relier- 
rer;&de cette autre affection, par laquelle elle 
fe refferre fi fort, que fouvent elle ne paroitque 
comme un point noir, dont la caufe de l'une & 
de l'autre affection fe rencontre dans l'œil même , 
& fans qu'au refte la couleur noire de la pupille 
foit changée. 

Pour fçavoir fi la dilatation de la pupille eftune 
maladie de l'uvée même, ou fi c'eitunfymptôme 
d'autres maladies, il faut auparavant fe remet* 
tre en mémoire toutes les maladies principales 
où j'ai fait remarquer que la pupille demeuroic 
dilatée, & enfuite examiner û cette dilatation 
arrive en d'autres occafions, & quelle en eft la 
caufe. 

Dans le Chapitre XVII. de la première Partie, 
en parlant des fignes de la protubérance du ciiftallin, 
j'ai fait voir que la pupille fe dilatoit & reftoiG 
ainfi dilatée fans fe reflerrer,& que la caufe de 
cette dilatation venoit de ce que le criftallin 
augmentant en volume, s'avançoit en devant, & 
que s'appuyant fur l'uvée, il la poutToit en de- 
vant, l'étendoit, & i'empêchoit ainfi de fe ref- 
ferrer. 

J'ai encore fait voir dans le Chapitre XVIII» 



i §8 Des Maladîes 

en parlant des lignes de la cataracte branlante, que 
dans Ton commencement la pupille paroifîoic 
plus dilatée qu'à l'ordinaire, à caufe du dé- 
pôt d'humeurs, qui groffi fiant le corps vitré, fait 
que le criftallin eft porté en devant fur l'uvée, 

Dans le Chapitre XXI. j'ai fait ccnnoître que 
le criftallin étant déplacé & s'appuyant contre 
l'uvée, étoit la caufe de la dilatation de la pu- 
pille. 

Or dans ces trois rencontres & dans quelques 
autres maladies mixtes, ou la pupille fe trouve 
plus dilatée qu'elle ne le doit, fa couleur noire 
n'étant point changée dans le commencement , 
on dit d'abord que la maladie eft une fimple di- 
latation de la pupille, quand on fe hâte trop de 
qualifier la maladie : mais quand dans la fuite on 
voit la pupille changer de couleur, on change 
en même tems de fentiment, & on juge alors 
qu'il y aune autre maladie principale, & que la 
dilatation de la pupille n'eft qu'une maladie ac- 
ceflbire. 

Dans le Chapitre premier de cette féconde 
Partie, en parlant de rétendue non naturelle d» 
corps vitré, caufôe par un dépôt d'humeurs naru- 
relles, j'ai fait auftî remarquer que la pupille fe 
dilatoit beaucoup plus qu'à l'ordinaire , fans fe 
refferrer que très- peu & très-difficilement , & 
j'ai attribué la caufe de cette dilatation à l'éten- 
due du corps vitré , qui fait avancer le criftallin 
en devant , & le preflfe contre l'uvée. 

C'eft principalement cette maladie ou l'on 
prend l'ombre pour le corps, je veux dire le 
fymptôme pour la maladie principale: parce que 
ne voyant rien d'étranger dans l'œil, hors cette 
dilatation, on croit que ce n'eft qu'un vice de 
l'uvée, & d'autant plus que les malades fe plai-^ 
gnent d'une diminution de vue, que l'on attribue 



" D E I/O E I L, 2f9 

aifément à cette dilatation de la papille. Mais fi 
on fait attention à ce que je viens de dire , on fe 
relèvera de cette erreur, & on connoîtra que 
cette extenfion n'eft qu'un fymptôme qui fuie 
l'étendue non naturelle du corps vitré : & fi on fe 
remet en mémoire ce que j'ai dit à la fin de la 
féconde obfervation du Chapitre XIV. de la pre- 
mière Partie, on connoîtra que, quoique la pu- 
pille foit dilatée , on voit également les objets 
proches, & qu'il n'y a que les éloignez que l'on 
voit un peu plus confufément; & qu'ainfi cette 
diminution de vue n'a point d'autre caufe que 
celle que j'ai énoncée au Chapitre premier, oîi 
j'ai parlé plus amplement de Textenfion du corps 
vitré. 

La pupille fe dilate encore extraordinairement 
dans la maladie que je décrirai au Chapitre fui- 
vant, & ce par la même caufe que deflus. 

Enfin elle fe dilate dans ceux qui font travaillez 
d'accès épileptiques & de convulfions générales^ 
ou de i'ceU feul;dans les femmes ou rilles tra- 
vaillées de fuffocations hyiiériques, ou de va- 
peurs fimples, & dans beaucoup d'autres mala* 
aies qui ne font point exemptes de convulfions; 
& cela, parce que dans toutes ces rencontres les 
mufcles des yeux fe retirant violemment vers 
leur principe, retirent le globe de l'œil au fond 
de l'orbite, le prefTentpar conféquent & l'appla- 
tiflent;& le corps vitré & îe criftallin fe trou- 
vant alors dans un état violent, âaent & s'avan- 
cent du côté de la moindre réfiftance : ainfi s'ap- 
puyant contre Puvée, ils- l'étendent, & dilatent 
extraordinairement fon trou , qui demeure ainfr 
dilaté tant que ces accès fubfiftent, & qui fe re- 
met dans fon état naturel qjand ils ceflent. 

Voilà toutes les maladies où j'ai obfervé que 
îa pupille fe dilatoit 9 n'ayant jamais rencontré 



z6o des Maladies 

de dilatation qui n'ait été caufée par l'une ou l'au- 
tre de ces maladies. Je laiife donc à préfent au 
Le&eur à juger, fi on peut dire que la dilatation 
de la pupille foit une maladie de l'uvée même , 
ou fi ce n'eft pas plutôt un fymptôme d'autres 
maladies; puifque cette membrane ne s'étend, 
&que fon trou ne fe dilate extraordinairement, 
que lorfqu'clle eft prefîee par le criftallin Ôc par 
le corps vitré : & enfin fi nos Auteurs ont eu rai- 
fon de propofer des remèdes pour remettre la 
pupille dans Ton état naturel. 

5 . De la confiriBian non naturelle de la pupille* 

A l'égard de la conftriBion de la pupille , il n'en 
eft pas de même : eiie eft quelquefois un vice de 
l'uvée même > & quelquefois auffi elle eft un fymp- 
tôme d'a'itres maladies, 

J'ai toujours remarqué que la pupille fe rétré- 
cit plus qu'elle ne doit dans les cataraBes puru*- 
Iwtes , comme je l'ai dit au Chapitre XIX de la 
première Partie , en parlant de ces foi tes de cata- 
ractes, & dans toutes les autres maladies où il y 
y a un pus malin amafTé au-dedans de l'œil ; & 
cela , parce que la partie de l'uvée qui forme l'i- 
ris, étant en quelque manière altérée par le voi- 
finage & l'attouchement du pus qui fe trouve au- 
defîous, fes fibres fe relâchent, elle fe ride & 
s'arTaifle, & fon trou fe rétrécit extrêmement, 
même fouvent la couleur naturelle de l'iris fe 
change en une mauvaife. 

Elle fe refierre dans l'atrophie d$ tout Vœil, de 
quelque manière qu'elle arrive, dans Jafaralyfte y 
& dans quelques inflammations des parties inté- 
rieures de l'oeil , & qui font communes à l'uvée; 
parce que dans toutes ces maladies, les fibres 
ïjui fervent à dilater la pupille étant fans a&ion. 



de l'Oeil, zéi 

eP.es fe relâchent, ain(i la pupille fe reflèrre. 

L'on m'obje&era peut être ici, que dans les 
ténèbres , ou quand nous avons les yeux fermez, 
ou quand nous dormons, nos pupilles fe dilatent 
beaucoup; & -que, comme il eft vrai-femblabîe 
que cela n'arrive que parce que les fibres de lu- 
vée fe relâchent, c'eft à tort que j'avance que ce 
relâchement de fibres eft une caufe du retréciiie- 
mentde la pupille. 

Je répondrai à cela, que cette dilatation de la 
pupille dans ces rencontres, ne vient point du 
relâchement de i'uvée: qu'au contraire elle vient 
de ce que les fibres qui dilatent la pupil e font 
racourcies , & par conféquent en aftion. Et pour 
concevoir ceci, il faut remarquer que le trou de 
I'uvée étant dcftiné pour donner entrée aux 
rayons de lumière, il doit naturellement demeu- 
rer plutôt ouvert que fermé, & que c'cft pour 
cela que les efprits animaux font déterminez à fe 
porter continuellementdans les fibres dilatantes , 
toit que nous dormions ou que nous foyons dans 
les ténèbres , pour les gonfler & les racourcir : de 
la même manière que les fibres des mufcles, qui 
refTerrent Y anus C5 te col de lavejfîe , font toujours 
gonflées & racourcies par les efprits animaux qui 
s'y portent continuelle ment, foit que nous dor- 
mions ou que nous veillons ;& cela, parce que 
ces mufcles font lieftinez de la nature à tenir les 
conduits où ils font fituez, exa&ement fermez, 
pour empêcher l'écoulement involontaire des 
excrémens. Et comme ces mufcles ne fe relâ- 
chent que lorfque nous fommes excitez à nous 
décharger de ces excrémens, à moins qu'ils ne 
foient afre&ez de quelque maladie ;de même aufli 
les fibres qui dilatent la pupille ne fe détendent 
<;]ue lorfque les rayons de lumière frappant la ré> 
fcine, excitent l'âme à refiener la pupille au de* 



a6* Des Maladies 

gré néceflaire pour perfectionner la vifion, 
quand toutes les parties intérieures de l'oeil font 
dans leur état naturel : mais lorfque l'uvée eft af- 
fectée de quelqu'une des maladies fufdites, ces 
mêmes fibres fe relâchent , & la pupille fe reffer- 
re, & alors ce rétrécifTement de la pupille eft un 
vice de l'uvée même* 

Elle fe reflerre auili plus qu'elle ne doit, lorf- 
que la rétine eft travaillée de quelqu'inflamma- 
tion, comme je l'ai dit au Chapitre III. de cette 
féconde Partie, en parlant des lignes deVaveu^ 
ghmcntdëjour; parce qu'alors la rétine eft fi fen- 
fible, qu'une lumière un peu forte la bleffe; & 
comme l'ame fuit toujours la douleur autant 
qu'elle le peut, elle envoyé une fuffifante quan- 
tité d'efprits animaux dans les fibres, qui refîer- 
rent la pupille, pour s'oppofer à l'entrée àos 
rayons de lumière. Et parce que ce reflerrement 
ieft forcé. & que toute action violente ne peut 
circuler long-tems fans caufer de la douleur, 
c'eftauili la rai fon pourquoi les paupières fefer- 
ment incontinent, fans que les malades les puif- 
fent tenir ouvertes à la préfence delà lumière, à 
moins de quelque violence. 
' Enfin la pupille fe reflerre dans les fauffes ré- 
fractions de lumière, de quelque caufe qu'elles 
viennent ; parce que toute lumière confufe bleffe 
îa rétine, comme je l'ai ci-devantdit,& comme 
je le dirai encore ci- après. Et voilà comme le ré- 
trécifTement de la pupille eft quelquefois un 
fymptôme d'autres maladies. 

De tout ce que je viens de dire, on doit juger 
que le rétrécifTement de la pupille, foit qu'il 
vienne d'un vice de l'uvée, ou que ce ne foit 
qu'un fymptôme d'autres maladies , n ! a befoin 
d'aucuns remèdes particuliers; & que quand il 
seô curable , ce qui eft rare, a moins qu'il ne foie 



de l'Oeil. i$3 

fymptomatique, il fe guérit, quand les maladies 
donc il dépend , guériflent. 



CHAPITRE VI. 

Des maladies communes à toutes le s parties intérieures 
du globe de Vœii. 

i, De [a grofftur C5> éminence contre nature, (aj 

CE n'eft point de ces yeux gros &éleve2 qui 
fe rencontrent naturellement en de certai- 
nes perfonnes, dont j'entens parler en ceChapi* 
tre ; ni de cette efpece de forjettement de lœil, 
qui arrive enfuite de quelque relaxation ou pa- 
ralyiie de Tes mu fcî es , & dont je parlerai au 
Chapitre II. de la troifiéme Partie -, ni enfin de 
ces yeux éminens&faillans, rendus tels par les 
violens efforts d'une difficulté de refpirer, d'un 
tenefme, d'un vomiïïement, d'un accouchement 
laborieux, & par toutes les autres caufes qui en 
interceptant en quelque manière le mouvement 
du fang , le retiennent dans les veines des parties 
fupérieures : mais de cette groffeur ï5 éminence con- 
tre nature du globe de Vœil, qui eit quelquefois fi 
élevé, qu'il s'avance hors de Vcrbite, fans pou- 
voir être recouvert des paupières, & qui eft ac- 
compagnée de violentes douleurs de l'oeil & de 
la tête , de fièvre , & d'inlomnies. 

Cette maladie eft caufée, ou par un promt dé- 
pôt d'une humeur chaude , acre & vifqueufe , qui 
augmente outre mefure non-feulement l'hu- 
meur qui remplit naturellement le corps vitré, 
snaisauffi l'humeur agueufe,& cjui abreuve en 

fe) Exofbthahuùj, 



x.64 Des Maladies 

même tems les autres parties intérieures du glo- 
be , les altère , & fouvent les détruit. 

La chaleur & l'acrimonie de cette humeur fe 
mànifeftent par l'inflammation intérieure & ex- 
térieure de l'œil , & par la douleur ; & fa vifcofité 
par lagrofleur& l'éminence de fon globe, puif- 
jqu'il n'ett rendu tel que par le féjourde cette hu- 
meur, & ce féjour ne fe fait que par un défaut 
.de circulation de cette humeur. 

Ou elle eft caufée par une humeur moins chau- 
de & moins acre, mais très-vifqueufe, qui s'a- 
maffe par congeftion, & grofiit infenfiblement 
le globe de l'œil jufques à un tel degré, que 
quelquefois il fort entièrement hors de l'orbite. 

Que le corps vitré foit augmenté outre me- 
fure,cela paroît par l'extrême dilatation de la 
pupille, que l'on remarque toujours en cette ren- 
contre, & qui ne peut avoir d'autre caufe, comme 
3e l'ai dit au Chapitre premier de cette féconde 
Partie. 

Que l'humeur aqueufe foit pareillement aug- 
mentée, on le juge parla profondeur & l'éloi- 
gnement de l'uvée , & par l'éminence de la cornée 
rranfparente. 

Le globe de l'œil ne peut grofilr extraordi- 
mirement , qu'il ne s'avance hors de l'orbite , & 
il ne peut s'avancer hors de l'orbite, fans que le 
nerf optique, les rnufcles de l'œil & toutes les 
membranes ne foient violemment étendus : & 
c'eft d'où vient cette violente douleur, que les 
malades reffentent continuellement au fond de 
l'œil & à la tète, & qui eft la caufe de la fièvre 
qui leur arrive , de l'infomnie , & de l'inflamma- 
tion que l'on remarque non- feulement aux par- 
ties intérieures de l'œil, mais fouvent aulfi aux 
parties extérieures; & cette douleur eft d'autant 
plus cruelle, que l'humeur qui caufe cette ma- 
ladie 



de l'Oeil. *6j 

ladie a plus de chaleur & d'acrimonie. - 

Cette maladie avance beaucoup en peu de 
tems ; & quand elle eft parvenue en Ton état , elle 
y demeure long-tems: fou vent aufli les malades 
ibuftrent pendant plufieurs mois fans s'apperce- 
voir d'aucune diminution de douleur ; & il efl 
rare que l'œil fe diminue & revienne en fa grof- 
feur naturelle, fans que la vue fe perde, ou di- 
minue confidérablement. Même quand l'humeur 
s'amafle par congcftion , la maladie fubfïfte quel- 
quefois des années entières, & très-rarement 
l'œil fe remet dans fa grofleur naturelle. 

Soit que cette maladie fe fa lie par fluxion ou 
par congeftion, il arrive quelquefois que l'hu- 
meur qui la caufe, s'échauffe à un teld.egré, que 
les malades refientent des élancemens'de dou- 
leurs fi terribles, qu'ils n'ont aucuns momensde 
repos, & qu'ils fouhaitent plutôt la mort que la 
vie : alors l'inflammation augmente au-dedans 
&au-dehors, les membranes qui forment le blanc 
de l'œil fe tuméfient extraordinairement, les 

Î Paupières fe renverfent , il furvient un flux de 
armes chaudes & acres , & l'œil fe brouille enfin ; 
ce qui efl: un figne avant-coureurdefuppuration 
des parties intérieures, &deleurdeftru£tion. 

Dans la fuite de lafuppuration,la cornée trans- 
parente s'ulcère & s'ouvre, les humeurs fuppu- 
rées & amaflTées au-dedans s'écoulent, les dou- 
leurs alors commencent à diminuer, l'œil conti- 
nue à fuppurer jufques à ce que toutes les parties 
altérées foient mondifiées, il diminue au-delà 
de fa grofleur naturelle , & fe cicatrife enfin. 

Mais aufii fouvent l'humeur qui caufe cette 
maladie, ne s'échauffe pas jufques à fuppurer : en 
fe fermentant elle s'atténue fi fort, qu'mfenfibîe- 
mentelle fe refout, je veux dire qu'elle reprend 
k chemin de la circulation; alors la douleur & 

M 



166 Des Maladies 

les autres accidens fe calment , & l'cei! fe remet 
dans fa grofleur naturelle, quelquefois autiiil de- 
meure plus petit. Et quoique dans ce cas l'ail ne 
fuppure point, la vue cependant fe perd; parce 
que le globe <3e l'oeil ne peut s'étendre fi violem- 
ment, ians que fesparties intérieures ne fouffrent 
une altération considérable qui change leur dif- 
poiition , & que le corps vitré fouverit ne fe dé- 
t ruife ; même que le cnftallin ne perde quelque- 
fois fa tranfparence , & ne Te corrompe de mê- 
me que dans la catara&e branlante, ou dans les 
.catara&es purulentes. 

Peur le traitement de cette maladie, de quel- 
que caufe qu'elle vienne , on doit d'abord s'ap- 
pliquer fortement à vaider la plénitude, enfai- 
gnant le malade au bras du côté de l'œil malade, 
.deux ou trois fois & même plus, fuivant la gran- 
deur 4:1e la maladie & les forces du malade. On 
5 ouvre enfuite la jugulaire du même coté, ou l'ar- 
tère des tempes, pour dériver delà partie ma- 
lade. Pour la même raifon on applique àesvéfi- 
êâtoins devant ou derrière les oreilles ; & fi on 
juge que la maladie foit longue, on ouvre un 
sfiuupz au .derrière de la tète , ou on y paife un 
Jeton. 

On fait auîfi dès le commencement recevoir au 
^naïade 4e6 lavemens émolliwt î$ Y.*fra.tchi§am 3 
,<que l'on continue pendant tout le traitement, 
fuivant le befoin. On lui donne des juJeps, des 
/w.ui fions ou apozemes rafraîcbiffws , ou autres re- 
mèdes propres à calmer le mouvement du fang 
jk % l'adoucir ; obfervant auiîi de lui preferireun 
régime de yivre fort exad & tendant à même 

Tous ces recèdes généraux doivent être ad- 
mimûrez av.ee ordre .& prudence, & fuivant le 
cosfei! ctoun habile Médecin, Et quoique ce fait 



£>-e l'Oeil. 267 

de ces remèdes donc on doive attendre le plus 
d'effet pour arrêter le progrès de cette maladie, 
on ne doit pas cependant négliger les remèdes 
topiques. 

Qjand l'humeur qui caufe cette maladie efj 
chaude & acre, on fe fert dans le commence- 
ment des eaux dijhlées de rofe , de plantain , de lai- 
tue, de more île + de pavot , ou autres eaux rafrascbij- 
Jantes ydans l'une ou l'autre desquelles, ou dans 
pîufieurs on mêle un blanc d" œuf 'pour faire un col- 
lyre, dans lequel on trempe des corn preffes qu'on 
applique fur l'œil , le front, & la tempe du même 
côté. 

Ou bien on prend des eaux de roje CS» de plantain , 
vu autres , de chacune deux onces , Çfj quinze ou vingt 
grains deftlde Saturne , qu'on mêle enfemble pour 
s'en fer vir comme deflus. 

On fe fert aufli de la même manière des Jucs dé- 
purez de ces plantes, au défaut de leurs eauxdi- 
ftilées, qui font le même effet: & on a foin de 
renouveller de tems en tems les compreffes im- 
bues de ces remèdes, fans les laifTer iecher fur la 
partie î'afîii que la peau étant humide, les pores 
îbient toujours ouverts pour faciliter la tranfpi- 
iration. 

Ceft pour la même raifon qu'on doit faire tié- 
dir ces remèdes avant que de les appliquer, parce 
«ue la chaleur douce relâche la peau, & que le 
froid au contraire la refferre , & empêche la cir- 
culation: cependant quelques Auteurs confeil- 
lentde les appliquer actuellement froids. Les re- 
mèdes a&uellement froids qu'on applique fur les 
parties enflammées , appaifent à la vérité pour un 
moment la doueur ; parce qu'en refroidi fiant la 
partie malade, ils en émouflent le fentiment, & 
fufpendent pendant un peu de tems la fermen- 
tation: mais comme ils reiferrent en même tems 

Mij 



9.6% Des Maladies 

les pores, & empêchent )a tra^fpiration, l'ha» 
meur épanchée fe trouvant enluite plus abon- 
dante, elle fe fermente davantage ; ainfi la par- 
tie s'échauffe plus qu'elle n'étoit, & la douleur 
augmente, comme l'expérience ne le fait que 
trop voir. 

Ces remèdes ne fervent qu'à tempérer la cha» 
leur & l'inflammation extérieure de l'oeil ; car 
pour l'inflammation intérieure, ils y fervent peu» 
les envelopes extérieures de cet organe étanf 
ti'op félidés pour que leur vertu les puiiTe pêne- 
fcrero On peut fe contenter de ceux que je viens 
de propofer , jufques à ce que la maladie foit dans 
ion plus haut degré ; ou bien on en choifira quel- 
ques autres de ceux que je propoferai ci-après 
pour le commencement de l'ophtalmie , qui con-r 
viennent également ici. 

Je ne propofe point dans le commencement 
de cette maladie , deremedes qui ayent beaucoup 
ç'aftridion, quoique la plupart de nos Auteurs 
s'en fervent , & confeillent de les appliquer fur le 
front & fur les parties voifines de l'œil , croyant 
par-là arrêter le cours : des humeurs qui Aient en 
l'oeil, parce que je fuis perfuadépar l'anatomie, 
que les artères qui pénètrent la cornée font trop 
profondes , pour q ue les remèdes tirez de la clafîe 
de6 aftringens puiïlent ralentir chez elle le mou- 
vement du. fang ; & que d'ailleurs je n'ai point en- 
core connu par expérience aucun bon .effet de ces 
temedes endette rencontre. 

Lorfque cette maladie fe fait parcongeftion, 
comme la chaleur & l'acrimonie de l'humeur eft 
.moins grande , on obmet les collyres fufdits , pour 
Ce fervir d'abord du premier que je vais propofer, 
ci on.^n pourfuit la cure comme lorfqu'elle efi 
caujtêje par voye de fluxion, parce que les fuites, 
e& fcntfembiabtes, hors que les mouvemens n'en, 
font pas /i prompts, 



de l'Oeil. 269 

■ La maladie étant dans fon déclin, ce qukra 
eonnoît par la diminution de l'inflammation &: 
de la douleur, on fe fert alors des remèdes ré- 
Joîuttff, c'eft-à-dire de ces remèdes qui par leuff 
chaleur douce, qui eft un effet des parties fubtiles, 
volatils & balfamiques dont ils font fournis, 
échauffent doucement l'œil, atténuent & fubtih- 
Gent les humeurs , font tranfpirer les p'us fuper- 
ficielles, & font reprendre aux autres le chemin 
de la circulation. Par exempte, 

On prend des jemences de lin £? de fenugrec de 
chacune deux grot , de t fleurs de camomille C5 de méli- 
ht deux p'mcdet de chacune , v5 deux grot d y encens , 
qu'on fait bouillir & infufer dans une fuffifanre 
quantité des eaux difliléet de fenouil , de rue , £f d y eu*> 
Jraije ,oude chelidome ; on paffe enîuite le tout par 
un linge, pour avoir un collyre mucilagmeux , dans 
lequel on diflbut dix ou douze graint de camphre , 
& dont on fe fert comme des fufdits. 

On anime quelquefois ce collyre avec unperj 
d'efprit-dt-vn, quand on ne remarque point de 
chaleur à l'œil, & quelquefois au (fi on y fait in- 
fufer quelques clous de girofle ■ & on continue l'u- 
fage de ce collyre jufques à la fin de la maladie. 

C'eft auffi fur le déclin delà maladie, & quand 
!a fièvre , s'il y en a , eft appaifée , qu'on doit com- 
mencer à pu iger le malade dans l'ordre & corn me 
je l'ai dit ci-devant au Chapitre premier de cette 
féconde Partie :luifaifa;,tauîTi ufer des décollions 
de falfepareille & de fquine , comme je l'ai propofé 
au même Chapitre, & pour les mêmes ïa;fons 
que j'y ai rapportées 

Si par ces remèdes l'humeur fe réfout, & que 
l'œil fe rencontre irfenfibîement en fon état or- 
dinaire, à la bonne heure, le malade guérira fans 
autre accident, hors toutefois la perte de la vue,. 
©.u tout au moins une grande diminution, & 

M iij 



z-jo • Des Maladies 
quelquefois auffi l'atrophie de l'oeil ; mais û au 
contraire l'humeur s'échauffe extraordinaire- 
ment, que les accidens fufjits augmentent, & 
que l'œil Te difpofe à fuppurer, on change alors 
de méthode à l'égard des remèdes topiques , qui 
doivent être en même tems rafrakhijfans", anodins, 
<5 ' èmollitns ;on ne crains pas même de s'en fervir 
en forme de cataplafme, pour avancer davanta- 
ge lafuppuration. 

On fait une forte déco&ion de racines Î5 feuilles 
de guimauve, de feuilles de violier, de laitue, d$ 
mercuriale , C£ de pariétaire , de feuilles C2 /leurs de 
bouillon blanc, dans laquelle on fait bouillir une 
fuffifante quantité de farines de graines de lin $5 de, 
ffylhum, î$ des poudres de fleurs de camomille C? de 
mélilot ,c* quand le tout eft réduit en confiftance 
de cataplafme, on y ajoute environ un gros de fa- 
fan en pondre pour une demi- livre de cataplaf- 
me. Ou étend ce cataplafme fur un linge, & on 
l'applique chaudement fur l'œil malade, le re- 
nouvelant deux fois le jour. 

Quand on connoît que le pus eft fait, il n'eft 
pas nécefTaire d'attendre que la cornée s'ouvre 
d'elle-même ; on doit épargner au malade les 
cruelles douleurs qu'il feroit obligé d'endurer juf- 
ques à ce tems, en ouvrant l'œil avec la lancette, 
pour procurer l'écoulement des humeurs puru- 
lentes & des autres parties corrompues. Même 
pour cette raifon, on eft quelquefois obligé d'en 
faire l'ouverture avant que le pus foit entière- 
ment fait ; & cela , quand la fluxion eft extraor- 
dinaire, & que les douleurs font excefllves. 

Lelieuotion doit faire l'ouverture, eftcelin 
ou on voit que le pus fe difpofe à fortir , & ou, 
Couvent on remarque une petite tumeur parti- 
culière fur la cornée , qui vient de ce que cette 
membrane eft déjà émincée par le pus ;& fi le pus 



DE L'OEIL tfl 

ne fe difpofe pas plus à fortir par un lieu que par 
un autre , on la peut faire en celui qu'on voudra , 
pourvu qu'il foit déclive, la cicatrice reftante 
n'augmentera pas beaucoup la difform té de 
l'œil- Si cependant le blanc de l'oeil n'elt point ex- 
trêmement tuméfié, ou qu'il ne fuit pas forte- 
ment enflammé , on fera Couverture du côté du 
p-tit angle de l'œil à côté de l'iris. On doit 
avancer la pointe de la lancette jufques par-delà 
l'uvée, & faire autant d'ouverture qu'on en fe- 
roit pour une faignée ordinaire. 

L'ouverture étant faite, les humeur? fuppu- 
rées ne s'écoulent pas toujours; elles font quel- 
quefois fi gluantes, qu'elles imitent de la colle à 
moitié figée ;en ce cas il faut aggrandir l'ouver- 
ture afin que la cornée prête davantage, & que 
ces humeurs s'écoulent plus promptemenr. 
A mefure que le globe fe vuide , il fe flétrit, & 
les douleurs diminuent à proportion que les par- 
ties altérées fe mondifient. On panfe enmite 
l'œil avec les collyres- déterJifsïS ' monàifians y que je 
décrirai en parlant de l'ouverture de l'ulcération 
de la cornée. On en continue l'ufage jufques à ce 
que l'ouverture foit difpoiee à fe cicatrifer; alors 
on fe fert des dejftcatrfs , & on pourvoit à Pex- 
croijjance de chair» qui furvient quelquefois après 
l'ouverture ou l'ulcération de la cornée , comme 
je le dirai ci-après. 



CHAPITRE VI I. 

i. De V atrophie oh diminution de Vœi\ 

LA maladie contraire à celle que j'ai décrite 
dans le Chapitre précédent, eH cette affe- 
ction contre nature par laquelle le globe de l'œil 

M iiij 



tj-L Des Mala&ïes 

faute de nourriture, fe diminue, fe flétrit, 8t 

s'enronce au-dedans de l'orbite, avec perte en 1 - 

tiere de la vue , ou tout au moins une très- grande 

diminution. 

Cette maladie eft quelquefois une fuite de la 
précédente , comme je l'ai dit , & des autres 
amas de pus au-dedans de î'œil ; ce qui arrive à 
caufe de la deftruâion commune des vaifîeaux 
& des parties intérieures de l'œil , caufée par l'a- 
crimonie du pus ou matière purulente : elle fuie 
auifi quelquefois les grandes inflammations in- 
térieures ou extérieures de cet organe; parce 
que fouvent enfuite de l'inflammation, les vaif- 
feaux fe rétréciflént & fe refl errent de telle forte» 
que le fang n'y peut couler librement: elle eft 
encore une fuite des coups orbes reçus fur l'œil , 
des playes & des dilacérations considérables de 
la cornée & de l'uvée, à caufe de la rupture des 
vaifîeaux qui fe fait en ces rencontres ; enfin l'a- 
trophie de l'œil eft caufée par Pobftru&ion des 
vaifîeaux qui lui doivent porter fa nourriture , & 
par la paralyfie de fes nerfs. 

Quelques Auteurs croyent aufll que les gran- 
des évacuations, comme les larmes continuel- 
les , le flux immodéré d'humeurs acres qui fe fais 
en quelques maladies de î'œil, les veilles excef- 
fives, & la fièvre hectique, font des caufes de 
l'atrophie de l'œil. 

Dans cette maladie , la partie de l'uvée qui 
forme l'iris , fe ride & s'étrécit , à caufe du deflé- 
chement de cette membrane; la couleur natu- 
relle de l'iris fe change fouvent en une étran- 
gère ; la rétine fe flétrit & fe defleche ; le corps 
vitré diminue en volume ; le criftallin s'altère 
quelquefois comme dans le glaucoma ; & l'hu- 
meur aqueufe fe confomme en partie , ou s'ab- 
ibrb 2 entièrement^ 



I>E L'Oï I t, *** 

.Quand cette maladie eft une fuite de celles 
qui changent la difpofition des parties intérieures 
de l'oeil & de fesvaifleaux, ou qui lesdétruifent, 
elle eft incurable, & la pâte de la vtre irrépa- 
rable. 

Quand elle vient d'une obftruéHon des vaif- 
féaux, ou d'un défaut de fang & d'efprits, quoi- 
que toutes les parties intérieures gardent leur iî- 
tuation naturelle, la cure en eft très-fufpede;ou 
tente cependant quelques remèdes. 

Pour cet effet, on employé des remèdes gé- 
néraux & des particuliers, ceux qui peuvent 
produire un bon fang, & qui peuvent le détermi- 
ner à fe porter à l'oeil. L'ufage des viandes d'un 
bon fuc ck fort nourriflantes , & celui d'en vin 
délicat, fervent à remplir la première intention. 
Les fréquentes friéHons de la tête & de l'oeil mê- 
me : les fomentations d'eau tiède fur l'œil, ou de lait 
de vache, ou de celui de femme , & les fomentations 
émollicntes & humectantes , faites par exemple avec 
une once de chacune des racines de mauve Ï5 de gui- 
mauve , une demi-once de chacune de leurs femences . 
ij de* celle defènugrec, cuites dms l'eau^ fervent à 
remplir la féconde. 

Quelques Auteurs confeillent encore l'ufage 
des collyres acres, qui provoquent abondamment 
les larmes , pour en irritant «Se échauffant l'œil , 
y attirer le fang & les efprits. D'autres les ré- 
prouvent, croyant que ces remèdes ledefféche- 
roient trop , & augmenteroient l'atrophie. Et 
quelques autres tiennent le milieu, & propofent 
des collyres qui n'ont qu'un peu de chaleur & d'a- 
crimonie, pour en échauffant doucement l'œil , 
ek en leguillonnantun peu, y attirer l'aliment. 
Je ne me mettrai point en peine d'examiner ici 
lequel de ces fentimens eft le meilleur , croyant 
cela allez inutile , puifv]ue jufques à préfent je n'ai 

M v 



174 „ Des Maladies 

point vu d'atrophie d'œîl fe guérir par aucuns 

remèdes. 



CHAPITRE VIII. 

$»Du dérangement des parties intérieures de Vœil, 
ou de leur confit [ton, (a) 

LEs coups orbes C5 viojens reçus fur l'œil, ou ce 
qui eft la même chofe, les chutes fur quelques 
corps éminens & durs, font quelquefois tant d'im- 
preffion fur cet organe , que les parties extérieu- 
res & la cornée ne font pas feulement contufes, 
mais auffî les parties intérieures fe trouvent en 
même tems déchirées, rompues & féparées, en 
telle forte que ne gardant plus leur fituation na- 
turelle, l'oeil paroit confus & brouillé avec perte 
entière de la vue. 

Outre les coups orbes, les pi quur es de Vœil , foit 
qu'elles arrivent fortuitement, ou qu'el les foient 
faites exprès, comme lorfqu'on erre dans l'opé- 
ration de l'abbaiffement des cataractes , font aufli 
quelquefois descaufesde la confufion , quand les 
înftrumens piquans pénètrent jufqu'au corps vi- 
tré, qu'ils le brifent ou déchirent & en même 
tems les attaches du criftallin, la rétine & Pa- 
vée, & qu'ils changent en quelque manière la fi- 
tuation de ces parties. , 

L'amas du pus au-dedans de l'œil , de quelque 
caufe qu'il vienne, quand il ulcère & détruit les 
parties intérieures, eft quelquefois aufïi, mais 
plus rarement , une caufe de la confufion. 

Comme dans la confufion le corps vitré fe 
trouve déchiré & détruit , & que l'humeur qui le 

(î) Sjnchifis. 



DE L'OEIL. 17 f 

remplit naturellement, s'écbape & fe mêle avec 
l'humeur aqueufe; que le criftallin étant déca- 
ché & fou vent hors de fon lieu, s'altère & fe 
deileche , quand il ne peut plus recevoir de 
nourriture comme dans leglaucoma; que la ré- 
tine qui eft ou déchirée ou contufe, change pa- 
reillement fa fituation naturelle ; & que l'uvée eft 
fouvent aulîi déchirée: on juge bien que tous ces 
defordres ne peuvent fe rétablir ni par la nature , 
ni par les remèdes , & que la perte de la vue eft 
par conféquent irréparable. 

Ce n'eft donc pas à ce deffein qu'on s'en fert 
dans les confufions récentes & qui viennent des 
caufes extérieures: mais bien pour calmer l'in- 
flammation tant intérieure qu'exrérieuie, pour 
appaifer la douleur, pour réfoudre le fang ex- 
travafe au-dedans & au- dehors de l'œil , pour 
l'empêcher de fuppurer, & prévenir par ce 
moyen la fuppuration de tout i'ceil , & la dif- 
formité qu'une telle fuppuration cauferoit. 

La faignée étant le remède le plus prompt 
pour prévenir ou calmer l'inflammation, on la 
doit faire incontinent au bras du côté de l'œil 
blefle, la réitérant fuivant les forces du malade. 
On doit aufîi en même tems faire couler chaude- 
ment dans l'œil malade du fang Je pigeon , que l'on 
tire fous l'aile, couvrant l'œil d'une compreiTe 
trempée dans un defenftffait avec le blanc d^œuf oh 
V œuf entier, le vmï5 Vhuile rofat battus enfemble. 
On renouvel'e ces remèdes de tems en tems, & 
on les continue pendant deux ou trois jou. s, ou 
jufques à ce que l'on voyeque le fangextravafé 
commence à fe réfoudre ; ce qu'on connoit quand 
les lieux oli le fang eft épanché jaunifient. Si 
pendant ce tems l'inflammation fe rendoit consi- 
dérable, au lieu du vin , on mêleroit dans le dé- 
fenfif fufdit de Veau dijiik'e de plantain y on quel* 

M vj 



z:6 Des Maladies". 

qu'autre eau rafraîchi fiante , & on en contînueroït 
l'ufage jufques à ce que l'inflammation tût cal- 
mée. 

Enfuite on fomente l'œil "avec une décodtion 
d'abf)nthe ou d'hyffope , de fenouil , & de fleurs de ca- 
momille t5 de mélilot. Quand l'oeil eft nettoyé , on 
diftile dedans du lait de vache tiède , dans lequel 
on a fait infufer un peu de fafran, ou bien on fe 
fert de celui de femme ; on trempe enfuite une 
comprefl'e dans la déco&ion fufdite, que Ion 
applique chaudement fur l'œil & les parties 
voi fines. 

Ces derniers remèdes fe continuent jufques à la 
fin, à moins qu'il n'arrivât quelques autres acci- 
dent, comme une ulcération de la cornée, un 
amas de pus, ou quelque fluxion , que l'on trai- 
teroit fui vant les règles, & par les remèdes pref- 
crits pour ces maladies. - 



CHAPITRE IX. 

4. De Pœil crevé ou rompu (a) 

f^vUand les coups reçus fur l'œil font fi violens, 
Vj^qu'iîs ne brifent pas feulement les parties in- 
térieures, comme dans la maladie précédente, 
mais brifent auili, rompent & déchirent la cor- 
née; alors non-feulement l'humeur aqueufe s'é- 
coule , mais auffi le criftallin & le corps vitré ; en 
telle forte que le globe de l'œil fe vuide entière- 
ment , quand dans la fuite l'uvée 6c la cornée 
contufes & déchirées font fuppurées. 

Cette maladie eft encore une fuite des grandes 
playes de l'œil , faites par des inftrumens tran- 

(a) Khcxtt. 



de l'Oeil; 277 

elians, 8c des grandes ulcérations de la cornée, 
foit que ces ulcérations commencent fur la fu» 
perfide extérieure de cette membrane , ou qu'el- 
les foient caufées par un amas confidérable de 
pus au- dedans de l'œil. 

On juge bien que la rupture de l'œil ne peut 
gueres arriver par des coups , fans que les parties 
voifines de l'œil ne foient en même temscontufes 
ou dilacérées; ni par des inftrumens tranchans, 
fans que d'autres parties que le globe de l'œil ne 
foient auflï bleflees: & qu'ainfi on doit pourvoir 
fuivant les règles ordinaires de la Chirurgie, à 
tous les delbrdres qui accompagnent cette rup- 
ture, quand ils fontdeconféquence,& qu'ils de- 
mandent un traitement particulier, pendant 
qu'on travaille à prévenir l'inflammation, à ap- 
paifer la douleur, à réfoudre le fangextravafé, 
à procurer la fuppuration des membranes cou^ 
pées ou déchirées , & à les mondifier & cicatri- 
fcr. 

La faignée au bras réitérée fuivant lebefoin, 
Je fang de pigeon verfé dans l'œil, & le défenftf 
fait avec Pœuf y le vin , î$ Vhuile rofat , étant admi- 
niftrez dans l'ordre preferit dans le Chapitre pré- 
cédent , fervent à prévenir l'inflammation & à 
appaifer la douleur. Le Jaune d'œuf 'délayé avec du 
lait defimme , y a' ont ont un peu de faffran en poudre 
fubtih , qu'on applique avec la frange d'une plume 
fur la rupture de la cornée , y procure une fuppu- 
ration douce. L'inflammation diminuant ou n'é- 
tant plus à craindre, la fomentation faite avec Vab~> 
finthe y l'hyjjbpey le fenouil , £) les fleurs de camomille 
& de méhlot infufées ou cuites dans U vin , dans la- 
quelle on trempe des compreiTes qu'on applique 
chaudement fur tout l'œil & les parties voiiînes, 
réfo'ut le fang extravafe. On anime auffi quelque- 
fois cette fomentation avec l'efprit- de-vin, 



^7$ Des Maladies 

quand le fang extravafé eft dans une quantité à 

faire craindre par fa corruption une gangrenne. 

Quand i! eft tems de mondifier, onfe fat du 
miel rojat mêle avec un jaune d'œuf, & un feu de pou- 
dre de myrrhe $5 d^ohban Ou bien on fefeit d'un col- 
lyre fait avec delà myrrhe ï$ de l'afa& de chacun une 
demi-dragme , dix grains dejaffran en foudre , & une 
demi- once de miel rojat diffout dans quatre onces 
d'eau dijîilée d'abftnthe , rendue mucilagineuje par 
Ptnfufton d'un peu de femence de fénugrec. 

Et le même collyre, y ajoutant une demi-drag- 
me de tuthie préparée , £5 autant de flomb bru le & 
lavé , fert enfin à defiecher&cicatnfer. 

Si pendant la cure il furvenoit des chairs fon- 
gueules, on auroit foin de les confommeravec 
une poudre faite départies égales d'alum calciné, d'i- 
ris y £5 de fucre candie. Et û ces chairs avoient quel - 
que difpofitionàrépullu}er,onnjouteroit au col- 
lyre fufdir. dix gratns de vitriol blanc, ou quinze 
grains de fi erre medicamenteufede Crollius , pour le 
rendre plus defficatif. 

Quand la rupture de la cornée vient de l'ulcé- 
ration de cette membrane, on la traite d'abord 
avec les remèdes mondifians, & on pourfuit fa 
cure comme je viens de le dire, pourvoyant aux 
autres accidens qui peuvent accompagner cette 
ulcération, comme je le dirai au Chapitre XVII. 
ou je traiterai en particulier des ulcères de cette 
membrane 

On remarquera que, lorfque l'humeur aquen* 
fe& les corps tranfparens fe font écoulez enfuite 
de la rupture ou de la playe de la cornée, les 
douleurs & l'inflammation ne font pas h grandes 
ni û à appréhender, comme dans la confufion. 
Et la raifon , c'eft que dans la confufion , les mem- 
branes contufes & dilacérées s'enflamment, le 
corps vitré , l'humeur aqueufe & le fangépan- 



de l'Oeil. 179 

chê s'échauffent, fe fermentent, Se étendent la 
cornée, & quelquefois même fuppurent , & tou- 
tes ces choies ne fe peuvent faire fans de gran- 
des douleurs. 

Si la plus grande partie de l'uvée refte dans le 
globe de l'œil fans s'être écoulée dans la fuppu- 
ration , & que la perte de la fubftance de la cor- 
née ne foit pas confidérable , quand ces mem- 
branes font entièrement cicatrifées , il s'engendre 
ou s'amafTe au-dedans de l'œil une humeur fem- 
blable à l'humeur aqueufe , qui le remplit & re- 
tend médiocrement ; en telle forte que les ma- 
lades , pour ôter la difformité , peuvent s'accom- 
moder d'un œil artificiel qui fuît les mouvemens 
de l'œil , & qui font croire à ceux qui ne le fça- 
vent pas, que l'œil eft naturel. Mais quand l'uvée 
eit entièrement fuppurée, ou que la cornée elt 
confommée dans fa p^us grande partie , ce qui 
refte eft fi enfoncé, & les paupières font fi ren- 
verfées au-dedans, qu'il eft difficile d'y faire te- 
nir un œil artificiel; & h quelquefois les ouvriers 
réufîïiTent à en faire un qui puiile tenir, il fe 
trouve alors fans mouvement. 



CHAPITRE X. 

5. De la fort ie entière de V œil hors de Vorhiie» 

IL arrive aufîi quelquefois que par un coup du 
bout d'un bâton , d'une balle à jouer à la longue 
paume , d'une pierre , ou d'autres inftrumens fem- 
blables pouffez violemment fur l'œil, le globe 
n'eft pas feulement contus & meurtri t & les par- 
ties intérieures brifées & confondues; mais aullî 
les membranes communes, lesmufcles,& les au- 
tres attaches de l'œil font déchirées & brifées en 



â8o „De3~Malaïmes 

teile forte que le globe de l'œil fe jette entière» 
ment dehors, Se quelquefois tient encore à quel- 
ques fibres nerveufes,ou charnues, ou membra- 
«eufes. 

Quand le globe de l'œil eft ainfl jette hors de 
ï*orbite,quoiqu'il tienne encore à quelques nerfs, 
mufcles, ou membranes, il ne faut pas croire 
qu'étant remis & contenu dans l'orbite, il puifle 
s'y unir derechef & recevoir de la nourriture, 
puifqu'il n'y refte plus de canaux entiers & fuffi- 
fans pour lui en porter. Quelques Auteurs cepen- 
dant en rapportent quelques obfervations , entre 
lefquelles je ne puis m'empêcher d'en examiner 
une de Jofeph Coûillard ; c'eft la f 7 de fon Trai- 
té des principales Opérations de Chirurgie ^con- 
çue en ces termes, 

„ Le fieur Guillaume Vincent, Orfèvre de cette 
„ ville du Montelimard , reçut à l'œil un coup de 
„ balle de raquette fi fort, qu'il lui fépara toute la 
„ circonférence de l'œil de fon orbite. Je fus ap- 
„ pelle pour le traiter, & trouvai un lien coufin 
„ayan£ les cifeaux à la main, pour couper les 
,, nerfs par le moyen defquels il refteit attaché: 
, je m'oppofai à cette a&ion ; & ayant remis l'œil 
„à fa place le plus promptement qu'il me fut 
„po(Tible, je pourfuivis la cure, & mes foins 
„réuflirent fi bien, qu'il guérit fans que fa vue 
„ ait été aucunement diminuée. 

Quand on ne rapporte des obfervations de 
pratique que par oflentation, on groiiit pouf 
l'ordinaire les objets plus qu'ils ne font; & fou- 
vent parles circoniiances mêmes de ces obferva- 
tions, on en fait découvrir la faufleté.Ceft ainfi 
que cet Auteur en a agi: car quand il dit avoir 
remis à fa place & guéri un œil féparé dans toute 
la circonfirence de Pon orbite, & dont on vou- 
ïoit couper les nerfs par le moyen defquels il 



de l'Oeil. 2$* 

Teftoit attaché, il avance une chofefaufle ; parce 
qu'un œil ne peut être en cet état, fans que la 
conjonctive ne foit entièrement rompue & fé- 
parée, & fans que les vaiîieauxqui fuivent cette 
membrane, & qui portant la nourriture à la fu- 
perflcie antérieure de l'œil, ne foient pareille- 
ment rompus , de même que les mufcles & les 
vaiffeaux qui les abreuvent. Et comme ces par* 
ties ainfi(ftviféesfe retirent vers leurs principes, 
& changent de fituation, il s'enfuit que chaque 
parcelle ne peut fe rencontrer avec fa femblable , 
quoiqu'on remette l'œil dans foaorbite:& quand 
cela feroit, il ne fe feroit point d'union; parce 
que pour qu'une partie considérablement divifée 
fe réunifie, il faut que les deux extrêmitez de 
cette même partie reçoivent du fang, pour four- 
nir chacune réciproquementle fuc nourricier né- 
ceflaire pour leur réunion : or les extrêmitez des 

Farties divifées qui reftent du côté du globede 
œil n'en peuvent recevoir » puifque les vaif» 
féaux qui le doivent porter de ce côté-là, font 
rompus ; elles ne peuvent donc fournir de fuc 
nourricier, & par conséquent il ne fe peut faire 
d'union. 

D'ailleurs, quand même onfuppoferoitque le 
rameau de la carotide, qui accompagne le nerf 
optique , & qui fournit des artères à la cornée & 
aux parties intérieures du globe, pourroitne pas 
être rompu, & qu'ainiî il fbumiroit non-feule- 
ment du fang à la cornée & aux parties intérieures 
du globe, mais aufli aux extrêmitez des parties 
divifées qui reftent du côté du globe: je répon- 
drois que quand cela feroit, il pourroit bien con- 
tinuer quelque tems à fournir du fang à la cornée 
& aux parties intérieures du globe , mais non pas 
aux parties divifées qui relient attachées du côté 
du globe ; parce que les artères qui fe jettent 



*Ss ^ Des Maladies 

dans la cornée ou elles fïniiient entre ces pell!-» 
cules, ou elles les pénètrent & entrent dans le 
globe, fans qu'il s'en réfléchie aucuns rameaux 
aux mufcles&membranescommunesde l'œil. 

De plus le globe de l'œil danscetétât, qu?rd il 
recevroit encore du fang par le rameau de la ca- 
rotide qui accompagne le nerf optique, il ne pour- 
roit pas pour cela fubiifter long terns en vie , 
parce que pour qu'un membre conferft fa vie , il 
faut qu'il demeure uni dans fa plus grande partie 
au tout dont il fait partie ; & quand il en eft tant 
féparé qu'il neti^ntp'us au tout que par quelque 
parcelle , quand même en cet endroit il fe trouv-e- 
roit des vaiflèaux pour l'abreuver de far.g , Se 
des nerfs pour lui fournir des efprits animaux, iî 
tomberoit en pourriture & mortification ; parce 
que ces vaifîeaux ne fe difrribuant' point dans 
toutes les particules qui compofent ce membre, 
il ne pôurroit recevoir affez de fang pour vivre 
d'une vie commune avec le tout. 

Ajoutez à cela qu'un membre ainfi féparé , eft 
bien-tôt pénétré del'airextérieurquilui fait per- 
dre fa jufte température, d'où s'enfuit la coagu- 
lation d u fang > le défaut de fa circulation , & enfin 
la mortification du membre : fans parier des autres 
defordres qui fuivent les diiacérations, conf- 
iions, & autres espèces de foîutions dont un tel 
membre fe trouve affecté. 

Une autre chofe abfurde qu ? avance cet Auteur , 
c s eft de dire que ce malade guérit fans que la vue 
ait été aucunement diminuée. Si cet œ;l eût été 
dans l'état qu'il le décrit , fuppofé qu'il eût pu fe 
réunir, la vue auroit été entièrement perdue , 
premièrement , parce que le nerf optique r/au- 
roit pu fouffrir une fi grande violence fans que 
ia fubftance moûleufe eût été dérangée & con- 
fondue^ qu'ainfi le paffage des efprits n'eût été 



be l'Oeil. *$f 

entièrement intercepté : & en fécond lieu , parce 
qu'un tel coup n'auroit pu féparer entièrement 
l'œil de la circonférence de l'orbite, fans caufer 
en même tems de la confufion dans les parties in- 
térieures du globe, quand même la cornée au- 
roic réiîfté au coup fans fe rompre. 

Voilà ce que les circonstances de cette obferva- 
tion font connoitre de faux ; & voici ce qu'elles 
peuvent marquer de vrai. 

La baîe avoit apparemment donné en biaifanfi 
fur l'orbite du côté du petit angle , où les os qui 
forment ce bord, fe terminent en une crête fort 
aiguë & tranchante ; ain-ii la conjonctive & les 
autres parties qui fe trouvent entre la baie & ce 
bord, fe rompirent , & l'oeil fe trouva de ce côté- 
là féparé du bord de l'orbite. Cette féparation 
jointe à l'échimofe qui devroit fuivre ce coup , 
enétoit adez à un homme peuconnoifleur, pour 
lui faire croire que c'étoit un œil perdu, & qu'il 
lefalloit ôter; mais notre Auteur plus avifé s'y 
oppofa, & effectivement il le guérit ; rien ne s'op- 
poîant à la réunion, comme on le peut juger par 
ce que j'ai dit ci-defîus. La vue ne fut point di- 
minuée , parce que le globe de l'oeil ne fut point! 
contu^ou s'il le fut, ce fut fi légèrement qu'au- 
cune partie intérieure ne fut nidilacérée, ni dé- 
rangée» 

Comme il fe trouve un grand nombre de Chi- 
rurgiens du caractère de cet Auteur , qui pour 
s'attirer de la réputation , ne craignent point 
d'outrer la vérité, en avançant des cures impof- 
fibles qu'ils fe vantent d'avoir faites ; j'ai bien 
voulu examiner cette obfervation , pour faire 
connoitre qu'il ne faut pas recevoir indifférem- 
ment toutes les Hiftoires ou Obfervations de pra- 
tique pour s'en faire des règles , fans auparavant 
examiner fi elles font conformes à la raifon & à» 
l'expérience. 



184 Des Maladies 

Je viens à mon fujet , & j e dis que , puifqu'il ei? 
impoiTible qu'un œil féparé de l'orbite, comme je 
Fai fuppofe , puifle fe réunir, il faut couper le? 
foibles attaches qui reftent, & le féparer entière* 
ment comme un membre inutile , puis remplir 
l'orbite de charpi fec , pour arrêter lefang,s'il ne 
flue que lentement, & s'il flue abondamment, on 
y mettra avec ie charpy des poudres de mafiich, de 
gomme arabique $5 de bol ' a'armenie , mêlées pat par- 
ties égaler , qui ne manqueront pas d'arrêter le 
fang, & pardeflus on appliquera des compreHes 
trempées dans le défenfif fait avec le blanc d'œuf, 
Vhutîe rojatje vin & le bol , que l'on contiendra" 
avec le bandage ordinaire. 

On préviendra l'inflammation & la fièvre par 
lafaignée du bras, les lavemens émoliiens & ra- 
fraîchifTans , & par un régi me de vivre éxa&. 

Dansle fécond ou troillémepanfement& dans 
les lui vans ; on fe fervira dudigefiif fait avec ta fé» 
tébentine , le Jaune d'œufî?) le miel rofat , conti- 
nuant par defius le défenfif fufdit. Et quand la fu- 
puration ie fera s on ajoutera à ce digeftif 1er 
poudres d-ari(kolochôï5 d^aloes , pour mondifier,ou 
bien on fe fervira du mwdificatif d'ache , ou autre 
femblable,& au lieu du défenfif, on trempera les 
compreffes dans la fomentation décrite au Cha- 
pitre précédent. 

Etqjandles chairs feront mondi fiées, & qu'elles 
auront fufflfamment pouffé , on les de(Téchera&" 
cicatrifera à la manière des autres plaies. 

Quand l'œil eft entièrement hors de l'orbite > 
les douleurs & l'inflammation ne font pas fi à 
craindre que lorfqu'iî refte enfuite de quelque 
coup pour les raifons que j'ai dites au Chapitre 
précédent ; & c'eft pour cela qu'on traite la plaie 
reflante à peu près à la manière des plaies con- 
ÉafeSj n'y ayant point d'autres indications à pren- 



ee l'Oeil. tS* 

/Ire , excepté qu'il ne faut pas procurer un e 
grande fupuration, à caufe du voifinage des os* 
& de ce que l'orbite eft fort dénué des parties 
charnues. 



CHAPITRE XI. 

Des plaies des yeux <5 de leur contufion. 

PUifque dans les trois Chapitres précédera % 
j'ai traité des.defordres qui arrivent à tout le 
globe dje l'ceil par de violentes caufes extérieures, 
j'ai cru devoir parler enfuite de fes moindres plaies 
& contufions , pour le rapport qu'elles ont entre 
elles, tant à l'égard de leurs fymptômes, qu'à l'é- 
gard des vues que l'on doit avoir pour leurs trai- 
temens:.quoique cependant, pour f livre l'ordre 
que je m'étois propofé , j'aurois dû .'es rangea 
dans les lieux ou je traite des maladies de chaque 
particule. 

Les fîmes des yeux, de leur nature ne font pas 
mortelles , puifque la plupart de ceux qui font 
bleifez en ces parties guénfient: cependant elles 
font très^mauvaifes & très-dangereufes , non ? 
feulement pour la perte de Ja vue qui eit fou vent 
inévitable, mais pour les fymptômes fâcheux qui 
les peuvent fuivre, comme fluxion, inflamma- 
tion, douleur, veilles, délire & autres. 

Pourvu que les plaies de l'œil ne foient pas bien 
grandes v qu'elles ne changent point la difpofition 
des parties intérieures, qu'elles ne foient point 
fituées.fur la cornée tranfparente vis-à-vis de la 
pupille ,.& qu'elles guériflent prompternent & 
fans autres fâcheux accidens, elles ne détruifent 
pas .toujours la vue * quoiqu'elles pénétrent quel- 
quefois la cornée, & qu'U.s'y Fafie épanchement 
£Ïe l'humeur aqueufe. 



%%6 Des Maladies 

Mais quand elles font confi érables, qu'elles 
changent la difpofition des parties intérieures, 
qu'elles occupent la plus grande partie de la cor- 
née tranfparnte, ou quoique petites , quand l'in- 
flammation, la fluxion Ja dou'eur, & autres ac- 
cident font grands, elles font prefque toujours fui- 
vies de la perte de la vue. & cela, ou à caufe des 
grandes ci catrices qui reftent , ou pour les ulcéra* 
tions, abcès , ou grandes fupurations qui furvien- 
nent,&qui font fouventlescaufesdela deftruc- 
tion de cet organe. 

Les plaies caufées par des iiftrumens piquans 
ou tranchans, font plus aifées à guérir ; propor- 
tion gardée, que cel'es qui font faites par des 
inftrumens contondant 

Celles qui font faites entre le globe de l'oeil & 
l'orbite, fans léiion des mufcles ou des nerfs, fe 

fuériffent allez promptement, fans être fujettes 
beaucoup d'accidens; maisquandlesmufclesou 
les net fs font offenfez , ou l'œil fe retire p'usd'un 
côté que de l'aurre, (a) ou il arrive paralyfie à 
l'œil., ou il fe forme des abcès dont les fuites fonî 
fouventfoit fâcheufes. 

Et fi ces plaies paffent outre, foit qu'elles n'of- 
fenfent point le globe, ou qu'elles loiFenfent,elles 
caufent quelquefois une mort fubite , à caufe que 
les os qui forment le rond de l'orbite , étant fort 
«ninceSjils ne peuvent arrêter la violence du coup, 
Se empêcher que le cerveau ne foit offenfé. 

Pour guérir les plaies des yeux, on doit préve- 
nir la fluxion , l'inflammation & la douleur , qui 
font les plus communs fy mprômes qui les accom- 
pagnent & qui oonnent naifiance aux autres ; par 
la taignée du bras du côté de l'œil malade , & réï- 

(a) Voyez le fymptôme qui fuit cette rétrafti<on au Cha- 
rme II, de la tioifiênie Pa«ie, 



de l'Oeil. i%-j 

téree fuivant les forces du blefîé, & la grandeur de 
la pUie : par an régime de vivre fort éxacr. ; par 
levfrét|uen lavemtns,& par les autres remèdes 
généraux propofez ci-devant . & dont je traiterai 
plus à fond en pariant de l'ophtrialmie. 

On p. évient aufli !a fluxion, l'inflammation & 
Sa douleur , en ôtant les corps étrangers , s'il en 
eft rcfté quelqu'un fiché dans l'œil, ou entre le 
globe «Se les. paupières, & par lesremedesci-apiès 
propofez. 

Si les corps étrangers Joni grojp. ers & feu fibles , on 
les ôte avec des petites pincettes, quand û font 
fichez dans la cornée ou ailleurs ;& quand ils font 
entre le g'obe & les paupières, on les fait fortir 
avec le bout d'une feuilie de myrthe, ou avec 
une mèche de linge. Si ce font quelques petits éclats 
pointus Je pierre oh d'autres corps durs , qui foient 
fichez furie globe , comme cela arrive quelque- 
fois aux Meuniers, en battant leurs meules, & à 
d'autres ou vriers,& qu'on ne les puiffe fa ire for- 
tir par les moyens fufdits, à caufe de leur peti- 
tefle& de i'inftabilité de l'oeil ; on prend le quart 
ou environ d'un tuyau de pailie de la longueur 
d'un doigt, on le parTe plafieursfois pour le ren- 
dre fouple & uni, entre l'ongle du pouce & le 
doigt indice , la fuperficie intérieure étant du côté 
du pouce , on tient enfuite une de fes extrémitez 
entre le grand doigt&le doigt inri ice, & l'autre 
extrémité entre le même doigt indice & le pouce, 
& on forme parce moyen une anfe avec laquelle 
on ôte ces éclats, en ratifiant doucement l'œil en 
l'endroit ofc ils font fichez, & tenant la paupière 
fupérieure bien ouverte ou même renverfée, fi 
on peut. Mais fi ce ne font que quelques poujjieres 
su petits Çabks^ on en nettoyé l'œil, en ouvrant la 
paupière fupérieure, & verfant dedans quelques 
jgQHtiss d'taurofe oh d y autres mux ophîhêlx^iqHès i ou 



rS8 Des Maladies 

on prend avec le pouce & le doigt indice les Cil* 
delà paupière fupérieure,& les tirant en bas, on 
étend la paupière; puis fermant 1 oeil fain, on com- 
mande au malade de ciller l'œil blefîe,& à la fa- 
veur de ce mouvement & des larmes , ces petits 
corps font entraînez dehors , ou bien on introduit 
un grain d'orvale^ entre le globe&la paupière fu- 
périeure, qui en s'enflant à caufe de l'humidité qui 
le pénètre , écarte la paupière du globe , & par le 
mouvement de l'oeil,il roule pardifférens endroits 
fans le pouvoir blefler, & les petits corps font ou 
entraînez par les larmes , ou ils s'attachent à ce 
grain, autour duquel il s 5 eft formé un mucilage j 
& fortentavec lui. 

A l'égard des remèdes topiques , foit que la 
plaie foit grande ou petite, foit qu'elle foit con- 
tufe ou non , ou foit qu'elle foit dans la cornée , ou 
feulement dans la conjon&ive,& qu'elle pénètre 
dans l'orbite , on doit d'abord couler dans l'œil 
dujangde pigeon, que l'on tire fous l'aîle, ou dn 
lait de femme nouvellement trait , ou de celui de 
vacbô -, dans lequel on a fait infufer un peu defafran i 
qui font les remèdes les plus familiers & les plus 
propres pour conferver la température naturelle 
de cet organe, pour empêcher l'inflammation & 
la douleur, & pourdifpofer par une douce fupu- 
ration la réunion des membranes di vifées ; & par» 
deflus l'œil appliquer des compreffes trempées 
dans le collire finit avec Peau rofe £5 le blanc d'œuf 
battuf e«/èm/^,renouvellant ces remèdes 5. ou 6. 
fois par jour. 

A chaque panfement,fiîa plaie pénetrela cor- 
née , il fe faut bien donner de garde de preffer le 
globe en ouvrant l'œil, de crainte d'exprimer l'hu- 
meur aqueufe, ou de faire préfenterl'uvée parla 
plaie; ou même la plaie étant grande, défaire 
«couleries parties intérieures, ouaumoinsd'em. 

pêcher 



de l'Oeil. -Pq 

pêcher la réunion de la playe. Il faut même em- 
pêcher le plus qu'on peut l'œil de fe mouvoir-, 
en quelque partie que la playe foit; & pour ceï 
effet il eft à propos de tenir les deux yeux ban- 
dez, afin que l'œil malade foit plus en repos. 

Qjjand la cornée n'eft ouverte que par une 
fimple piquure, comme d'épine, d'éguille, on 
autre inftrument fort pointu, quoiqu'au moment 
du coup l'œil fe foitafraiff: & ridé par l'écoule- 
ment de l'humeur aqueufe ; un jour ou deux 
après, l'œil fe trouve rempli, fans que rien s'é- 
coule par l'ouverture, non plus qu'après la pon- 
ction que l'on fait pour abbaiffer les cataractes, 
comme je l'ai remarqué plulieurs fois, s'y fai- 
sant feulement une petite boiiè rou^e à l'end oit 
de la piquure. Il arrive même quelquefois que 
des playes de la longueur u'une ligne , 8c. même 
■plns^par lefquelles l'humeur aqueufe A ft c ;u- 
lée d abord , deux ou trois jours api es n\ n laif- 
fent pas écouler une goutte, quoique le globe 
paroifle prefque auffi plein qu'avant la playe : ce 
<mi vient de la folidité de la cornée , joint à l'in- 
flammation qui y furvient,qui tuméfie un peu 
cette membrane,& faitquelesbordsdela p'aye 
fe joignent défi près, qu'ils empêchent la forcie 
•de cette humeur. Quand même l'inflammation 
n'augmente pas considérablement , la playe s'u- 
nit infenfiblement : mais quand l'inflammation 
devient grande, il ne s'y fait point d'union; & 
îors de la fuppuration, on voit la cornée fe relâ- 
cher, & l'humeur aqueufe couler de nouveau, 
<k quelquefois l'œil fe vuider entièrement: c'efl 
pourquoi on doit toujours fe défier de ces fortes 
de playes, & fufpendre fon jugement jufqu'à ce 
<me la fuppuration foit bonne, & qu'on voye 
une vraye union. 

Quoique Galien eftime que la régénération de 

N 



iÇft Des Maladies 

l'humeur aqueufe foit une cucfe. fort rare, a Poe- 
canon de l'hiftoire qu'il rapporte dans fon pre- 
mier Livre de s. eau fis desfymptomes , vers la fin du 
chapitre ide cet enfant piqué à l'endroit de la 
pupille, dont l'humeur aqueufe s'écoula en il 
grande quantité, que la pupille en fut rétrécie& 
la cornée ridée , & qui étant guéri , vit fort bien, 
l'humeur aqueufe s'étant rengendrée : nos Au- 
teurs cependant nous en ont laifTé pîufieurs exem- 
ples ,j& je pourrais aufli en rapporter quelques- 
uns , .ou j'ai vu arriver la même chofe, fi déjà je 
n'a vois allez prouvé la régénération de cette hu- 
meur. 

L'inflammation s'appaifant, ce qui n'arrive 
gueres qu'après le feptkme jour, & la fuppura- 
tion commençant à être bonne, ce qu'on cen- 
noît parla chaflie qui s'épaiilit & blanchit, & par 
:a couleur vive & naturelle de la playe ; on cefTe 
les remèdes fufdits , pour fe fervir du collyre fait 
avec vingt grains de irochi.jcj.ue s blancs de rhafis , dix 
grains de tuthie préparée , dix grains de myrrhe , du 
vitriol blanc £? dujafan de chacun cinqgrains , Ç5 une 
dernier- dragmi de j icre candie, qu y on dijfout dans 
quatre onces dis eaux de rofe , de plantain, & de lierre 
terre fae 4 dans lesquelles en aura fait wfvfer une fufi 
fifante quantité de graine de Un ou de ffyllium ,postr 
les rendre un peu mucilagineujes. Ce collyre mon- 
diiie, incarne , & defTeche modérément, qui font 
les intentions qu'on doit avoir alors. 

Ou bi n on fe fert de cet autre fait avec quinze 
grains .de far cocole nourrie en lait de femme, de l'encens, 
Je Vji'.o'ès ,de la m) rrhe de chacun dix grains, cinq grains 
Jefafî f #n s & quinze grains de tuthie , qu'on diront 
dans quatre onces à'' eau d'eufraife <$ de fenouil , ren- 
dues mucilagïneufis far Vtnfufton de dix grains de 
gomm- arabique. 

Maisfi l'inflammation, au Heu de diminuer, 



DE L'OEÎL. 291 

s'augmente, & que le globe fe tuméfie, comme 
il arrive quelquefois après les playes contufes de 
là cornée & de la conjonctive, & même après 
les non contufes, quand e!!es font grandes, ou 
qu'elles font faitesdans des fujets mal-habituez, 
quoique fouvent ces playes ne pénètrent pas; il 
faut s'attacher uniquement à diminuer & détour- 
ner l'humeur qui caùfe la fluxion, & à calmer 
VefFervefcence de l'humeur déjà amaffée , n'y 
ayant nulle union à efpérer que ces fympcômes 
nefoientappaifez. 

On réitère à cet effet la faignée du bras, on 
pafle à celle de la jugulaire du côté de l'œil ma- 
lade , on applique des veficatoires devant & der- 
rière les oreilles, on ouvre même un cautère, ou 
on paffe un feton à la nuque, fi on juge par i'a- 
bondance des larmes, par leur chaleur, & par la 
cachexie du malade, que la fluxion doive fub- 
filter long-tems ; & à l'égard des remèdes topi- 
ques, on fuivra ce que je dirai ci-aprês à l'occa* 
iion des violentes ophthalmies. 

Et fi la playe s'ulcère, & jette une fanie viru- 
lente & corrolive,ou fi elle devient putride, on 
la traitera comme je le dirai au Chapi tre de^ ul- 
cères :^ce qu'on obfervera à Pégard des autres 
fymptômes communs à d'autre* maladies de cet 
organe. 

A moins que la playe qui pénètre la cornée ne 
foit un peu grande , ou qu'elle ne foit angulaire , 
l'uvée ne s'y pré fente gueres , & cela , à caufe de 
la foîidité de la cornée, qui fait que fes bords ne 
s'éloignent pas facilement; mais quand elle s'uî- 
cere, l'ouverture s'élargit, ce qui donne plus 
d'occafion à l'uvée de fe jetter au- travers, & de 
former \tftaphy!oms. Dans cette rencontre, fitôt 
que l'on voit que l'uvée fe préfente, on doit fe 
fervir de collyres qui ayentde l'aftri&ion , tels 

Nij 



2.9- Des Mal a dîes 

que ceux que je propoferai vers la fin du Chapi- 
tre des ulcères, cpe l'on doit rendre en même 
tems mondifians par l'addition de la myrrhe CSi de 
l'ala&f, 

Qjsand îa playe qui eft feulement dans îa con- 
jonctive , pénètre dans l'orbite , & qu'il y a quel- 
ques vaiiTeaux d'ouverts, comme les attaches 
qui y arrêtent le globe de l'œil font fort lâches., 
afin qu'il s'y meuve plus aifément, cela donne 
occasion au far,g de s'épancher entre le globe & 
l'orbite, quelquefois en ii grande quantité, qu'il 
tuméfie de toutes parts la corjon&ive, enforte 
qu'elle paroi t comme un cercle éminent autour 
du globe, Se quelquefois même le globe eft 
pouffé en dehors. Cet épanchement & amas de 
fang fe fait plutôt quand la piaye eft petite, que 
ioriqu'eiie eft grande; parce qu'alors il s'écoule 
en dehors, à mefure qu'il fort des vaiiTeaux. On 
ne doit pas cependant conclure , qu'il feroit donc 
avantagent d'agrandir la playe trop petite , pour 
procurer cet écoulement, & empêcher le fang 
de s'amafler & de fe cailler ; parce qu'il eft à 
fcràiridre , en coupant la conjon&ive, qui eft la 
«Iasf0rte& la plus confidérable attache qui con- 
tienne le globe de l'œil dans fon orbite, que i°.le 
^iobe ne fe déjette dans la partie oppofee à la 
playe: 1° que l'air extérieur en s'infmuant dans 
i'orbite , ify caufe de l'altération ; 3°. qu'on 
jrfgffenfe quelque roufeie ou que*que nerf, ou le 
globe même , à caufe du peu d'efpace qui fe ren- 
contre entre lui & le bord de l'orbite. Il vaut 
donc beaucoup mieux que ce fang , qui fe caille 
pe$ de tems après qu'il s'eft épanché, fe rende 
jteicie & s'écoule de lui-même par la playe, ce 
qjii arrive lorfque la fuppuration eft prête à fe 
faire ; & jufques à ce que ce fang foit écoulé , 
»e mettre daias l'œil que le fang de ftgem on ïe 



D-E L'OEÏL 

frit, comme je l'ai dit ci-devant , & patHÊfeiJ as 
tout l'œil appliquer le défenfif fait avec VœuJ\e*>- 
tier , le vin, Ç$ h fafran battus enfembîs , à moins 
que l'inflammation ne devint grande , car en ce- 
cas on fuivroit la règle ordinaire. Il peut au!S 
arriver que la playe le refTerrant par l'inflamma- 
tion, ce fang ne puiflè s'écouter, & qu'a iris il 
fuppure & forme un abfcès; alors on auroit re- 
cours au Chapitre premier de la Troiiiéme Par- 
tie , où je parlerai de l'abfcèsde l'orbite, 

II arrive aulii quelquefois que la conjonttivs 
efl: déchirée & diîacuée par des inilrumens con- 
tondans, pouffez en biaiiant, furie bord de ''"cr- 
bite du côté du petit angle, à cauleque de c-.; 
côté-là les os qui forment ce bord fe terminer/;: 
en une crête aiguë & tranchante, comme je l'ai 
dit dans le Chapitre précédent, fans que la peaa 
des paupières fe trouve toujours rompue; parce 
qu'étant plus épaifTe, plus forte, & moins votât- 
ne des os, el'.e réiifte davantage à la violence dis 
coup- Dans cette rencontre, pour peu que cette 
dilacération foit grande, l'œil fe déjette danslàj 
la partie oppofée, <3c s'avance quelquefois fi Fort 
hors de l'orbite, que l'on découvre les mufcles^ 
du côte de la dilacération , enforte que l'on croi- 
roit l'œil perdu: cependant il fe peut réunir, & 
rétablir dans fa fituation ordinaire, fans même 
que la vue foit intéreflee, pourvu que d'ailleurs 
le.globe n'ait point été preflé; parce que cette di- 
lacération n'étant que dans une partie de la con- 
jonctive, cette membrane reçoit aflez de nour- 
riture pour procurer fa réunion. Ce qui eft feule- 
ment à craindre, c'eft que l'air qui pénètre dans 
l'orbite n'altère le globe, & n'y excite de l'in- 
flammation, quiferoitfuivie d'une fuppuration,. 
qui dans la fuite feroic caufe que le globe s'uni- 
roit de ce côté- là û étroitement à l'orbite , qu'il 
demeureroit immobile. N iij 



194 Des Maladies 

Si au contraire l'œil a été preflë, comme Jorf - 
Que la di lacération a été caufée par quelqu'in- 
flrument contondant qui ne s'eft point arrêté fur 
Je bord de l'orbite , & qu'il y ait quelque déran- 
gement dans les parties intérieures; ou même fi 
î'inftrument a feulement donné à côté du globe , 
& la déjetté violemment dans la partie oppofée 
& en dehors, & que par ce moyen le nerf opti- 
que ait fouffert une violente extenfion, quoique 
fouvent la conjonctive ne fe trouve point dé- 
chirée : dans ces deux cas la vue refte confidéra- 
blement diminuée, ou tout~à- fait perdue, parce 
que les parties intérieures étant dérangées, les 
rayons de lumière ne fe trouvent plus dirigez 
pour fe porter dans leur ordre naturel fur la réti- 
ne ; & que par la violente extenfion du nerf op- 
tique , fes fibres mcëlleufes font ou rompues on 
confondues, ce qui lui fait perdre fon fentiment. 

Les mêmes remèdes dont on fe fert pour les 
playes de la cornée & de la conjonctive, fervent 
pour la diîacération de cette membrane ; ce qu'on 
doit faire de particulier, c'eil que fitôt que l'on 
voit l'oeil fe déjetter hors de l'orbite, on doit l'y 
repoufler , & l'y contenir par de petites compref- 
fes épaiffes qu'on applique fur les paupières, & 
par un bandage un peu ferré, & cela, tant que 
l'on voye que l'œil foit réuni ; obfervant de tenu* 
euifi l'autre œil couvert & bandé, comme je lai 
déjà dit. 

Quand enfuite de quelques coups moins vio- 
lens que les précédens, ou par quelque caufe in- 
térieure les vaiiTeaux de la conjonctive te trou- 
vent rompus & ouverts, le fang s'épanche entre 
ces pellicules, & les rend ronges & enfuite li- 
vides. Quand l'épanchement eft abondant , il oc- 
cupe tout le blanc de l'œil & le tuméfie -.quand 
il êft en moindre quantité, il n'en occupe qu'une 



S E l'Oe i £i zg$ 

partie qui eft le plus ion vent l'inférieure ; -& 
quelquefois il eil en ii petite quantité , qu'il ^or- 
me feulement une tache rouge dans les envi- 
rons àzs vaiffeaux d'où il s'eit échapé. Et de' 
quelque manière que cet épanchement fe failè, 
è< en quelque quantité que lé fang fe trouve 
épanché, on appelle en frac cois cette maladie 
Oeil poché, (a) 

Soit que cet épanchement vienne d'une caufe 
intérieure , comme lerfque les vaiffeaux de la 
conjonctive font d'une texture ii foible, qu'ils ne 
peuvent foutenir l'effort d'un fang échauffé, ra- 
réfié & abondant fans fe rompre, comme on le 
voit arriver afl'ez fréquemment à quelques pe?- 
fonnes, particulièrement enfuite de quelques 
mouvemens violens & dans les grandes chaleurs 
de l'été; ou qu'il foit excité par quelques caufes 
extérieures : on traite cette maladie de même qiïé 
les oîayes contufes de cette partie , quoiqu'elle 
ne foit accompagnée d'aucune folution exté- 
rieure, Ainii dans le commencement on faigne le 
malade , on coule dans l'œil fé'fsttg défig-on, ou l'é- 
tait de femme , ou celui de vache mêlé dejafran^ <> 
par-deffus on applique des cornprefîes trempées 
dans le collyre fait avec U blanc d'œuf & Veau* 
roJe;.8c quand on ne craint plus d'inflammation, 
on travaille à refondre îe fang épanché, en cou- 
lant dans l'œil quelques gouttes du collyre fait 
av c quatre onces des eaux de fenouil & de rue ren- 
dues mucihgineufes par une infufion de graine de 
fénugrec, dans lesquelles on Siffout dix grains de cam- 
jphre & autant de [afran, & fuitout l'œil on appli- 
que une compreffe trempée dans une dëcoïlicn 
d'hyfope , d'abfmthe^ & de fetirs de camomille £? de 
me l dot. 



(a) Les Grecs la nomment Hvpofphagma j les Arabes Tarfen, 

N iij 



zyè Des Maladîes 

Il arrive aufli qu'enfuite de quelques coup3 
orbes moins violens que ceux énoncez au Chapi- 
tre VlII.le globe de l'œil fe trouve pareillement 
contus; qu'il y a du fang épanche, ou entie fes 
membranes propres, ou au-dedans de l'œil, fans 
toutefois qu'on remarque de confufion ou dé- 
rangement dans fes parties intérieures, ni de 
di lacération fenfible : cependant on doit craindre 
en cette rencontre la perte, ou au moins une no- 
table diminution de la vue, fi le fang épanché, 
au lieu de fe réfoudre , fuppure ; puifque tout pus 
épanché au-dedans de l'œil, peur peu malin qu'il 
foit, quand il ell en quantité, peut détruire les 
parties intérieures & caufer leur confufion, ou 
au moins les altérer conlîdérablement. On pré- 
vient autant qu'on le peut les fuites fâcheufes de 
cette confufion intérieure, en la traitant comme 
la précédente ; fe conformant auffi à ce que j'ai 
dit au Chapitre VIII. & ailleurs. 

Pour la foiblefîe qui refte à l'œil après la gué- 
rifon des playes Se conciliions , on fe conformera 
à ce que j'ai dit à l'occafion de celle qui refte 
après l'opération de l'abbaiiTement des catara- 
ctes ;& pour cet effet on aura recours au Cha- 
pitre XV. delà première Partie, ou. ci-après à 
la fin du Chapitre XIII. 






DE L'OE I t. 1^7 



CHAPITRE XII, 

JDigreJJion fur ht caufes générales & particuliërefâes 

fluxions , inflammations , S5 autres maladies loca- 
les ;fur Je hn ufage de la faignée dans les inflam- 
mations £5 autres maladies , contre V opinion de 
quelques Modernes ; $5 fur Vaïïion des remèdes 
purgatifs pour corriger l'intempérie dufang. 

ON rï'auroît jamais fait, & il feroit même 
fort ennuyeux , fi en traitant de chaque ma- 
ladie en particulier, au lieu d'en rechercher !a 
caufe la plus prochaine, on vouloit toujours re- 
monter jufques à la première fource ; & iï en 
prefcrivant les remèdes généraux, on étoitobîi- 
gi de retoucher les fondemens fur lefquels leur 
vstage eit établi. Cependantcommel'expîication 
particulière de chaque maladie dépend autant 
cies notions qu'on fe forme de leurs caufes, com- 
me des notions particulières, & que les règles 
particuUeresde pratique font fondées furlesgé- 
néralesije me vois obligé, avant que de pour- 
fuivre la Defcription des Maladies de VOeii, 
d'expliquer fuccinéfcement dans ce Chapitreles 
caufes générales & particulières des fluxions, 
inflammations, & autres maladies locales, de 
dire quelque chofe fur le bon ufage de la faignée 
contre l'opinion de quelques Modernes, & fur 
l'effet des remèdes purgatifs pour corriger l'in- 
tempérie du fang; afin d'éclaircir quelques diifi- 
cultez qu'on poarroit faire naître de l'explica- 
tion des caufes des maladies dont j'ai parlé ci- 
devant , & de celles dort je traiterai ci-après, & 
de confirmer quelques règles de pratique que \\\\ 
fui vies , & que je fuivrai dans la fuite de' ce 
Traité. N v 



298' Des Maladies 

\mDet caufes générales C5 particulières des fluxion* , 
inflammations , &C. 

Si on confidere comment le fang en fe fermen- 
tant fe perfectionne & fe rend propre à entretenir 
toutes les parties de notre corps, quand la fer- 
mentation eft naturelle & bien réglée; & com- 
ment au contraire il s'éloigne de fa perfection, 
& tend à la deftru&ion de ces mêmes parties, 
quand elle eft non naturelle & déréglée: il fera 
aifé de concevoir l'origine non-feulement des 
inflammations , mais auiîî de toutes les autres 
tumeurs & abfcès, des ulcères, & de tous les 
fymptômes qui arrivent aux playes & à toutes 
les maladies locales. Je m'explique. 

La mafTe du fangconlldérée dansfon état natu- 
rel, & comme elle doit fe trouver dans lesvaif- 
feaux,dans les vifceres, & dans toute l'habitude 
du corps, pour nourrir & entretenir toutes les 
parties, eft un afFemblage ou un compofé de 
piufieurs petites parties différentes, délayées 
dans une certaine quantité de liqueur aqueufe 
qui leur fert de véhicule commun , que je divi- 
serai, fuivant la doctrine des Anciens, en quatre 
claffes , fça voir en parties fanguines, pituiteufes , 
bilieufes, & mélancoliques; entendant par les 
parties fanguines, ces parties fpiritueufes , dou- 
ces, huileufes & balfamiques de la ma/Te du 
fang , qui ne font autre chofe que les parties les 
plus pures & tempérées du chyle, qui ont touf- 
fe rt une co&ion modérée & parfaite : par les par- 
ties pituiteufes, celles qui font encore crues, in- 
(ïpides & vifqueufes, qui ne font autre chofe que 
les parties les plus crues du chyle , qui ne font pas 
encore converties en fang,& qui dans la fuite 
par la ccction s'y rendent en partie femblables: 



DE L'OE I L. 299 

par les parties biiieufes, celies qui font fubtile?, 
pénétrantes, ameres, & faciles à s'échauffer, qui 
font proprement les parties mêmes du fang trop 
atténuées & volatilifées : 6i par les parties mé- 
lancoliques, celles qui font groflieres,terreftres 
& acides, & qui font comme la lie ou le réfidu 
de toutes les autres. 

Ceft de l'abondance de l'une ou de l'autre de 
ces parties , d'où tous les hommes prennent la 
différence de leur tempérament, qui change en 
chaque homme, fuivant fes difTérens âges, les 
différentes faifons, & lesdiffirensalimens: aihfi 
l'abondance des parties fanguines rend l'homme 
d'un tempérament languin;les pituiteufes, d'un 
tempérament piuuiteux; les bilieufes, d'un tem- 
pérament bilieux ; & les mélancoliques , d'un 
tempérament mélancolique. 

Comme la Chymie m'apprend que les liqueurs 
dont les parties font uniformes , n'ont point d'au- 
tres mouvemens que celui qui eft commun à 
tous les liquides; ce que ceiies au contraire dont 
les parties font de différente nature, outre ce 
mouvement:, en ont encore un autre beaucoup 
plus fenfible, par lequel elles fe fermentent de 
changent de nature ; je n'ai point de peine à con- 
cevoir que le fang, qui eft compofé de tant de 
parties différentes Tes unes des autres en figures 
& en proprietez, le meuve de lui-même & fe 
fermente. 

Par la fermentation du fang, j'entens un mou- 
vement continuel de toutes fes parties différen- 
tes, par lequel, en s'entrechoquant,enes fe bri- 
fent, changent leurs ngures,enacquierentde nou- 
velles, fe fubtilifent, volatihfent, & fe rendent 
propres aux ufages deftinez par la nature ;& ce 
mouvement eft fuivi de l'effervefcence & delà 
chaleur. 

N vj 



300 Des Maladies 

Ce mouvement elft modéré par la partie aqueu- 
fedu fang, dans laquelle nagent toutes ces parti- 
cules : il eft facilité par les particules de l'air, qui 
entrent dans les poumons, & fe mêlent dans la 
malle du fang : il eft entretenu par le chyle nou- 
veau, auquel le fang déjà fait fert de levain; & 
il eft communiqué également à toutes les parti- 
cules de la maffe, par le mouvement général de 
toute la même malle, je veux dire par la circu- 
lation. 

Ceft par la fermentation que les parties du 
chyle, encore crues & vifqueufes, eu égard au 
far.g, font atténuées autant qu'elles le peuvent 
être , & rendues femblables au fang, finon tou- 
tes, au moins une partie ;&c'eft ce changement 
de chyle en fang, qu'on nomme féconde coïïion. 
Ceft auifi par la fermentation & par l'eflrervef- 
cence modérée qui la fuit , que les parties hétéro- 
gènes & ineptes à la nourriture, j'entens les ex* 
crémens,font difpofées à fe féparer delà maffe. 

Ces excrémens, & les autres particules inutiles 
& furabondantes de la mafle avec lefquelles ils 
l'ont mêlez , font portez indifféremment avec le 
fang par les artères, à de certaines parties qui ont 
une certaine configuration de pores propre à les 
laiifer écouler : ainli chaque excrément fe fépare 
de la maffe du fang par fon filtre propre; & ce 
mouvement de réparation fe nomme fltraùon. 

Les excrémens ainfi féparez fe portent hors du 
corps comme chofes inutiles, ou ils rentrent une 
féconde fois dans la mafle du fang. 

Les excrémens qui fe portent hors du corps, 
font tous ceux qui fe féparent & tranfpirent par 
la peau, ou fous le caractère de vapeurs tuligi- 
neufes & infenfibles, ou fous celui de fueurs ;les 
urines qui fe féparent par les reins, les mucofitez 
qui fe filtrent par les membranes glanduleufes du 



3de l'Os i L - £ôï 

nez ,ïes larmes par les glandes des yeux, "éc 

Ceux qui rentrent une féconde fois dans la 
malle du fang, y rentrent, ou après s'être purgé 
de certaines parties impures & grofiieres,ou ils 
y rentrent dans le même état qu'ils fortent des 
glandes. Les premiers font l'une & l'autre hu*- 
meur bilieufe qui feféparepar Iefoye; l'humeur 
qui fe filtre par le pancréas & par les glandes du 
méfentere, dont les canaux excrétoires fe termi- 
nent dans les inteftins; celle qui fe fépare par les 
membranes glandukufes de Tcefophage, de l'ef- 
tomac , & des inteftins ; & la fali ve par celles de 
la bouche & par les glandes des environs. Et de 
tous ces excrémens, les uns font néceflairespouï 
délayer les alimens , & pour leur fervir d'un le- 
vain pour en faire la première coction dansl'efto- 
mac ; & les autres , pour préparer le chyle dans 
les inteftins. 

Les féconds font tous les autres excrémens qui 
fe filtrent par toutes les autres glandes du corps, 
& qui font verfez par leurs canaux excrétoires 
dans les veines, oïl ils fe mêlent avec le fang qui 
eft reporté au cœur, foit pour y être perfection- 
nez, ou pour rendre le fang plus fluide, ou pour 
lui fervir en quelque manière d'un levain nou- 
veau pour aidera fa fermentation. 

Tant que le fang fe purge bien de fes excré- 
ment, & qu'il fe décharge de les autres parties 
furabondantes & inutiles, fa température eft: 
bonne & louable , & la fermentation eft bien ré- 
glée; parce que la fermentation fuit la tempé- 
rature , comme la température eft entretenue ré* 
ciproquement par la fermentation: & au con- 
traire, quand les excrémens & les autres parties 
furabondantes & inutiles reftent dans la mafie du 
fang,. fa température devient viciée, & fa fer» 
mentation fouvent fe dérègle. 



fos Des Maladies 

Je ne parlerai point des difpofitions qui fe 
doivent rencontrer dans la maffe du fang , & dans 
les parties par lefquelles il paiïe, pour que fa 
température foit louable: on le connoîtra affez 
par le contraire de celles quiproduifent l'intem- 
périe, que voici en peu de mots, pour abréger 
cette digreffion. 

Je dis donc que, lorfque quelques-unes ou 
plufieurs des différentes parties qui conitituent 
îa maffe du fang , dominent jufques à un tel 
point, qu'elles détruifent pour ainfi dire les au- 
tres ; le fang acquiert de lui-même différentes in- 
tempéries, qui font les caufes de quantité d'ef- 
fervefcences viciées, de diffolutions , coagula- 
tions, & autres altérations de la mafTe du fang, 
& par conféquent les caufes de plufiecrs mala- 
die?. 

Que quand le fang efl en fi grande ouantité, 
qu'il remplit trop les vaiffeaux& route l'habitude 
du corps ; deforte que ne pouvant librement fe 
fermencer, il ne peut fe décharger de tous fes 
excrémens; les plus groflïers demeurant con- 
fondus dans fa maffe, y caufent auili différentes 
intempéries, fources de plufieurs efpeces de fiè- 
vres & d'autres maladies; ou s'arrêtant dans les 
parties, y caufent différentes obftrudtions , qui 
font auili l'origine de plufieurs maux- 

Que le défaut de ficrétion des excrémens & 
des autres paities furabondantes du fang, qui 
vient du rétréciffement ou de l'obftru&ion cies 
vaiffeaux , pu des pores des émondtoires qui les 
doivent fepa ei ,oude celles de leurs canaux ex- 
crétoires, conduit dans l'intempérie : parce que 
ces excrémens ou ces parties furabondantes 
refont dans la maffe du- fang, y caufent une plé- 
nitude cacochymique qui efl fuivie d'autres 
defordres ;ou s'accumulant petit-à- petit dans les 



de l'Oeil; 505. 

parties obftruées, y forment par leur altération 
particulière différens levains & différentes tu- 
meurs. 

Que toutes les évacuations immodérées dé- 
pouillant le fang de fes plus utiles parties , difpo- 
fent le refte de la maffe à une température vi- 
cieufe ; & que les violentes pallions de Tarne, 
en déréglant tous les mouvemens naturels, cau- 
fent fouvent du defordredansla mafTe du fang. 

Que l'excès du travail & les veilles continuel- 
les epuifant le fang de fes efprits, le difpofent à 
s'altérer ; & que le fommeil excelTif 6c la vie 
trop fédentaire Favorifent l'amas de beaucoup 
de parties impures, 

Que le grand froid extérieur en refroidifTant 
le corps , condenfe le fang, & en reflerrant /es 
pores de la peau, il empêche la tran f pi ration : 
& qu'au contraire la chaleur excefhve , en ré- 
chauffant, raréfie trop le fang, & en ouvrant 
trop les pores de la peau , excite trop la tranfpi- 
rarion. 

Que toutes les matières impures ou venéneu- 
fes, de quelque manière qu'elles entrent dans le 
corps, ne manquent jamais d'altérer considéra- 
blement la maffe du fang; foit en raréfiant trop 
le fang, ou en le condenfant exceffivement, ou 
lui imprimant d'autres mauvaifes qualitez; de 
même que tous les levains malins qui {/engen- 
drent dans les tumeurs & apoftemes , dans les 
ulcères , & dans les playes des parties intérieures 
ou extérieures. 

Q-ie la trop grande abondance du chyle, qui 
vient des alimens trop nournfïans & pris trop 
affiduornent, produit la pléthore qui dig nere 
fouvent en cacochymie. Et que la difette du < hyle 
qui vient du défaut d'alimens, ou de ce qu'il ne 
paffe pas de chyle autant qu'il en faut dans la 



fo% Des Maladies 

maire du fang, pour l'entretenir dans une jufte 
quantité ; à caufede l'obftrudtiondes glandes,. ou 
des veines lactées, ou des autres conduits par 
îefqueîs il doit couler, fait que fa malle diminue 
& s'altère; 

Que tous les alimens liquides ou folides, qui 
ont des qualitez exceffives; les greffiers, ter- 
reftres, crus, indigeftes, faciles à- le corrompre, 
ou qui ont d'autres mauvaifes qualitez , étant pris 
afîiduement ou exceffivement, impriment dans 
ia fuite une température vicieufe au fang. 

Je dis encore que le fang ne peut être vicié, 
fans que tous fes excrémensne le foient pareille- 
ment : ce qui fait que les excrémens utiles ou 
levains qui retournent dans la mafie du fang, y 
retournent avec les mêmes qualitez qu'ils avoient 
quand ils fe font filtrez dans les glandes, & mê- 
me plus puiffantes s'ils y ont féjourné, & qu'ain- 
ti ils l'entretiennent dans fon intempérie ; & que 
ceux qui fe portent dans l'eitomac & dans les in- 
teftins, dérèglent toujours la première coction. 
Car fi ces levains acides font trop foibles ou en 
trop petite- quantité, la digeftion fera impar- 
faite, & le chyle qui en proviendra, fera fort 
infipide, cru, & vifqueux: s'ils font trop forts, 
ou en trop grande quantité, la digeition ne fe 
fera pas; ou il elle fe fait, elle fera précipitée, 
& le chyle qui en proviendra, fera fort acide, 
êc chargé de parties terreftres & grodieres : de. 
s'ils ont quelque mauvaife qualité, ils la com- 
muniqueront au chyle, qui en contractera en- 
core d'autres en panant par les inteftins, fuivant 
les vices des fucs biliaires, pancréatiques & au- 
tres, ou fuivant l'abondance ou le défaut c'e ces 
fucs, ou fuivant les autres matières impures qui 
fe rencontreront dans les inteftins. Et c'eft ainfi 
que l'intempérie du fang eft augmentée par les 
vices de la première digeftion. 



de l'Oeil; fof 

Ce font-Ià les caufes de l'intempérie du fang 
& de Tes fermentations déréglées, je veux dire 
de toutes les efïervefcences extraordinaires, des 
exaltations, diflblutions, coagulations, préci- 
pitations, & de toutes les autres altérations, tant 
générales de la mad'e du fang, que des altéra- 
tions particulières de quelque portion de ce mê- 
me fang dans les parties où il fe trouve arrêté & 
épanche , & par conféquent de ces falures , âcre- 
tcz , aciditez , & de toutes les autres qualitez vi- 
ciées dont le fang peut être fufceptible, & qui 
font des fuites du dérèglement de la fermenta- 
tion, qui font plus ou moins malignes, félon que 
le fang eft plus ou moins dépouillé de fes parties 
fpiritueufes, douces , huile ufes, & balfamiques. 

Ainfi on peut juger que l'intempérie du fang 
eft non -feulement "la caufede toutes les diffé- 
rentes maladies qui travaillent le corps en géné- 
ral; mais auilï de la plupart de celles qui atta- 
quent quelque partie en particulier, comme de 
toutes les inflammations & autres tumeurs & ab- 
fcès, des ulcères, & de tous les fymptômesqui 
arrivent aux p , ayes& autres maladies locales. 

Si l'intempérie du fang eft la caufe qui le dif- 
pofe à s'échauffer & à enflammer les parties dans 
lesquelles il s'eft arrêté & épanché ; il ne refte 
plus que de fçavoirles caufes qui peuvent déter- 
miner ce fang à s'arrêter, & à s'épancher plutôt 
dans une partie que dans une autre ; & je trouve 
qu'il y en a qui fe rencontrent dans la partie mê- 
me , & qu'il y en a d'autres qui viennent du de- 
hors. 

Je dis premièrement que la foibleffe d'une 
partie, qui confifte dans le relâchement de fes fi- 
bres, foit que cette partie foit telle naturellement 
ou accidentellement, eft une caufe qui détermine 
le fang à s'y arrêter: car quand le fang difpolé 



jc6 Des Ma lad tes 

comme je viens de le dire, eft pouffé vigouren» 
fement &en abondance dans cette partie, il en 
écarte les fibres qui ne peuvent réiifter à la vio- 
lence de fon mouvement, il s'échappe entre 
leurs interftices, & y féjcurne. 

2 . QueVobitru&ion des vaifTeaux d'une partie, 
foit quelle vienne d'un fang greffier ou grumelé, 
ou de quelqu'autre humeur femblable qui les 
remplifîe, foit qu'elle foit caufée par la corn- 
prefiion de quelque tumeur fchirreufe.de quel- 
que glande greflie , ou d'autres partie s s'oppofant 
au cours réglé du fang; les particules les plus 
Lbt.iles de ce fang font contraintes de s'échap- 
per parles pores des vaifTeaux, & de s'épancher 
dans les efpaces voifins: & comme le fang eft 
continuellement pouffé avec violence, ces po- 
res fe dilatent infenfiblement, ce qui donne oc- 
cafk>n aux autres parties du fang" les plus groffie- 
res de s'extravarer. 

- 3. Qu'un levain acide ou malin, quoiqu'en pe- 
tite quantité , engendré dans une partie , foit par 
îa corruption du fuc nourricier de cette partie, 
ou de l'humeur excrémenteufe d'une glande, ou 
de quelqu'autre fuc que ce foit , en fe répandant 
entre les fibres voifines,îes altère, les détruit, 
pénètre les vaifTeaux , les ouvre, & fe mêlant 
avec le fang qui s'épanche, le fermente.', l'é- 
chauffé & le corrompt, quand même ce fang 1/7 
auroit que peu de difpoiïtion. 

A l'égard des caufes extérieures & ferfibles, 
on fçait premièrement , que dans les ptayes & 
dans "les contufions, le fang s'arrête & s'épanche, 
re pouvant continuer fon mouvement, à caufe 
de la folution & deftrudtion des vaifTeaux , & de 
îa défiguration des pores des parties. 

t. Que les fortes ligatures des parties l'arrêtent 
pareillement, & quelles font auiîi caufe de fon 



DE L'OS ï L. 5O7 

épanche ment quand elles iubfiflentIong-temss= 
de même que les luxations des os & leurs fractu- 
res , quand elle s ne font pas réduites , & que les 
vaiileaux voiiïns des os luxes ou fra&urez fe 
trouvent comprimez. 

3. Que la chaleur a&uelle & potentielle,quand 
elle eit allez violente pour altérer la jude tempé- 
ratuie du fang, en l'échauffant & raréfiant ex- 
ceflîvement , ou pour détruire la difpofition na- 
turelle des pores des parties , détermine atin le 
fang à s'arrêter & à s'épancher. 

4. Qie le froid extérieur qui faifit une partie , 
en reflerrant & coagulant le fang, l'empêche de 
fe mouvoir , cV ce farg eft obligé dans la fuite de 
fe corrompre & de s'épancher, par la corruption 
des vaifleaux mêmes qui le contiennent, & qui 
fuit celle du fang. 

5. Et qu'enfin les piquures ou morfures d'ani- 
maux venimeux, les vapeurs acres & malignes a . 
& toutes les autres chofes qui peuvent irriter les 
parties fort fenfib!es,ou y introduire une qualité 
maligne; font capables d'y corrompre le fang, 
& d'arrêter fon mouvement 

De ce que je viens de dire, on juge bien que 
toutes ces difpofitions particulières ne feraient 
pas toujours fuffifantes pour être les caufes de 
tous les épànchemens, ou pour me fervir des 
termes ordinaires, de toutes les fluxions qui fe 
font fur les paries, fi le fang n'étoit poulie avec 
violence fur ces mêmes parties ; il faut donc en- 
core rechercher la caufe de ce mouvement rapide 
du fang. 

Quand le fang n'eft que dans une jufte quanti- 
té, les mouvemens du cœur font libres éc bien 
réglez, le fang coule à l'aife de fon ventricule 
droit dans les poumons , & des poumons dans fon 
ventricule gauche , d 3 où il eft pouffé auiïï libre» 



}o$ Des Maladies 

ment dans les artères, qui font les conduits qui le 
portent dans toutes les parties du corps pour les 
nourrir ; & après les avoir abreuvé, il entre avec 
ia même facilité dans les veines par leurs pores 
qui font toujou r s ouverts pour le recevoir: & 
quoiqu'a'ors fon mouvement foit moindre, en 
ayant beaucoup perdu en paflant par toutes ces 
parties, iî en conferve cependant afîez pour être 
reporté dans le ventricule droit du cœur,& 
achever fonceurs circulaire pour le recommen- 
cer de nouveau. 

Quand il eft dans une moindre quantité, tous 
ces mouvemens fe font à la vérité, mais ils font 
plus languides ; d'où vient auili que le fang cir- 
cule plus lentement. 

Dans ces deux états, le fang eft peu difpoféà 
faire des fluxions , à moins qu'il ne s'éloigne 
beaucoup de fa jufte température , ou qu'il ne 
rencontre dans les parties par oïl il pane, quel- 
que levain acide & malin qui l'altère, ou quel- 
qu'une des autres caufes ci défi us dites. 

Mais quand le fang eft en très-grande quan- 
tité, les mouvemens du cœur font extrêmement 
forcez: îe fang qui tombe dans fon ventricule 
droit, l'étend violemment, parce qu'il y tombe 
en trop grande abondance ; ce ventricule ne s'en 
peut vuïder qu'avec peine, par la difficulté que 
ce fang a de fe loger dans les poumons qui 
n'en font déjà que trop remplis: des poumons il 
fe porte dans le ventricule gauche avec la même 
violence ; & comme ce ventricule eft fourni d'un 
beaucoup plus grand nombre de fibres mufculeu- 
fes que n'en a le ventricule droit, il pouffe ce 
fang dans les artères avec plus de vigueur ; mais 
les artères fe trouvant pleines, & toute l'habitu- 
de du corps pareillement , ce fang ne peut fe dé- 
gorger librement dans les veines^qui n'en ont que 



DE L'OE I L. 309 

trop, airrfi fon mouvement circulaire ne fe tait 
<]ue d fHicile ment. Le fang étant donc dans un état 
ii violent dans les vaifieaux & dans toute l'habi- 
tude du Corps, pour peu qu'il fodt vicié, pouf 
peu qu'il rencontre dans les parties quelqu'une 
de ces difpolltions particulières dont je viens de 
parler, il s'échappe des vaiiieaux, il s'épanche 
«ans les parties, il produit différentes inflam- 
mations, différentes tumeurs, différens abfcès, 
•fuivant lesdifFerens fucs impurs dont ilelt mêlé. 
La plénitude eftdonc la caufede ce mouvement 
rapide & defordonné du fang , & par conféquent 
une d^scaufesle* plus puiflances des fl-jxions. 

Cette vérité a été reconnue par Hippocrate, 
comme on le peut voir dans fon Livre de Jocis in 
homine , où il dit : Carnet vaUè plenœfaïïœ cùm ca- 
pere non pojfint finit bumor qui capi non potuit. Et 
elle a été reçue par tous les Mé.iecins qui font 
venus après lui, & qui ont fuivi fa do&rine, 
comme une maxime înconteilable, oui a fervi 
de règle à leur pratique, quoiqu'ils ignoraifent le 
mouvement circulaire du fang. 

2. Du bon ujage de lajaignee danf les inflammations 
& autres maladies , contre Vopinion de quelques 
Modernes, 

Quoique la faignée ait de tout tems pafTé pour 
un des remèdes les plus puifians pour calmer les 
inflammations & beaucoup d'autres maladies, il 
fe trouve cependant quelques Modernes qui la 
décrient fi fort, qu'ils la rejettent univerfelle- 
anent pour toutes les inflammations extérieures 
& intérieures, prétendant allez purifier le fang 
avec leurs remèdes diaphoniques, fudorifiques, 
Se autres. 

>lais s'ils Gonûdéroient attentiyemeDX qu'il ar* 



3no Des Maladies 

rive peu d'inflammations fans qu'il y ait plénitu- 
de , comme je l'ai fait voir ci-devant ; & qu'il n'y 
a point de plénitude, fans qu'il y ait en même 
tems, ou peu de tems après beaucoup d'excré- 
mens & de parties inutiles retenues & confon- 
dues dans la mafTe du fang, qui ne peuvent s'en 
dégager que par une fermentation & une effer- 
vescence modérée: ils connoîtroient que par la 
méthode qu'ils tiennent, bien loin de modérer 
cette fermentation, ils l'augmentent exceflive- 
ment, & augmentent par conféquent la confu- 
fiondufang & la plénitude; d'où il arrive que ce 
fang ne pouvant a fiez s'étendre , fe jette avec 
plus de violence fur les parties où il a commencé 
à fluer, & y augmente ainfi l'inflammation, à 
moins qu*heureufement les pores de toutes les 
parties par lefqueiles le fang fe purge, & leurs 
canaux excrétoires ne foient fi ouverts, que le 
fang y trouvant une ifïue plus facile, fe décharge 
en même tems par une crife générale, de toutes 
ces parties excrémenteufes ou furabondantes & 
inutiles; ce qui eft e'flèz rare. 

Parla méthode ordinaire aurontraire, en di- 
minuant le fang par la faignée, celui qui refte 
ayant plus d'efpace pour s'étendre, il n'eft plus fi 
en état de fejetter furies parties oh il a commen- 
cé de fluer ; & d'ailleurs fa mafTe étant diminuée, 
il peut recevoir une plus grande quantité de chy- 
le nouveau, qui étant chargé de peu de parties 
nourricières à caufe de ladiette exacte, ne peut 
augmenter de beaucoup les excrémens du fang; 
mais ayant au contraire beaucoup de parties 
aqueufes, il augmente auffi de beaucoup celles 
du fang; & ce font ces parties aqueufes qui mo- 
dèrent Ta fermentation, qui tempèrent fon effer- 
vefcence ■& fa chaleur, & qui fervent de véhi- 
cule pour entraîner par les autres éraon&oires 



de l'Oeil. 311 

"hors du corps, toutes les parties hétérogenes # 6c 
impures de la mafîe,à mefure qu'elles font atté- 
nuées par cette fermentation modelée du fang. 

La l'a ignée ne fert donc pas feulement à dimi- 
nuer la plénitude, elle aide encore à corriger 
l'intempérie du fang; ainfi c'eft un remède qui 
convient à toutes les inflammations & autres flu- 
xions , quand elles font caufées par une plénitude 
cacochymique. 

3. De VaBion des remèdes purgatifs pour corriger 
Vintempérie dujang. 

Ce que j'ai dit ci-defîusde la fermentation du 
fang & delà fécretion des excrémens, peut faire 
concevoir de quelle manière tous les remèdes 
qui le purifient , & particulièrement les purga- 
tifs agiiïent dans les vaiffeaux , pour accélérer ou 
rétablir cette fécretion: carfi les particules hété- 
rogènes de la maffe du fang font capables de le 
mettre en mouvement & de le fermenter, à plus 
forte raifbn les particules les plus fubtiles des pur- 
gatifs introduites dans la maffe du fang par les 
voyes du chyle, enfuite de cette digeftion im- 
parfaite qui s'en eft faite dans l'eitomac & dans 
les inteitins grêles ; puifque ces particules font 
beaucoup plus différentes du fang que celles qui 
proviennent desalimen&»Et comme ces particu- 
les font ténues «Se acres , elles pénètrent , agitent, 
atténuent , & fondent les humeurs vrfqueufes & 
excrémenteufes contenues dans la m?. fie du fang, 
ou arrêtées dans les vaiffeaux ou dans les conduits 
des émon&oires qu'elles ouvrent & débouchent, 
& elles irritent en même tems toutes les parties 
qui fervent à La fécretion des excrémens. Ainfi 
ces humeurs vifqueufes & excrémenteufes li- 
quéfiées, enfexnble ces particules des purgatifs, 



ma* Des Mâlabies 

font contraintes de s'écouler, & de fe porter 
dans les inteftins par les canaux cholidoques, pan- 
créatiques, & autres canaux excrétoires qui s'y 
terminent; dans l'eftomac, par les canaux ex- 
crétoires des glandules de cette partie; dans la 
veilie, par les uretères; dans la bouche, parles 
canaux falivaux; & dans les narines, par les ca- 
naux excrétoires de leursglandes : cela s'entend , 
pourvu que ces humeurs ne foient point trop vif- 
queuies,& que les obftrucbons qu'elles caufent 
ne foient point trop invétérées : car fi cela eft 
ainfi, l'action prompte d'un feul remède pur- 
gatif ne pourra les furmonter, à moins qu'il ne 
foit pluiieurs fois réitéré, ou que l'on ne faiTe 
ufer au malade pendant quelque tems des apo- 
zemes un peu purgatifs, ou que Ton ne le ferve 
d'autres remèdes capables de les difloudre peu 
à peu, quand les malades ne peuvent fupporter 
qu'avec peine les fréquens purgatifs. 

A l'égard de l'a&ion des purgatifs dans l'efto- 
mac & dans les inteftins, on eft affez perfuadé 
qu'un remède purgatif étant defcendu dans 
l'eftomac, s'y mêle avec le réfidu des derniers 
alimens,& avec les levains qui y coulent conti- 
nuellement & en abondance, à caufe de ^irrita- 
tion que les particules acres de ces remèdes cau- 
fent à cette partie : qu'il s'y fermente, &dirTout 
les humeurs groffieres & vifqueufes attachées 
contre les parois intérieures ou autrement con- 
tenues dans ce vifcere,dans lequel ce remède 
refte peu de tems à proportion des alimens or- 
dinaires, à caufe que cette fermentation eft 
trop prompte, & que l'irritation eft trop vio- 
lente; d'où vient que l'eftomac fe refferrant, il 
s'en décharge dans les inteftins où il agit de mê- 
nie que dans l'eftomac, & y excite même une 
«ias grande eftervefcence par le mélange des 

itfCS 



£>e l'Oeiî.. }l 5 

fucs biliaires, pancréatiques,& autres: quecllifol 
vant les matières groffieres, enfemble les hu- 
meurs vifqueufesquienduifent la membrane ve- 
loutée de ces longs tuyaux-, il ouvre les entrées 
des veines ladtées, Tes parties les plus fubtiles s'y 
înfinuent,& fe portent comme le chyle dans la 
malle du fang, pendant que fes parties les plus 
groffieres irritant les fibres expultrices des inte- 
stins, y augmentent leur mouvement périftalti- 
que, & les contraignent de fe déchargerde leurs 
excremens greffiers mêlez avec ces mêmes par- 
ties groffieres des purgatifs, & les autres hu- 
meurs vifqu^ufes qu'elles ont liquéfiées ou déta- 
chées: & qu'enfin l'eftomac & les inteftins étant 
déchargez de ces humeurs & excremens, & les 
extrémitezdetousles canaux excrétoires qui fi- 
nirent dans ces parties,s'en trouvant débaraflees, 
les humeurs excrémenteufesde la maffe du fang 
liquéfiées par les particules les plus fubtiles des 
purgatifs, fe déchargent plus abondamment par 
ces voyes que par les autres émonctoires; d'où 
vient auifi qu'après que les inteftins fe font vui- 
dez des excremens groffiers, ceux qui fui vent 
font très-liquides, & que la quantité des excre- 
mens groffiers & liquides que l'on rend , après 
avoir pris un remède purgatif, excède de beau- 
coup celle qui pouvoit être contenue auparavant 
dans l'eftomac & dans les inteftins grêles &gros. 
Puifque les remèdes purgatifs agiffant fur la 
maffe du fang, augmentent fa fermentation, & 
lui donnent plusdemouvementqu'elle n'enavoit, 
on juge bien qu'on ne les doit mettre en ufage 
qu'après que l'on a diminué la plénitude, & que 
l'inflammation eft vers la fin de fon déclin : parce 
que fi on s'en fervoit lorfque les vaifîeaux font 
encore pleins, au lieu de diminuer les excremens 
du fang en les évacuant,on augmenterait au con- 





3£<i Dss Maladies 

traie leur confufion,-puifqu'alors cette fermen- 
tation ne feroit point libre, j& on contraindroit 
aujji le fang de fe jetter avec plus de violence fur 
la partie où il a commencé de Huer ; ainfi on aug- 
menteroit l'inflammation , comme on le connoît 
par expérience : même û on s'en fervoit lorfque 
î'ir flammation n'eft encore que dans Je commen- 
cement de fon déclin, quand même il n'y auroit 
plus de plénitude, on pourroit aufli renouveller 
l'inflammation: parce *juè les voyes parlefquel- 
les le l'ang a flué fur une partie , étant encore ou- 
vertes, pour peu que l'on agite & que l'on atté- 
nue le far g , i! fe porte aifément fur cette partie; 
cVft aufli ce que l'expérience faitfouvent voir. 

Quoique l'on dife des purgatifs, que les uns 
purgent les humeurs bilieufes , d'autres les pi- 
tuiteufes , d'autres les mélancoliques; ce n'eft pas 
a dire qu'un remède purgatif ne purge qu'une 
feule iiumeur; il les purge toutes, mais plus ou, 
moins, fuivant que le purgatif eft plus ou moins 
violent, ou félon que l'humeur dominante eft 
plus ou moins facile à mettre en mouvement: 
.ainii les excrémens bilieux, par exemple, qui 
|bnf aifez à ébranler, cèdent à un purgatif foi - 
Jb1e; les pituiteux & les mélancoliques qui font 
plus difficiles à émouvoir, demandent des pur- 
gatifs plus violens,qui pour purger ces humeurs 
itexcrimenteufes, ne laiiTent pas auffi de purger 
c-n même tems les excrémens bilieux. Et comme 
il ejft rare que dans une maladie une feule hu- 
jrieur excrémenteufe abonde, on difpofe le re- 
cède purgatif en forte qu'il puilTe purger toutes 
celles que Fon croit pouvoir caufer la maladie, 
ayant égard feulement à celle qui femble plus 
4û.s?-iner. 



de l'Oeil. 315 



CHAPITRE XIII. 

Des maladies de la cornée , £? par occafion de celles 
des membranes qui forment le blanc de l'œil. 

1. De Pophthalmie , ou inflammation de l'oeil. 

COmme Xophthalmie précède ou fuit la plu- 
part des maladies qui arrivent à la cornée, 
& aux autres membranes extérieures de l'oeil, 
& qu'elle eft encore un fymptôme de quantité 
d'autres maladies de cet organe, comme on l'a 
vu ci-devant, & comme on le verra encore dans la 
fuite; je ne dois pas différer davantage à traiter 
de cette maladie non-feulement comme fymp- 
tôme, mais aufli comme maladie propre tk par- 
ticulière à l'oeil. 

Quoique par ophthalmie on entende commu- 
nément une inflammation des membranes qui 
Forment le blanc de l'oeil, que l'on comprend 
d'ordinaire fous le nom de la principale qui eft la 
conjonctive : on ne doit pas penfer que cette in- 
flammation n'occupe toujours que le blanc de 
l'oeil ; elle s'étend fouvent dans toutes les parties 
extérieures de l'oeil, & même aux paupières. 

Qjand cette inflammation eft légère ,1a moi- 
teur peu confidérable , & la douleur fupportable , 
c'eft ce qu'on nomme ophthalmie fauffe (a). Quand 
au contraire elle eft plus forte, que les vaifléaux 
du blanc de l'oeil & de la cornée font apparens & 
tendus, & que la douleur eft violente, on i'ap» 
pelle ophthalmie vraye. Si cette même inflammation 
eft accompagnée d'un écoulement de larmes 

(<»)Taraxis, id ejî oculi perturbatio, 

Oij 



5*6 Des Maladies 

chaudes & abondantes, on dit que Yopkhalmie eft 
humick ; & s'il n'en coule que très-peu qui exci- 
teat un prutit cuifent à l'œil & aux paupières, 
en dit que Yopbthalmie cflfeche. Et quand l'inflam- 
mation eft fi grande , que les membranes qui for- 
ment le blanc de l'œil font bourfoufflées oc fi éle- 
vées au-deflusde la cornée, qu'elle paroi tcom- 
medans urrfond , & que les paupières , outre leur 
rougeur & chaleur, font quelquefois renverfées, 
-ne pouvant qu'à peine couvrir l'œil , c'eft lapins 
yiol&rJe ophthMmie {a). 

Si les inflammations des autres parties de notre 
corps font des fuites du mouvement du fang ar- 
rè e, & de l'épanchement qui fuit ce défaut de 
mouvement; on ne doit point rechercher d'autre 
caufe prochaine de l'inflammation de l'œil, puif- 
aue cette inflammation eft femblable aux in- 
Harnmations des autres parties , comme on le re- 
marque par la replétion ou tumeur des membra- 
nes de l'œil &de leurs vaiffeaux, par leur rou- 
teur , par la doleur accompagnée de battemens, 
Bc par la grande chaleur qui la fuit. 

ftinfi quand le fang eft déterminé à s'arrêter 
&: à s'épancher par quelque caufe extérieure de 
peu deconféquence, comme par quelque coup 
léger, par la poulïiere ou autres petits corps qui 
■entrent dans l'œil , par la fumée, par l'ardeur du 
fci.eil, par un vent froid , ou autres caufes fem- 
bîabîes , capables d'exciter une médiocre dou- 
leur à l'œil, il ne produit qu'une légère inflam- 
mation, ou faujje ophtbalmie ; pourvu toutefois 
qu ; rl D'y ait ni plénitude, ni intempérie, ou 
jqu'au moins elles (oient peuconfidérables: carfï 
,ces caufes extérieures ou autres font plus violen- 
lentes v oa que la plénitude ou '/intempérie f oient 



î> E l'Oe II» 317 

plus c an fid érables, elles exciteront une cphthaî- 
mie vraye. 

Un fang vicié, chaud & acre, qui s'arrête & 
s'épanche à la manière des autres fluxions, fans 
le concours d'aucunes caufes extérieures, pro- 
duit auffi Yopbihdlmie vraye. 

Si ce fang eft mêlé de beaucoup de férofitez 
falines, il s en réparera aulli beaucoup par les 
glandes lacrimales, Se ainfi Poplnhalmie Jèra hu- 
mide 

Si au contraire ce fang eft dépouillé de férofi- 
tez, & qu'il foit d'une température fort biîieufe, 
il s'engendrera une ophthalmieféche. 

Et fi enfin ce fang eit fort vicié , s'il eft fort acre 
ou acide, & s'il flue abondamment, il gonflera 
extraordinairement les membranes du blanc de 
l'œil, & caufera l'ophtalmie la plus violente. 

Les lignes de l'ophtalmie font fi fenfibles , qu'il 
ne faut qu'ouvrir l'œil malade, vok la rougeur 
& tumeur du blanc de l'œil ,1a tenfion de fes pe- 
tits vaifleaux, 8c entendre les plaintesdu malade 
touchant l'ardeur & la douleur qu'il y relient, 
pour connoitre l'ophtalmie. On fçait du malade 
quelles ont été tes caufes extérieures: & ce que 
j'ai die des différences & de leurs caufes, & la 
confédération de la température dominante du 
malade, de fon âge, de fa manière de vivre , & 
de la conftitution de l'air & de la région , en fe- 
ront connoître l'efpece. 

Pour le prognoftic. L'ophtalmie eft aifée à 
guérir, quand elle vient de caufes légères & ex- 
ternes , & qu'il n'y a ni grande plénitude , ni in- 
tempérie confidérable. Au contraire elle eft plus 
difficile à guérir, lorfqueles caufes externes font 
violentes, que la plénitude eft grande, & que le 
fang s'éloigne davantage de fa température na- 
turelle* 

O iij 



$i8 Des Maladies 

£Iie dure long-tems dans les enfans Se dans les 
vieillards qui abondent en humeurs féreufes & 
pituiteufes , qui s'aigriflent aifément par le dé- 
faut d'une bonne fermentation , & de leur fécré- 
tion. 

Par la même raifon elle eft très-difficile à gué- 
rir, & eft même fort iujette à récidive dans ceux 
qui (ont travaillez de tumeurs fcrophuleufes , ou 
d'autres tumeurs froides, ou qui par la conftitu- 
tiondeleurfang y ont un penchant ;& dans ceux 
dont l'humeur eft fi acre , & flue en fi grande 
quantité, qu'elle affecte les deux yeux, & le jette 
fur le nez & les lèvres qu'elle tuméfie fou vent & 
ulcère. 

Quand la douleur efl: violente , & quelle fub- 
flfte long-tems, c'eft un mauvais figne , y ayant 
à appréhender que l'humeur ne corrode & ulcère 
les membranes de l'œil ; ou qu'il n'arrive des puf- 
tules on abcès àlacornée,dontlesfu:tes font feu- 
vent fàcheufes, ou qu'enfin il nefe falTe quelque 
tumeur ou abcès dans les parties voifines de l'œil. 
Quand l'ophthalmie eftfyrnptomatique , elle 
efl: plus ou moins aifie à guérir, fuivant que la 
maladie dont elle eft un fymptôme , eft plus ou 
moins mauvaife. 

Dans l'ophtha1mie,q^and les larmes diminuent, 
qu'elles deviennent gluantes , & qu'elles fe con- 
vertiflent en une chatfie molle, & d'une fubflance 
égale & unie , c'eft une marque qu'elle finira bien- 
tôt : au contraire , quand la chafïie eft feche, rude, 
inégale , & comme des petits grains , elle dénote 
que l'humeur eft fort acre, & quel'ophthaimie 
durera long-tems. 

Voici l'ordre qu'il faut fuivre pour guérir 
rophthalmie. Si elle vient de caufes extérieures , 
il faut d'abord éloigner ces caufes , li elles font 
encore préfentes : autrement on travailleroit en 



de i/Oeii:, ftf 

vain. Ainfi fila poulliere, le vent , la fumée, &c- 
ont produit ce mal, on les évitera. S'il 1 elle quel- 
que corps étrangers, qui pour l'ordinaire fe ren- 
contrent entre le globe de l'oeil & la paupière iii- 
pfrieure , on les fera fortir par les moyens que j'ai 
enfeignez au Chapitre XI. 

Les corps étrangers ôtez , fi l'inflammation eft 
légère, on fera couler dans l'œil quelques goûtes 
du collyre fait avec le s eaux diftilèes de rejet £f? de 
plantain & un blanc d'œuf battus enfemble,& par* 
deiTus l'œil on appliquera une compreffe trempée 
dans ce même collyre, & ce 4* ou 5. fois par jour, 
jufqu'à parfaite guéri fon. 

Ou bien on fe fert de la même manière de ces 
mêmes eaux, eu autres eaux rafraîchi font es Ç£ ophthal- 
miques , dans trois onces de l une ou de P autre dej- 
quelles on fait fondre cinq on fix grains de [cl deja- 
turne. Cesremede3 fuftiient pour guérir les fau 
ophthalmies excitées par de légères caufes exté- 
rieures;mais qu£nd ces caufes font plus violentes, 
ou que déjà l'inflammation s'eft rendue coufidé- 
rable,on y remédie comme dans la vraie ophtbaf- 
mie. 

Les vues générales que l'on doit avoir pour 
guérir la vraie ophthalmie , font de diminuer la 
plénitude & l'intempérie du f3ng: ce qui s'exé- 
cute par les remèdes généraux dûement adminis- 
trez. 

Pour cet effet, on ordonne d'abord au malade 
un régime de vivre rafraîcbiflant, hume&ane & 
exact , lui défendant tontes les chofes acres , fa- 
lées, épicées, vaporeufe^Sc celles qui s'aigriilent 
aifémentdans l'eftomach. 

On lui fait recevoir des lavemens émolliens& 
rafraîchilTans , que l'on continue pendant le traite* 
ment, autant qu'il en eltdebefoin ,pourîui entre- 
tenir le ventre libre , 6c le décharger de fes gros 
excrémens. O iiij 



5 io ^ des Maladies 

Apres le premier lavement , & quelquefois 
même auparavant, quand î'ophthalmie eft vio- 
lente, on le faigne au.bras du côté de l'œil ma- 
lade , on réitère la faignée fuivant le degré de la 
plénitude & les forces du malade, fans crainte 
de diminuer la vue, comme le penfe le vulgaire 
ignorant. Si on foupçonne qu'une fupprelTion de 
mois ou d'hémoroïdes ait contribué à caufer 
l'ophthalmie, on faigne au pied pour les mois re- 
tenus, & on fe fert de fangfues pour vuider les 
veines hémorroïdales , ou on les provoque à 
fiuer par quelqu'autre moyen. Dans les grandes 
<k opiniâtres ophthalmies, on faigne enfuite de 
\a jugulaire pour dériver. Nos Auteurs confeil- 
lent auffi l'ouverture des veines du front & des 
tempes , même de celles des angles des yeux ; 
mais le peu de fang que l'on tire de ces veines v 
n'eft pas capable d'apporter un grand foulage- 
ment;& c'eft pour cette raifonoue l'on préfère 
plutôt l'ouverture de l'artère des tempes qui fe 
fait par une fimple ponction, pour en tirer du 
fang comme dans les faignées ordinaires. 

On ajoute dans la fuite à ces évacuations fen- 
fibles , celles que Von procure par l'application 
des véftccatoires devant ou derrière les oreilles, èc 
du cautère ou duféton au derrière de la tête. Les 
njtficcatoïres conviennent particulièrement dans 
les ophthalmies humides, quand l'humeur s'é- 
tend aux paupières & dans les environs de l'œil ; 
ce qu'on connoît par l'inflammation du cuir & 
des paupières. On laifie fluer autant qu'on le peut 
les ulcères qu'on a excitées, pour diminuer d'au- 
tant plus la férofité épanchée. A l'égard du cau- 
tère ou duféton , on ne les applique quelorfquela 
fluxion fe rend habituelle , afin de la détourner in- 
fenfiblement, auffi les tient-on fort long-temps 
ouverts pour pouvoir procurer du foulage ment* 



DE L'OEIL. jll 

Quand on a fuffifamment vuidéla plénitude, on 
travaille plus particulièrement à corriger l'in- 
tempérie du far g. Si l'ophtha'mie eft violente & 
rebelle, ou fi elle eft accompagnée de fièvre , on 
tempère d'abord l'c ffervefcence du fang , par l'u- 
fage des émuliions faite? avec les femences froides 
dans une décocHon rafraîcbifjante , an/quelles on ajoute 
le [trop de nymphe £5 quelques cuillerées d'eau-rofe. Ou 
bien on le fert des juleps faits avec les eaux de cbi* 
coree , de laitues , £5 lefirop de limons, ou le fncp vio- 
lât ou de nénuphar. Pour les maladies qui ontquel- 
qu'averfion pour les eaux difhlées , on fe fert des 
décoBions des mêmes plantes ou d'autres , fuivant 
l'efpece de l'intempérie: on y ajoute quelquefois 
quelques goûtes d'efprit de vitriol, ou defoufre, même 
l fi cri fi al minéral. S'il eft néceflaire , on ule après 
d'apozêmes qai font plus puiffans pour lever les 
obftructions, êcdifpofer lesexcrémensdufang à 
reprendre leur cours par les voies ordinaires. Dans 
une ophthalmie bilieufe onîes fait, par exemple , 
avec les racines de chicorée , d"ofeilIe , de chh xdthl , de 
fraifier& d'a':grem?ine de chacune une once , lexjeuilles 
de bugloffe , de pimprenelîe de chacune une poignée, une 
dragme der femences froides , 2) une demie poignée 
d'orge , dom on fait une décoll ion pour troit dofes , à 
chacune de [quelle s on ajoute une once defirop de capil- 
laires ou violât , î$ quelquefois aujjî un demi gros de 
crijhl minéral, quelques goûtes d\fprit de vitriol oh de 
Jôuffre , pour en donner au malaJe une dofe foir 
& matin. On diverfîfie ces remettes félon la na- 
ture de l'humeur dominante, & fuivant les voies 
par lefquelles le fang a plus de difpoiition à fe 
purger : ainfi on les rend plus ou moins inciiifs , 
apéritifs, diuretics, &c. 

Sur la fin de l'ophthaîmie on met en ufage la 
purgation pour décharger le fang de fes excré- 
mens, & ôter par ce moyen la caufe d'une nou- 

O v 



3 m Des Maladies 

velle inflammation dans une ophthalmie biTieufe, 
par exemple, on fera prendre au malade la po- 
tion fuivante. 

Dans une quantité 'fuffifante d^une décoBion rafraL 
chijfanfe , on fera bouillir légèrement C£ infufer deux 
gros defenné, un demi gros d'ams^une cr.ee de moelle de 
cajje nouv.Ue & un demi gros de crème de tartre , î$ 
dans l'expt'effion on di [fondra une once de manne & une 
once de /trop de fleurs de pêche" ,ou de celui de rojes 
pâles, 

S'il eft néceflaire de purger plus fortement , on 
augmentera la dojed ' ijenné , £5" auïisude lacaffe on 
dijjoudraftx dragmss de cathoheon double de rhubarbe, 

Cette purgation conviendra dans la plupart 
des ophthalmies,obfervant feulement d'y ajouter 
huit ou dix grain s de poudre de racine de Jalap , ou Jix 
grains de fa refîne , quand on voudra purger plus 
fortement les férofitez , ou une demie once de Vé- 
UBuaire diacarthame , au lieu du catholicon. 

Pour les malades qui ont de l'averfion pour les 
potions, on pourra les purger avec ftx gros de moelle 
de caffe , trois gros de catholicon double , ^ un gros de 
rhubarbe en poudre qu'on mêlera enfemble , pour 
en faire un bol avec du fucre puherife, auquel on 
ajoutera même , s'il eft néceflaire , la poudre ou la 
refîne defalap , dans la dofe ci-deflus preferite. 

Quoique ces remèdes purgatifs fuffifent pour 
l'ordinaire dans la plupart des ophthahnies, on 
n'en doit pas cependant exclure beaucoup d'au- 
tres qui y conviennent également , & dont je ne 
ferai point de mention, me contentant d'avertir 
qu'à l'égard de ces purgatifs & de tous les autres 
remèdes généraux que j'ai propofez, & que je 
propoferai dans la fuite , il eft du devoir & de 
i'honneur d'un Chirurgien de prendre l'avis de 
Meilleurs les Médecins , & de s'y conformer au- 
tant qui! le pourra , comme je l'ai déjà dit ail- 
leurs. 



de l'Oeil. 513 

. Pendant l'ad miniftr ation des remèdes géné- 
raux, on ne néglige pas les remèdes particuliers 
& topiques : amii dès le commencement on tra- 
vaille à modérer refrervefcence particulière du 
fang par l'application des collyres que j'ai pro- 
pofez pour l'ophthalmie légère. On doit rejetter 
dans ce tems tous les remèdes réperculfifs qui ont 
beaucoup d'aftriction, parcequ'en refl errant trop 
les pores fuperficieîs des parties enflammées , ils 
empêchent latranfplrationdes humeurs les plus 
fubtiles, qui étant retenues augmentent par leur 
agitation la douleur & l'inflammation. Et par la 
même raifon on rejette aallî tous les remèdes cm- 
plaltiques & onctueux , comme contraires aux 
inflammations. On le contente donc de ces re- 
mèdes ou autres , qui n'ont qu'une aftri&ion lé- 
gère , capable feulement d'empêcher le trop 
grand relâchement des fibres , & de tempérer la 
trop grande effèrvefcence du fang épanchée , 
jufqua ce qu'on ait diminué l'abondance des hu- 
meurs, & corrigé l'intempérie par les remèdes 
généraux ci-devant prefcrits , qui (cuvent gué- 
ri fient l'ophthalmie fans le fecours d'autres re- 
mèdes. 

Si la douleur eft violente , on fe fert des collyres 
faits avec le lait de femme , ou à [on défaut avec celui 
de vache , dans lequel on fait infufer pendant quel- 
ques heures du fajfran* en poudre , étant paffé par 
on linge , on y ajoute partie/ égales de mucilages 
de femences de coins tirez avec les eaux de rofes ^5 de 
plantain , dont on fait couler quelques goûtes 
tiedes dans l'œil malade, & par-dellus l'œil on 
applique une comprefie en double trempée dans 

Nota, * Ici & dans tous les autres lieux où la dofe du 
faiïrann'eft pas fixée , on en mettra feulement autant qu'il en 
faudra pour rendre le lait , ou les autres liqueurs d'un beau 
j aune, 

Ovj 



314 ^ ES Maladies' 

ledit collyre, réitérant ceremedededeux,ou au 
"plusde trois en trois heures, ayant foin à chaque 
fois de nettoyer l'œil avec quelques eaux oph- 
thalmiques tiédes. 

Notez que tous ces collyres dans lefquels en- 
tre le lait, ne fe confervent point fans s'aigrir , 
6c que pour cet effet il eft nécefTaire tous les 
jours d'en préparer de nouveaux ; parce qu'au 
iieu d'appaifer la douleur, ils Faugmenteroient 
parleur acidité, & que c'eft aufli pour cette rai- 
fbn que leur application en doit être plus fréquen- 
te. Remarquez aufîî que ceux qui font rendus mu- 
ciîagineux par l'infufion de quelques femences, 
nefe confervent gueres que cinq ou fix jours fans 
fe corrompre pendant l'hy ver , & que deux ou 
trois jours pendant l'été, & que pour cette raifon 
on les doit renouveller environ dans ce tems-là. 
Cela foit dit une fois pour toutes. 

On fe fert de celui que j'ai propofé au Chapi- 
tre XV. de la première Partie, tait avec les eaux 
diftile'es de fleurs de mèlilot ,de lys ^5 de rofes , mê- 
lées par parties égales , dans quatre onces desquelles 
on fait infufer douze ou quinze grains defaffran f î$ 
de la graine de lin ou de pfjllium autant qu'il en faut 
four les rendre un peu mucilagineufes , aont on fait 
couler quelques gouttes tiédes dans l'œil mala- 
de dix ou douze fois par jour , appliquant enfuite 
fur l'œil une comprefiè double trempée dans ledit 
collyre, ou dans quelque autre collyre plus ra- 
fraîchiilant, fi les paupières font en même tems 
beaucoup enflammées. 

Ou bien on prend parties égales des eaux difii- 
Jées de fray de grenouilles , de rojes , de morelle , ou de 
pavot , dans le] quelles on fait infufer dujaffranï5 de 
la graine de Un ou de f\yllium dans les mêmes dofes 
quedffds, préparant au refte ce collyre, & s'en 
iervant comme du précédent. 



de l'Oeil, $xç 

les raifonspourlefquelles on rend un peu mu- 
cilagineux les collyres que l'on introduit dans 
l'œil , font premièrement , parce que les mucila- 
ges des femences de lin, de pfyllium, de coins, 
& de quelques autres médicamens, qui déjà de 
leur nature font anodins, embaraiîent les parti- 
cules acres ou acides des humeurs féreufes qui 
coulent fur l'œil, & les empêchent de piquer fi 
vivement fa fuperficie;& en fécond lieu, parce 
que les collyres ayant un peu plus de corps, ils 
fejournent plus long-tems fur l'oeil, & agiifent 
plus efficacement. 

Dans les douleurs très- violentes, nos Auteurs 
confeillent d'avoir recours à Yopium, mais avec 
prudence & beaucoup de précaution, dans la 
crainte (difent-ils) de trop condenfer les ef- 
prits, les humeurs, & les membranes de l'œil, 
& de diminuer ainfi la vue. Je n'examine point fi 
leur crainte eft bien fondée, n'ayant nuldeflein 
d'en propofer en cette rencontre, ni autre re- 
mède de pareille efpece , hors ceux ci-deffus: 
mais je fçai bien que ii Yopium que l'on prend en 
dedans, en aflbupiflant les malades ^diminue le 
fentiment de leurs dou'eurs, il n'agit pas de mê- 
me, étant appliqué fur des parties rendues très- 
fenfibles par quelques maladies ; l'ayant pîufieurs 
fois expérimenté , en mêlant de l'opium dans des 
remèdes que j'appliquois fur des ulcères doulou- 
reux , fans avoir remarqué aucune diminution de 
douleur enfuite de cette application. 

Il eft vrai que les eaux diitilées de quelques 
plantes narcotiques, comme de more lie, âecigut, 
de pavot , même leurs fucs dépurez, conviennent 
dans les inflammations, & en appaifent fouvent 
les douleurs: mais ce n'eft point en condenfant 
les humeurs & les parties fur lefquelles on les 
applique : au contraire , c'eft en relâchant les fi- 



ji 6 Des Maladies 

bres des parties inembraneufes, ouvrant leurs 
pores, fondant les humeurs, & les difpofant à 
tranfpirer ou à reprendre leur cours ordinaire. 
C'ett auffi pour cette raifon qu'on fe fert de ces 
p'antes dans les tumeurs fchirreufesque l'on veut 
amollir, pour les réfoudre ou amener à fuppu- 
ration, & l'expérience fait connoître qu'elles n'y 
font pas inutiles. Et comme dans les inflam ma- 
tions, 'il y auroit à appréhender qu'en relâchant 
trop, on ne caufàt de la putréfaction dans la 
artie enflammée ; c'eft la i aifon pourquoi on ne 
; fert point des eaux diftilées de ces plantes, 
u'on n'y mêle au moins un tiers de quelque eau 
piritueufe , rafraichifiante, & un peu aftrin- 
gente, ou quelque autre remède à peu près de 
femblable vertu, & qu'on ceffe l'ufage de ces 
eaux , fitôt que l'inflammation commence un peu 
à diminuer, ou qu'on remarque dans la partie 
quelque légère tumeur œdemateufe. 

Il arrive quelquefois que la chaleur efl fi gran- 
de, particulièrement quand les paupières font 
enflammées, que Iescomprefles imbues des col- 
lyres que l'inappliqué fur l'œil, font inconti- 
nent feches, ce qui oblige de les renouveler 
fouvent. En ce cas , pour ne point tant fatiguer 
le malade, on fe fert de quelqu'un des cataplâ- 
mes anodins & rafraîchiffans qui fuivent. 

On prend environ une once o demie de moelle de 
pomme douce cuite auprès du feu , une once de mucila- 
ges de/em?ncede coins tirez dans Peau-roje , un blanc 
d- œuf réduit en eau, deux ou trois cuillerées de lait 
de femme , C£ dix ou douze grains delaffran en pou. 
are : on mèîe le tout enfembîe en forme de cata- 
plâme, que l'on étend fur un linge, & que Ton 
applique tiède fur l'œil malade, dans lequel en 
fait couler au par avant quelques goûtes des colly- 
res fufdits. 



DE L'OEïL. 3*7 

Ou on fait infufer de la mie de painhlanc^ ten- 
dre dans partie s égales de lait de femme (5 d^eau- 
rofe y oh autres eaux rafraichiffantes , qu'on applique 
commedeflusfur l'œil Tnalade. 

Ou en prend parties égales de moelle de pommes 
cuites & de cajje récemment mondée qu on mêle enfem- 
ble , y ajoutant de Peau-rofe £5 du lait de femme , au- 
tant qu'elles en peuvent abforber pour en faire 
un cataplâme qu'on applique comme il a été dit. 
On peut iaifler ces remèdes fix ou fept heures 
fans les changer , à moins que la chaihe foit en fi 
grande quantité & fi acre, qu'on appréhende que 
par fon trop long féjour elle n'ulcère l'œil, ou 
n'augmente au moins l'inflammation ; alors on les 
levé plutôt afin de nettoyer l'œil, ôclelaveravec 
quelqu'un des collyres fufdits. 

Quand la douleur & l'inflammation commen- 
cent à s'appaifer, qui eft une marque que les 
humeurs ne fluent plus avec tant de violence fur 
l'œil, & que la maladie eft près de fon déclin; on 
doit alors fe fervir de remèdes qui digèrent, at- 
ténuera &réfol vent les humeurs, & qui en même 
tems ayent de l'aftri&ion , afin de rendre aux fi- 
bres leur vertu éîaftique, pour qu'elles puiifent 
en fe refTerrant, fe décharger plus aifément de 
l'humeur qui les abreuve. 

On fe fert pour cet effet en la manière ci defius 
dite, du collyre fait avec parties égales des eaux 
difiilées de rofes , d'eufraife , £> de chélidoine , dans 
quatre onces defquelles on fait infufer uns pincée de 
rofes rouge s $5 de lajtmmce de f cm- grec autant qiCil 
en faut pour les rendre mucilagineuj es ; étant palfées 
par un linge, on y ajoute fept ou huit grains de 
fel de fatume , G) c'mq ou fx grains de camphre. 

Si les canaux lacrimaux font fi relâchez, que 
les larmes fortent abondamment & fans douleur, 
au lieu de fel de fatume, on fait fondre dans le 



}i8 des Maladies 

collyre fufdit pareille quantité de vitriol blanc. 

Les eaux à\ilî\ées Je petites marguerite s, de bru* 
mile , de bugle , de lierre terre (Ire , V) d'autres plan- 
tes vulnéraires , feules ou mêlées avec les fufdires 
pour en faire un collyre comme le précédent, 
font auffi un très- bon effet. 

Si les membranes du blanc de l'œil ont été en- 
flées ou bourfoufflées par la violence de la flu- 
xion, & qu'elles ne fe réduifent pas dans leur 
état naturel par l'ufage de ces collyres, on y 
ajoute Jept ou huit grains d'alum pour les rendre 
p!usftiptic]ues,ou on augmentera dofe du vitriol 
blanc : cela s'entend , pourvu que la douleur foit 
appaifée. 

Ou on met un blanc J'œa/dansunplatd'étain, 
on l'agite avec un morceau à'alum y jufques à ce 
qu'il acquierre une confiftance approchante de 
celle de l'onguent : on étend ce remède fur un 
linge, & après en avoir introduit un peu dans 
l'œil , on en couvre les paupières , l'ayant fait un 
peu chauffer auparavant. Ce remède parfon af- 
tri&ion eft propre auffi à remettre les paupières 
relâchées par la violence de la fluxion, & à les 
defiecher, aufli-bien que les parties voifines de 
l'œil, qui ont été excoriées par l'acrimonie des 
larmes. 

Si on appréhende la trop grande aftri&ion de 
ce remède, ou que le relâchement des paupières 
ne foit pss confidérable, on fe fervira du cata- 
plâme fait avec la moelle de coins cuits dans l'eau- 
rofe Î5 Peau de plantain , dans deux onces de laquelle 
on mettra un gros de poudre de rojes rouges, \*> un 
demi-fcrupule dsfel de faturne , ayant foin en même 
tems de couler dans l'œil quelques gouttes d'un 
des collyres fufdits. 

Sur la fin de l'ophthalmie,on ne travaille plus 
qu'à réfoudre l'humeur qui peut être reftée fur 



de l'Oeil. 529 

& aux environs de l'œil , & à le fortifier : pour 
cela- on fe fert du collyre fait arec les eauxdijhlées 
de fenouil Î5 d'euffaije , dans lefquelles on mêle un- 
peu d'ef prit- de-v'tn ; ou de celui fait avec h* fe* 
menées d'anit & de fenouil , infu fées dans le vin, £> 
difiih'es en la manière & comme je l'ai dit au 
Chapitre XV. de la première Partie : ou bien on 
fe iert des eaux dijlilées de rhue , d' abfynthe y d'hyffo- 
pe y de méUÏÏz, ou autres de dite nature , feules ou 
mêlées enfemble, Se animées avec un peu apprit- 
de-vin. On peut aufli fe fervir de la décoction de 
ces mêmes plantes qui fait le même effet. 

Il y a des ophthalmies invétérées & fi opiniâ- 
tres qu'elles réiiftent à tous les remèdes ordinai- 
res, ou fi elles guériffent, elles récidivent peu de 
tems après. Comme elles font pour l'ordinaire 
caufées par une fluxion habituelle d'humeurs fé- 
reufes & pituiteufes , aigries par le défaut d'une- 
bonne fermentation, comme il arrive fouvent 
chez les enfans Se les vieillards, & dans ceux qui- 
font fujets aux tumeurs fcrophuleufes & autres 
tumeurs froides; ou par deslevains chancreux, 
feorbutiques, véroliques, ou autres intignes in- 
tempéries du fang: on doit pour les guérir détrui- 
re auparavant, autant qu'on le peut, toutes ces 
caufes mauvaifes, tant par les remèdes généraux 
qui leur conviennent, que par les remèdes fpéci- 
âques à ces fortes de maladies. 

A l'égard des ophthalmies qui font fuivies de 
puftules, abfcès, ulcères, ou autres maladiesde 
l'œil, ou des ophthalmies qui font des fymptô- 
mes de ces mêmes maladies , on aura recours 
pour les guérir aux Chapitres où je traite en par» 
ticulier de ces maladies. 

Tous les remèdes topiques que je viens de 
propofer, conviennent dans toutes les vrayes 
ophthalmies, puifque leurs différences ne de<* 



j3<> Des Maladies 

mandent point d'indications oppofées: il efïfeu-» 
lement de la prudence du Chirurgien Oculifte de 
bien obferver leurs difTérens ciegrez & leurs di- 
vers états , pour y appliquer les remèdes dans 
l'ordre & fuivant les règles preferites. J'aurois 
pu en prepofer un plus g, and nombre, mais 
ceux-là fufhfent; chaque Chirurgien peut le fer- 
vir de ceux qui lui font familiers , pourvu que ce 
foit^^c raifon. 

Je^Çi que beaucoup de Praticiens fe fervent 
indifféremment 6c fans raifon dans les ophtha'- 
mies de plufieurs efpece?, de collyres dans lef- 
quels ils font entrer la tuthie , le ver Jet ^ la pierre 
calaminairt , Valois , lafarcocclle , Pexcenf , le majlic , 
Vautrer, fuivant effectivement en cela les fenti- 
mens de quantité de nos Auteurs, qui propofent 
ces fortes de remèdes comme s'ils convenoient 
dans les inflammations. La caufe de leur erreur 
vient fans doute de ce qu'ils confondent l'opi - 
thalmie qui n'eft fuivieouqui ne dépend d'au- 
cune autre maladie de l'oeil, avec celle qui eft 
fuivie ou qui dépend des ulcères de la cornée ou 
de la conjonctive, ou de ceux des paupières, ou 
d'une fluxion habituelle de larmes acres, ou d'au- 
tres maladies que j'ai déjà écrites, ou que je dé- 
crirai ci- après : car s'ils avoient fait cette di- 
flin&ion, auroient-ils propofé ces remèdes ii in- 
différemment^ n'auroient-ils pas expliqué les 
cas danslefquels ils conviennent? Mais non, ils 
ont faiteomme ceux qui diroient que r*egyptiac, 
Je fublimé corrofif, Vefprit & Vhuil: de vitriol, le feu 
même, font des remèdes rafraîchi flans, réfolu- 
tifs& defficatifs, & qu'ils font propres pour gué- 
rir les inflammations, fous prétexte qu'ils au- 
roient vu des inflammations qui accompagnoient 
des ulcères virulens, corrofifs, gangreneux, & 
autres de cette nature, guéries enfuite de l'ap- 



D e l'Oe il. 5 3 1 

plication de ces remèdes; fans confklérer que ces 
inflammations n'étant que fymptomatiques,ont 
dû guérir , quand le levain malin qui étoit la eau* 
fe de ces ulcères & par conféquent de ces inflam- 
mations , a été abforbé & détruit par ces remè- 
des violens. Je ne fuivrai donc point leurs tra- 
ces ; & en proposant leurs mêmes remèdes quand 
l'oçcaiion s'en préfentera , je ne le ferai que dans 
les maladies où ils conviennent, & cela dans l'or- 
dre & avec les précautions néceflaires, comme 
je l'ai déjà fait dans quelques Chapitres qui pré- 
cèdent celui de Pophthalmie. 



CHAPITRE XIV. 

2. De PœJeme , ou fluxion œJemateufex ds la 
con'on&ive , £5" defes autres inflation/. 

IL arrive quelquefois qu'enfuite de l'ophtal- 
mie, & fouvent auffi fans que l'cphthalmie 
ait pr:cédé,il s'y fait une fluxion fi conlîdérable 
d'humeur pituiteufe fur l'oeil , que la conjonctive 
en e'fl fi élevée & tuméfiée (Tans toutefois qu'il 
y ait de l'inflammation) qu'elle fort allez fou- 
vent hors des paupières, perdant fa couleur na- 
turelle , & caufant une démangeaifon incommo- 
de à tout l'oeil. 

Comme cette maladie n'arrive qu'à ceux qui 
font d'un tempérament pituiteux ou autrement 
mal habitué, on doit, pour la guérir, ordonner 
un bon régime de vive , & purger fréquemment 
le malade, pour confemmer l'humeur pituiteu- 
fe qiy domine dans la'mafle du fang, &pour l'o- 
bliger à reprendre fon cours ordinaire ; ayant 
foin même, avant que d'en venir à la purgation, 
d'y préparer le malade par desjuleps, apozêmes, 



33* Des Maladies 

ou ti Tannes propres à enlever les obftructions; 
s'il y a long-tems que la cachexie dure;enfuite 
employer les vejfîcatoires , cautères , ou Jetons , 
comme je l'ai dit en d'autres rencontres, pour 
détourner & dériver l'humeur qui flue fur les 
yeux, le tout fuivant la grandeur de la fluxion ; 
car ii l'œdème eft peu confidérable, les feuls re- 
mèdes topiques fuffifent. 

A Tégard des remèdes particuliers, on feferC 
pour couler dans l'œil Se le laver dix ou douze fois 
par jour, du criftallin fait avec quatre onces des 
eaux dijlilées de fenouil î$ de rofes , dans kfquolles on 
fait infufer une quantité Juffijante de graines de fé- 
nugrec Z5 de lin pour les rendre mucilagineufes, 
diflb'vant dans l'expreflion une demi-dragme de 
myrrhe $5 huit grains de camphre: & par-defTus 
l'œil on appHque des compreiTes trempies dans 
les fomentations fortifiantes ôc réfo'utives, fai- 
tes aviC Ls feuilles d'abfinthe , de jauge , de bétoine 
de chacune une demi poignée , des fleurs de camomille; 
de mélilot , & de rofes rouges de chacune deux pincées , 
$3 Je Jemences de fnugrec , d'ams , Z$ de fenouil de 
chacune deux- gros , que "l'on fait bouillir dans une 
fuffifante quantité de- vin rouge , pour s'en fervir 
comme defius. On anime quelquefois ces fo- 
mentations avec un peu d'efprit- de-vin, particu- 
lièrement quand les paupières fe trouvent en 
même tems fort tuméfiées & comme transpa- 
rentes. 

Remarquez que telle extenfionqne la conjonc- 
tive fouffre en cette rencontre , elle fe retire & fe 
remet d'elle-même, à mefure que l'humeur pî- 
tuiteufe fe réfoût,& qu'ainfi on n'en doit rien 
couper, quoiqu'elle forte dehors. 

Si le blanc de l'oeil n'étoit compofé que des 
aponévrofes,des mufcîes de l'œil & de la con- 
jonctive > il feroit difficile de concevoir comment 



DE lOeIL. ^5.3 

il pomroit s'étendre fi confidérablément ; mais on 
n'aura pas de peine de le concevoir , fi on demeure 
d'accord qu'il eft encore recouvert de la peau ou 
membrane qui revêt intérieurement les pau- 
pières, -qui.fe produit & s'étend jufqu'au cercle 
ext:rieur de l'iiis, je veux dire qui s'attache au 
commencement de la cornée tranfparente ; car 
étant tort lâchement tendue , elle s'étend aifé- 
ment par les humeurs qui abbreuvent le blanc de 
l'œil. Il eft même for taifé de remarquer que cette 
membrane extérieure foufFrela plus forte exten- 
lion dans cette maladie ;puifque fou vent le blanc 
de l'œil & les paupières ne femblent former 
qu'une même tumeur recouverte par une feule 
membrane. 

La conjon&ive s'enfle & febouiTouffîe encore 
par une humeur flateufe qui fe jette entre fes 
différentes pellicules, & qui l'étendfifort, quelle 
fort quelquefois aufli hors des paupières , comme 
dans la fluxion œdémateufeci-deflus, de laquelle 
elle ne diffère que parce qu'elle eft tranfparente., 
& que quand on la touche & prefle , on ne fent 
point d'humeur au-dedans , &c qu'elle revient 
aulfi-tôt en fon état naturel , comme toutes les 
autres tumeurs flateufes: elle eft auilî quelquefois 
une fuite des grandes ophthalmies & malignes, 
foit qu'elles foient maladies principales ou fymp- 
tomatiques. Quand cette inflation de la conjonc- 
tive fe fait d'une humeur flateufe , elle fe traite 
comme l'inflation œdemateufe ; & quand elle eft 
produite par une ophthalmie , on fuit ce que j'ai 
dit à cette occafion^ en parlant de la cure de !'o.pb- 
ibalmie. 



qp 



3H Des Maladies 

ffWf — — — — — i r il — — — —— ^t 

CHAPITRE XV. 
3. Defpuftuïef de la conjonBive & de la cornée, 

IL arrive de deux fortes^ ;;//?«/^communcs à 
la conjonctive & à la cornée ; les unes font des 
petites veflîes très-fuperficielles , pleines d'eau, 
femblables à ces petites vefïies qui font excitées 
par le feu , l'eau bouillante , & les remèdes véfic- 
catoires :on les nomme vulgairement phlyiïcnes : 
& les autres font des petites veffies ou tumeurs 
un peu plus renfoncées, remplies d'une humeur 
purulente , affez femblable à celles des puftules 
qui arrivent à la fuperflciedela peau; je les ap- 
pellerai Amplement pufinles , pour les diftinguer 
des phly&enes. 

Ces maladies font le plus fou vent des fuites de 
î'ophthalmie; car quand le fang arrêté & épanché 
ne tranfpire ou ne rentre dans les vaifleaux , en 
féjournant il fe corrompt , & corrompt en même 
tems les parties qui le contiennent; ou quand il 
elt fi acre qu'il corrode les fibres membraneufes 
entre lefquelles il s'éhappe , il ne tarde gueres à 
les élever en tumeur. Et toute la différence qui fe 
rencontre entre les phlyctenes & les puftules, 
quant à lacaufe» ceft que les phlyctenes font eau- 
fées par une férolité un peu chaude & acre , qui 
ne peut tranfpirer au-travers de la furpeau qui 
recouvre les membranes de l'œil , & les puftules 
par un fang un peu plus acre qui fe convertit en 
pus. 

Elles font encore produites par ttiumeur qui 
caufe la rougeole & la petite vérole,lorfque cette 
•tourneur fe jette fur les yeux. Et enfin elles font 
excitées par des caufes extérieures, comme par 



B E L' OE I T.. 3 j f 

i'ardeur du foîeil , par l'entrée dans î'œiî de quel- 
ques petits corps ignez , de quelques liqueurs 
acres, acides & corroiives, de mouches, mouche- 
rons , araignées , ou autres corps étrangers ca- 
pables par leur acrimonie d'exciter des phlyc- 
tenes, même dans d'autres parties du corps. 

Comme les phlyctenes font tranfparentes , elles 
paroïflent de la couleur de la partie de l'œil 
qu'elles occupent ; ainfi quand elles fontde> fuites 
de l'ophthaliuie, celles qui font à!a fuperficiede 
!a conjonctive paroiffent rouges, parcequedans 
l'ophthalmie cette membrane eft rouge ; quand 
elles occupent la fnperficie de la cornée à l'en- 
droit de l'iris, elles femblent être noirâtres ou des 
autres couleurs de Viris , & à l'endroit de la pu- 
pille elles paroiiïènt noires: cela s'entend, quand 
on les regarde de face , car quand on les regarde 
de côté, on reconnoit véritablement leur trans- 
parence. A l'égard des puftuîes, elles paroifîent 
d'abord comme des petites tumeurs plus rouges 
dans leur circonférence que n'eft la conjonctive, 
quand elles fe forment fur cette membrane, & 
dans la fuite elles blanchiment ;& quand elles fe 
forment fur la cornée tranfparente , elles paroif- 
fent obfcuresde tel fens qu'on les regarde , mais 
peu de terni après elles blanchiffent. 

En général les phlydtenes & les puftuîes met- 
tent le malade en péril de perdre la vue , parce 
qu'il y a à craindre qu'elles ne dégénèrent en ul- 
cères malins & corrolifs , dont les fuites font tou- 
jours fàcheufes, comme on le verra dans le Cha- 
pitre des ulcères. En particulier les phly&enesne 
font pas fi mauvaifes que les puftuîes , parce 
qu'elles font plus fuperficielles, & que l'humeur 
qu'elles contiennent n'eft pasfi acre. De plus, les 
phlycl:enes& les puftulesqui viennent fur la con- 
jondive^ne font pas ii danger eufes que celles qui 



a-$6 Des Maladies 

viennent fur la cornée ;& celles qui. viennent Jar 
Jacornéeà l'endroit de riris,incommodenc moins 
par leurs cicatrices reliantes, que celles qui vien- 
nent vis-à-vis de la prunelle ; enfin celles qui 
viennent des caufes extérieures font moins fà- 
cheufes que celles qui font excitées par des caufes 
intérieures. 

La cure des phlydrenes & des pullules eft fem- 
blable. Dans leur commencement on les traite 
avec les mêmes remèdes propofez pour le com- 
mencement de l'ophthalmie , foie qu'elles foient 
des fymptômes de 1'ophthalmie, ou que l'oph- 
thalmie foit unfy mptôme de ces maladies ; parce 
<]ue la première intention que l'on doit avoir , eft 
d'appaifer l'inflammation. Ainfi on employé la 
faignée& les autres remèdes généraux dans l'or- 
dre , & comme je l'ai dit au Chapitre XIII. & on 
le fert des collyres rarraîchiffans & adoucifîans, 
& des autres remèdes propofez audit Chapitre, 
fuivant que l'inflammation & la douleur font plus 
ou moins violentes. 

Lorfque l'inflammation commence à s'appai- 
fer, files phly&enesck les puftules diminuent & 
femblentfe réfoudre, on continue la cure comme 
dans la fuice de l'ophthalmie : quelquefois par ces 
remèdes elles fe difllpent ; mais fi au contraire 
elles augmentent, on juge qu'il ne fe fera pointde 
réfolution , & que par conféquent elles fe termi- 
neront comme des autres puftules du corps, 
c'eft-à-dire par Viffue de leur matière. C'eft 
pourquoi on fe fers alors de collyres qui amo- 
lifient & réfolvent en même tems, comme de 
celui fait avec une demi-once de racines d' ah hd a , des 
fleurs de camomille £5 de méhlet de chacune une pincéi, 
'qu'on fait bouillir un peu de tems dans fix onces 
des eaux dijhlées de rofes S> de fenouil , enfuite on y 
fait infufer un demi Jcrupule de fajfrau , & le col- 
lyre 



DE l'Oe ï L. 357 

lyre étant pafTé par un linge , on en fait couler 
quelques goûtes dans l'œil malade , ï o. ou n, fois 
par jour, mettant defTus à chaque fois une com- 
prefle trempée dans un collyre rafraîchiflant, ou 
quelqu'un des autres remèdes propofez pour 
l'ophthalmie. 

Si elles tardent à s'ouvrir , le plus sûr eft de les 
ouvrir avec la pointe d'une lancette ou avec une 
éguille , pour empêcher que l'humeur qu'elles 
contiennent, par fon trop Iongféjourn'excavela 
cornée , & ne caufe un ulcère plus profond i dont 
îa cicatrice reftante étant plus épaifle , empêche- 
roit davantage la vue ; particulièrement fi ces 
puftules fe rencontrent fur la cornée tranfparente, 
vis-à-vis de la pupille. 

La manière de les ouvrir eft de les piquer à 
côté , comme on fait ordinairement les puftules 
qui arrivent fous l'épiderne. Si on fe fert de la lan- 
cette , il eft bon d'envelopper le fer & les chaftes 
d'une petite bande de linge, ne laiffant que la 
pointe de découverte; tenant la lancette par les 
chafles , comme on tient l'éguille pour abbaifter 
îes cataractes , on pique comme deflus, le plat de 
la lancette étant du côtede l'œil. Toutes ces pré- 
cautions ne fervent que pour s'empêcher de 
blefler l'œil. 

Soit que les phly&enes ou îes puftules fe foient 
ouvertes d'elles-mêmes^u qu'on les ait ouvertes, 
on traite les ulcères qui reftent avec les collyres 
Eiondifians & defléchans que l'on compofe , par 
exemple , avec un Jcrupule des trochifques blattes de 
thafts , dix grains de myrrhe , cinq grains de vitriol 
blanc , £5 une demie dragme de Jucre candie , que l'on 
diflbut dans quatre onces des eaux diftilées de rofes & 
de lierre terrefire. On en met trois ou quatre goûtes 
dans l'œil dix ou douze fois par jour , <3c on 
couvre l'œil d'une comprefle trempée dans un 

P 



3,3 8 Des Maladies 

coliyre rafrakhiffant , tant qu'il y a de l'inflam- 
mation» 

Si même la douleur çiï violente, on coule dans 
l'œil alternativement du collyre fufdit , & de 
quelqu'un des collyres adouciflans propofez dans 
le Chapitre XIII. Se ce, tant que la douleur fab~ 

Si ces ulcères ne guérhTent point par ces re- 
mèdes, on aura recours au Chapitre XV II. ou 
on choiiita les collyres qui leur conviendront. 

£ta ne traite point d'une autre manière les pu- 
llules qui font produites par la petite vérole ; 
mais on s'efforce , autant qu'on le peut , d'en dé- 
fendre les yeux Onfe fert à cet effet des remèdes 
qui re 1 âchent& ouvrent la furpeau des environs 
des yeux, & qui atténuent l'humeur qui caufe les 
puftûîes, afin qu'elle puiîTe tranfpirer à mefure 
qu'elle aborde : on employé utilement lelcit de 
femme , ou à fon défaut celui de vache , dans lequel 
on fait infuier une quantité Juffifante de faffran 
pour en faire une forte teinture , dont on oint les 
paupières & les environs quatre ou cinq fois par 
jcur,& dont on coule même quelques goûtes 
.dans les yeux- 

Ou onfe fert de la même manière d'un collyre 
fait avec parties égales des eaux dijlïlées de lys Ï5 de 
frayds grenouille? , dans Iefquelies on fait infufer 
4e L& graine de Im autant qu'il en faut pour les 
cendre mucilagineufes , <5 dujaffrau comme deffus , 
étant paffées par un linge, on dilTout dans deux 
f onces fegt oh huit grains de camphre. Souvent par 
,€es remèdes ou autres , on empêche les pullules 
de la petite vérole de pouffer dans le,s yeux , 
^ooevû qu'on s'en fefye de bonne heure. 

4mb.^ar0 5 au Chap, III. de fon vingt-fixiéme 
jjtfre 5 iefert^ Veau-rofe^ de verjus & dû camphre , 
^o^Tiaetrrp autour des paupières ;ou bien d'une 



BE l'ÛEI'L. 339 

iîéco&ion de Jumach , de berberis , î$ dVcorce à? gn- 
-vide-, y diflblvant de Valoët & un peudejajfran^&c 
propofe auffi pour la même unie jus degrena 7 e. 
Cette pratique quoiqu'elle femble contraire à la 
précédente, convient cependant avant que les pu- 
llules ayent commencé à pouffera la fuperfieie. 
de la peau; parce que ces remèdes ayant beau- 
coup d'aftri&ion , en reflerrent les fibres, ainfi la 
matière des puftules s'y loge plus difficilement : 
mais aufli quand la peau en eft déjà abreuvée , 
ces remèdes qui s'oppofent à fa tranfpiration, 
feroient plus capables d'augmenter l'inflamma- 
tion & les puftules, & d'exciter de plus grands 
defordres ; c'eft pourquoi il vaut mieux agir 
iuivant l'intention que j'ai propofée,& qui eft la 
plus univerfellement reçue ; & cela , d'autant plus 
qu'on n'eft gueres appelle en ces rencontres, que 
îorfque les puftules commencent à poufîer. 



CHAPITRE XVI. 

4. De l'hypopyon, oh abcès de la cornée, 

PAr hypopyon nos Aifteurs entendent deuxcno- 
fes : r . un amas de pus derrière la cornée&dans 
le globe même : z. un amas de pus qui fe fait en- 
tre les pellicules mêmes de la cornée. 

Comme la première fignification a trop d'é- 
tendue, puifqu'elle comprend tous les amas de 
pus qui viennent des abcès des parties intérieures 
de l'œil, ou du fang épanché au-dedans de l'œil 
& qui fuppure; je la reftraindrai à cet épanche- 
ment de pus derrière la cornée, enfuite de l'ou- 
verture de l'abcès qui fe fait en la fuperfieie inté- 
rieure de cette membrane : ainfi par hypopyanfçn* 
rendrai aulïï deux chofes ; premiérementSc prin^ 

pu 



340 Des Maladi-es 

ci paiement l'amas de pus , ou l'abcès qui fe fait 
entre ks pellicules de la cornée; & en fécond 
lieu l'épanchement qui s'en fait au-dedans de 
l'œil , lorfque cet abcès s'ouvre en dedans. 

Cette maladie eft fouvent une fuite des gran- 
des inflammations des yeux, lorfqu'elles ne fe 
terminent poinr. par réfolution; elle arrive aullî 
quelquefois par un fang chaud & acre, qui flue 
& s'amafle dans une feule partie de la cornée , à 
la manière des autres abcès; & elle arrive en- 
core enfuite d'un fang épanché entre les pellicu- 
les de la cornée , par quelque coup ou autre vio- 
Jence extérieure, quand ce fang, au lieu de fe 
ré foudre, fuppure. 

Elle diffère des phlyftenes & des puftules, en 
ce que ces maladies ne font qu'à la fupeifïcie ex- 
térieure de .la cornée, & x\ue la matière qu'elles 
contiennent eft fort fluide;& que celle-ci eft en- 
tre les pellicules, & que fa matière eft plus 
épaifle & aflez femblable à celle des abcès : aufli 
Ytypopyon eft proprement un abcès de la cornée. 

Qn.ani cet abcès le forme, l'inflammation eft 
violente ,& les douleurs font vives & élançantes, 
qui continuent même quoique lepusfoit formé. 

Cet abcès eft quelquefois fi petit, qu'il n'a pas 
p'us d'étendue qu'une puftuîe; & d'autres fois il 
eft ii étendu , qu'il occupe une grande partie de la 
cernée. 

Quand le pus s'amafTe entre les pellicules de la 
fuperneie extérieure de la cornée, il forme en 
dehors une tumeur pointue en manière d'un 
cloud ; entre les moyennes, la tumeur eft platte 
& déprimée ; & entre les pellicules de la fuperfl- 
cie intérieure, fouvent il ne paroît aucune tu- 
meur en dehors, la tumeur étant au dedans de 
l'œi-l. 

Quand il ne paroit point de tum.eur.en dehors^ 



de l'Oeil. 3 4 l 

pour juger fi le pus eft entre les pellicules dé fa 
cornée tranfparente, & fi l'iris & la pupille pa- 
roiffent dans leur état naturel vis-à-vis de l'a- 
mas , c'eft une marque que l'abcès eft dans la cor- 
née. Il eit plus difficile à juger, quand il s'amalïe 
vers la fuperflcie intérieure dé la cornée opaque, 
& qu'il ne paroît point de tumeur en dehors , n'y 
ayant que les lignes généraux qui le fafTent con- 
noître, qui font la douleur plus violente en cet 
endroit, l'inflammation plus confid érable, la 
tenllon des vailleaux plus grande dans les envi- 
rons, & la couleur fombre vers le milieu de l'a- 
mas. 

Quoique la cornée tranfparente foit fort folide, 
le pus qui fe trouve renfermé entre fes pellicules, 
s'étend quelquefois fi fort en large , que la tu- 
meur qu'il formoit en dehors, s'applatit & dif- 
paroît, ne laiRant qu'une grande t3che blanche: 
quelquefois aulTi ce pus étant amafîé vers je hauc 
ou vers le milieu de la cornée, fait fufée &: des- 
cend en bas, taillant un veftige blanc ou trouble 
dans le lieu qu'il occupoit, &dans celui par lequel 
il a paffé; & cette exteniîon & trinfp. iitionde 
pus eit le plus fort argument qui Méconnaître 
que cette membrane eft compolée de pîufieurs 
pellicules, par la raifon que j'ai rapportée a i 
Chapitre VII. de la Defcription de l'Oeil. 

Quand le pus fait ainii rufee, il s'arrête atibaa 
de la cornée tranfparente; & quand il y eft en 
une certaine quantité, il s'y étend , & forme une 
tache blanche à peu près femblab'e à celle qu'on 
remarque à la racine des ongles. Cette tache eft 
beaucoup plus apparente, quand l'abcès fe rompe 
au- dedans de l'œil , & que le pus s'épanche entre 
l'iris Se la cornée tranfparente :& c'eft propre- 
ment cette efpece à'byfofyon que nos Anciens 
ont appelle onyx. 

Piij 



K 1 y Des Maladies 

L'abcès de la cornée eft une maladie trêsfâ* 
cheufe, puifque la plupart de ceux qui en font 
travaillez , perdent la vue , foit par les cicatrices 
qui reftent & qui font fort épaifles; foit par l'ul- 
cère de la cornée qui fuit l'Ouverture de l'abcès,. 
Se qui eft prefque toujours d'une nature fort ma- 
ligne; foit pour la rupture de cette même mem- 
brane, dont s'enfuit l'écoulement de l'humeur 
aqueufe, qui eft quelquefois ficoriidérable, que 
les parties intérieures en changent de iituationôc 
fe confondent; foit enfin par la fuppuration de 
tout l'œil , ou au moins d'une partie , quand le pus 
qui s'échape au-dedans eft d'une mauvaife qua- 
lité. Voilà ce qui regarde le prognoftic gé- 
néral. 

Quant au particulier, les petits abcès dont le 
pus ne s'étend pas entre les pellicules de la cor- 
nie, marquent moins de malignité, & peuvent 
plutôt recevoir guérifon. Ceux qui font vers la 
fuperficie extérieure de cette membrane, font 
moins mauvais que ceux qui en occupent le mi- 
lieu, 6c ceux-ci font moins fâcheux que ceux 
qui fe forment vers la fuperficie intérieure. Enfin 
ceux qui fe forment fur la cornée tranfparente; 
& ceux qui font vis à-vis de l'iris, incommodent 
moins par leurs cicatrices reftantes, quand ils 
guérilTent, que ceux qui font vis-àvis de la pu- 
pille. 

Pour la cure de l'abcès de la cornée , on fe fei t 
dans le commencement des remèdes tant géné- 
raux que particuliers que j'ai propofez pour 
l'ophthalmie, obfervant ce que j'ai dit dans le 
Chapitre précédent à I'occafion àzs phly&enes Se 
àespujhler. Et quand l'inflammation commence 
à s'appaifer,fi on voit qu'il y ait peu de matière 
amaflee, & qu'elle ne foit pas de mauvaife qua- 
lité, ce qu'on connoît fi l'inflammation diminue 



DE L'O E [ L, ?4 * 

confidérablement , on la difHpe, il on peut, pa r 
Tufage des collyres réfolutirs & un peu émol- 
Iiens , faits avec les fleurs de camomille Ï5 de rAéiilot, 
les Jemences de fenugrec & de fenouil de chacune une 
pincée , C5 unfcmpule de myrrhe } que l'en fait bouil- 
lir légèrement dans fit onces des eaux aijhlées de 
rofes^i de\rlwe,8(. enfuite on y fait infuferun cie- 
rr.i-f crapule djfafran, pour étant paflé par un lin- 
ge , l'appliquer à l'ordinaire. 

Si par l'ufage de ce remède ou autre de fem- 
b'able vertu ,1e pus ne fe réfout, il faut venir à 
l'extrême remède, quand l'abcès eft grand. qui 
eit de piquer avec une iancette la cornée à l'en- 
droit de l'abcès, pour en faire fortir le pus, fans 
attendre qu'il fe fafle jour lui-même par l'ulcé- 
ration de la cornée, pour éviter les cruelles dou- 
leurs qu'il cauferoit au malade, & les autres 
defordres qui farviendroient par un trop long 
féjourdu pus. 

La manière de faire cette opération, efl: de fi- 
tuer commodément le malade furfon lit, la t£te 
bien appuyée de crainte qu'il ne larem'ie, Ôc te- 
nant du pouce & du doigt indice d'une main 
l'oeil ouvert & fujet, de l'autre tenir ïahncette 
comme fi on vouloit faigner, & piquer la cor- 
née au lieu le plus panchant de l'abcès fi profon- 
dément, que l'on parvienne jufques au pus, fai- 
fant enfuite une petite élévation pour rendre 
à peu près l'ouverture de la grandeur du demi- 
diametrede l'abcès, On ne doit pas toujours s'at- 
tendre que le pus fuive la ponte de la lancette; 
il eftque'quefoisfi épais, qu'il ne coule qu'à me- 
fure qu'il s'atténue: d'ailleurs la cornée efî ii fo- 
lide, & les lèvres de l'ouverture s'approchent 
d'abord fi fort, qu'elles s'oppofent à fa fortie; 
mais dans la fuite eiies Couvrent, & le pus s'é- 
coule infenfiblement. 

Piiij 



544 \ Des Maladies 

Immédiatement après l'ouverture, on fe feft 
du collyre fait avec le lait Je femme £? le jaffi-an , 
ou de quelqu'autre collyre anodin pour appaifer 
la douleur : enfuite on fe fertdes collyres mondi- 
fians & defléchans , comme de celui que j'ai 
propofé après l'ouverture des pullules ; remé- 
diant à l'inflammation & à la douleur, û cesac- 
cidens fe renouvellent, par les remèdes que j'ai 
ci-devant propofez: enfin, fuivant que l'ulcère 
fe rend plus ou moins mauvais, on le traite com- 
me je le dirai ci-après au Chapitre des ulcères. 

Notez que fi le pus avoit déjà fait fufée, ou 
qu'il fefût étendu, comme je l'ai dit ci defius, 
il feroit bon d'attendre quelques jours avant que 
d'en venir à l'ouverture, & pendant ce tems-là 
fe fervir des collyres réfolutifs pour tâcher de le 
difllper, comme quelquefois cela arrive: mais fi 
après quatre ou. cinq jours on ne s'apperçoit 
d'aucune refolution, & qu'au contraire le pus 
augmente dans le lieu où il a coulé , il ne faut pas 
tarder à lui donner jour au lieu même où il a flué, 
fans fe mettre en peine de celui où il s'efl amafle 
la première fois. L'expeYience faitconnoître que 
c'eft là que l'ouverture doit être faite , puifque 
faute d'ouverture, il s'y fait fouvent jour. 

Remarquez encore que, lorfque l'abcès s'efl 
ouvert au-dedans de l'œil , & que le pus s'efl: 
épanché entre la partie inférieure de l'iris & la 
cornée tranfparente, quand il n'eft pas d'une 
mauvaife qualité , il fe clefleche quelquefois en cet 
endroit, fanscaufer d'autre defordre qu'un chan- 
gement en la couleur de l'iris, & une tache blan- 
che, qui eft la cicatrice de l'ulcère intérieur de 
la cornée , d'où le pus s'tft épanché : mais quand 
il eft d'une mauvaife qualité, il altère non-feu- 
lement la partie de l'uvée qui forme l'iris, mais 
encore les autres parties intérieures de l'œil, & 



î>E l'Oeîl. h S 

fouvent même ulcère & perce la cornée tranfpa- 
tfétite, fi on diffère à lui donner jour. 

Avant que d'en venir à l'opération , fi vous 
n'avez aucune efpérance que la vue fe puiflê ré- 
tablir , ayez bien foin d'en avertir le malade, & 
lui faites concoure que l'opération que vous loi 
propofez , n'eft que pour l'exempter des cruelles 
douleurs qu'il foufniroit, fi on attendoit queîe 
pus fe fit jour de lui-même par ulcération, & 
pour éviter la difformité que lafuppuration de 
tout l'œil cauferoit; afin qu'il n'impute pointa 
l'art ce qui eft une fuite malheureuie de fa ma- 
ladie. 

J'ajouterai a la fin de ce Chapitre , que Gaîien 
au chapitre 19 du quatorzième livre de la méthode, 
rapporte que de fon temsun nommé Jufius Mé- 
decin Ocu'ifte, guériflbit plafieurs perfonnes 
travaillées d'hypopyon , en leur fecouant rudement 
la tête jufquesàcequ'onvît le pus defcendre au 
bas de l'œil, où il demeuroit par fa pefanteur. 
Ne vous fervez point de cette pratique qui ne 
vous réuffiroit pas, quoique ce fait puifle être 
vrai en trois rencontres. i°. Quand le pus s'eft 
amafie vers la partie intérieure de la cornée , 6c 
qu'il eft prêt à s'échapper. io. Quand l'abcès s'eft: 
formé en la partie antérieure de la membrane 
uvée, & qu'il eft pareillement prêt à fe rompre. 
3°. Quand le pus s'eft amaflé au dedans de l'oeil, 
foit à caufe d'un fan g épanché qui n'a pu fe ré- 
foudre, ou par quelqu'autre caufe; car nos An- 
ciens appelaient hypopyon, tout amas de pus qui 
fefaifoitoudans l'épaifTeurde la cornée, ou p.ir- 
delà : dans ces trois rencontres, dis- je , les fe- 
couffes peuvent avaficer la précipitation du pus, 
quifeferoit même naturellement, ou à la faveur 
des frictions de l'œil, comme je lai vu arriver 
plufieurs fois. Mais quand le pus s'eft amalTé en- 

Pv 



146 I>e s Maladies 

tre les pellicules de la cornée , & qu'il n'a point de 
difpcfition à s'échapper au-dedans de l'oeil , tou- 
tes les fecouffes& autres moyens ne lui peuvent 
faire changer de place ;& s'il s'étend fouvent, 
ou fe précipite au bas de la cornée tranfparente, 
comme je l'ai dit ci-deflus, c'eft un de ces effets 
de la nature , que l'art ne peut pas produire. 



CHAPITRE XVII. 

5 . Des ulceus de la conjonBive ǣ de Jacorne'e, 

LEs ulcère s de la con'onBive Î5 de la cornée font 
les maladies les plus communes qui arrivent 
aux yeux. L'inflammation, les puftules, les ab- 
cès, les playes, & généralement toutes les folu- 
tions de continuité de ces parties, non- feulement 
les caufent; mais aulli toutes les fluxions d'hu- 
meurs acres & mordicantes qui fe font fur les 
glandes des yeux & fur les paupières, les exci- 
tent, quand ces humeurs coulent & féjournent 
fur l'œil. 

Ils font ou Superficiels , ou profonds. Les Juperfi- 
cielf , qui font ordinairement caufez par des hu- 
meurs acres & mordicantes, qui fortent des 
glandes & qui abreuvent l'oeil, ou par des ph'y- 
Benes, ou par quelques corps étrangers & peu 
de conféquence qui entrent dans l'oeil & qui le 
bleilent, font de quatre efpeces, qui ne diffèrent 
entr'elles que du plus au moins. La première eft 
un léger ulcère qui paroît en manière d'un brouil- 
lard très-fuperficiel fur la cornée rranfparente, 
& qui en occupe fouvent la pïus grande partie: 
ce n'-ft proprement qu'un commencement d'ul- 
cération de la iurpeau qui recouvre la cornée : 
aufli quand^et ulcère ne pafTe point outre & qu'il 



de l'Oeil, 347 

guérit, il ne refte point de cicatrice, cette fur- 
peau fe rengendrant facilement; nos Auteurs ao- 
pellent cette efpece d'ulcère brouillard (a) /à 
caufe effectivement qu'il ne paroit que comme 
un petit brouillard. 

La deuxième eft un ulcère femblable au pré- 
cédent, un peu plus profond & plus blanc, qui 
occupe fouvent moins de place ;& comme en cet 
ulcère la fuperficiede la cornée fe trouve auffi ul- 
cérée, il refte une cicatrice légère après fa gué- 
rifon, qui incommode un peu la vue , quand elle 
fe trouve au-deiïus de la pupille : nos Anciens 
l'ont appellée»»^^ , parce qu'il eft plus opa- 
que que le précédent, & qu'il reflemble à un pe- 
tit nuage. 

La troifiéme eft un ulcère rond & plus profond 
que les précédens, qui fuit fouvent l'ouverture 
des puftules, & qui paroit blanc , quand iî eft fur 
la cornée trar.fparente ; & rougeâtre, quand il 
occupe le blanc de l'ceil ; & quand il fe trouve en 
telle Situation qu'il occupe en même tems partie 
du blanc di l'ceil & partie de la cornée tranfpa- 
rente, il paroit des deux couleurs ci deflus, c'eft- 
à-dire rougeâtie au blanc de l'œil, & blanc fur. 
la cornée tranfparente. La cicatrice qui refte 
après fa guérifon,empechedediftinguer les ob- 
jets , quand elle eft vis-à-vis de la pupille. Nos 
Auteurs le nomment ulcère rond Ce) , à caufe de fa. 
figure qui eft mieux circonferite que celle des 
précédens. 

La quatrième eft un ulcère brûlant, doulou- 
reux , d'un gris cendré, inégal & rude , paroiflant 
comme un petit floccon de laine, quand il eft fur 
la cornée tranfparente. C'eft le plus mauvais des 

(a) Achlys, ou caligo. 

(£) Nephelion 3 ou nubecula. 

(c) Argemon , ou ulcus rotundum, 

Pvj 



34S P ES Maladies 

ulcères fuperfïciels ■, étant fujet à dégénérer es 
ulcère profond ce fordide. Il laifle une cicatrice 
plus épaifTe que le précédent. Il eil appelle à 
caufe de la chaleur oc de la douleur qu'il caufe, 
ni et te brûlant {a). 

Tous ces ulcères étant négligez, ou arrivant 
dans un corps de maavaife compléxion, fujet à 
des fluxions habituelles, dégénèrent fouventen 
ulcères profonds. 

Les ulcères profonds font encore caufez par l'ou- 
verture des abcès qui fe font dans TepaifTeurde 
la cornée , par des plaies & autres caufes ; on les 
diftingue ordinairement en trois efpeces. 

La première eft un ulcère étroit, profond, & 
dur, dont la cornée tranfparente , quand il eft 
au-deffus de l'iris ou de la pupille , ne paroit point 
changée de couleur, neblanchiflant que lorfque 
Valcere fe cicatrife ; & quand il eft fur la cornée 
opaque à l'endroit du blanc de l'œil , il eft fort 
rouge en fa circonférence, & fon milieu paroît 
noirâtre, à caufe que la cornée eft émincée en 
cet endroit. On 1 appelle une fi/fette (b) , à caufe 
de fa profondeur. 

La deuxième eft un ulcère femblable au pré- 
cédent, hors qu'il eft plus large & qu'ilTemble 
moins profond ; parce que la cornée étant émin- 
cée, eft un peu pouftée au- dedans de l'ulcère par 
l'humeur aqueufe, à caufe de l'étendue de cet ul- 
cère. On le nomme encavure (c). 

La troifiéme eft un ulcère fordide & pourri, 
jettant une fanie épaifTe, inégale ôcmauvaife. Il 
retient le nom d'ulcère fordide. {d) 

Voilà toutes les efpeces d'ulcères que nos An- 

(<*) Epicauma , eu ukus imiftutn. 

(b) Bothrion, oh foilula & annullus, 

(c) Cœloma , ou cavitas. 

(d) Eircauma, ou ulcus fordidum, 



de l'Oeil, 349 

clens ont décrits, avec les noms qu'ils leur ont 
donné, dont on ne doit pas fort fe mettre en 
peine, pourvu que l'on connoifle bien la nature 
de chaque ulcère. Si on vouloit s'attacher à 
examiner plus particulièrement toutes les au- 
tres circonftances qui les peuvent accompagner, 
on en trouveroit un bien plus grand nombre; 
mais comme toutes ces circonftances ne font 
point changer l'ordre de leur traitement, il eft 
inutile d'augmenter le nombre des efpeces de 
nos Anciens: il fuffit qu'un Chirurgien Oculifte 
s'applique à connoître toutes leurs complica- 
tions eiTentielles & principales, pour en tirer fes 
indications curatives. 

Les ulcères des yeux font fi aifez à connoître, 
qu'il ne faut qu'ouvrir l'œil malade pour décou- 
vrir leur nature; & d'ailleurs ce que j'ai dit de 
leurs différences, renferme en même tems leurs 
fignesdiagnoftics. 

Pour le prognoitic en général, on peut juger 
que les ulcères des yeux font des maladies très- 
fàcheufes,tant pour la difficulté qu'il y a de les 
guérir, à caufe des cruelles douleurs qu'ils cau- 
sent à l'œil Se à la tête, des violentes inflamma- 
tions qui les fuivent, & de la nature des parties 
ulcérées; que par les fymptômes qui les accom- 
pagnent (boivent, comme la rupture de la cor- 
née, les excroiil'ances de chair, les fiftules, & en- 
fin par les cicatrices qui reitent toujours après 
leurguérifon: tous fymptômes qui détruifent en- 
tièrement la vue, ou qui la diminuent au moins 
confidérablement 

En particulier, les ulcères qui n'occupent que 
lacoîjon&ive, font moins dangereux que ceux 
qui paffent à la cornée; & ceux qui font en la 
cornée opaque, ou dans la tranfparente vis-à- 
vis de i'iiis, quand ils guérifTentj n'incommodent 



I ço Des Maladies 

point la vue par leurs cicatrices reliantes, com- 
me ceux qui le trouvent vis-à-vis de la pupille. 

Plus les ulcères font fuperrkiels, plus ils font 
aifez à guérir, & moins ils incommodent par 
leurs cicatrices ;& plus les uceres font profonds, 
plus il y a à craindre que la cornée fe rompe , que 
l'oeil fe flétrifîe,& que l'uvée forte par la rup^ 
ture. 

Les ulcères qui rendent une fanie claire ou 
roufle,& qui eft fi acre qu'elle ronge les parties 
voifînes de l'olcere, les paupières, & les autres 
parties fur lefquelles elle s'épanche, font diffici- 
les à mon iifier; & ceux qui rendent une fanie 
inégale , croûteufe, noirâtre & mauvaife , font 
auffi très-difficiles à mondifier, & doivent faire 
craindre la fuppuration de tout l'ai'. 

Ceux qui font entretenus par unefl oxion ha- 
bitue'le d'humeurs acres , qui fe fait fur les glan- 
des de l'œil, ou fur celles des paupières, comme 
il arrive fou vent dans les en fans fujets aux tu- 
meurs fcrophuleufes, & dans ceux qui font tra- 
vaillez de forbut, vérole, ou autre infigne in- 
tempérie du fang , ne guérifTent point qu'on n'ait 
auparavant détruit toutes ces msuvaifes caufes. 
Et quand ils font entretenus par les poils des pau- 
pières qui fe renverfent dans l'œil , ils ne guérif- 
fentqu'après qu'on a arraché ces poils, ou qu'on 
les a détourné. 

Les yeux affaiblis par les ulcères précédens, 
ou par des fluxions, ou par un gracd âge, & 
pour être continuellement expoiez aux injures 
extérieures, faute d'être recouverts des paupiè- 
res, font fort fujets à être ulcérez ; & quand ils 
le font, les ulcères en font difficiles à guérir. 

Un fymptôme commun à ceux qui font tra- 
vaillez de violentes ophthalmie, de plaies, de 
puftules, d'abcès, & d'ulcères à la cornée ,& de 



de l'Oeil. ^r* 

«uelques autres maladies, c'efl de ne pouvoir 
fouffr ir la lumière du grand jour fans de grandes 
douleurs: ce qui oblige les malades à tenir les 
yeux fermez à la préience du grand jour, & de 
ne les ouvrir que dans les ténèbres , ou lorfque la 
lumière eft fort foible. 

En parlant des maladies de la rétine, j'en ai 
attribué la caufe à la difpofition inflammatoire 
de cette membrane ; parce qu'il eft impoilible 
que toutes les parties fenfibles de l'œil, & parti- 
culiérement la rétine, ne fe reffentent de l'in- 
flammation douloureufe de la conjonctive & de 
la cornée, foit que cette inflammation foit feule, 
ou qu'elle accompagne les plaies , les pullules, 
les abcès , ou les ulcères , puifque même les au- 
tres parties voifinesde l'œil s'en refTenrent 

Une preuve que cette difficulté de fouffrir la 
lumière, ne vient point de la fenfibilité extraor- 
dinaire que la conjonctive ou la cornée contra- 
ctent dans ces maladies, c'eft que lorfque les ul- 
cères, fi enflammez & ti feniibles qu'ils foient, 
occupent la cornée tranfparente, & empêchent 
entièrement les rayons de lumieie de pénétrer 
l'œil, & de fe porter fur la rétine, les malades 
ouvrent ai fé ment l'œil à la préfence du grand 
jour, fans en fouffrir aucune douleur ;& au con^ 
traire, quand ils font dans d'autres parties de la 
cornée, & qu'ils n'empêchent point le paflage 
des rayons de lumière, ou que la cornée ulcérée 
a encore aiTez de tranfpnrence pour être péné- 
trée par les rayons de lumière, comme il arrive 
dans les ulcères les plus fuperrlciels & dans quel- 
ques autres, lien mêmetems il y a de l'inflamma- 
tion , les malades fouffrent de fi grandes douleurs 
de la lumière, qu'ils ne peuvent tenir l'oeil ou- 
vert: ce qui fait qu'on a beaucoup de peine à 
faire ouvrir les yeux aux enfans peu raifonnables, 



" 5S 1 Des Maladies 

éc qu'on efl: obligé de leur ouvrir de force pouf 
reconnoître leurs maladies, ou pour y introduire 
des remèdes. 

Cette difficulté de foufivir le grand jour fert 
même pour le prognoftic desulceres, ou des- au- 
tres maladies qui la caufent; parce que fitôtque 
l'on voit un malade qui ne peut ouvrir l'œil fans 
de grandes douleurs, on juge avant que de l'exa- 
miner , que la vue n'eft point perdue. 

Pour la cure des ulcères des yeux , on travaille 
d'abord à réprimer l'inflammation, fi elle eft 
grande, en diminuant, détournant & dérivant 
les humeurs qui la caufent, par le régime de vi- 
vre, les lavemens,lafaignée,les vehcatoires,les 
cautères, & les autres remèdes généraux admi- 
niftrez dans l'ordre , & comme je l'ai dit en par- 
lant de l'ophthalmie; & cela,fuivant le degré de 
l'inflammation. 

On doit auifi en même temsfefervir des re- 
mèdes topiques qui conviennent à l'inflamma- 
tion , & dont j'ai aulli parlé en la cure de l'oph- 
thalmie, & de ceux qui peuvent mondifier les 
ulcères ;& voici l'ordre qu'il faut tenir dans l'u- 
fagede ces remèdes. 

Si l'ulcère efl: fuperflciel,& que l'inflamma- 
tion foit peu confidérable, on fe fert du collyre 
fait avec cinq grains de vitriol blanc , cinq grains de 
JeJ de Jaîume , vingt graint des trochijques blancs de 
rhafts * ǣ un fcrupule de fucre candis , qu'on diilbut 

Nota.* Les t;ochifques qu'on appelle chez les Apcticaires 
trcchityies blancs de rhafis , ne l'ont pas tout-à-fait femblables à 
ceux de rhafis ï puifqu'on en ôte Y opium , auquel on iubftkue le 
camphre , & qu'on y ajoute la gomme arabique & l'amidon : ce- 
pendant comme c'eft de ces trochifques officinaux dont j'en- 
tends parler , j'ai crû qu'il étoit à propos de n'en pas taire la 
description. 

On prend dix dragmes de ceriife lavée , comme je le dirai ci- 
après , fix dragues de farcacolle fuktilsmsm pnlverifée , qttatr* 



de l'Oeil. H 5 

dans trois onces dûs eaux diililé.s de rofes , de plantain 
£5 d'eufraife , dans lefquelles on a fait fondre aupa- 
ravant dix grains dégomme arabique i n poudre , pour 
les rendre mucilagineufes ; on en fait couler quel- 
ques goûtes tiedes dans l'œil malade io.oun. 
fois par jour, & par-deilus l'œil on applique une 
compreffe trempée dans un collyre rafraîchifiant, 
tait avec un blanc d'œufïS les eaux de rofes r d de plan* 
tain, battus enfemble. 

Ou bien on Te fert du collyre de camphre que 
l'on fait avec dix grains de camphre , autant de vitriol 
blanc Î5 un Jcrupule de fucre candie , qu'on diffout 
dans pareille quantité des eaux fuj 'dites , pour s'en 
fervir de même. 

Quoique le camphre fe difTolue a fiez bien dans 
les eaux diftilées, en le broyant dans le petit mor- 
tier avec le fucre , ck verfant les eaux defïus petit 
à petit: on le diflbut cependant plusaifément, fi 
on le broie avec le quart ou la moitié d'une aman- 
de pelée , ou une femence ou deux de concombre 
mondée , ou autres femences huileufes , & de 
cette manière on le diflbut fans fucre dans toutes 
fortes de liqueurs-. 

Le camphre par la ténuité de fes parties, pé- 
nètre & s'infinue aifément dans les pores des 
parties , atténue les humeurs groflleres , les dé- 

dragmes £ amidon , des gommes arabique & tragaeanth bien pd- 
lerifées , deux drag<ies de chacune & une dragme de camfbre.On 
broyé le camphre avec une amande pelée dans le petit mortier , 
on y ajoute peu à peu une cueillerée frean-rofe , puis les poudres 
qu'on triture bien , y ajoutant encore de Veatt-refe , s'il en eit 
befoin , pour rendre le tout en confiftance de pâte un peu lo- 
lide,dont on forme des trochifques , qu'on fait fécher à l'ombre. 
Il eft aiïez inutile de nourrir la farcocolle avec le lait de femnv* , 
puifque ce qu'il en refte , quand les trochifques font fecs , ne 
peut être d'une grande vertu , & que d'ailleurs on peut ajouter 
le lait , fi on le juge néce/Taire ; dans les collyres que l'on faifl 
avec ces trochifques., 



j?4 Des Maladies 

tache & leur fait quitter prife , corrige le vïhë 
des ulcères par fa qualité balfamique , 6c con- 
ferve ainfi îa température des parties ; c'eft pour- 
quoi il convient fort dans les remèdes ophthal- 
niiques. Il eft vrai qu'en l'appliquant , il caufe une 
douleur un peu vive , parce qu'il s'infmue promp- 
tement,mais cette douleur fe paffeen un inftant 
& d'ailleurs il ne caufe aucune inflammation, au 
contraire en difcutant l'humeur oui la caufe , il- 
Fappaife ; d'où vient qu'on l'a cru froid. 

Si lulcere ne fe mondirle pas bien par ces re- 
mèdes, ou s'il eft plus confidérable , on rend ces 
collyres un peu plus puitïans, en diminuant la 
quantité des eaux diftiîées , ou augmentant la 
dofe des remèdes qui entrent dans leur compo- 
fition. Ce qu'on doit obferver dans tous les col- 
lyres que j 5 ai ci-devantpropofez,ou quejepro- 
poferai dansla fuite: car il eft delà prudence d'un 
Chirurgien d' obferver continuellement l'effet de 
fes remèdes , par îa confidération de la partie ma- 
lade fur laquelle il les applique ; ainli quand il 
voit, par exemple, qu'un ulcère de l'œil fe def- 
feche,& s'échauffe au îieudefemondifler, il doit 
juger que ces remèdes font trop violens,& alors 
il les doit adoucir , en les écendant par l'addition 
des eaux diftiîées, oufe fervir d'autres remèdes 
plus doux; quand au contraire il reconnoitqu'' n 
ulcère s'hume&e trop Se fe falit, il doit inférer 
qu'ils font trop foibles, & alors il doit rendre fes 
collyres plus pénétrans , mondifians 6c deffé- 
chans,en diminuant les eaux, ou augmentant la 
dofe des remèdes principaux qui en fervent de 
bafe, oufe fervir d'autres remèdes plu.' puiifans; 
& quand il s'apperçoit que la fuppuration fe rend 
louable, que l'uîcere fe mondifie, & que l'inflam- 
mation s'appaife , il doit continuer fes mêmes re- 
mèdes jufqu'à ce qu'une indication contraire l'o- 



de l'Oeil. 55 f; 

bîige àMes changer ;puifqu'il doit juger qu'ils font 
dans le degré nécefîaire pour détruire la maladie. 
Ceft ainii qu'on doit redbifier tous les remèdes to- 
piques ; car les dofes que l'on prefcrit dans les for- 
mules , étant ordinairement réglées pour les 
corps d'une texture médiocre , il fe trouve fou- 
vent que ces remèdes font trop foibles pour un 
corps d'une texture plus ferrée & plus robuiïe, 
& trop forts pour un corps d'une texture plus dé- 
licate & foible ; ainii un remède qui mondifie 
dans un fujet , ne fera que fuppurer dans un autre, 

Si l'ulcère eft profond, & qu'il n'y ait pas grande 
malignité , ce qu'on connoît quand la couleur en 
eftbîanche & afTezunie, que les larmes font peu 
chaudes & acres , que l'inflammation n'eft pas 
confidérable, & que la douleur n'ePt que médio- 
cre , on fe fert en la manière fufdite du collyre fait 
avec de Vaîo'ès £5 de Venant unfcrupule de chacun, ftx 
grains de faffran, du camphre 2F du vitriol blanc huit 
grains de chacun , vingt grains de tuthie préparée £5 une 
demie dragme de fucre candis , qu'on diiïout dans 
quatre onces des eaux dift liées de rojes de chélidoine y 
rendues mucilagineufes par l'infuiïon de quinze 
grains de gomme arabique ou de tragacanih. Ce col- 
lyre mondine , incarne & defîeche. 

Quand il y a de la malignité, comme dans les 
ulcères dont les bords paroifTent calleux , & le 
fond d'une couleur inégale , que les larmes font 
chaudes & acres, & que l'inflammation & la dou- 
leur font grandes ; & dans ceux qui changent peu 
la couleur de la cornée , & qui font accompagnées 
defdits accidens : il faut tâcher d'en corriger le 
virus , en l'adoucifîant & mortifiant avec les col- 
lyres dans lefquels on fait entrer quelques miné- 
raux , comme celui fait avec la tuthie préparée. i*. 

Nota, iS, Comme il fe peut trouver des Chirurgiens qui ne 



5 ç5 ^ De s Maladies 

Je plomb brûlé Î5 lavé. zo. & V antimoine lavé, ^.àc 
chacun vingt grains, un fcrupuîe de myrrhe , fix grains 

foauroient pas la manière de préparer la tuthie , h -plomb , V an- 
timoine , & quelques autres minéraux . dont on fe fert dans les 
.collyres ; je veux bien la marquer ici, pour leur épargner la 
peine de la chercher ailleurs. 

On fait rougir la tuthie dans un creufet ou dans une cuillère 
de fer , fur un feu de charbon , & on l'éteint dans l'eau, ce 
qu'on réitère cinq ou fix fois , afin de la réduire plus aifément 
en poudre j après quoi on la broyé fur un porphyre , ou dans un 
mortier de fonte , jufqu'à ce qu'elle foit en poudre prelque 
impalpable; on la verfe alors dans de Peau froide qu'on agite 
pour y délayer la poudre , on laifTe un peu rafTeoir l'eau , afin 
que les parties les plus grofïîeres fe précipitent au fond ; on 
verfe l'eau trouble , chargée des parties les plus fubtiles de la 
tuthie, dans une terrine ou baffine j on remet les parties grof- 
fietes fur le porphyre ou dans le mortier, on les broyé dere- 
chef, & on les met dans de l'eau comme deflus, ce qu'on con- 
tinue jufqu'à ce qu'on ait réduit toute la tuthie en poudre fî 
fubtile, qu'elle puifîè être enlevée par l'eau: enfuite on laifTe 
repofer l'eau des lotions jufqu'à ce qu'elle foit claire, & que 
toute la tuthie fe l'oit précipitée au fond, - on verfe l'eau par 
inclination , & on en remet de nouvelle fur la poudre , on l'a- 
gite derechef, & on la laifTe repofer pour la verfer comme 
defTus i enfin on verfe fur la poudre reftante de l'eau de rofe & 
de fenouil, ou autres eaux ophthalmiques , & on procède de 
même ; & après on fait fécher la poudre à l'ombre , ou on la 
réduit en trochifyues que l'on fert pour lebefoin. Voilà ce qu'on 
appelle tuthie préparée oit lavée. 

2°. Le plomb lé brûle ou calcine en deux manières ; fans ad- 
dition ,ou avec addition. 

Sans addition : on le fait fondre dans un pot de terre pro- 
pre à foutenir le feu , ou dans une cuillère de fer , fur un feu 
modéré, l'agitant continuellement avec une fpatule de fer, & 
féparant de tems en tems la poudre grife tirant fur le jaune 
qui s'amafTe deflus , Se continuant ainfi jufqu'à ce que tout le 
plomb foit converti en cette poudre ou chaux ; on la lave en- 
fuite, & on la pafTe parl'eau de même que la tuthie. 

Avec addition: le plomb étant fondu comme defTus, on 
jette defTus petit à petit environ la moitié de fon poids de 
foufre en poudre , remuant continuellement avec une ipatule 
de fer jufqu'à ce que le foufre foit entièrement conLmme : 8c 
par ce moyen le plomb fe brûle plus promptement que dans la 
préparation précédente , & fe convertit en une poudre obfaire 



D E I/O E I L, 3 f 7 

dï faffran G? une demie dragme defucre candie qu'on 
diifout dans quatre onces des eaux de rojes ÏS de fray 
de grenouilles , dans lesquelles on aura fait tondre 
quinze grains de gomme de tragacantb , pour s'en fer- 
vir comme desfufdits: obfcrvant feulement que 
dans les intervalesdefon application, il eft bon 
d'inffciller dans l'œil quelques goûtes du collyre 
anodin , fait de lait dejemme ou de vache , de faffran 
î$ des mucilages defemcncesde coins , en la manière 
que je l'ai dit en la cure de l'ophthalmie; & cela 
tant pour appaifer la douleur, que pour amollir 
l'ulcère, & le difpofer à une fuppuration loua- 
ble, laquelleécant arrivée, & l'inflammation ap- 
paifée , on quitte cescollyres pour fe fervir de ce- 
lui énoncé dans l'article précédent. 

Les ulcères dont je viensde parler , deviennent 
quelquefois fi malins, qu'ils tiennent des ulcères 
cbancreux ; pour lors les douleurs en font cruelles, 
non- feulement à l'œil , mais dans toutes les par- 
ties voifines , & particulièrement à la partie anté- 
rieure de la tête & aux tempes , à caufe de l'in- 

qui eft- proprement ce <}u'on appelle -plomb bruli. On broyé 
cette poudre fur le porphyre ou dans le mortier , & on la lave 
& pailè par l'eau de même que la tuthie. On fe fert égale- 
ment de ces deux préparations de plomb. 

La cérufe & la litharge qui font d'autres efpeces de plomb 
calciné , n'ont befoin d'autre préparation que d'être pulvéri- 
fées , lavées , & paflées par Peau comme la tuthie. 

5°. L? antimoine crud le pulvéïifej, fe lave, & fe paflè pat 
l'eau de la même manière que la tuthie. Onfe fert également du 
fyre d^a-ritimoine , que Ton pulvérife &. lave de même. 

On lave & paflè par l'eau tous ces remèdes , pour les adou- 
cir & pour les rendre en poudre impalpable , afin qu'ils fe puil- 
fent mêler plus aifément dans les liqueurs , & qu'étant intro- 
duits dans l'œil, ils ne PorTenfent par leur âpreté , & qu'ils 
ngiflent plus efficacement. On doit agiter les collyres où ces 
remèdes entrent, à chaque fois qu'on s'en fert^ afin que les 
poudres qui , quoique fubtiles 3 fe précipitent toujours au 
fond à caufe de leur pefanteur, foient répandues également 
<MAS toute la liqueur.- 



jffl Des Maladies 

fiammation' continuelle de la cornée & de 1a 
conjon&ive,cauféepar l'humeur acre & maligne 
qui découle de ces ulcères : leurs bords paroiflent 
plus élevez & plus durs,& les vaifleaux qui les 
environnent, deviennent très-apparens & vari- 
queux ; fouvent ils s'appaifent, & femblent fe ci- 
catrifer, mais peu de jours après ilsfe renouvel* 
lent. Ils font très-difficiles à guérir, & fouvent 
même ne guériilent que par la perte entière de 
l'oeil. 

On ne doit point négliger les remèdes géné- 
raux dans cette rencontre; & pour les topiques, 
on fefervira du précédent collyre , fi les malades 
le peuvent fupporter, ou files ulcères ne s'irritent 
point enfuite de fon application : finon on en 
ôtera la myrrhe , ou bien on fe contentera feule- 
ment d'un collyre fait avec les mucilage s de femences 
Je coins & de lin , tirez avec les eaux defray de gre- 
.nouilles & de plantain , dont on continuera l'ufage 
jufqu'àce qu'on voie qu'ils ne foient plus irritez; 
alors on reprendrale précédent collyre , & dans la 
fuite li ces ulcères fe rectifient , on achèvera de 
îes guérir comme les autres» Obfervant pendant 
tout leur traitement ce que j'ai dit à l'occafion 
des ophthalmies opiniâtres. 

Quand l'ulcère e&fordide & pourri, ce que dé- 
notent l& fanie noirâtre , épaifïe , inégale & mau- 
vaife , & la pourriture de la cornée dont les pelli- 
cules corrompues s'élèvent en tumeur, & fe di- 
vifentenfilamens par l'humidité malignequi les 
abreuve ; on doit beauconp craindre que toute la 
cornée ne fe rompe, & que toutes les parties in- 
férieures ne s'écoulent: c'eft pourquoi on doit 
travailler promptement à arrêter le progrès de 
cette pourriture, autant qu'on le peut , par l'u- 
Tagedes collyres qui defîechent puiiTamment, & 
qui abforbent le virus malin & putréfadif dontia 
cornée eft mabueo 



©e l'Oeïl. 37-9 

Si cet ulcère ambule, pourrit,corrode,& ronge 
promptement l'œil & les parties voiimes , jette 
un pus puant & en quantité , excite une grande 
douleur, qui eft fuivie de fièvre & quelquefois 
de cours de ventre ; les Latins l'appel lent ulcus de- 
fajccns ,( a) n'eft différent de l'ulcère fordide 
que parce que fes progrès font plus prompts & 
plus violens, ainfi il ne demande point que Ton 
change l'intention précédente. 

Pour l'accomplir on fe fert du collyre fait avec 
quinze grains de ver Jet , dix grains de camphre , un 
jcrupule de myrrhe C5 une demie dragme defucre candie 
qu'on difiout dans deux onces des eaux de rojes & 
d'abftmhe, rendues mucilagineufes par i'infufion 
de dix grains dégomme tragacanth. Et comme le ver- 
detfe trouve fouvent mêlé de beaucoup d'impu- 
retez , il eft bon de le difToudre d'abord avec la 
quantité des eaux fufdites,les laiffer repofer quel- 
ques heures , & enfuite tirer à clair la liqueur co- 
lorée qu'on pafîe par un linge fin, & dans laquelle 
on diflbut la gomme , le camphre , la myrrhe & le 
fucre à la manière ordinaire. 

Ou bien on fe fert de celui fait avec quinze 
grains de vitriol de Chypre, un fcrupule de myrrhe î$ 
une dragme de miel ro fat , qu'on diiiout dans pareille 
quantité des eaux fu [dit es. 

On augmente ou diminue la dofe du verdet ou 
itovïftw/jfuivantle degré de la pourriture & la 
confiance du malade à fupporterla douleur que 
caufent ces violens remèdes. 

Il vaut mieux que ces collyres foient un peu 
plus chargez de verdet ou de vitriol, que de rfy 
en avoir pas affez, afin d'arrêter plus prompte- 
ment le progrès de la pourriture. S'ils caufent un 
ipeu plus de douleur, & augmentent davantage 

£ à) Les Grecs U nomment Home* 



éo Des Maladies 

l'inflammation , ces fymptômes n'en durent pas fi 
long-tems, puifqu'on en cefl'e l'ufage,fi tôt que 
la pourriture eft arrêtée , cV d'ailleurs la douleur 
& l'inflammation qui font excitées par ces re- 
mèdes , fe calment bien- tôt après qu'on les a 
abandonnez ; au lieu que s'ils en étoient moins 
chargez , ils agiraient fi lentement, qu'ils n'arrê- 
teroient qu'avec peine la pourriture , & leur lon- 
gue application feroit que les malades en fouffri- 
roient davantage, tant par la douleur, que par 
l'inflammation qui augmenteroit plus par une ir- 
ritation continue, quoique moins violente , que 
par une plus violente , & qui ne feroit que paffa- 
gere. 

La manière de fe fervir de ces collyres , n'eft 
point différente de celle des autres : il faut feule- 
ment remarquer qu'on n'en doit appliquer que 
trois ou quatre fois par Jour, à caufede la dou- 
leur qu'ils excitent ;& dans les intervalesde leur 
application, fe fervir des collyres anodins & ra- 
fraîchiflans, comme je l'ai déjà dit ci-deffus. On 
choifira dans le Chapitre de l'Ophthalmie ceux 
qui y conviendront le mieux,& toujours par rap- 
port à la douleur, àl'inflammation, & aux autres 
accidens qui les fuivent. Et ii-tôt qu'on voit la 
pourriture arrêtée , ce qu'on connoît quand les 
pellicules pourries fedeffechent,& commencent 
a fe féparer des parties faines de la cornée , qu'un 
pus blanc , uni , & épais paroît, & que les autres 
fy mptômes s'appaifent^ on ceffe ces collyres pour 
fe fervir de celui que j'ai propofé ci-deffus , pour 
l'ulcère profond & peu malin, ou de quelqu'autre 
de femblable vertu ; parce qu'alors on ne doit 
plus travailler qu'à mondifier doucement , incar- 
ner & deffecher l'ulcère. 

Si les collyres fecs ont lieu ,c'eft particulière- 
ment dans ces fortes d'ulcères, pourvu que l'in- 
flammation 



D E L'OE I L. ff ï 

flammation ne foit pas coniidérable , comme il 
arrive quelquefois. Et comme leur vertu eft plus 
unie& plusforte,parconfequent, on ne met dans 
leurcompofition ni ver Jet , ni vitriol de Chypre , ni 
autre remède de pareille force , de crainte de trop ir- 
riter la conjonétive & la membrane intérieure 
des paupières; ce qui augmenteroittropconfidé- 
rablement l'inflammation & la douleur : on fe 
contente donc de les faire avec vingt grain s d'aloës , 
quinze grain f de vitriol blanc qui eft beaucoup 
moins violent que celui de Chypre , quoiqu'il ait 
au moins autant d'aftridion , dtxgra'msdefeldefa* 
tnme , une demie dragme de tuthie préparée , autant 
d y irisde Florence, ~d une dragme de fucre candi, qu'on 
réduit en poudre très-fubtile, pour avec un tuyau 
de plume, en foufHer deux ou trois grains fur 
l'ulcère ; l'œil étant enfuite fermé, ce collyre fe 
fond avec les larmes, s'épanche partout l'oeil, & 
agit de même que les autres collyres. On en réi- 
tère l'application trois ou quatre fois par jour, 
obfervant ce que j'ai dit ci-deflus pour appaifer 
la douleur. 

On fe fert auiïî pour ces ulcères de collyres en 
forme de liniment , que l'on fait avec deux dragmes 
de myrrhe , un fcrupule de vitriol blanc , douze g rains 
de camphre, v£ une demie once de fucre candi , qu'on 
réduit en poudre, dont on remplit les cavitez de 
plufleurs blancs d'œufs qu'on a fait durcir, & dont 
on a ôté les Jaunes : on réunit ces blancs , on les 
lie avec du fil, & on les met à la cave ou en un 
lieu humide , fur une claye pofée fur un baiTin de 
fayance ou de terre vernifee, pour recevoir la 
liqueur qui en coulera, dans laquelle on trempe 
l'extrémité d'une plume de l'aile de quelque petit 
oifeau,dont on touche l'ulcère quatre ou cinq 
rois par jour, obfervant ce que deflus. 
les ulcères caufez & entretenus par une fluxion 

0. 



$62. Des Maladies 

habituelle d'humeurs pituiteufes& acres, qui fe 
fait non- feulement fur les yeux , mais auflî fur 
les joues ,:!e ne?; , les lèvres, & autres parties voi- 
sines , & qui même les ulcère fouvent, fetraitent 
de la même manière* que ceux avec lefquels ils 
ont rapport en tant qu'ulcères : ce qu'il y a de 
plus à ajouter , c/eft qu'on doit travailler forte- 
ment a détourner ces humeurs & à les détruire ., 
tant par les remèdes généraux que fpécifiques , 
fans quoi ces ulcères ne guériffent pas ;.& fur les 
ulcères croûteux qui fe font aux nez , aux lèvres 
Se autres parties , fe fervir du beurre de fat urne , ou 
Je. pommader dejjîcaùves > ou autres remèdes fem- 
blabîe?. 

lorfque les ulcères , de quelque nature qu'ils 
ayent été, font mondinez, iî on voit que la cor- 
née foit fort émincée , & qu'elle commence à s'é- 
lever en boiTe , on fe fert des collyres deflechans 
£<. aftringens, que l'on rait avec. une demie onced y é 
cor-ces de grenades ,& deux gros de racines de grande 
tonjouïde , que l'on pile groifierement , & que l'on 
fait bouillir dans ftx onces des eaux de rofes & de 
plantain, & dans .quatre onces de la coulure on 
diiîout un fcrufuh des trochifques blancs -de rhafts , 
vwgi grains de tutbie , quinze grains d\alum , dix 
&awt de camphre & une ai miedragmj de jucre candi. 

Au lieu des trocbijques blancs de rhafts , on le fert 
.également dans ces collyres de la cérufe lavée ou 
delà lithjrge lavée.» on y ajoute quelquefois la pierre 
hœmaîiu préparée de la même manière que la 
mthie, la corne de cerf calcinée 8c réduite en pou- 
x dre très- fubtile , ou les coquilles de limaçons ou celles 
J'çeufi , préparées de même : la dofe de ces re- 
rnedes e# depuis vingt grains jufqu'a une demie 
slfMWyMt même plus fi on veut plus fortement 
d&Hecher : cela s'entend dans la quantité de la li- 
laufjtr iu.fd itç. 



D E L'OE î L. 5 £ 3 

Ou bien on les fait avec les feuilles & tes extré- 
mitez tendres de ronces , de hourfe de pajleur , & /^ 
fleurs de rofes rouges , qu'on fait cuire dans Peau de 
grande conjoulde pour faire la liqueur du collyre; on 
ajoute même les fleurs de grenades ou fonécorce , & 
les galles vertes , quand on veut que la liqueur ait 
plus d'aftri&ion , & dans quatre onces de cette 
liqueur on diffout de Valo'és , de U tuihie, de l'anti- 
moine, des coques dSœufs calcinées , & de lafarcocolle 
de chacun douze grains , dujaffran , & dujèl de fa- 
tuttie de chacun huit grains^ouï s'en fervir de même 
que du précédent. 

Obfervez que , oh les galles & autres fimpîes de 
cette nature entrent, on ne doit point mettre de 
vitriol , parce qu'il noirciroit le collyre comme 
de l'encre, mais fubftituer à fa place Je feldefa- 
turne ou Palum. 

Les ulcères étant entièrement defîechez & ci- 
catrifez, s'il refte de la foiblefie à l'œil, on em- 
ployé les collyres fortiiians,dont /ai parié à la 
fin de la cure de l'ophthalmie. 

J'ajouterai en finiflant ce Chapitre, par forme 
d'avertifîement, que toutes les fois qu'on panfe 
les ulcères des yeux, on doit avoir foin de net- 
toyer & d'ôter la chaffie qui s'amafle dans les 
yeux ou autour des paupières , tant en les lavant 
avec des eaux ophthalmiques, qu'en leseffuyant 
doucement avec des linges bien blancs. Qu'on 
doit faire tiédir tous les collyres ou autres re- 
mèdes dont on fe fert avant que de les couler dans 
les yeux , ou les appliquer deffus , ne devant ja- 
mais le fervir de remèdes actuellement froids fur 
ces parties. Que Ci la douleur eft grande, il faut 
couvrir iesdeux yeux, quoiqu'il n'y en eût qu'un 
d'affe&é, & cela afin que l'œil malade qui fui- 
vroit les mouvemens du fain , foit en repos. Que 
les comprefTes doivent être de linges bien blancs 

QJJ 



?54 Des Maladies 

pliées en quatre doubles au plus, pour ne point 
trop charger l'œil, & qu'on doit, autant qu'on le 
peut, les renouveller à chaque parlement. Que 
les bandages doivent être feulement contentirs , 
evitant'le w nombre des circonvolutions, fi on les 
fait avec la bande roulée , & le nombre à^s 
doubles linges, fi on fe fert de mouchoirs ou de 
fer viettes. Qu'on doit faire coucher le malade 
fur le dos , la tête un peu élevée , ou s'il n'y peut 
demeurer, l'aveïtir de nefe pas coucher du côté 
de -l'œil malade, & lui recommander de garderie 
p'us de repos qu'il pourra. Toutes ces chofes ne 
regardent pas feulement le traitement des ul- 
cères , maisaufli celui de toutes les autres mala- 
dies de l'œil , qui font de conféquence. 



.CHAPITRE XVIII. 

•6 . Des [ympt ornes qui [vivent les ulcères des yeux. 

De la chute de Pavée oh ftaphjloms , i. Symptôme. 

QUand enfuite des grands ulcères virulens & 
corrofifs qui rongent infenfiblement la cor- 
née /ou des ulcères putrides qui en occupent une 
grande partie , & qui la font tomber en pouri- 
ture, cette membrane fe rompt entièrement, ou 
•quand elle eft autrement rompue par des inftru - 
mens piquans , tranchans , ou contondans, non- 
feulement l'humeur aqueufe s'écoule , mais fou- 
vent auffi la plupart des parties intérieures du 
giobe fortent de l'œil. Comme j'ai parlé de cette 
maladie commune à tout le globe au Chapitre 
IX je n'en dirai rien ici davantage. 

Mais quand les ulcères font moindres & Fort 
profonds, ou ilsimincent fi fort k cornée qu'elle 



de l'Oeil. $6$ 

fe re^che^S: forme une bofle en dehors, ou i's 
fa rompent entièrement ; & alors fi l'uvée fe ren- 
contre au-deffous , eîle eft pouflee au- travers de 
cette rupture par l'humeur aqueufe, cV forme 
une tumeur en dehors qui prend différentes fi- 
gures Suivant que cette rupture eft plus ou moins 
grande , & fi l'uvée ne fe rencontre point au- 
defibus de la rupture , comme loifqu'eîle le faic 
vis- à- vis de la pupille, l'humeur aqueufe secou'e. 

Nos Auteurs appellent fropîojis toutes les émi- 
nences ou tumeurs particulieiesquê l'on remar- 
que au-deffusde la cornée^foit qu'elles foient for- 
mées par la cornée éminente& relâchée, ou par 
l'uvée qui fe pouffe au. travers de la rupture de la 
cornée ; comme ils appellent ajfîi de ce nom tous 
les forjettemens du globe de l'œil hors de l'or- 
bite : airifî je ne me fervirai point de ce terme 
trop étendu, pour fignifier ces efoeces de tumeurs 
qae l'on comprend fous le nom de ftaphylome. 

Ces fortes de tumeurs fe divifent ordinaire- 
ment enquatreefpeces, qui tirent leurs noms des 
chofes aufquelles elles relicmblent La première, 
qui eft principale & comme générique , dont la 
bafe eft large & la fuperficie arrondie , reflem- 
bîant à peu près à !a moitié d'an grain de raifîn, 
fe nomme à caufe de cela [uphylome ( &) ou mifi- 
niere , 8c eft de deux fortes ; l'une , quand la cor- 
née eft fi émincée & relâchée , que l'humeur 
aqueufe qui naturellement remplit avec quelque 
violence le globe de l'oeil pour l'entretenir dans 
fa groffeur & rondeur naturelle, trouvant moins 
de réfiftance de ce côté là , pouffe cette mem- 
brane en dehors , & la fait élever en une bofïè qui 
eft pour l'ordinaire de la même couleur de la. 
cornée ;ainfi dans le commencement quand cette 

(a)Staphyloma, 



366 Des Maladies 

membrane eft encore ulcérée , elle eft d'une cou- 
leur obfcure, & quand elle eft entièrement cica* 
trïfée, elle eft blanche & luifante : l'autre , quand 
la cornée eft entièrement rompue , & que l'hu- 
meur aqueufe poulie l'uvée au travers de la rup- 
ture^ la fait fortir en une boffe ronde & noire, 
à caufe de laxouleurde cette membrane. 

La deuxième efpece eft quand la membrane 
uvée eft fortie en fi grande quantité , qu'elle for- 
me une tumeur & plus grar.de & plus grotte que 
la précédente, repréfentant en quelque façon une 
petite pomme ; alors le ftapbylome change de 
nom ; & on l'appelle une pommette. ( a ) 

La troifiéme eft quand l'uvée étant ainfi avan- 
cée & fortie dehors, s'endurcit Se fe refïerre à la 
bafe'de la tumeur qu'elle forme , ou que la cor- 
née s'endurcit pareillement & fe reflerre , en 
telle forte que la bafe de la tumeur étant fort ré- 
trécie, la tumeur en paroît éminente & arondié 
en manière de la tête fphérique d'un clou ; ce qui 
lui fait changer le nom de pommette en celui de 
clou. ( b ) 

La quatrième eft alors que la rupture de la cor- 
née eft fi petite que l'uvée qui s'avance endehors,. 
forme une tumeur qui n'eft pas plusgrofle que la 
tête d'une mouche, qui à caufe de cette refTem- 
blance fe nomme tête de mouche. ( c ) 

Toutes ces tumeu rs fe trouvent quelquefois ir- 
régulières dans leur;» figures , y en ayant des oblon- 
guijyàçs angulaires y des meurales 8c autres qui ne 
dépendent auffi que des différentes figures de la 
rupture de la cornée , ou de ce que l'uvée prête 
plus aifément en des endroits , oc réfifte plus en 
d'autres. 

(a) Melon, ou Malum. 

(b) Helos, on Clavus. 

( c ) Myocephalon, Les Arabes Formicalis. 



DE I/OEïL. 967 

les trois premières efpeces détruifent entière- 
ment la vûe,& caufent une grande difformité à 
l'œil : la quatrième efpece ne caufe pas tant de 
difformité , quelque partie de l'œil qu'elle oc- 
cupe, & ne détruit pas entièrement la vue quand 
elle fe trouve dans la cornée opaque; mais quand 
elle eft dans !a cornée tranfparente , elle la détruit 
prefque toujours , ou la diminue confidérable- 
ment, tant à caufe du dérangement de l'uvée, que 
par la cicatrice qui refte de l'ulcère qui a pré- 
cédé. 

On peut mettre ces maladies au nombre des in- 
curables, puifque parles remèdes on ne peut ré- 
tablir la vue, & que ceux que l'on fait, ne font 
que pour empêcher l'accroiilement de ces tu- 
meurs, ou pour diminuer un peu la difformité, 
encore faut-il s'y prendre de bonne heure. 

Ainfi fi-tôt que Ion voit que la cornée émin- 
cée s'élève en bolle, ou qu'étant rompue, l'uvée 
fe préfente en dehors, il faut fe fervir des mêmes 
collyres deflechans & aftringens énoncez à la fin 
du Chapitre des ulcères , afin de refferrer & def- 
fécher ces membranes, flell vrai que tous les re- 
mèdes qui ont beaucoup d'ailricfcion, enflamment 
un peu les parties ulcérées, & caufentdela dou- 
leur^ caufe que reflerrant les fibres , ils fupp ri- 
ment l'écoulement des matières qui étant rete- 
naes,font la caufe de cette inflammation : mais 
on remarquera que cette légère inflammation fa- 
vorife le récréciflement des parties di vifées,parce 
que les fibres étant alors preflees les unes contre 
les autres, elles y demeurent dans une efpece de 
repos ,.ce qui fait qu'elles s'unifient infenfible- 
ment , & ne font plus après fi en état de fe relâ- 
cher. On ne doit point craindre dans ce tems-là 
de mauvaifes fuites de cette légère inflammation 
caufée par l'action de ces remèdes, puifque je 



^68 Des Mala&ies 

fuppofeque l'ulcère eft mondifié& prêt à feci- 
catrifer , ou tout au moins en bonne fuppuration ; 
& que de plus on peut cefîèr ces remèdes , fi on 
voit que ies bords ulcérez de la rupture îe fa- 
liffent, pour fe fervir des collyres mondifians & 
amplement deflechans , jufqu'à ce qu'ils foient 
mondifiez une féconde fois, 6c enfuite remettre 
en ufage les collyre* fufdits. On obfervera aufii 
que pendant l'ufage de ces collyres, il eft toujours 
bon d'appliquer fur tout l'œil une comprefîe trem- 
pée dans quelqu'un de ces collyres rafraîchifTans 
propofez pourl'ophtha'mie,& cela pour défen- 
dre les paupières de l'inflammation 

Souvent ces remèdes diminuent les ftaphy- 
Iomes récens , ou tout au moins les empêchent 
d'augmenter ; mais quand ils font plu- vieux , ou 
que les bords delà cornée font cicatrifez , ou que 
l'uvée eft fort déjettée en dehors , comme dans la 
féconde ou troifiéme efpece , ou que cette mem- 
brane eft déjà endurcie , tous ces remèdes n'y fer- 
ventderien, &il n'y auroit plus que l'opération, 
ii elle réulliftoit comme on le te propofe. Voici 
la manière de la faire. 

Le Chirurgien étant aflis , fait afleoir le ma- 
lade à fes pieds, & le prie de renverfer& d'ap<- 
puyerlatête fur fes genoux : enfuite fi c'tft un 
(taphylome à bafe étroite, il prend une éguille 
enfiléed'undoublefilde lin,& l'oeil étant ou vert, 
il la pafîe par le milieu de la bafe du ftaphylome , 
commençant du côté du grand angle, & finiflant 
vers le petit ; le fil étant paiïé , il le coupe près de 
î'éeuille , & prend les deux extrémitez d'un même 
fil, & fait un noeud de Chirurgien à côtéde la bafe 
du ftaphylome, ferrant modérémentde crainte de 
la couper , mais allez pour la faire mortifier ; il 
Fait un femblable nœud de l'autre côté avec l'autre 
61 >& le ftaphylome étant ainfi lié, tombe en*» 



D E L'OE I L- 369 

fuite, fe féparant infenfibleraent. Si même il eft 
fort gros , on l'ouvre par la pointe au: es qu'il eft 

lié,afindelevuider,& d'apporter par ce moyen 
quelque foulage ment au malade. L'opérât on 
faite, on coule dans l'œil, & on applique deflus 
quelques collyres rafraîchi (fans & anodins, pre- 
nant garde , en levant l'appareil dans les panfe- 
mensiuivans, de tirer les fils, de crainte de faire 
féparer trop tôt le Itaphylome, parce que l'œil fe 
vuideroit & s'enfonceroit. Le itaphylome étant 
tombé , on panfe l'ulcère reliant avec les collyres 
mondifians & deflechans , comme je l'ai dit au 
Chapitre précédent. 

Voilà à peu près la manière d'opérer de Ce! fer, 
& que tous ceux qui ont écrit depuis iui ont fui- 
vie. Les manières d'opérer de Paul & d'Aece, 
n'en différent qu'en ce que le premier patie d'a- 
bord de bas en hautau-travers de la bafe du ita- 
phylome unefimp]eégui]le,&en palfe une autre 
enfiléed'undouble fil du grand au petit angle par- 
deffous la première, & procède au refte comme 
diffus, la première éguillequ'jl retire après que 
le itaphylome eit lie, nefervantque pour le tenir 
plus en état pendant l'opération ; ci que le fé- 
cond fe fert de deux éguilies enfilées chacune 
d'un double fil qu'il pafPren chi X majufcule à la 
bafe du itaphylome, & fait quatre nœuds aux 
quatre cotez de la bafe : c'eft-à-dire , un nœud 
avec chaque fil ; avertiflant auparavant qu- les 
ftaphylomes dont la bafe eft large & Jes veines 
pleines de farg, font difficiles à guérir, & que 
ceux qui font fort éminens , dont la couleur eft 
changeante , ck qui caufent une douleur qui fe 
communique aux tempes, font incurables , & ne 
demandent que des remèdes propres à appaifer 
Ja douleur. 

Si je rapporte les manières de faire l'opération 



37o Des Maladies 

du ftaphyîbme, que nos anciens ontpropofées, 6c 
que tous nos modernes enfeignent, fans, je penfe , 
les avoir pratiquées , ce n'eft que pour contenter 
ceux qui ne les veulent pas ignorer , & pour avoir 
occafion d'en dire mon fentiment fondé fur la 
raifon , & fur ce que j'en ai vu par expérience. 

Il y a bien 30.ansquejevisfaireunefemblable 
opération par un Chirurgien, habile Opérateur, 
qui opéra à la manieredeCelfe,&comme jel'ai 
dit ci-defFus ; la ligature fut faite ii à propos , que 
le fi! & le fiaphylome ne tombèrent que le neu- 
vième ou dixième jour de l'opération, mais la 
playe de l'uvée ne fe trouva point fermée , & 
l'oeil fe vuida entièrement & fe flétrit ; cependant 
l'ouverture de la cornée fe ferma, & cicatrifa 
dans la fuite après une fuppuration qui arriva. 
Voilà la feule opération que j'aye vu faire. 

Il y a environ 1 5. ans qu'un homme qui avoit 
unftaphylomedelatroifiémeefpecequil'inccm- 
modoit fort , parce qu'avançant beaucoup, il 
étoit rencontré des cils des paupières qui par 
leur frottement l'irritoient continuellement, ce 
qui lui caufoit de l'inflammation , de la douleur , 
& un larmoyement incommode;me vint trouver 
pour me prier de lui ôter ; je l'avertis que fon œil 
pourroit fe vuider,dont il ne fe foucia point, pour- 
vu qu'il fût foulage. Je le liai d'un feul fil , fans me 
fervir d'éguille , parce que la bafe en étoit fort 
étroite ,il tomba 7. ou 8. jours après , & il relia 
une petite fiftule par laquelle l'humeur aqueufe 
s'écouloit de tems en tems. C'eft la feule opéra- 
tion du (taphylome que j'ai faite , ne l'ayant point 
voulu entreprendre depuis, comme je l'avois tou- 
jours refufé auparavant. 

En effet, réfiéebiflant fur l'ifîue de ces deux 
opérations , je ne vois pasqu'il en puifTe arriver 
autre chofe dans la plupart des opérations qu'on 



de l'Oe I l. 37 i 

pourroit faire. Car li on coniidere que îuvée eft 
une membrane très-mince , que fa fuperficie in- 
térieure dans cette maladie eft continuellement 
abreuvée de l'humeur aqueufe, & que l'exté- 
rieure ne touche qu'à la cornée qui eft une autre 
membrane Tort folide: on doit juger de la diffi- 
culté quel'uvée a de s'unir à l'endroit de la liga- 
ture, puifque d'un côté le peu de fuc nourricier 
qu'elle peut fournir, & qui feul e(t capable de 
faire cette union , eft continuellement affaibli par 
l'humeur aqueufe ;& que de l'autre la cornée qui 
eft féche & peu fournie de fang , ne lui peutgueres 
fournir de ce fuc,& cela d'autant plus que cette 
membrane a contracté une callofite dans !e con- 
tour de fa rupture ;de forte que, quand même il y 
auroit déjà un commencement d'union dans l'u- 
vée , elle ne pourroit fubfifter , la ligatureétant 
tombée, à caufe de l'effort de l'humeur aqueufe, 
qui déjà a été la caufe du ftaphylorne, comme je 
l'ai dit au commencement de ce Chapitre ; ainfi 
l'œil eft toujours en péril de fevuider& fe flétrir, 
ïï la rupture de la cornée eft tant foit peu considé- 
rable ; ou il doit refter prefque toujours une fif- 
tule , û cette rupture eft fort petite , comme il eft 
arrivé dans les deux opérations précédentes. 

Pour les ftaphylomes à bafe large , foit qu'ils 
viennent de ce que la cornée eft émincée & relâ- 
chée, ou de ce qu'étant rompue, l'uvée eft pouf- 
fée dehors/, les novices peuvent aifément juger 
qu'ils ne peuvent foutenir l'opération , quand 
même on paiïeroit en leur bafe deux éguillesen 
chi à la manière d'Aece ; parce que ces mem- 
branes étant fort éloignées dansja bafe du ftaphy- 
lome, il feroicimpofîible de lelf rapprocher & de 
les joindre enfemble par les nœuds de fil), fans les 
déchirer , & fans procurer en même tems l'écou- 
lement de l'humeur aqueufe & des autres parties 

Q_vj 



37* des Maladies 

intérieures de l'œil , & cela à caufe de la plénî* 

tude du globe, 

Puifcjue i'iflue de ces opérations eft fi douteufe , 
& que l'avantage que les malades en peuvent re- 
tirer , eft de fi peu de conféquence , ne confiftant 
que dans une légère diminution de la difformité 
que ces maladies apportent ; il eft allez inutile 
d'expofer les malades aux douleurs que caufe l'o- 
pération, & qui fouvent aigriflent & augmentent 
ces maladies ; à moins que les ftaphylomes avan- 
çant extraordinairement en dehors , ne foient ir- 
ritez par la rencontre des cils : en ce cas pour évi- 
ter cette incommodité , on pourroit les lier , fi 
leur bafe eft fort étroite , comme je l'ai dit dans la 
féconde Obfervation ; finon les couper dans leur 
pointe pour faire écouler l'humeur aqueufe> 
parce qu'alors les membranes fe retirent en de- 
dans, & le ftaphyîome difparoît ; cela fait, mettre 
defïus un peu de poudre faite avec parties égale/ 
de tuihie, d'irisfê defang de dt -^«,panfant enfuite 
l'œil avec les collyres rafraîchi flans & anodins, 
& la douleur étant appaifée , avec ceux qui mon- 
difiert & defTéchent , comme je l'ai dit en par- 
lant des ulcères. On évitera ainlï les douleurs que 
les autres manières d'opérer caufent ; puifque de 
quelque manière qu'on opère , on ne peutéviter 
que l'œil ne fe vuide & fe flétriiîe , ou qu'il ne de- 
meure fiftuleux. 

Dans tous les autres cas , il ne faut point tou- 
cher aux ftaphylomes, d'eux-mêmes dans'la fuite 
du tems ils fe retirent un peu,& diminuent en fe 
deflechant,& fouvent leur fuperficie blanchit ; 
en telle forte que la difformité paroît moins , & 
que les malades peuvent tenir l'œil ouvert fans 
fouffi-ir de douleur. 



D E L'ÛE I L. 



373 



' CHAPIT RE XIX. 

Suite de/Jymptorms cjt'ijuivent les ulcérer de f yeux, 

De Jafifiuïe de la cornée , z .fymptôme, 

UN autre fymptôme qui fuit , mais rarement, 
les ulcères des yeux quand la cornée fe 
rompt, c'eft h fîftule. Elle arrive quand la rup- 
ture eft tort étroite, & que les bords deviennent 
calleux, enforte qu'il demeure au milieu un pe- 
tit trou rond. Elle fuit aufli les plaies faites par 
quelques inftrumens piquans, lorfqu'elles dégé- 
nèrent en ulcères calleux. 

Ge qui fuit cette maladie , eft que l'humeur 
aqueufe fe vuide de tems en tems , & alors les 
membranes paroiflent affaiffées & flétries ; & 
comme cette humeur fe rengendre continuelle- 
ment, comme je l'ai dit ci-devant, deux ou trois 
jours après l'œil paroît auffi plein qu'aupara- 
vant, mais il ne refte pas îong-tems en cet état : 
car fitôt que cette humeur étend un peu plus le 
globe , elle recommence à fuinter & couler 
comme devant. 

Quand la fiftule eft dans la cornée opaque, & 
que la cicatrice du tour n'a pas une grand e éten- 
due, les malades peuvent diftinguer les objets» 
quand le globe eft plein, pourvu qu'il n'y ait 
rien de dérangé au-dedans de l'oeil , mais non 
quand l'humeur aqueufe eft écoulée ;& quand 
elle eft dans la cornée tranfparente, l'aveugle- 
ment la fuit prefque toujours en quelque en- 
droit qu'elle foit; parce qu'il eft impoflible que 
l'iris ne s'altère dans fa fituation, & que d'ail- 
leurs la cornée ne perde fa.tranfparence par la 



374 Des Maladies 

cicatrice de l'ulcère q ni acaufé lafiftule. 

Si pour guérir les fiftules , il faut ôter ou cor- 
fommer la calloiité des bords des ulcères fiftu- 
leux pour le pouvoir unir enfuite; on juge bien 
que cela ne fe peut pratiquer aux fiftules de la 
cornée , & qu'ainfi elles font fans remèdes. Je n'en 
ai vu encore que quatre: une arrivée après l'o- 
pération du ftaphylome dont j'ai parlé ci-devant : 
deux autres qui avoient fuccédé à des ulcères 
étroits qui avoient rompu la cornée; & une au- 
tre qui etoit furvenue après une plaie faite d'un 
éclat pointu de bois qui avoit percé la cornée 
opaque vers le petit angle de l'œil , mais elle fe 
ferma fept ou huit mois après, s'y étant engen- 
dré un petit bouton de chair qui s'endurcit & s'u- 
nit; de manière que depuis la fiftule ne coula plus, 
même le malade voyoit allez de cet ceil pour fe 
conduire. 

Des excroiffanc^s de chair, $,fymftome. 

Quoique la cornée foit une membrane folide, 
&qui paroit très-peu fournie de fang;il nelaiffe 
pas quelquefois de furvenir aux ulcères dont elle 
eft affe&ée, & même enfuite des plaies, des ex- 
croiffancôs de chair plus ou moins grandes , & qui 
font tantôt fort tminentes Î5 fongueufes , tantôt 
ajfjZfermes y mais/ans mal ignité , & d' autres ïûïsji 
maîig es , qu'elles tiennent du cancer. 

Les ulcères ou plaies qui arrivent à la cornée 
opaque, font les plus fujets à ces excroiffances de 
o&*j>,àcaufe du plus grand nombre de vaiileaux 
dont elle eft arrofée en fa fuperficie , & de la na- 
ture des membranes qui ferment le blanc de l'œil : 
il s'y en fait cependant quelquefois dans les ul- 
cères de la cornée tranfparente , & même quand 
la cornée eft rompue, quelques-unes ont leur 



de l'Oeil. 37? 

fondement fur l'uvée, comme je le ferai voir 
dans Thiftoire fuivante. 

Lorfque ces excroifTances ne font pas de con- 
féquence, elles fe traitent avec les collyres def- 
féchans & un peu aftringens , ou bien avec le col- 
lyre fec , fait avec parties égales de fucre candi , de 
tuthie , î$ d'iris de Florence, Si ces remèdes ne font 
pas affez puiffans pour les defîëcher, ou que 
ces excroifTances foient plus confidérables, on 
ajoute au collyre fec fufdit un peu de p.oudre d'à- 
Jun brûlé t dans ladofe de moitié d'une des autres 
drogues; on augmente même cette dofe, fui- 
vant qu'on le juge nécefTaire: quelquefois auffl 
au lieu d'alun , on fe fert du vitriol blanc calciné, 8c 
cela quand ces excroifTances rtfiftent aux plus 
doux cathérétiques : on eft même obligé, mais 
rarement, de pafler à de plus violens remèdes, 
comme on le va voir. 

Il furfit de fouffler fur ces excroifTances un peu 
de ces collyres fecs avec le tuyau d'une plume 
cinq ou fix fois par jour, ou d'en faupoudrer ces 
excroifTances fi elles font grandes; & s'ils cau- 
fentde l'inflammation, fe fervir dans les autres 
tems d'un collyre anodin & rafraîchi fiant, com- 
me je l'ai dit ci-devant en d'autres rencontres. 

Quand ces excroifTances font exceffives , on eft 
quelquefois obligé de les lier, fi cela fepeut, li- 
non de les couper pour avancer befogne, ache- 
vant après de les deflécher avec les collyres fecs 
fufdits. 

La plus grande excroifTance de chair que j'aye 
vue fuivre un ulcère qui étoit partie dans la cor- 
née opaque, & partie dans la cornée tranfpa- 
rente en la partie inférieure de l'iris, fut en un 
nommé Nicolas Noël, dit la Seine, qui fervoit 
dans les Troupes en qualité de Cavalier, il y a 
dixJiuit ou vingt ans. Elle étoit fi confidérable, 



y?6 Des Maladies 

qu'elle s'avançoit hors les paupières, comme un 
champignon qui couvroit tout l'œil, Scétoithor- 
rible à voir. Plufieurs Chirurgiens des Hôpitaux 
d'Armées & des Troupes , à ce qu'il me dit , l'a- 
voient déjà extirpée plufieurs fois par ligature?, 
avec des cifeaux, & avec des remèdes ; mais 
trois femaines ou un mois après elle repulluloit 
fi fort, qu'elle étoit dans le même état d'aupara- 
vant; ainfï l'ayant jugée incurable, il fut congé- 
dié. S'étant retiré dans ce lieu, il me vint trouver 
pour l'en délivrer, 6c le foulager des cruelles 
douleurs qu'il foufnoit : m'ayar.t dit ce que deiTus, 
& ayant examine cette ex croi (Tance, & reconnu 
qu'elle n'étoit point chancreufe, quoiqu'un peu 
maligne, je me déterminai à la confommer avec 
Jes cathérétiques ; j'en appliquai quelques-uns, 
mais en vain : cela m'obligea à me fervir d'ure 
poudre faite avec une partie de fublimé corrofif, î$ 
quatre parties de croûte de pain dejftchee ; j'en fau- 
poudrois un peu avec les doigts toute la fuperfkie 
de l'excroiiiance, & fitôt queje voyois les chairs 
blanchir, je lui lavois l'œil avec des eaux oph- 
thalmiques un peu tiédes, pour empêcher le fu- 
blimé diffbut dans les humiditez de l'excroifTan- 
ce, d'agir fur les parties voifines, & enfuite j'y 
appliquois des comprefTes trempées dans le col- 
lyre fait avec Je blanc d y œufi$ Peau-rofe. Les ef- 
carres fe formoient affez promptement, tom- 
boient le foir ou le lendemain matin , étant tom- 
bez, j'y appliquois de nouveau de la poudre, & 
procédois comme deffus. Dans quatre jours, tout 
ce qui excédoit les paupières futconfommé: 
alors j'afFoibîis ma poudre , y ajoutant de la 
croûte de pain, & quand je l'appliquoisje te- 
nois les paupières ouvertes jufques à ce qu'elle 
eût agi, & que j'euffe lavé l'œil comme deffus, 
& cela pour défendre la partie intérieure des 



D Ë L'OE I L. 5^7 

paupières, Plus j'avançois vers la racine , & plus 
les chairs étoient fondes, & plus auilî la douleur 
que ma poudre caufoit étoit grande ; cependant 
les efcarres tomboient à l'ordinaire, & je ne re- 
mai quois pas plus d'inflammation à l'œil. Dans j 
autres jours l'excroiffance fe trouva confommée 
à niveau delà cornée,& je reconnus alors qus 
fa bafe n'occupoit pas plus de place que la moitié 
du petit ongle y que la cornée étoit ulcérée & 
rompue de la même grandeur, & que les racines 
de cette excroilTance pafToient au-delà, & 
avoient leur fondement fur luvée: cela m'obli- 
gea à quitter cette poudre pour me fervir d'une 
autre moins violente ; mais nonobitant fon ufage, 
les chairs repulluloient de jour à autre ; je repris 
donc la précédente pour détruire entièrement 
toutes les racines de cette excroiflance, aufli- 
bien l'œil étoit-il perdu. Apres la féconde appli- 
cation, comme l'efcarre fe fépara , non- feule- 
ment l'humeur aqueufe s'écoula, mais en-même 
tems le crifïaîlin & le corps vitré fluerent pa? 
l'ouverture; & Pceil étant vuide, toutes les dour- 
leurs cefîerent, & l'ulcère fe mondifia & cica- 
trifa entièrement en quinze jours de tems par I'u- 
fage d'un collyre mondifîant &deflechant, fans 
que le malade depuis ce tems-là ait reflenti au- 
cune douleur, quoique continuellement expofi 
à toutes les injures extérieures, étant Marinier 
de fa profelTion. 

Quand les excroifTances de chair font vérita- 
blement chancreufes, ce qu'on connoît par leur 
dureté, par leur inégalité , parleur couleur di- 
verfe,par l'écoulement d'une fanie maligne, vi- 
rulente & corrofive, qui échauffe & ulcère les 
parties fur lefquelles elle coule, par les grofles 
veines qui rampent à la bafe de ces excroiffan> 
ces & dans les environs, & par la douleur vio 



17? Des Maladies 

lente de la partie malade, qui fe communique à 
îa tète & aux tempes ; on n'y doit nullement tou- 
cher, fi petites qu'elles foient, parce qu'elles s'ir- 
ritent considérablement par les remèdes violens, 
mais encore par ceux qui ont tant- foit-peu d'a- 
crimonie & de chaleur. Ainfi on doit fe contenter 
d'appliquer deflus des collyres faits avec la cérufe 
lavée ou les autres préparations de plomb , que l'on 
mêle à la quantité d'une dragme dans quatre onces 
des eaux dtjlilées defray de grenouilles , de marelle , C!> 
de rofes , dans lelquelles on fait fondre quinze 
grains de gomme arabique , y ajoutant même un 
Jcrupule de poudre de corne de cerf brûlée ou de co- 
quilles d'œufs , ou autres remèdes femblables , ca- 
pables auiîi d'adoucir l'acide malin qui y domine, 
&de rendre les douleurs qu'il caufe plus fuppor- 
tables , en empêchant ou plutôt retardant f'aug- 
mentation de ces excroifTances chancreufes, & 
du refte s'efforcer par un bon régime de vi- 
vre , & par les remèdes généraux & fpécifîques, 
pris intérieurement, d'éloigner, autant qu'on le 
peut, les fuites funeftes de cette maladie» 

Des cicatrices de la cornée, ^fymptome. 

Lorfque les ulcères ou les plaies de la cornée 
font guéris, il y refte des cicatrices , de même que 
dans les autres parties du corps qui ontfoufFert 
quelque folution : ces citatrices dans la cornée 
tranfparente paroiilént comme des taches blan- 
des , plus ou moins étendues & plus ou moins 
épaifies, feîon que les ulcères ou les playes dont 
elles font dis fuites , ont été plus ou moins éten- 
dues ou profondes. Elles font pour Pordinair» 
unies & luifantes\ d'autres fuis elles font enfon- 
cées, & quelquefois aufli elles font un peu émi- 
aentes & inégales. Dans la cornée opaque fou- 



de l'Oe ï l. 3-9 

vent elles ne paroiflent pas, ou très- peu, à caufe 
de la couleur blanche des membranes de la con- 
jonctive, quelquefois aufil elles paroiflent rou- 
geâtres ou un peu érninemes , & d'autres fois un pet» 
ttèfcuret , particulièrement quand les ulcères ont 
été étendus & profonds. 

De toutes les cicatrices de la cornée, il n'y a 
que celles qui font fur la cornée tranfparente 
vis-à-vis de la pupille, qui ôtent ou diminuent 
la vue; toutes les autres n'incommodent point, 
quand d'ailleurs il n'y a point de changement 
dans la difpolition naturelle des parties intérieu- 
res du globe. 

Celles qui fuivent les ulcères fuperficiels,ne 
paroiflent que comme un léger brouillard , qui 
diminue plus ou moins la vûe,fuivant qu'il y a 
plus ou moins d'étendue ou p ! us ou moins d'é- 
paifTeur. Et celles qui fuivent les ulcères pro- 
fonds, paroiiTent comme une corne blanche 6c 
polie; & comme elles détruifent la tranfparen- 
ce de la cornée, elles empêchent entièrement le 
paiïage des rayons de lumière, & cela plus ota 
moins, fuivant qu'elles occupent plus ou moins 
de place. 

Incontinent après la guérifon des ulcères ou 
des plaies, les cicatrices paroiflent avoir plus 
d'étendue, à caufe d'un léger brouillard qui ies 
environne, qui n'étant caufe que par un refte 
d'humeur contenue entre les pellicules de la cor- 
née , fe diflipe quand cette humeur eft entière- 
ment refoûte ; & alors les cicatrices ne parodient 
pas plus grandes qu'étoient les folutions de con- 
tinuité qui les ont précédé; même elles font tant- 
foit-peu plus petites, à caufe du rétréciflement 
& deflechement des fibres membraneufes cica- 
trifées. 

C'eft une erreur de croire que les cicatrices de 



l$o Des Maladies 

la cornée fe puiffent ôter ou effacer par aucuns 
remèdes; elles font abfolument ineffaçables, & 
elles fubfiftent toute la vie, comme l'expérience 
le fait voir , nonobftant toutes les promettes que 
la plupart de nos Auteurs font, en nous propo- 
fant leurs remèdes : s'ils les avoient efïayez, i'fs 
auroient eux-mêmes reconnu cette vérité. C'eft 
encore une erreur que de s'imaginer de les pou- 
voir teindre & noircir pour en diminuer la dif- 
formité, avec des collyres, ou encres faites av c 
les galle s , les écorces de grenades tS de noix , Je vitriol, 
la ïitharge ,îe plomb brûlé , r $ autres de cette nature. 
Tous les remèdes au contraire avec lefquels on 
prétend les ôter ou effacer, ou les teindre, & 
que nos Auteurs propofent en affez grand nom- 
bre, feroient plus capables par leur âcreté, o'J 
leur aftri&ion , de les ulcérer de nouveau, & de 
les rendre ainfi plus fâcheufes. 



CHAPITRE XX. 

7. De V aigle ou aige, («? du leucoma OU albugo. 

LOrfque quelques-uns de nos Auteurs parlent 
des taches de la cornée, ils les confondent 
fouvent avec les puftules , les abcès , & les ulcè- 
res : & quelques autres qui les diftinguert fort 
bien de ces maladies, les confondent néanmoins 
entr'clles, & fous le nom générique de taches, 
comprennent les cicatrices, Vaige , & le leucoma , 
maladie? cependant qui différent les unes des au- 
tres. J'ai parlé des cicatrices , parce qu'el'es font 
toujours des fuites des ulcères & des plaies, je 
vais à préfent traiter des deux autres fortes de 
tache?. 
JuaigUou aige eft.unç tache blanchâtre qui pa- 



-de l'Oeil. 3gt 

roît au blanc de l'œil, & qui eft caufee par une 
humeur pituiteufe & gypfée, qui s'amaflè par 
congeftion entre les pellicules du blanc de l'œil & 
la cornée, & qui forme fcuvent une efpece de 
petite tumeur. Et quand cette humeur ou ma- 
tière eft plus endurcie, & qu'elle forme comme 
une efpece de durillon, c'eft ce que l'on nomme 
faros ou po refis. 

Comme ces maladies font des efpeces de pe- 
tits athc'romes de la conjonctive , on n'en doit pas 
craindre de mauvaifes fuites : fouvent elles n'ex- 
cèdent pas un grain de mi let;& quand elles fe 
trouveroient avoir un peu plus d'étendue , il eft 
rare qu'el'es augmentent jufqu'à incommoder. 
Si elles font de nature à fuppurer dans la fuite, 
cela fe fait fans prefque caufer de douleur & 
fan> aucune inflammation: elles s'ouvrent, & il 
en fort un peu de matière épaiffe, & l'ulcère fe 
mondifie avec un peu de poudre d'iris C? defucre can- 
di* qu'on fouffle dans l'œil, ou avec quelque col- 
lyre mondifiant & defTéchant, & il fe referme 
bientôt après. Il y refte cependant une petite ta- 
che, même quelquefois le follicule fe remplit, 
quoique rarement, il fe rouvre aufîî de même 
fans autre accident ; ainfî il eft inutile de les écor- 
cher , comme quelques Auteurs le propofent, oh 
de tâcher de les diŒper par des remèdes; puis- 
qu'on fe mettroit en danger, les voulant guérir 
ainfi, d'exciter une plus grande maladie. 

On peut mettre encore au nombre de ces ma- 
ladies, d'autres petites excroijfances de chair blan- 
châtres ,& d'autres petites excroiffances graiffeufes 
qui le forment fur la conjonctive, dont on voit 
quelques perfonnesqui en ont, fans en recevoir 
aucune incommodité, & qui ne demandent au- 
cuns remèdes, à moins quelles ne foient excef- 
iWes , ce qui eft rare : en ce cas *oc les accroche 



$%% Des Maladies 

fubtilement avec un petit crochet pointu, pre* 
nânt garde de n'y point comprendre la conjon- 
ctive; ou on pafie au -travers une petite égaille 
courbe» enfilée d'un fildefoye,& pendant qu'on 
les fouleve avec le crochet ou le fil , on les coupe 
avec la pointe des cifeaux fans offenfer la con- 
jonctive; on y foufrle enfuiteun peu<& la poudre 
JufJ/te , & on achevé la cure avec les collyres 
îïiondifians & defîéchans. 

Le leucoma ou albugo eft une tache blanche & 
fuperfkielle fur la cornée tranfparente , caufée 
par une humeur pituiteufe & comme caféeufe, 
«qui s'amafîe infenfiblement, ôc fe gliffe au-def- 
fous de la furpeau qui recouvre cette membra- 
ne, & qui empêche la vue, tant qu'elle fubfifte. 
Les vieillards ci les enfans dont la chaleur eft foi- 
ble, & qui font travaillés de légères fluxions 
■habituelles fur les yeux, font les plus fujets à 
cette maladie; elle eft auffi quelquefois excitée 
par des ca^fes extérieures. 

On diftingue P albugo des cicatrices, en ce que 
ïes cicatrices font pour l'ordinaire d'un blanc 
luifant, qu'elles font fans douleur, & qu'elles 
font des fuites de ia fol ution de la cornée ; & que 
V albugo eft d'un blanc non luifant comme de la 
-craye , qu'il eft accompagné d'une légère fluxion , 
•d'un peu d'inflammation & de douleur , d'un pe- 
tit larmoyement, & qu'il arrive fans qu'aucun 
ulcère ait précédé, au contraire il eftenquelque 
façon le commencement d'un ulcère; on le di- 
ftingue cependant des ulcères, en cequedans les 
ulcères, fi fuperficiels qu'ils foient, on y remar- 
que quelque enfonçure & folution, & que leur 
couleur eft fombre ou cendrée ; & que dans V al- 
bugo il ne paroît ni enfonçure, ni folution, hors 
«quand la furpeau fe rompt, & que fa couleur en 
eft beaucoup plus blanche. Il diffère des puftules 



DE L s OE IL, 58^ 

& des abcès , en ce que leur figure ou tumeur e(t 
régulièrement circonfcrite, & que celle de /W- 
•bugo ne l'eftpas, s'étendant tantôt plus dans un 
lieu que dans un autre, & tantôt étant plusépais 
& plus blanc dans un endroit, & moins blanc 8c 
moins épais dans un autre. Enfin Valbugo diffère 
de l'aigle ou aige , en ce que cette maladie-ci oc- 
cupe le blanc de l'œil , & a peu d'étendue ; & que 
Valbugo fe trouve toujours fur la cornée tranfpa- 
rente, & a une plus grande étendue. 

Quand cette maladie fibrille long tems, il eft 
â craindre que dans la fuite elle n'ulcère peu à 
peu la cornée, & alors api es faguérifon ellelaif- 
feroitun nuage qui ne b'efFaceroit point ;au lieu 
que lorfqu'elle ne dure pas long- tems, pour l'or- 
dinaire il en relie peu de vertiges. 

Ai fi on doit travailler à la guérir le plus 
promptement qu'on peut ; & pour cet effet, 
après avoir preflrit les remèdes généraux pro- 
pres pour détourner la fluxion habituelle, endé- 
truifant la fource de l'humeur <]ui la caufe, on 
vient aux remèdes particuliers qui font de di- 
verfes fortes. 

On diflbut, détache & nettoyé Valbugo avec 
des remèdes acres & volatils , comme avec les fich 
de brochet ,dô carpe , ou autre poiffon , ou avec ceux 
d'oijeaux de proye , de perdïix , ou autres , dans l'un 
ou l'autre defquds on trempe la frange d'une 
p'ume pour en toucher Valbugo deux fois le jour* 
Ou bien Gn fe fert de laju-.e humide de drapeau 
4U de papier , que l'on fait brûler entre deux af- 
•fiettes, laiflant affez d'efpace pour que le linge 
•ou papier puiffe brûler; 6c ramafîant cette Juyc „ 
on la délaye avec un peu de falive pour en tou- 
cher Valbugo comme dciïus. 

On fe fert encore également & de la même 
manière de V faite Jegtjac ou de aile dj& hp,Et 



3S4 Des Maladies 

comme tous ces remèdes font acres & cuifans, 
on nettoyé l'oeil une demi-heure après ou envi- 
ron, avec un collyre rafraîchilTant, dans lequel 
on trempe aufli une compreffe qu'on applique 
fur l'œil malade. 

On le mondtfie auMî avec une liqueur faite 
avec un demi-gros de myrrhe, cinq grains de camphre, 
& cinq grains de vitriol blanc, qu'on difTout dans 
deux, gros de miel, £5 du [uc de fenouil, autant qu'il 
en faut pour rendre le tout en forme de liniment 
on peu liquide, dont on touche Palbugo comme 
deflus. 

Le collyre fec, fait avec Piris % lejucre candi, la 
myrrhe , un demi-gros de chacun , C5" quinze grains de 
vitriol blanc , y elt aulfi fort bon. On peut encore 
fe fervir d'autres remèdes, mais ceux-ci fuffi- 
fent. 

De quelque manière qu'on ait fait féparer/V- 
bugo, on en finit la cure avec les collyres propofez 
pour les ulcères fuperfkiels. 



k CHAPITRE XXI. 

8. Dupterygion ou ongle. 

LE pury'gion ou ongle eft une excroiiTance de 
chair membraneufe, qui pour l'ordinaire 
commence à pulluler au grand angle de l'œil, & 
s'étend infenfiblement, Ôc fe gliffe en manière 
d'une aile fur & le long de la conjou&ive, entre 
cette membrane & la iurpeau qui la recouvre, 
iufques au cercle extérieur de hris, & quelque- 
Fois paiTe outre, & couvre la cornée transparen- 
te, en telle forte qu'elle empêche la vue. Elle 
commence aufll quelquefois au petit angle, mais 
plus rarement, & il eft encore rare qu'elle com- 
mence 



de l'Oeil. 385 

nience à la racine des paupières; j'en ai vu ce- 
pendant, mais je n'en ai point encore- trouvé qui 
ayent a fiez incommodé pour obliger à en venir 
à l'opération. 

Nos Anciens en ont reconnu de trois efpeces ; 
un qu'ils ont appelle membraneux, parce qu'en ef- 
fet il reflembïe à peu près aune membrane char» 
nue & nerveufe: le fécond, adipeux , parce qu'il 
reffemble en quelque forte à une graille conge- 
lée, étant même plus blanc que le premier ,& 
qu'aufli il fe rompt aifément quand on le veut fé- 
parer : le troiiïéme , qu'on peut nommer vari- 
queux, étant entre-lacé & tiffu de quantité de 
veines & d'artères allez greffes ; d'où vient qn'on 
l'appelle /w»mck/k/, c'eftpropremens lefebelfes 
Arabes; il eft le plus fâcheux de tous peur l'in- 
flammation, l'ulcération, le prurit, & la dou- 
leur qui l'accompagnent le plus fouvent. 

Ceux*qui font fujets aux fluxions fur les yeux, 
Se ceux qui ent été travaillez de quelque grande 
inflammation, ou de quelque épanchement, ou 
fang entre les membranes du blanc de l'œil, ou 
de quelque ulcère, ou autre fcmblabîe maladie 
du grand angle, font les plus expofez à cette 
maladie ; parce que toutes ces chofes ne peuvent 
guéres arriver, fans que les vaifieaux capillai- 
res ne foient ou rompus, ou rongez, ou autre- 
ment défigurez: ce qui donne occafion au fuc 
nourricier de s'échapper plus abondamment en- 
tre les interfaces des membranes extérieures de 
la conjonctive, de s'y figer faute de pouvoir ren- 
trer dans les veines, & de former ainfiles deux 
premières efpeces d'ongle-, ou au fang de s'arrê- 
ter & de s'amaffer infenliblement dans les vaif- 
feaux, de les gonfler, de les rendre variqueux, 
.(& de produire la troifiéme efpece. 

JJongle fe forme aufli fans avoir été précédé 

R 



%%$ Des Maladies 

des maladies fufdites , & feulement par une lé- 
gère fluxion d'humeur acre, qui par les prompts 
defordres qu'elle caufe aux vaifleaux & mem- 
branes extérieures de la conjonctive, donne aufïï- 
tôt naiOance à P angle ; mais cela eft beaucoup 
plus rare. 

V ongle adipeux n'eft point fujet à devenir ma- 
lin; le membraneux & le variqueux au contraire, 
quand ils font caufez ou abreuvez par une flu- 
xion habituelle d'humeur acre ou falée, devien- 
nent quelquefois ii malins, qu'ils ne font traita- 
bles ni par les remèdes, ni par l'opération : mê- 
me le variqueux , fans être abreuvé de cette hu- 
meur, le devient fou vent, à caufe du fangqui en 
Séjournant dans les vaifieaux, s'y grumelle, s'y 
féche, s'y aigrit, & acquiertquelquefois un de- 
gré de virulence capable d'altérer les parties voi- 
fines; cHoù vient aufli que le [ebel eft le plus fâ- 
cheux des trois efpeces d'ongle. 

;On demandera peut-être pourquoi V ongle 
commence plutôt au grand angle de l'œil qu'au 
petit, ou à la racine des paupières. On en peut 
rendre une raifonanatomiqueaffez probable, en 
difant que le plus grand nombre des vaifleaux 
que la conjonctive reçoit, venant du côté du 
grand angle, cette membrane doit aufli recevoir 
pins de nourriture de ce côté là , comme on re- 
marque effective ment dans beaucoup de per- 
fonnes elle y eft plus épaiffe; &qu'ainfi quand 
ces vaiffeaux font affectez par quelqu'une des 
caufes ci-deflus, V ongle a plus d'occajion de s'y 
former. 

JJongle dans fa naifTance demeure quelque- 
fois en un certain état de grandeur , fans aug- 
menter & fans apporter aucune incommodité 
pendant le cours de la vie, comme on le voitafïez 
fouyent dans des perfonnes qui en portent depuis 



DE l'OEî L." 5S7 

long-tems. A ceux-là, il ne leur faut aucuns re- 
mèdes. 

Quelquefois auffi à l'occafion d'une nouvelle 
inflammation, il pu'lule de nouveau, & groflit 
enfuite considérablement. 

Quand il eft nouveau & médiocre, on le gué- 
rit quelquefois par les remèdes, ou pour le moins 
on le diminue, &on l'empêche de croître; mais 
quand il eft confirmé,&<qu'il eftfi augmenté qu'il 
commence à couvrir la cornée tranfparente, les 
remèdes n'y font plus rien, & il n'y a que l'opé- 
ration qui le puifïe guérir. 

Pour être traitable par l'opération, il fa ut qu'il 
foit fans douleur, qu'il foit Diane, qu'il foitmol- 
îafle & obéiflant quand on le touche, & qu'il ait 
cependant aflez de confidence pour réfifter fans 
■fe rompre. Et fi fa bafe eft écroite, & qu'il n'ad- 
hère que par fesdeux extrémités, fe fépa: ant ai- 
fément dans fon milieu, il obéira encore plutôt 
à l'opération. 

Ainfi Vongh adipeux eft difficile à enlever par 
l'opération , à caufe qu'il eft très-fujet à fe rom- 
pre en le foulevant. £t celui qui eft gros & ren- 
verfé , éminent , endurci , inégal , noirâtre , ou de 
diverfe couleur, douloureux, & dont la douleur 
fe communique aux tempes, eft abfolument in- 
curable, parce qu'il eft malin & chancreux ; & le 
Jcbel qui eft le plus fujet à toutes ces mauvaifes 
qualitez, quand il les a, il eft pareillement incu- 
rable. 

Pour parvenir à la cure de Vongle , s'il eft trai- 
table par lesremedes, je veux d#re s'il eft médio- 
cre & récent, on doit avoir en vue de l'atténuer 
& confommer , fi on le peut , ou tout au moins de 
îe delfécher & emmaigrir pour l'empêcher de 
croître davantage : ce qui s'exécute par l'un ou 
l'autre des remèdes fui vans. 

Kij 



3 88 Des Maladies 

On fait un collyre fec avec un firupule d'os de 
ftibe , un demi-fcrupule de cri fiai fin , quinze grain* 
de vitriol blanc, une demi-dragme d'iris de Florence , 
£? imedragme defucre c-andi , quon réduit en pou- 
die très- fabule, dont on répand quelques grains 
fur P ongle , ou avec les doigts, ou par le moyen 
d'un tuyau de-plume, & cela trois ou quatre fois 
par jour ; obfervant de laver l'œil une demie 
heure après fon application ,avec quelques eaux 
ophthalmiques. 

Le criftal qui entre dans ce collyre, & dont 
chaque particule conferve des petits angles tran- 
ehans, comme on le reconnoît avec le microf- 
cope,ne fert que pour excorier en quelque ma- 
nière la fuperficie de l'ongle, pour donner occa«= 
'iionaux humiditez qui l'abreuvent, de s'écouler , 
<k posr exciter en même tems une légère fuppu- 
ration, aufli-bien que pour favorifer la péné- 
•cration & fa&ion des autres remèdes. On ne doit 
point craindre de fe fervirdece remède, quoi* 
<ju'il femble nouveau, pouvant afTurer ^que je 
r/en ai point vu arriver de mauvais effets, m'en 
étant fervi plufieurs fois, à l'imitation d'*un vieux 
Praticien que j'ai coraiu autrefois, «qui faifoït 
«ne poudre avec parties égales de fucre candi & de 
irifttl, dont il fe 1er voit non- feulement pour les 
ongles naifTans , mais auilî pour PalbugOtfk pour 
les ukeres qu'il ne pouvoit mondifier, 8t. cela 
a-vec affe de fuccès Et je ne doute pas même 
que nos Anciens & nos Modernes qui font ente er 
ia pierre- ponce dans les collyres , n'ayent le 
mêmedeiîéin. 

te collyre fec, fait avec une demi-dragme d'os 
de (é£he,un fcrupuïe de vitriol blanc, douze grains de 
{ci dejat-urne ,^5 une dragmede fucre candi , réduits 
■es pfcucke fubtile, dont quelques Chirurgiens fe 
{ervjeBt pour fouffîer fur VwgU , eft aufli loit-hoç * 



£-e l'Oe i p. ^9 

pour le diminuer , & pour l'empêcher de croître , 
quand il ne fait que commencer à naître. 

Ou enfin on fe fert du collyre verd, que l'on 
fait avec unfcrufuk de verdet ,Jeize craint de vitriol 
romain calciné jujcju"à rougeur, du borax & de la 
fièvre ponce douze grains de chacun , <$ une dragme de 
fucre candi, qu'on difîout dans quatre onces des 
eaux difiilées de rhue fj de chélidome, rendues un 
peumucilagineufespari'irifuhon^M^^w^ ara- 
bique. On en fait couler quelques goûtes fur Von- 
gle cinq ou iix fois par jour. 

Si par ces remèdes ou autres femblables , on ne 
peut l'empêcher d'augmenter, comme il arrive 
fouvent, quand il ePr parvenu à un certain degré 
d'étendue & de foiidité;ou qu'étant invétéré & 
groflî , 6V couvrant déjà une partie de la cornée 
tranfparente, on appréhende que bientôt il ne 
s'étende au-defiusde la pupille:on doit au plu- 
tôt l'emporter par l'opération; parce que (ion 
tardoit, elle feroit infrudueufe pour le réta- 
bîiflement de la vue, à caufe de la cicatrice qui 
refteroit en forme de nu3ge fur la cornée tranf- 
parente vers l'extrémité de V ongle qui s'y trouve 
toujours adhérente : mais auparavant il faut 
prendre garde fi l'œil n'eft point actuellement 
travaillé de fluxion ou d'inflammation; parce 
qu'en ce cas iîne faudrait point faire l'opération, 
que ces fymptômes ne fuflent appaifez, dans la 
crainte de les augmenter par la douleur de l'o- 
pération, quoique légère. 

Pour faire cette opération, le Chirurgien s'af- 
ired, faitafTeoir le malade à tes pieds, & lui fait 
renverfer & appuyer la tête fur fes genoux. Un 
ferviteur litué à côté tient une paupière ouver- 
te, & le Chirurgien l'autre; puis il pafle une 
éguille un peu courbe dont la pointe eft émouf- 

Riij 



39<> Des Maladies 

fée, io, enfilée d'un fil de foye retors & fin, cm 
d'un crin de queue de cheval, 1°. par-defibus 
Vongh environ fon milieu, enforte qu'il le com- 
prenne tout avec fon égaille : Péguilie étant 
paffé outre, il la tire , & coupe le fil ou le crin 
près j'égaille, & de chaque main il prend une 
extrémité du fil ou du crin , qui doit refter^im- 
pîe, le p^usprès de l'œil qu'il peut, & l'étendant, 
il le fait glifler comme en fciant par-defîbus 
Vongh vers la racine du grand angle, il le ra- 
mené enfuitedelamèrae manière vers fon autre 
extrémité du côté de la cornée tranfparente ,, & 
le pare aii-fi de la conjonctive. S'il voit que 
Vongh ait de la peine à fe féparer , ou qu'il appré- 
hende, étant a lipeux, qu'il ne fe rompe, il tient 
Jes deux (:xtrérnitez du fil ou du crin d'une main , 
& foule ve un peu Vongh ,\\\ç fépare doucement 
de côté & d'autre, (elon fa longueur, avec la 
pointe d'une lancette qu'il tient de l'autre main, 
prenant garde d'offenfer la conjonctive; ou bien 
au lieu de lancette, il fe fert d'un petit déchauf- 
foir bien tranchant, ou d'une plume d'oye coupée, 
en manière d'une pointe de lancette , à peu près 
comme' ces plumes qu'on taille pour fe curer les^ 

Nota. i q . L'éguille doit être ronde, & un peu longue po\!r 
la tenir aifément avec les doigts, elle doit être cependant un 
peu déliée j on la détrempe en la faifant rougir a la flamme 
d'une chandelle , & on la courbe fuivant qu'on le juge à propos : 
on en émoufle enfuite la pointe en ta frottant fur une pierre de 
Levant, ou autre propre àaiguifer, afin qu'elle ne pique 
joint , & qu'elle fe glifié plus aifément entre r ongle & la con- 
jonctive fans la blelTer, n'étant pas nécefTaire qu'elle pique 
pour rompre la furpeau qui le recouvre, & qui le tient attaché 
fur la conjonctive, cette furpeau étant û. délicate qu'elle fe 
rompt par le moindre effort. 

ï q . Le crin de cheval elt aiTez fort pour cette opération , iî 
^lifTe un peu plus aifément que le fil de foye; on s'en fert ce- 
pendant également > poui vu qu'il foit retors &. fin, 



© E L'O E I L. J9 ï 

dents. Cela étant fait, de chaque main i' prend 
une extrémité du fil ou du crin, & le fait ghfier 
comme deflus d'une extrémité à l'autre de Von- 
g!e:\e voyant bien feparé.il le iie avecie même 
rii ou crin vers fon milieu, $°. & tenant d'une 
main les deux extrémitez du rii ou du crin, il 
élevé un peu l'ongle ,8c de l'autre il le coupe le 
plus près qu'il peut de la cornée tranfparente , 
4». avec le tranchant d'une lancette, 5°. ou avec 
descifeaux bien tranchant ; lâchant un peu le fil, 
il coupe enfuite l'ongle vers fa racine , prenant 
garde de couper cette petite avance de chair 
glanduleufe fituee au grand angle, de crainte 
qu'étant coupée, il n'en arrive un îarmoyement 
involontaire. L'opération faite, il met" dans l'œil 
un peu de poudre de Jucre candi , ëc par-defius une 
compreife trempée dans un collyre raftakhiflant ; 
Se dans la fuite il panfe l'ceil avec les collyres 
propofez pour les ulcères fuperficiels, qu'il con 
tinuejufquesàla fin delà cure, ("ans craindre que 
les paupières s'unifient à la conjonctive , com- 
me quelques Auteurs le craignent fans raifon; 
parce que ces deux parties ne peuvent s'unir, s'il 
n'y a en même terni iblution de continuité dans 
l'une &' dans l'autre. 

Gette manière d'opérer ne diffère de celles de 



3Q. L'ongle étant féparé, on le lie dans" fon milieu pour le 
tenir, pendant qu'on le coupe, dans fes deux extrémkez; au- 
trement ayant coupé une extrémité, ilferoit difficile de couper 
l'autre, parce qu'il le retire & s'acourcit beaucoup. 

4S. Il n'importe qu'elle extrémité on coupe la première, 
étant toujours maître de r ongle par le moyen du fil dont il eft 
lié : amii on peut commencer par celle du grand angle , û on 
veut en cela fuivre nos Auteurs , ou bien par l'autre , comme je 
Pai dit ; cela eft égal. 

5 Q . Si on fe fert d'une lancette, il la faut, entortiller d'une 
petite bande , ne laiiTant que la pointe de découverte 3 & cela 
pour la tenir plus commodément. 

R iiij 



39^ Des Maladies 

Paul d'Aëce , de Celle , & d'autres anciens 'qui fé 
font copiez les uns & les autres , & que nos mo- 
dernes à leur tour ont copié , qu'en ce que les 
deux premiers accrochent d'abord X ongle avec un 
petit crochet, & paflent enfuite par-defTbusune 
eguil'e enfilée en même tems d'un fil de lin & 
d'un crin , foulevant \ ongle avec le fil de iin qu'ils 
font tenir par un ferviteur , cependant qu'avec le 
crin ils féparent X ongle en fciant.comme je l'ai dit, 
& le coupent enfuite à fa racine avec les mêmes 
précautions que j'ai rapportées; & que le troi- 
sième qui fe fert auffi du crochet, ne pafTe qu'un 
fil , procédant au refte comme les deux autres ^ 
fans que les uns ni les autres fe foient avifez de 
lier l'ongle après être féparé, hors Albucafis & 
Avicenne, qui, au rapport de Guy de Cbauliac ,• 
le lient avec le fil de lin avant que de le féparer 
avec le crin. Ainfi on peut juger que la manière 
que j'ai propofée, eft la p^s sûre & commode, 
étant exempte de la multiplicité des inftrumens, 
&. du miniftere d'un ferviteur pour foule ver X ongle 
qui eft ailé à rompre , pour peu que ce ferviteur 
peu inftruit tire trop le fil ou le crochet , & que 
d'ailleurs Yongle étant féparé & lié ; il eit bien plus 
facile au Chii urgien de couper sûrement fes deux 
extrémitez fans en rien laitier. 

Pour Yongle graijfsux , s'il fe rompt pendant l'o- 
pération , on ôte ce qui refte , autant qu'on le 
peut, avec la pointe du cifeau, ou on l'écorcbe 
avec la pointe de la lancette , prenant garde de 
blcfîer les autres parties de l'œil; & enfuite on 
confommecequi peut encore refter, avec le coU 
lyre verd ci-deffus. 

A l'égard du febel, quand il n'a aucune mali- 
gnité, ce qui ell aflez rare , .il s'ôte de la même 
manière que XongU. Je n'ai fait encore l'opération 
que fur deux ; le premier , je l'extirpai de la ma.> 






DE l'Oeil. £9 3 

nîere fufdite, & pour arrêter le fang, je me fer- 
vis d'une poudre faite avec partie* égales de g a m me 
arabique Ï5 dé Vol, ^5 d'une fiXtéme partie dteoleothar: 
le fécond , comme les vaifieaux étoîent gros, 
pour éviter le flux de fang, quieft tpojonrs aflez 
incommode à l'œil , quoiqu'il ne flue qu'en pe- 
tite quantité , après être féparé de la conjonc- 
tive, je le liai avec le même fil près du grand 
angle , & je le coupai enfuite à fon autre extré- 
mité, la ligature tomba 5. ou 6. jouis api es, & 
tous les deux réuflïrent aflez bien. 

Mais quand il eft accompagné d'une cuiffon 
ou d'une demangeaifon incommode, de croûtes, 
d'ulcères , d'inflammation , d'un flux de larmes 
acres , que les vaifTeaux en font gros & durs , 
rouges ou noirs, qu'il eft fort élevé, que la cor- 
née tranfparente eft double , que les paupières 
font tuméfiées, que le malade reiTent une grande 
douleur à l'oeil , aux paupières & aux tempes, & 
qu'il ne peut en aucune manière fou flriir le jour, 
foit que toutes ces chofes fe rencont ent en même 
tems, ou qu'il n'y en ait que quelques-unes; il ne 
faut nullement en entreprendre l'opération : on 
ne doit pas mêmefefervir d'aucuns remèdes qui 
ayent la moindre acrimonie ou chaleur , mais 
feulement fe contenter d'y appliquer des collyres 
rafraichiflans & anodins pour appaifer , autant 
qu'on le peut, ces fâcheux fymptômes, cepen- 
dant qu'on travaille par les remèdes généraux à 
corriger l'intempérie du fang, & à divertir l'hu- 
meur qui flue fur les yeux. 






Rv 



394 Des Maladies 



CHAPITRE XXII. 

9 Du re'tre'cijfement , ou des rides de la conjonclivs 
& de la comte, 

ON compte auffi parmi les maladies de la 
conjonctive & de la cornée, cette contraction 
ou retrécijfe ment qui leur arrive , quand le globe de 
l'œil fe diminue ou par une extrême vieilleiïe, ou 
par quelqu'une des caufes dont j'ai parlé en trai- 
tant du rétre'ciffement de Puvée^ de Y atrophie de l'œil , 
6c de queîqu'autres maladies : mais comme ces 
vices ne font pa>de propres affections de la con* 
jon&ive,nidela cornée, non plusquedel'uvfe, 
ni des autres membranes intérieures, mais bien 
des accidens ou fymptômes d'autres maladies , 
qui d'ailleurs ne font point guériffables , à moins 
que les maladies dont ils dépendent , ne le foient ; 
il eft affez inutile d'augmenter le nombre des- 
maladies de l'œil de celle-là, puifqu'aufli-bien il 
n'y a point de remède particulier à y apporter, 
quand même elle viendroit de vieillefTe. 



CHAPITRE XXI II. 

10. Des yeux de travers , ou des yeux louches, 

^vUoique quelques Auteurs rapportent cette 
vJ mala lie que les Grecs nomment jïrahifmos^ 
les Latins ftrahfttat , par laquelle on regarde de 
travers ou par le côté, au criftallin, croyant qu'il 
eft fitué de travers , ou qu'il panche de côté ou 
d'autre; que d'autres la rapportent à un vice de 
tout l'œil ou à de certains vices imaginaires 



D E I/Oe IL, jg ç 

d'efprits vifuels;&: que quelqu'autres Patfribàent 

à une convuliîon ou rétraction de quelques muf- 
desde l'œil; je la mettrai cependant au nombre 

àzs maladies de la cornée, parce qu'il eii: conf- 
tant que cette maladie ne vient que d'une mau« 
vaife conformation de la cornée tranfparente, 
qui écant plus tournée du côté du grand angle 
ou du petit angle , ou vers haut ou vers bas , 
oblige ceux qui ont un tel vice à regarder de tra- 
vers ou par le côté. 

Mais comme il arrive plus ordinairement que 
ceux qui regardent de travers, regardent en mê- 
me tems de près, je comprendrai audifous cette 
maladie cette autre, que que-ques autres Auteurs 
en distinguent, & qu'ils nomment tn)opia ou tuf* 
chfitas , par laquelle on ne peut voir que de bien 
près les objets; pui.'que ce n'eft proprement qu'une 
même maladie , & qui dépend de la même caufe, 
je veux dire de la mauvaife conformation de la 
cornée. 

Pour s'éclaircir d'oh vient ce vice , il n'y a i i en 
de plus aifé que de coniidérer & d'examiner les 
yeux de ceux qui en font affectez, & de remar- 
quer que prefque tous ont la cornée tranfparente 
plus éminente & plus voûtée qu'à l'ordinaire , 
avec cette différence que les uns l'ont moins vou - 
tée , & les autres plus voûtée & éminente ; & qui 
ceux qui regardent fimplement de près , ont 
bien la cornée tranfparente plus éminente & 
voûtée , mais la pointe de cette éminence eft 
tournée un peu plus du côté du nez , qu'elle n'eft 
ordinairement dans les autres hommes; & oue 
ceux qui regardent de travers ou de côté , l'ont 
de même pour l'ordinaire pluséminenre& voû- 
tée , m ais la pointe de cette éminence eit tournée 
àl 'oppoiite , & regarde en quelque façon le côté 

R vj 



596 Des Maladies 

du corps , ou bien elle eft tournée vers le bas , Oia 

elle regarde le haut. 

Ceci connu, il n'eft pas difficile de concevoir 
que Iorfque les louches veulent regarder à la ma- 
nière ordinaire des autres hommes , ils ne peu- 
vent voir diitin&ement comme eux les objets, 
parce que les petits pinceaux de rayons de lu- 
mière qui partent de chaque petite partie des 
objets , & qui parviennent à leurs yeux , rencon- 
trait chez eux la cornée tranfparence plusémi- 
nenteSc plus voûtée, ils doivent febrifer davan- 
tage , en s'approchant de la perpendiculaire de 
leur entrée , lorfqu'ils pénètrent cette mem- 
brane , & qu'ils entrent dans l'humeur aqueufe ; 
ainfi par une fuite néceflaire tous les rayons qui 
compofent chaque petit pinceau dans cette dif- 
pofition , doivent, fuivant la féconde expérience 
rapportée au ChapitreXVII.de la Description 
de l'Oeil, s'unir & fecroi fer dans le corps vitré, 
avant que d'atteindre la rétine: ils doivent donc 
fe trouver divergens , quand ils rencontrent cette 
membrane , & par conféquent ils n'y peuvent 
former qu'une peinture conrufe des objets d'où 
îls partent.fi ces objets font un peu éloignez , 
comme je lefuppofe, & s'ils font petits. 

Car pour que la peinture fût diftinâre, il fau- 
droit, ou que la rétine s'approchât plus près du 
criftallin,oulecriitallin plus près de la rétine, ce 
<jui ne fe peut , comme je l'ai dit en expliquant 
la vue, ou bien il faudroit que le crittaliin fût 
moins éminent ; mais il ne fe rencontre point 
d'autre figjre dans les yeux louches que dans les 
autres, ou enfin que le globe de l'œil fût plus ap- 
plati, comme dans les chats-huans & les autres 
oifeaux qui ont la cornée tranfparente fortémi 
nente , & il eft rond à l'ordinaire : quel remède 
donc ? 



dé l'Oeil, f9? 

Leslouches eux-mêmes le trouvent. Il ne faut 
que s'approcher plus près des objets , ou appro- 
cher les objet- plus près des yeux ; car alois tous- 
ces petits pinceaux -de rayons de lumière dont je 
viens de parler, qui réfléchifTènt de chaque petite 
partie des objets, étant plus courts, puifque l'œil 
fe trouve plus près de tous les centres d'où ils 
partent, &que jeconlidere ici comme autant de 
points d'union, ils doi vent fe moins brifer en pé- 
nétrant cette membrane , & pafTant dam l'hu « 
meur aqueufe , de même en traverfant le criftallin 
& le corps vitré ; & par conféquent tous les 
rayons qui compofent chaque petit pinceau, 
doivent s'unir plus loin du crifta'lin, fuivant ce 
que j'ai dit, & par la conféquence que j'ai tirée 
de la même expérience féconde du Chapitre 
XVII. delà Defcription de l'Oeil. Et comme ces 
rayons ne peuvent s'unir plus loin du criftallin , 
fans rencontrer à leur pointe ou un'on particu- 
lière la rétine , ils y doivent par conféquent pein- 
dre p ! us diilinctement la figure des objets d'où ils 
partent. Et c'eft ce qui arrivent aux louche?. 

Il s'eniuitdetoutcequedeflus, que plus la cor- 
née eft voûtée, & '-plus les louches doivent ap- 
procher les objets près de leurs yeux , pour les 
pouvoir voir diftinctement 

Que ceux qui regardent fimplement de près 
pour voir un petit objet, ou pourpre, par exem- 
ple dans un livre, doivent approcher le livre fort 
près de leur nez, mais réguîieremrnt devant eux. 

Q^e ceux dort l'éminence de la cornée trar.f- 
parente eft tournée en dehors, font oblgez pour 
regarder un objet, ou pour lire dans un livre, de 
mettre le livre à côté, ou f'e tourner la tête vers 
le côté oppofé à l'objet qu'ils veulent regarder , 
& que fouvent même ils ne peuvent lire que d'un 
ceiljfi l'éminence eft grande , & fi elle eft fort 



$9$ Des Maladies 

toarnée en dehors , parce qu'en cette difpofition 
les deux yeux ne fe peuvent affez tourner , pour 
que les deuxaxes optiques fe paillent rencontrer 
en regardant de fi p<ès. 

Qje ceux dont 1 éminence de la cornée tranf- 
parente regarde le bas, font obligez de lever la 
tête , & de mettre le livre vers leur menton pour 
pouvoir ïire, & quand ils marchent dans les rues, 
d'avoir toujours le nez en l'air ;& que ceux dont 
la même éminence eft tournée vers le haut , fonc 
obligez de bailler la tête, ou d'élever le livre en 
l'approchant de leur front pour lire, & d'avoir 
la tête baiflee pour voir devant eux quand ils 
marchent dans les rues. Et tout cela, parce qu'il 
faut néceflaire ment que l'objet que l'on veut voir 
dîftin&ement , (bit dirigé vers la partie la plus 
éminente de la cornée, afin que les rayors qui 
partent de cet objet , fe puiflént porter vers le 
centre de la rétine, comme je l'ai dit en expli- 
quant la vue; & comme fes louches n'ont pas les 
mufcles des yeux autrement difpofez que ceux 
des autres hommes, ils ne peuvent affez tourner 
îeurs yeux vers le côté cppofé à l'éminence , pour 
voir comme les autres hommes : ainfi ils font 
obligez de fuppléer à ce défaut , comme je le 
viens de dire. 

Il s'enfuit encore que les louches doiventvoir 
les objets plus gros que ne les voyent les autres 
hommes, parce que l'angle par lequel ils voient, 
& par lequel on juge de la grofTeur des objets, 
eft plus ouvert, àcaufedela grande vouture de 
la cornée tranfparente ; d'où vient aufli que la 
plupart des louches, en écrivant, font leurs ca- 
ractères fort petits. 

Qje les louches pendant la nuit voyent mieux 
que les autres hommes, & qu'ils peuvent lire au 
clair de la Lune; parce que leur cornée étant plus 



de l'Oeil. 359 

éminente, raiîemble davantage de rayons de lu- 
mière, qui paflent par conféquent en plus grand 
nombre par la pupille, qui chez eux fe dilate v 
même plus que dans ceux qui ont la cornie tranf- 
parente formée à l'ordinaire. 

Qu'ils peuvent voir plus loin avec des lunettes 
dont les verres font concaves, parce qu'ils ren- 
dent les rayons divergens: & qu'au contraire ils 
ne peuvent voir avec des îunettesdont les verres 
font convexes, parce que leur cornée n'eft déjà 
que trop voûtée. 

Que plus ils vieilliflent , & plus ils peuvent voir 
loin , à caufe que par l'âge la cornée en fe deffé- 
chant, $'arFaifTe,&: n'eft plusfi éminente; & delà 
vient que leur vue fe perfectionne encore, lorfque 
celle des autres hommes au contraire diminue , 
& qu'ils peuvent parvenir jufqua une grande 
vieillefîe , fans être obligez de fe fervir de lu- 
nettes pour lire ou pour écrire. 

De ce que je viens de dire des yeux des louches 3 
& de la caufe de ce vice , on peut juger fi nos 
Auteurs ont bien rencontré dans les différens rai- 
fonnemens qu'ils ont fait fur cette maladie , s'il 
m'eft permis de me fervir comme eux de ce terme, 
& s'ils ont eu grande raifon de propofer des re- 
mèdes pour rétablir ce vice naturel de lui-même 
irréparable, non pas même par les mafques que 
Von vente fi fort pour re&ifier les yeux de tra- 
vers, quelqu'atlîduité qu'on ait aies faire porter. 
Je pourrois réfuter toutes leurs raifons , fi ce que 
je viens de dire n'étoit plufque fuffifant pour les 
détruire ; ainfi je paffe outre pour commencer la 
troiiiémé partie. 

Fin de lajeconde Partie» 



4oro 

DES MALADIES 

DE L'OEIL 

TROISIEME PARTIE, 

Contenant les Maladies des Parties fituces entre 

le Globe & l'Orbite , celles des Angles des 

Yeux & celles des Paupières. 

CHAPITRE PREMIER. 

Des Abcèf qui fe forment entre le Globe de POeiî Î5 
POrbite. 

IL amafle quelquefois du pus, ou autre ma- 
tière entre le globe del'œilSc l'orbite, ou par 
voie de flixlon, oudecong< ftion: ou par lefé- 
jourd'unfang extravafé enfuite d^ quelque vio- 
lence extérieure , qui n'a pu fe réfoudre. 

Lorfqoe Vabcèfte fait par fluxion , on îe con- 
noît p^r l'inflammation qui fjrvient à l'oeil , & 
qui etl fouvent plus grande du côté de l'amas ; 
par 'a douleur violente & pulfative que le ma- 
lade reffent dans l'orbite & au fond de l'œil , & 
qui fe communique à toute la partie antérieure 
de la tête : par la peftnteur de la tête , Pinfom- 
nîe &lafi£vre : & enfin par la tumeur qui paroît 
enfuite au-dedans de l'oeil entre le globe & la 



de l'Oeil. 401. 

paupière, ou au-dehors vers la racine de ia pau- 
pière du côté de l'amas, 

De plus, quand l'abcès eft grand, l'œil fe déjette 
en la partie oppofée à l'amas , & femb'e fe ren- 
verfer;& quand il eft profond, il pouiTe l'œil en 
dehors, enforte que quelquefois il ne peut être 
recouvert des paupières , de même que dans cette, 
maladie dont j'ai parlé au Chapitre VI. de la ii- 
xiéme de la deuxième partie, avec cette diffé- 
rence toutefois que dans ceUe-ià le globe de l'œil 
eft beaucoup plus gros qu'il ne doit être , 8c que 
dans celle-ci il n'excède point fa grofleur natu- 
relle. 

Qjand cet abcès fe fait par congeftion , il eft 
fort difficile à connoitre dans fon commence- 
ment , à caufe que fes progrès font lents , qu'il 
n'y paroit point ou peu d'inflammation , & que 
la douleur n'eft que médiocre ; mais dans la fuite 
il fe fait connoitre par la plupart des lignes pré- 
cédens. 

Et quand il fe forme par un fang épanché en- 
fuite de quelque caufe extérieure, on le connoit 
par la préfencede la plaie oude la contufion ,011 
par le rapport du malade, û" on ne remarque ni 
p!aie, ni contufion. 

L'abcès de l'orbite eft une maladie dont les 
fuites font toujours fàcheufes , à moins qu'il foit 
peu confiderable , ou qu'il fe falfe vers le bord de 
l'orbite: car on doit cram 're ou que le nerf op- 
tique ne foit pFefle ou étendu , & que fa fubftance 
moëlleufe ne foit par confequent confondue , ce 
qui caufe la perte entière de la vue , comme je l'ai 
dit au Chapitre IV. de la deuxième Partie ; ou 
que les autres nerfs qui fe diftribuent aux muf* 
clés , & qui entrent dans le globe, ne s'abbreuvent 
& fe relâchent , ou même fe pourilïent & ne cau- 
fent la paralyfiede l'œil; ou que les autres vaif* 



4oi Des Maladies 

féaux fe détruifent,& ne le conduifent dans 1 s- 
tropbie par le défaut du fang; ou que quelques- 
uns de fes tnufcles ne fuppurent totalement ou en 
partie, d'où il arriveroit un changement en fa fi- 
tuation, ou au moins une difficulté de fe mou- 
voir ; ou que les os de l'orbite ne fe carient , ce qui 
cauferoitun ulcère fiftuleuxde longue durée ; ou 
qu'enfin après la guérifon de l'abcès, l'œil ne fe 
trouve fi uni à l'orbite, qu'il en demeure comme 
immobile. 

Pour letraitementdecet abcès, on doit dès le 
commencement , & quand la fluxion fe fait en- 
core, diminuer abondamment le fang , pour em- 
pêcher que l'amas foitii grand: ce qui s exécute 
par un régimede vivre très-éxaci-; par la fafgnée 
fréquemment réitérée , ayant égard cependant 
aux forces du malade ; & par les autres remèdes 
tant généraux que particuliers, p-ropofez pour le 
commencement de l'*ophtba!mie. Et quand par 
les fignes cKdeflits, on connoît que l'abcës fefait, 
& qu'il ne fe terminera pas par réfolution , on 
doit avancer îa fqpparation autant qu'on le peut , 
par l'ufage des fomentations , ou cataplafmes 
émoîliens & tempérez. Par exemple. 

On prend des racïn s <5fiuiîlts de guimauve , des 
feuille f deviolïer ,de mercuriale , de pariétaire , de: 
failles CS* fleurs de bouillon blanc de chacune une demis 
poignée , des jemences de lin, î5 de pjyllium une once 
de chacune , que l'on fait bouillir dans une fnfn- 
fante quantité d'eau , pour en faire une décoction 
mucilagineufe, dans laquelle on trempe des corn- 
preffes que l'on applique chaudement fur l'œil , Se 
que l'on renouvelle de trois ou de quatre en quatre 
heures. 

Ou bien on prend des poudres de fleurs de camo- 
tniUe C£ de me'lilot , de s farines de lin £? de fœnugrec^ 
une once de chacune , que l'on fait bouillir dans une 



DE L' CE I L. 405: 

fuffifante quantité d'une forte déco&ion des plan- 
tes fufJites , pour rendre le tout en confidence de 
cataplafme , auquel en ajoute fur la fin une onca 
de moelle de caffe mondée. On étend ce cataplafme 
fur un linge qu'on applique chaudement far l'œil 
malade, le renouvelant 2. ou 3 foisle jour. 

Quand le puseft fait, il fe pouffe & fait tumeur 
au-dehors des paupières verdie bord de l'orbire r 
ou au-dedans de l'œil par la conjonctive entre le 
globe & le bord de l'orbite. Quand l'abcès paroît 
en dehors , qui eft la plus favorable if.be, & que 
l'on connoitquelepuselî fait, c n l'ouvre lui vant 
fa longueur qui fuit ordinairement celle des pau- 
pières, prenant garde de faire l'ouverture trop 
grande ; Se le pus étant écoulé , on met feulement 
pendant 1 ou 3 jours à l'entrée de l'ouverture une 
méchede charpie, pour l'empêcher de fe refier- 
rer trop promptement ;que l'on couvre d'un em- 
plâtre de diapalme diffout avec l'huile rofaî , & par- 
deffus le tout une comprenne trempée dans Je blanc 
d?œufî5 l'eau- rofe battus enfemble. Dans le fécond 
panfement & les fuivans un fe fert pour raondi- 
fier l'ulcère, de l'injection faite avec Pari jhhcke , 
l'encens , ta myrrhe ï5 lejucre ^jrjfujcZ dans le vin ■ & 
l'ulcère étant monditié, on l'incarne & cicatrife, 
comme ceux des autres parties moHes. 

Et quand l'abcès paroit en^xîëdans , & que le 
puseft fait 5 on l'ouvre aum\faifantde même l'ou- 
verture félon la longueur de la tumeur qui fuit 
pareillement ceiîe de l'œil ou des paupières ,1a 
ménageant , enferte qu'elle foit feu'ement fuffi- 
fante pour écouler le pus. On ne tente rien au- 
dedans de l'œil , mais on peut fe fervirJd la même 
injetlion, pourvu qu'on faiïe l'infuilon axecVeau 
d'eufraife C5 de rhue : ou bien on fe fervira de l'un 
ou de l'autre des collyres que j'ai propofez pour 
mondifier les plaies de la conjon&ive & delà cor- 



40^. Des Maladies 

née , ou de quelqu'aut^e à peu près femblabïe', 
que l'on choifira dans le Chapitre des Ulcères? 
Enfin on finira la cure comme je l'ai dit en par- 
lant des plaies , ou des ulcères de cette partie. 

Quand le pus efl: écoulé , la tumeur qui étoit 
grande dans les environs de l'œil , fe diifipe , l'in- 
flammation s'appaife, & î'œil Te retire infenfible- 
ment.dans l'orbite ; mais il y relte une le'gere tu- 
meur œdémateufe que l'on diffipe avec les collyres •, 
ou fomentations fortifiantes Î5 réfoluthes , dont j'ai 
parlé ailleurs, que l'on anime même avecPefprit 
de vin. 

A l'égard des abcès qui ù font par congeftion , 
les remèdes y profitent fi peu, que l'on n'en fait 
aucuns à moins qu'il n'y furvienne qnelqu'inflam- 
mation douloureufe que l'on tempère avec des 
collyres rafraîchijjans £5" anodins. Comme ces tu- 
meurs font pour l'ordinaire de la nature des athé- 
isme s , des fié atome s , ou desméliceris , ellesde m eu- 
rent fouvent un long- tems fans augmenter ; quel- 
quefois auifi elles augmentent fi prodigieufe- 
ment , qu'elles pouffent entièrement l'œil hors de 
l'orbite : ce qui n'arrive point fans des douleurs 
fort cruelles. Quand cela arrive il n'y a point 
d'autre moyen pour faire cefier ces douleurs, que 
d'amputer l'œil pour vuider la matière contenue 
dans l'orbite , cela s'entend , pourvu que la tu- 
meur ne foit point chancreufe , traitant enfuite 
l'ulcère , comme je l'ai dît au Chapitre X. de la 
féconde Partie. On m'amena fur la fin de l'hyver 
de 1701 une fille qui depuis 6 ans étoit travai l lée 
d'une femblabîe tumeur, qui avoit augmentée 
jufqu'à un tel degré, que le globe de l'œil étoit 
entièrement hors de l'orbite, & lui pendoit fur 
la joue : je n'ofai entreprendre l'amputation -, à 
caufe que la tumeur étoit fort grolTe , d ne , iné- 
gale , douloureufe, enflammée ,_& environnée 



de l'Oeil. 403 

d'an grand nombre de gros vaifîcaux, variqueux 
& durs ; je lui conciliai feulement quelques re- 
mèdes pour tempérer l'inflammation & la dou- 
leur. 

Et quand l'amas eft moins confidérable , & 
<ju'ii paroît en dehors , il n'eft pas néceflaire 
d'amputer ! œil ; mais il faut fe confoi mer fur ce 
que j'ai dit à l'égard du traitement de celui qui fe 
fait par fluxion, & de même quand le pus fe 
•forme a'un far; g épanché enfuite de quelque vio- 
lence extérieure. 



CHAPITRE II. 

Des maladies des mufcles de l'œil, $ Je celles de [es 
nerfs. 

Ç\ Uand quelques-uns des mufcles ou des 
V^jierfs moteurs de l'œil font coupez, comme 
i! arrive quelquefois dans les plaies qui pénètrent 
dans l'orbite , ou quand ils font confommez ou 
rongez par une matière purulente, comme par 
celle des abcès de cette partie ; le globe de l'œil 
eit retiré dans la partie contraire , comme cela ar- 
rive à tous les autres membres, lorfque quel- 
ques-uns de leurs mufcles ou de leurs nerfs 'font 
entièrement coupez ou autrement détruits. 

Quand les efprits animaux s'y portent avec vio- 
lence & inordinément,ils fouffrent des compi- 
lions ou rétra&ions extraordinaires : d'où, vient 
que le g!obe de l'œil prend différentes fituations 
ou attitudes , fuivant que ces mufcles ou ces 
nerk font affectez, comme il arrive dansles accès 
épiîeptiques , dans les fufirocations ou vapeurs 
hyftériques , dans les consultions générales & 
autres maladies. 



^06 Des Maladies 

Et quand ces mêmes efpiits y coulent feuTe* 
ment inordinément & fans violence, ils font la 
caufe de cette inhabilité des yeux par laquelle ils 
ne peuvent demeurer dans une même iituat ion , 
le mouvant continuellement de côté & d'autre. 
Cette maladie (a) vient ordinairement de naif- 
fance, quelquefois aulfi elle eft un accident des 
fièvres ardente?. 

Mais lorfque les efprits animaux ne peuvent 
couler par les nerfs , à caufe de quelque obftru- 
éVion de quelque caufe qu'elle vienne, les muf- 
cles fe relâchent & demeurent fans mouvement, 
aufïi-bien que l'œil, dont le fentiment diminue 
suffi ou fe perd entièrement : ainli l'œil tombe 
dans Uparalyfte, & fouvent fe porte & s'incline 
hors de l'orbite. Quand cette maladie n'eft pas 
tout-à-fait confirmée, c'eft ce que nos Auteurs 
appellent fo-.bkfft âe l'œil, qui eft un achemine- 
ment à \a paralyjie. . 

Dans cette maladie , quand il n'y a qu'un mufcle 
de relâché, le globe de l'œil eft feulement retiré 
dans la partie contraire, à caufe de l'action plus 
forte du mufcle antagonifte,qui ne perd ni fon 
mouvement, ni fon fentiment, non plus que les 
autres mufcles& nerfsde l'œil. Et toute l'incom- 
modité que les malades fouftrent de cette rétra- 
ction du globe, & de celles qui lui arrivent, 
quand quelques-uns de ces mufcles ou nerfs mo- 
teurs font coupez ou rongez, c'eft qu'ils voyent 
tous les objets doubles, lorfqu'ils les regardent 
des deux yeux ; & cela , parce que les deux yeux 
ne gardent plus une fituation égale, comme on 
peut le concevoir par ce que j'ai dit vers la fin du 
Chapitre XXI de la Defcription de l'Oeil , en ex- 
pliquant l'ufage de tes parties principales. 

i*) j4fj>tliïe &s Grecs byppcs. 



se l'Oeil. 407 

-Si je décris fi fuccinetement ces maladies, ce 
n'efî feulement que pour les faire connoître, afin 
qu'on ne les confonde pas avec d'autres , & qu'on 
lespuifîediftinguer de celles qu'elles peuvent en 
même tems accompagner, pour en faire unpro- 
gnoftic jutte, & non pas pour propofer des re- 
mèdes pour tenter de les guérir, les croyant en- 
tièrement inutiles , puifque ces maladies font in- 
curables; à moins que la féconde & la troifiéme 
ne foient que fymptomatiques:& encore dans ce 
cas, les remèdes particuliers yieroient inutiles; 
parce que ii elles peuvent guérir , elles cèdent 
.d'elles-mêmes, quand les maladies dont elles dé- 
pendent font guéries, 



CHAPITRE III. 

Des maladies des glandas des yeux, 

QUand l'œil eft enflammé, fe* glandes fe ref- 
Tentent pareillement de l'inflammation: el- 
les filtrent alors une plus grande quantité de lar- 
anes ; parce que le mouvement du fang n'eftpas 
libre dans les veines, & que les artères pouffent 
avec violence. Ces larmes font chaudes 6c acres, 
àcaufedu vice g néral du fang, & de l'intempé- 
rie particulière qu'il contracte dans la partie mê- 
me enflammée : elles fluent & coulent le long 
des paupières, à caufe de leur quantité, & ce 
ce que les canaux qui devraient les reporter par 
le nez après avoir abbreuvé l'œil, fe trouvent 
reiTerrez par l'inflammation. 

Cet écoulement de l &rmes ne fe confîdere pas 
comme une maladie particulière des glandes, 
mais comme un fymptôme de l'inflammation, 
£jai ce.fle le plus fouvent l.orfque Piaflammatjo& 



4o8 Des Maladies 

cefTe : aufïî ce fymptôme ne demande point d'au-* 
très remèdes que ceux qui conviennent à la ma- 
ladie dont il dépend, je veux dire à l'inflamma- 
tion,. 

Mais quand l'inflammation a été grande, & 
qu'elle a fubhfté long-tems; que les pores des 
glandes & leurs canaux excrétoires fe {"ont dila- 
tez & agrandis par l'abondance de l'humeur qui 
y a coule ;& que l'inflammation ceflee, ces po- 
res ne fe reflerrant& ne fe remettant point dans 
leur état naturel, les larmes quoique fans acri- 
monie §c claires continuent de couler: on ne 
conlidere plus cette affe&ion comme un fymp- 
tôme de l'inflammation , quoiqu'elle lui ait don- 
né nai fiance , mais comme une maladie particu- 
lière ; & le terme dont on fe fert pour la défi* 
gner , c'eftdedire qu'il y afoiblejfe aux glandes. 

Ce flux de larmes arrive auffi quelquefois dans 
les fièvres violentes , lorfque la plénitude eft 
grande; & alors il n'eft confidéré que comme un 
fymptôme, cefiant ordinairement quand la fiè- 
vre ceffe. 

Il arrive auffi naturellement, quand dès l'en- 
fance les pores & les canaux des glandes fe trou- 
vent fi ouverts, qu'ils ne peuvent empêcher les 
larmes de couler immodérément; ainii les yeux 
font toujours mouillez &pleurans, & quelque- 
fois ce vice dure toute la vie* Ceux qui y font fu- 
jets, ont ordinairement la tête grofle & large, 
font d'un tempérament flegmatique , & travail- 
lez fou vent de fluxions fur les yeux. Ce flux ha- 
bituel t'a ce que nos Auteurs appellent delacryma- 
lio ou epiphora ; quoique d'autres n'entendent par 
epipbora,que ce flux de larmes chaudes & acres 
<jui accompagne les grandes ophthalmies. Com- 
me ce terme eft équivoque, fe prenant pour 
toute défluxion d'humeurs en quelque partie que 

ce 



DE 1/OeIL. <OQ 

-ce foît, on l'entendra ici comme on voudra; je 
neclifpute p intde*noms. 

Il at rive encore un aurre flux de larmes \ quand 
cette petite chair glanduleufe qui efi au grand 
angle de l'œil , a été coupée, ou confommée par 
quelque ulcère; on appelle cette efpecede flux 
r h)as ou rhœas. 

A l'égard de tous les autres flux de larmes, ex- 
citez par la triftefTe. psr la joie, & par d'autres 
paillons, par un F: oid extrême, par le vent, par 
la fum^e, par les chofes acres, par l'yvrognerie, 
& par d'autres caufes, on ne les compte point 
parmi les vices des glandes; parce que tous ces 
écouîemens ne font que pafTagers , cédant par 
i'abfence des caufes qui les ont produit. 

Lorfque la foibleiïe des glandes eft la caufe 
du flux de larmes, on les fortifie avec les colly- 
res que j'ai propol'é vers la fin du Chapitre de 
l'ophthalmie,fe fervant de ceux qui ont de l'af- 
•triction pour couler dans i'œiî , & de ceux qui for- 
tifient pour tremper les comprefles qu'on appli- 
que défi us. 

On bien on fe fert pour couler dans l'œil, d'un 
fimple collyre que l'on fait avec unfcrupule de vi- 
triol blanc, tondu dans quatre onces d^eau de pluie ou 
de rivière , y ajoutant h on veut , une demi-dragme 
defucre candi. 

Ces mêmes collyres fervent auffi pour U flux 
Je larmes habituel, Se pour l'autre que l'on nomme 
rbyas, pourvu que l'on augmente leur aftridion. 

On ne s'avife guéres de pou lier les remèdes 
■généraux au degré que nos Auteurs les propo- 
sent pour ces flux de larmes, à moins qiïon ne 
voye qu'ils augmentent considérablement, &que 
les larmes en deviennent acres; en ce cas , pour 
prévenir une nouvelle fluxion, on les met en 
ufage fuivant les règles preferites au Chapitre de 
l'ophthalmie, S 



Ato des Maladies 



CHAPITRE IV. 

Des maladies des angles des yeux , Î5 premièrement 

4e Pancbilops ou abcès du grand angle, 

L'fincbilops eft une petite tumeur ou abcès qui fe 
forme entre le grand angle de l'œil 6c !e nez: 
cette tumeur eft ou phlcgmineufe , ou elle eft de la 
nature des athéromes. 

ta phkgmomufe qui eft la plus commune , com- 
mence d'abord par une inflammation du grand 
angle , qui fe communique le plus fouvent à l'œil 
& aux paupières y £c qui eft accompagnée d'une 
couleur piquante, & d'une tenfion au lieu cû 
l'abcès fe doit former: l'inflammation augmen- 
tant ^erfuite, la tumeur le circonferît, & enfin 
î'abcès fe forme afiezpromptement.Sacaufe eft 
fembîable à celle des phlegmons des autres par- 
ties. 

Celle qui eft de la nature des athéromes , & qui 
eft la moins commune, a tes progrès plus lents, 
elle rfeft point précédée par l'inflammation : elle 
commence par un petit tubercule allez dur, qui 
augmente infenfiblement fans douleur, ou au 
moins elle eft fort légère , & fans que la peau qui 
le recouvre foit changée de couleur: la tumeur 
étant plus augmentée , elle devient molle ; & 
quand on l'ouvre, on en voit fortir une humeur 
4Épaiffe& gluante qui en quelque forte reflemble* 
à celle des athéromes , ou àesjlèatomes , ou des mé- 
liceris , & fou vent cette matière fe trouve ren- 
fermée dans un kyfi. 

i otites les tumeurs qui viennent au grand an- 
gle, font fujettes après leur ouverture à dégéné- 
rai &$ J fift*k.ft qui font d'une difficile cure quand 



B E L s OE 1 !.. 4 ï ï 

F os eft carié. De plus les phkgmoneufts s'étendent 
quelquefois fi fort& fiprornptement, qu'elles fe 
font jour d'e'le-même îorfcju'on s'y attend le 
moins ; elles pou .riffent auili quelquefois l'angle 
de l'œil, eofortè qu'on ne peut empêcher l'œil 
d'être éraillé , ou elles forment des finus qui s'é- 
tendent en d'autres parties. Et celles qui tiennent 
des athéromes, s'endurciflent quelquefois, & dé- 
gène rent enfcbirre ou en cancer. 

Pour la cure de l'abcès du grand angle, quand 
il eft phkgmoneux , on employé dans le commen- 
cement, & quand l'inflammation commence à 
paroître, les remèdes tant généraux que parti- 
culiers qui conviennent au commencement de 
l'ophthalmie, afin de diminuer & détourner l'hu- 
meur qui flue, & empêcher l'abcès d'êrre iï grand. 
Et fitôt qu'on s'apperçpit que la tumeur com- 
mence à fe former, on fe fert de remèdes qui 
féfoîvent médiocrement, Se qui en même tems 
amollirent & relâchent la peau , pour détermi- 
ner le pus à fe porter en dehors , comme d'un ca- 
taplafme fait avec les farines rejoint ives , cuites 
dans Poxicrat.fait avides eaux de rofe $5 de plantain , 
Î5 un peu de vinaigre , auquel on ajoute du miel, & 
fur la fin de la décoction un jaune d y œuf$ un peu 
de fajfran en poudre : on étend de ce cataplafme 
fur un linge, & ou l'applique chaudement fur la 
tumeur & les environs, obfervant de ne point 
couvrir L'œil ; & par-deiTus on applique les com- 
prends trempées dans le défenfif fait avecVeau- 
roje t$ le blanc d^œuf. 

Je ne fçaurois approuver la conduite de ceux 
qui fe fervent dans le commencement de remè- 
des qui ont beaucoup d'aftriction , prétendant re- 
pouifer l'humeur, & empêcher fa fuppuration ; 
parce que ces remèdes , quoiqu'ils repouïTent à 
la vérité l'humeur en reilerrant les fibres de la 

Sij 



4-ï * *D E S M A L A M E S 

-peau ^'empêchent pas cependant que l'abcès ne 
fe ; -rbrme, -quand une fois elle a commencé de 
ô'amaffer : au contraire ces remèdes feroient 
plutôt caufe que l'amas fe feroft plus profondé- 
•ment , 6c <jue la matière feroit p!u< en état de ca- 
rier l'os, de s'étendre -dans les en virons, de péné- 
irer dans le fac lacrimal , & de fortir par le canal 
Tïafal ou par le coin de l'œil; ce qu'on doit «tou- 
jours éviter le plus qu'on peut, par la difficulté 
^qu'il y anroit d'y appliquer des remèdes, & o'era- 
■pêcher la fiftute. 

Et -quand cet abcès tient de la nature des athé- 
tomes , on fe fert d un emplâtre de diachylongom- 
■iné , pour l'amollir & conduire à fuppuration , ou 
de quelque autre Semblable ; parce qu'on doit 
toujours avancer la fuppuration de ces fortes de 
tumeurs autant qu'il efr poliible , & qu'il n'y a nul 
Ranger de les échauffer un peu par les remèdes 
«e-raplaftiques, putfque par ce moyen on peut 
procurer la fuppuration de leur &/'/?. 

Il ^y a de deux fortes d'abcès qu'on ne peut 
trop tôt ouvrir pour empêcher lanftule, celui du 
grand angle de l'œil, *$ celui -du fondement. Car 
&GK attend à les ouvrir , que le pusfoit entiére- 
«ne.nt formé, & qu'il commence à émincer le 
cuir \ ou bien fi on attend qu'il fefaife jour de lui- 
*n-ême , iîeft tbès-rare qu'il ne refte fiftule ; parce 
a]\s£ dans celui du fondement qui tft une partie 
gcatfieufe & fort humide, le pus s'étend en de- 
dans /forme plusieurs .//w//, & perce même l'in- 
-tcilin , en/qrte qu'après que l'abcès eil ouvert, il 
eft-difficiîè de le mondïfier & de l'incarner, à 
emifede la perte de lâfubttance qui eit grande , Se 
x\m fait que les parois intérieures ne peuvent 
i," approcher & s'umr , Se à caufe de l'humidité du 
jfafo qui s'oppofe à cette réunion. Et que dans 
'&fc4 ^ a grand-angle , le pus en féjouroant , s'étené 



O E L'OSiL* 4T| 

pareillement , forme des [mus , pénètre Si ukere 
îe faclacrimal, carie les os voi fins, &confom nie' 
cette petite chair g!ar;duleufe iltuée au grand 
angle, & par où il fe fait quelquefois jour de 
lui-même : d'où vient qu'après que l'abcès eft 
ouvert , il eft pareillement difficile de le mondi- 
fier & de l'incarner, à caufe du vuidequi refte, 
& qui ne peut fe remplir de chairs aflez folides 
pour fe ckatrlfer, parce que ce vui e eft conti- 
nuellement abbreuvé d'humiditez, ouàcaufede 
k carie de l'os fur lequel il r,e fepeut faire aucun 
bon fondement , à moins que ce qui eft carié ne 
foitféparé. 

Ainii,fitôt que l'on voit que la tumeur eft cir* 
confcrite , & que le pus commence à fe former , 
il faut l'ouvrir, fans a' tendre que le pus foit en- 
tièrement fait; parce qu'alors n'y ayant encore 
aucun vuide feniibîe, les fibres entre Iefquelles- 
l'humeur étoit épanchée, & qui font prefque 
entières, s'en trouvant débaraflees,- elles fe ref- 
ferrent & s'unifient aifément, atiffi-bien que \s 
plaie que l'on a faite, à mefure que ce qui refte 
de cette humeur s'écoule par une douce & loua- 
ble fuppuration. 

Mai-* parce qu'en faifant l'ouverture de bonne- 
heure, il ne fort de la tumeur qu'un fang un peu 
purulent, quelques Chirurgiens craignent de re- 
cevoir du blâme des malade* ou de ceux qui les 
approchent , particulièrement fi ce font des per- 
fonnesdediftin&ion, & que cela faffetortà leur 
réputation; il eft bon de prévenir auparavant ces 
perfonnes, & leur remontrer les raifons que l'on 
a d'agir ainfi: elles font toujours aflez raifonna- 
bles pour juger qu'on ne le fait que pour leur 
avantage. 

On fait l'ouverture fur la tumeur, s'eloir^nant 
le- plus qu'on peut de l'angle de l'œil. On la fait à 

Siij 



4ï4 , Des Maladies 

peu près de la grandeur de celle d'une faîjgnée,& 
un peu plus, fuivant l'étendue de l'abcès. On fe 
fe iert d'une lancette que l'on enfonce jufqu au 
centre de la tumeur, on laifîe écouler le fang& 
ie pus, ôc enfuite on met dans l'ouverture une 
petite mèche de charpie , & par-deîTus un emplâtre 
a ipalme dtffout dans l'huile rofat , on couvre e n- 
fivi tout i'cdl d'une comprefle féche , s'il n'y a plus 
d'inflammation ; & s'il y en a encore , on la 
trempe dans les eaux de rcje %$ de plantain, dans 
lesquelles on a fait fondre un peu de Jel de fa» 
turne. 

Dans le fécond panfement, on fe fert du di- 
gefhf fait avec diUX parties de fuppuratif, une par- 
tie de tenbenihine , une demi- partie des poudres de 
myrrhe $5 d'aloësjtk quand l'ulcère eft en bonne 
fuppuration , on fe fert du rnondificatifd^ache, ou 
autre femblable, diminuant tous les jours la mè- 
che de plus en plus; & enfin on cicatnfe î'uîcere 
à la manière des autres. Par cette conduite il eft 
très- rare que l'abcès du grand angle dégénère 
en fittule. 

Si on a été appelle à tard, & que l'abcès foit 
déjà formé, on l'ouvre dans l'état qu'il efl: , fai- 
fant l'ouverture un peu plus grande, afin d'y in- 
troduire plus aifément les remèdes pour le mon- 
dirler ;ou fi l'ouverture s'eft faite d'elle-même , on 
fe contente de la dilater autant qu'il le faut, pro- 
cédant au relie comme deiius pour le premier 
appareil. 

Au fécond panfement, on examine fil'os n*eft 
point découvert ;& s'ill'eft, on agit comme je le 
dirai dans le Chapitre fuivant, en parlant de la 
cure de la fiftule. S'il ne l'eft pas , on mondifie & 
defïeche l'ulcère avec une lotion faite avec Par i- 
fioïoche , la myrrhe , PaJoé's , V encens, G? îejucre, qu'on 
fait infufer dans le vin , procédant au refte corn- 



SE i/OeîX. 4M 

me defTus, Et notez qu'il vaut mie axen cette ren- 
contre ne point le fervir de remèdes or.&ueux, 
de crainte d'augmenter la fuppuration quir/tft 
d'ordinaire que trop grande, à moins que ces re- 
mèdes ne foient fort mondifians & deiTechans , en 
ceca- jenelesdefaprouve point. 

Enfin fi l'abcès eft de la nature àes athéromer , 
après être ouvert & panfé comme defTus, au fé- 
cond panfement on le fonde pour voir fi l'os 
n'eft point découvert , & y remédier comme dans 
le Chapitre fuivant , Se s'il ne l'eft pis, comme ces 
fortes d'abcès ont ordinairement un kyfi, on tra- 
vaille à le confommer,& faire tomber en fuppu- 
ration avec un peu de poudre de mercure. rci<g;; 
précipité c^'on mêle dans dufnppurat!j,ou un peu 
de poudre de trochifques de minto , ou un peu d y œ- 
gyptiac , de l'un ou l'autre defquels on fe fert de 
fois à autre Jufqu'à ce qu'on voyepar la chute 
ou fuppuration des efcarres,que le kyfi io\t en- 
tièrement confommé, achevant la cure comme 
jei'aiditcj-deilus. 



CHAPITRE V. 

i. De Vxgiîops oh fi finie lacrimale, 

L'Abcêr du grand angle efl fi fnjet à dégénérer 
en//?«/^,"que iitôt qu'il ett ouvert, la plu- 
part des Chirurgiens qualifient par avance l'ulcère 
qui reite du nom de fifiule , quoique véritable- 
ment ce n'en foit pas une, puifque fouvent il ne 
pénétre pas dans \? fac lacrimal , que l'os ne fe 
trouve pa« toujours découvert ou carié, Se que 
l'ulceie n'eft pas encore cal'eux. Et quand même 
il pénétreroit dans le fac lacrimal, & que l'os fe- 
roit découverte^ carié, ce ne feroit pas encore 

Siiij 



4i6 Des Maladies 

proprement une fiftule ; puifque ce qui ebnftitua 
la fKlule,eiï la cal'ciitédes bords & de îa îupei- 
ficie intérieure ce l'ulcère , & fa fnucfité. 

L'agi lofs eu fjiule Jacrimaïe eit donc propre- 
ment un petit ulcère calleux, profond, & quel- 
quefois finueux, fitué au grand angle de l'œil, 
duquel il découle continuellement ou de terne en 
tems une humidité purulente ou gî.aireufe. Et im- 
proprement vile fe prend pour tout ulcère inté- 
rieur du grâ&d angle, qui a quelque ïfTue par où 
l'humeur qui s'amafle dans le vuide , s'écoule, 
quoiqu'il foit récent &: fans callof-ité. 

L^Jiftules lacrimales , les unes font apparentes , 
& ce font celles qui font ouvertes par dehors ;& 
les autres font cachée r , qui font celles qui s'ou- 
vrent du côté de l'œil, à l'endroit de cette petite 
chair glanduleufe (îtuée au grand angle, ou qui 
ont leur iiîue parle canal nafal. 

Les premières font ordinairement caufées par 
ces petites tumeurs phhgmoneujes qui pouffent en 
dehors, & moins fouvent par ces autres tumeurs 
de la nature des athe'romes , foit qu'on ait ouvert 
ces différentes tumeurs, ou que d'elles-mêmes 
elles fe foient fait jour. Et \QsJhcondex font le plus 
ibuvent caufées parla matière même des larmes, 
qui s'amafle dans le fac lacrimal , à caufe de quel- 
que obftru&ion de fes conduits, & qui par fon 
lejour s'échauffe & s'aigrit, excorie ou ulcère lé- 
gèrement la fuperfkie intérieure de ce fac, & 
forme une petite éminence ou tumeur de la grof- 
feur d'un pois ou plus, qui étant prefiée fe vuide 
o du côté de l'ail ou par le canal nafal , quand 
l'humeur contenue eft allez fluide pour pouvoir 
palier par ces- conduits, ou que ces conduits 
font aflez ouverts pour la laifler écouler, fi elle 
eft plus épaifle. 

Dans les premier r , quand elles font caufées par 



D E L'OE IL. 417 

une humeur chaude qui en s'aig. ifTant aifémenr, 
pourrit & confomme les chairs ou autres parties 
vôifines qui en cet endroit ont bien peu d'épaif- 
feur, l'os fe trouve fouvent découvert 6c carié, 
& cette carie g 'os eft la caufe qu'elles dégénèrent 
plus promptement en vraies riituîes ; parce que ie 
lue nourricier qui s'échappe de l*os, en «'altérant 
contracte une certaine acidité maligne , qui 
loifqu'clle eft grande endurcit & rend caîleufes 
les chairs de l'ulcère, & lorfqu'el'e efi moins 
grande, les rend rongueufes, & cela, en fixant 
trop promptement le fuc nourricier des parties 
molles. Et quand elles font caufées par une hu- 
meur grofhere & froide dont les progiès font 
lents, eiles font fujettes à être calieules; mais 
rarement elles pénètrent jufques à l'os, à moins 
que cette humeur en féjourrant ti ès-long-rems , 
ne s'échauffe & s'altère par le mélange de quel- 
qu'autre lue ou levain impur: ce qui n'arrive 
guéres fans une nouvelle fluxion. 

On aceufe ordinairement Vos unguis d'être ca- 
rié dans les fiflules lacrimales, ce qui n'eft pas 
toujours vrai : il l'eft quelquefois, je l'avoue; 
mais fouvent c'eft la partie fupériture Je Vos 
principal delà mâchoire qui fe joint à Vos coronaî y 
& par fon côté au côté antérieur de l'os unguis , 
avec lequel il forme ce/mus ou longue cavité 
qui contient le fac lacrimaï, & à la partie infé- 
rieure de laquelle eft le trou qui pénètre dans îe 
nez. Il eft fort aifé de s'en éclaircir en fondant les 
fiftules; car félon que la fonde entre avant, on 
juge fi c'eft Vos unguis fur lequel elle s'arrête, on 
fi c'eft l'os de la mâchoire : d'ailleurs en frappant 
avec le bout de la fonde Vos unguis , on ne trouve 
pas la même refiftance & le même rapport de 
fon, comme en touchant l'os de la mâchoire; 
parce que l'os unguis eft très-mince, & qu'il n'a 

Sv 



4i3 Des Maladies 

pas la même folidité de l'os de la mâchoire. 

Le propre des fiPmles, c'eft de fluer pendant un 
tems,& de fécher en d'autre, ou au moins de 
jetter peu d'humiditez, & de recommencer en- 
fuite à fluer. La même chofe arrive à quelques 
fftules lacrimales ; car il y en a qui font un tems 
fans fluer, puis elles fe Couvrent & fluent abon- 
damment, & il y en a aufli d'autres qui fluent 
p rpétuellement. Quand elles cefient découler, 
cela vient ou de ce qu'il n'afflue point d'humeurs 
excrémenteufes dans l'ulcère fifluleux, comme 
lorfqu'on les a épuifées, détournées par les pur- 
gatifs; ou que la nature elle-même lenr a fait 
reprendre le chemin de leurs émonctoires ordi- 
naire ; ou de ce que par une légère inflammation 
les parois de la fiituiefe trouvent étranglées t en- 
forte que l'humeur ne peut palier au-travers, 
comme on le voit arriver aux plaies ou aux ul- 
cères qui s'enflamment ; ou enfin de ce que leurs 
ifiues fe trouvent bouchées de quelques chairs 
fongueufes ou calleufes. Mais lorfque les hu- 
meurs excrémenteufes abordent dans la maffe 
du fangpar le défaut de leur fécrétion,ou que les 
parois intérieures de la fiftu le fe relâchent , quand 
l'inflammation celle, ou que les chairs fongueu- 
fes ou calleufes fe fondent , ou pouriflent par l'e- 
xaltation du levain de la fiftule , quoiqu'en pente 
quantité, alors les fiflules recommencent à fluer 
comme e'ies faifoient auparavant, & quelque- 
fois mêmedavantage 

Les fiftules lacnmales qui fuivent de grands 
abcès > ou qui arrivent à des fujets mal-habituez 
& enclins à de grandes fluxions, font fujettes à 
avoir plufleursj?»»/ & p'ufieursifiues, à de gran- 
des caries, & à de grands écoulement de mateie 
purulente. 

Cel'esqui font ouvertes en dehors , & dont le 



DE I'CeîT. 4x9 

fond a peu ^'étendue, qui fent îécertes^fansca!- 
lofvtez & fans carie d'os, font les plus ailées à 
gaérir. Au contraire, quand elles font vieilles, 
profondes & calieufes, 6c qu'il y a carie, elles 
font très-difficiles à guérir. 

Les cachées, foit qu'elles ayent leur îfliïe du 
côté de Vceil ou du côté du nez, lorsqu'elles fe 
vuidentaifément, quand avecie doigt on prefTe 
le coin de l'œil, que l'humeur qui en coule tft 
claire de gîaireufe, que la tumeur qui paroiten 
dehors quand la fiiiule eft pleine, tit trè»-petïte, 
& qu'il n'y a ni douleur au coin de l'œil , ni in- 
flammation, peuvent le deliécher& guérir d'el- 
les-mêmes, parce que l'ulcération du fac lacri- 
mal n'eft eue légère & iuperrkitlle,& au con- 
tra're quand l'humeur eft purulente oc qu'elle fort 
en quantité , il eft rare q D'elfes guéi FfleDt à moins 
qu'on ne leur donne une iflue par dehors, & qu'on 
ne les mondifie & deifeche, à caufeque l'ulcé- 
ration du fac lacrimal eft alors plus confidérable. 

Enfin foit qu'elles foient cachées ou apparen- 
tes , quand l'humeur qui en découle , eft fanieufe , 
acre, noirâtre , & Cure mauvaife odeur (indices 
foovent de la carie de l'os) elles ne guéri ffent 
point qu'on ne les ouvre ou dilate, qu'on ne les 
mondifie & defTéche, qu'on ne corrige la carie 
de l'os ou par les remèdes ou par le feu, & que 
l'os carié ne foit en fuite féparédu fa in par la na- 
ture. Mais quand les nftules deviennent li mali- 
gnes qu'elles tiennent de la nature du cancer, ce 
qui eft rare, elles ne peuvent fe guérir ni par es 
remèdes, ni parl'opérstion. 

Pour la cure des fiftults lacrimales , on doit d'a- 
bord prévenir la fluxion qui pounoit furvenir 
pendant le traitement, parlafaignée, s'il y a p é- 
1 itude, de par les autres remèdes propofez dans 
le Chapitre de l'Opbthalmie , pour d'mioaer & 

S v j 



4*o Des Maladies 

détourner ailleurs ies humeurs qui peuvent fluer } 
&s*il y a intempérie cacochymique, parles pur- 
gatifs que Ton diverfifie fuivantla nature de l'hu- 
meur dominante : cela s'entend , fi îa fiftule eft 
coniïdérable , & que pour la guérir on fe pro- 
pofe de pafTer aux derniers remèdes ; parce que 
ii elle eft de peu de conséquence , & qu'il ne Toit 
néceflaire de fe fervk que des remèdes les plus 
doux, on peut obmettre les remèdes généraux 
fans crainte d'aucun accident. 

Enfuite fi la fiftule eft ouverte par dehors , que 
fonfordfoit un peu large, qu elle foit fans callo- 
fïtez, & que l'humeur qui en découle foit claire 
& vifqueufe,ou qu'étant purulente, elle foit 
blanche & unie: on la mondirie Se defieche avec 
ïa lotion ci-devant propofée , faite avec Parijlo- 
Joche , îa myrrhe y Valves , V encens 15 le fucre infufez 
dans le vin, dans laquelle on trempe une petite 
mèche qu'on introduit dans la fiftule pour la rem- 
plir , après y avoir feringué un peu de ladite lo- 
tion , Ôc par-deflus on y met un petit emplâtre 
3e d i ap al me diffo ut comme defius, ou autre fem- 
blabîe. Et en cas que l'entrée fût trop étroite, 
en la dilateroit auparavant avec un peu à'épenge 

f réparée, ou de la racine de gentiane féche, ou avec la 
ancette , fuivant qu'on le jugeroit plus à propos. 
On diffout quelquefois dans ia lotion fufdite un 
peu de camphre 15 de vitriol blanc, quand les humi- 
ditez font abondantes , & que les chairs ont peu 
de folidité. A mefbre que la filiale fe mondifie <Sc 
deffeche > & que les chairs nouvelles & bonnes 
pouffent , on diminue la mèche en fa longueur ; 
jufqu'à ce que la fiftule foit prefque remplie de 
chairs, après quoi on fe contente d'un petit p'u- 
maceauf^c& de l'emplâtre : & fi alors les chairs 
pouffent trop > on fe ferviroit d'un peu de poudre 
4'alum brûlé pour les confommer & deifecher. 



ce l'Oeil, ^i* 

On peut aufli Te fervir au lieu de la précédente 
lotion du baume verd de Metz , de V onguent mondifi* 
çatifd'ache , dans lequel on doit difloudre un peu 
de verdet pour le rendre plus déterfif , ou y mêler 
de l'onguent det A foires , ou même fe fervir d'au- 
tres baumes ou onguens à peu pièsfemblables, 
pourvu qu'ils foientaffez chargez de verdet, pour 
empêcher qu'il ne s'engendre des chairs fon- 
gueufes ; mais les lotions font toujours à préfé- 
rer aux remèdes on&ueux. 

Si l'ouverture de la fiftule eft étroite & cal- 
leufe, on la dilate en consommant la callofité 
avec un petit trocbifque pointu de minio qu'on intro- 
duit dedans ; & l'efcarre étant tombé , s'il refte 
encore de la callofité au fond de la fiitule, on y 
porte un peu de ce trochtfque en poudre, ou bien on 
le fort du mercure rouge précipité feul , ou mêlé 
avec les parties égales a'alum brûlé, ou d'autres 
femblabîes remèdes cathérétiques ; & après que 
la cslioiité e(t confommée, on mondifie & def- 
feche l'ulcère comme defîus. 

Et comme ces remèdes, pendant leur aéfcion 
caufentde la douleur qui peut être fui vie de l'in- 
flammation , il en faut défendre l'œil & les pau- 
pières par l'application fréquente des comprefies 
trempées dans un collyre rafraichiilant. 

Si î'oseft carié, on dilate la fiftule jufquesdans 
fon fond , fi elle ne l'eft pas aPfez , ou avec le 
trochifque de minio , quand il y a cailoiité , ou s'il 
n'y en a point , av ecl 'éponge préparée , ou la racine 
de gentiane , ou par une petite incifion faite avec 
la lancette , particulièrement quand la peau eft 
peu ouverte. Et quand la dilatation eft allez 
grande , on examine l'os peur reconnoitre de 
quelle efpece de carie il eft affedé : car li elle eft 
fimple & peu humide ( comme il arrive aux os 
découverts par quelque caufe extérieure 3 ou 



4** Des Maladies 

par un pus peu malin , & qui font touchez de 
l'air ) on peut le deflécher, & en avancer l'exfo- 
liation pair les remèdes. On fe fert à cet effet de 
Vefprit de vitriol ou de celui de fouffre , dans l'un 
ou l'autre deiquelson trempe un petit globule de 
charpie ou de cotton que l'on introduit au fond 
de la flftule immédiatement fur l'os, rempli flànt 
le refte de lariftulede charpie fiche pour l'entre- 
tenir ouverte; 6c ayant continué cette applica- 
tion pendant t , $ , ou 4 panfemens, on en ce fie 
î'ufage , pour ne plus fe fervir que de V huile de 
gayac , ou de la teinture de myrrhe , d'aloës tirée 
avec Vefprit de vin , ou de i"ejprit de vin camphré , 
jufqu'à ce que l'os foit exfolie ; enfui te on mondi- 
fie, delfeche,& cicatrife î'uleere comme je .'ai 
dit 

Ce qu'on appelle exfoliation eft îaféparationde 
la ftiperficie altérée de Tes , qui eft plus où-moins 
épaJife , félon eue l'altération de l'os eft p ! us ou 
moins profonde. Quand cette exfoliation eft 
tres-fuperficielle, fouvent on ne s'en apperçoit 
par la fortie d'aucune pièce feniible de i'cs , mais 
on reconnoit qu'elle fe fait , ou qu'elle eft faite 
par des chairs rouges & loîides qui grainent im- 
médiatement fur l'os ; ck cette exfoliaticn fi fu- 
perficielle qu'elle foit, ne fe fait point en l'os 
ukguiti par e que cet os eft très- mince; ma ; sla 
partie altérée de cet os fe fépare entièrement ; 
d'où vie? t qu'il refte percé. & que les humiditez 
qui entrent t. ans la partie du faclacrimaî qui refte 
entière , s'écoulent pour l'ordinaire par le nez , 
fans que les malades en reçoivent grande incom- 
modité. 

Quand la carie eft fort humide, ou que l'os dé- 
couvert fe ti ouve éxeftofé v c'eft-à-dire , qu'il eft 
recouvert d'une croûte oiTeufc foit tendre , qui 
n'eit auere ehofe que le Le nourricier de l'os qui 



de l'Oeil, 4 z 5 

s échappe , & fe condenfe fur fa fuperficie , les 
remèdes ordinaires ne peuvent détruire cette ca- 
rie humide non plus que l'éxoftofe, & la rugine 
ne s'y peut porter pour l'emporter, à caufe du 
peu d'étendue du lieu & du voihnage de l'œil ; 
ainfi il eft nécefîaire d'y employer le dernier re- 
mède qui eft le feu , comme aufri dans cette autre 
efpece de carie humide accompagnée de vermou- 
Jure, qui eft la plus mauvaife de toutes les caries, 
étant ordinairement caufée par un pus acide & 
malin qui s'engendre dans l'ulcère, qui pénètre 
l'os , altère fon fuc nourricier , & le rend li malin 
& deftru&if, qu'il ronge & corrode non- feule- 
ment l'os dont il fort, mais auili corrompt les 
chairs & les autres parties voifines qu'il touche. 
Et la raifon pour laquelle on fe fert du feu dans 
ces efpeces de caries , c'eft pour , en brûlant l'os , 
le defTécher promptement en fa partie faine, & 
confommer en même temsce virus malin qui ré- 
fid * dans l'os carié ; & comme l'os ainfi brûlé & 
defTéché , eft rendu plus folice qu'il n'ctoit , le 
pus ou la fanie qui s'engendre dans l'ulcère des 
chairs, ne le peut plus pénétrer : aii.fi dans la 
fuite rien n'empêche plus que cet os deiiéché 
foit féparé de fa partie faine , à me fuie que le 
fuc nourricier qù s'amaffe au-deflous, & qui 
donne naiiiance à une efpece de chair qui a fes 
fondemens dan^fes pores mêmes de l'os fain , le 
pou (Te dehors. 

Pour faire mûrement cette opération , après 
avoir préparé le malade par les remèdes géné- 
raux , s'il en eft néceflaire , & fuffifamment dilaté 
la fiftu'e, comme je l'ai dit ci-deiius, on le fitue 
commodément, ou fur fon lit , la tête bien ap- 
puyée fur l'oreiller, ou fur une cbaife à haut dof- 
iier & un peu renverfé, fur lequel on appuie aulli 
la tête que l'on fait tenir reimement par un fei vi- 



4*4 Des Maladies 

teur, obfervant qu'elle foiten telle fituation, que 
l'appui le faffe fur l'oreille , & la tempe oppofSI 
à l'œil malade ; & ayant couvert l'œil Tain d'une : 
comprefie affermie par un bandeau , pour ôter au 
malade l'appréhenfion du feu , & appliqué fur 
l'œil malade une autre comprefle imbue dequel- 
cju'eau rafraîchi fiante , ne laifTant que l'endroit 
de la ridule de découvert : on introduit dans la 
Jfiftule & jafqu'à l'os une cannule de fer ou d'ar- 
gent , faite en manière de la douille d'un petit en* 
tonnoir , &*jui autour de fa partie fupérieure a 
un bord applati & large d'environ le travers d'un' 
doigt, avec un petit manche pour la tenir : on 
pouffe ail-travers- de cette cannule une ou deux 
raufles mèches de linge pour épuifer le fang ou 
les humiditez qui peuvent être écoulées fur l'os, 
afin qu'elles n'é mou fient point l'a&ion du feu , & 
qu'étant échauffées , elles ne brûlent point les 
chairs voifines , ce qui pourroit exciter une 
grande inflammation à l'œil ; & en retirant la 
faufîe mèche , on plonge en même tems par la 
cannule un petit cautère bien rouge qu'on ap- 
puie à plat fur l'os ; & fon action étant pafiée, on 
le retire, & on ôte auiiï la cannule que l'on trempe 
dans de l'eau pour la refroidir : l'ayant efiuyée 
prompte ment , on l'introduit de rechef dans la 
filiale, & on plonge dedans un fécond cautère , 
comme deiTus;ce qu'on réïtera|ja. ou 3 fois, fui- 
vant la grandeur de la carie. Et l'os écant ainfi bien 
eautérilé & défiée hé , on. remplit la fiftule de 
charpie féche que l'on couvre d'un petit linge fur 
lequel on a étendu un cérat rafrahhijfant , & par- 
defius on met une comprefle en plufieurs doubles , 
fi petite & étroite , qu'elle puifie tenir entre le 
nezek l'œil , & fur le tout une autre affez -grande 
pour couvrir l'œil "& les parties voifines , les 
ayant auparavant trempées dans un défenfif ordi- 



J5 E L'OHÏL» 42. £ 

paire, contenant enfin tout l'appareil avec un 

bandage convenable. 

Il faut obferver que lorfque c'eft l'os ttugui/qui 
eit carié , on le perce ordinairement en le biû^ 
lant y à csufe de Ton peu d'épaifieur,: comme je 
l'ai dit ; ainlî la fiftule le trouve alors ouverte du 
côté du nez : d'où vient que l'on dit qu\n feifanï 
cette opération l'on convertit la fiilcîe intérieure 
en une extérieure ; mais cette fftule intérieure 
n'apporte point d'incommodité fenfible ; parce 
que le tour de l'osfe couvre d'une chair fubtile 
qui fe cicatrife d'un côté avec la membiane qui 
forme le faciacrimaiquirefte entière, & del'au^ 
tre avec la membrane gianduleufe qui revêt la 
partie intérieure du nez:& que tout ce qui peut 
s'écouler par ce nouveau trou , ne font que les hu-r 
miditez qui entrent dans le faclacrimaî , qui pour 
être naturelles , ne caufent aucune mauvaiie 
odeur. 

Il faut encore remarquer que dans cette ren- 
contre'il relie fouvent z trous qui du fac lacrimal 
fe communiquent dans le nez -.celui dont je viens 
de parler, qui di accidentel ,& le trou lacrimal 
qui efl naturel. Car il ne faut pas penfer que par 
opération on r.efafiequ'aggrandirletrou lacri- 
mal , cela ne fe peut ; parce que ce trou eft à la 
partie la plus inférieure de qz/îmis , f, rmé par l'os 
anguify 3c l'os principal de la mâchoire, & oîï on 
ne peut porter la canule. Ce qui arrive feulement, 
c' 




ou 

d< 

fuite, ou par la ftippuration des chairs fongueufes 
excitée & par l'opération & par les remedes dont 
on fe fert enfuite, ou parla réduction de la mem- 
brane épaiftie en fon état naturel, à caufe de îa- 
ceflatien de l'inflammation & du deflécheiaenc 



4i6 Des Maladies 

qui fuit l'écoulement libre des matières qui s'&- 

mafibient auparavant dans la fiftuîe. 

Et lori que c'eft ia partie fupérieure de l'os prin- 
cipal de la mâchoire qui eft cariée, le cautère ne 
le perce point, parœquecetosaatTezd'épaifTeur 
pour réihîer à l'a&ion du feu , ainfi il s'exfolie de 
même que les autres os;& après l'exfoîiation la 
flftule fe deffeche & cicatrife plus proroptemcnt, 
que lorfque c'eft l'os ungnis , parce qu'elle n'eft 
pas fi profonde , & que pour l'ordinaire elle n'in- 
téreffe pas fi fort le fac lacrimal. 

Dans le fécond panfement & dans lesfaivans, 
on applique fur l'os une petite mèche trempée 
dans Pefprit.de vin ordinaire ou camphré , ou chargé 
de la teinture^? myrrhe ou d'aloèx; on peut même 
toucher l'os avec V huile de gayac, ou fefervir des 
foudres cephaliques * pour toujours le defTécher 
davantage, & en avancer l'exfoliation, après la- 
quelle on incarne l'ulcère, on le deffeche & cica- 
trife comme je l'ai dit ci-deflus. 

A l'égard des fiftules cachées , foit qu'elles fe 
vuident par le coin de l'œil , ou par le dedans du 
nez, fi l'humeur qui en découle eft purul nte & 
abondante, ce qui dénote l'ulcération du fac la- 
crimal, il eft plus utile, pour en tarir lafourccf 
de lesouvrir par dehors 1 & quand eile eft fanieufe, 
âcre& noirâtre, outre l'ulcération du fac lacri- 
mal , il y a tout lieu d'appréhender la carie de l'os, 
& on ne peut abfolument fe difpenfer de les ou- 
vrir. L'ouverture des unes & des autres fe fait 
avec la lancette, comme je l'ai dit en parlant des 

Nota. * Les meilleures & les principales forr les poudres 
d\ilocs , de myrrhe , d" 1 encens , de maftich , defabine , de centaurée , 
dHris i d'ariftohehe 3 dc gentiane , feules , ou quelq-.;es-unes mê- 
lées enfemble : on les appelle céphaUqtics ou categmati ques , 
parce qu'on s'en e{l d'abord fervi aux fractures des qs de la tète » 
pour aider a féparer les os cariez fupeificîelleïnenç. 



DE L'OEIÎ.. 417 

abcès de cette partie ; & non point avec le cauiers 
\ potentiel y comme quelques Auteurs le propofent, 
tant à caufe du voifinagede l'oeil que le cautère, 
en s'étendant, pourroit ofFenfer , puifqu'on n'eft 
point maître de fon action ,qu'à caufe de la dif- 
formité qu'une plus grande cicatrice qui fuivroit 
l'application du cautère , cauferoit. L'ouverture 
étant faite , fi l'os ne fe trouve point .carié , on 
traite la fiftule comme je l'ai dit ci-defTus; mais 
s , ileftcarié,onledeiléche,& on en procure l ; ex- 
foliation par les remèdes ci-deflus propofez , 
quand cette carie eft fimple , ou par le feu , quand 
l'os eft éxoftofé ou vermoulu , en obfervant au 
reftece que j'ai dit à i'occafion du traitement de 
ces fortes de caries. 

Mais fi l'humeur qui découle d'une fiftule ca- 
chée, eft claire & glaireufe,fi la tumeur qu'elle 
ferme en dehors eft petite , & s'il n'y a ni douleur, 
ni inflammation , comme je l'ai dija dit, elle fe 
guérit le plus fouvent fans remèdes & fans opé- 
ration, pourvu que les malades ayent le foin de 
fe prefïer avec le doigt le coin de l'ceil pour faire 
couler certe humeur, & empêcher que par fon 
féjour elle ne s'aigrifTe, & ulcère le fac lacrimaî 
dans lequel elle s'amaffe: car cette humeur n'eft 
autre chofe que l'humeur excrémenteufe & natu- 
relle qui fe filtre dans ce fac , & qui devient glai- 
reufe , ou à caufe qu'elle s'y mêle avec le fuc nour- 
ricier de cette partie qui a été relâchée par l'in- 
flammation précédente , ou a caufe d'une fimple 
obftruction du trou natal , qui empêchant l'écou- 
lement de cette humeur par le nez, fait qu'elle 
s'échauffe par fon féjour , qu'elle s'aigrit, & qu'el- 
le altère la température de ce fac, De-là vient 
qu'après des abcès des angles des yeux, non- feu- 
lement de la nature des phlegmon^ mais auiii de 
celle des atke'romes , qui ne pénètrent point dans îe 



£ 



.18 Des Maladies 

fac lacrimal, comme on le connoît après leur 
ouverture, & qui guériflent fort prompte m enr^ 
& auffï après des inflammations des angles des 1 
yeux guéries fans fqppuration, il refte quelque- 
fois aux malades de ces fortes d'écoulemensde 
matières claires & glaireufes pendant plusieurs 
mois, Se quelquefois des années entières , & qui 
enfin fe deflechent& fefuppriment entièrement. 
Cette dernière efpece de fiftule qui eft une des 
plus communes, quand elle dure long-tems, & 
qu'on- n'a pas le tems d'en exprimer l'humeur à 
mefure qu'elle s'amafle, dégénère fouvent dans 
dans la précédente; parce que cette humeur fe 
corrompant par un trop-long. féjour,. acquiert un 
plus haut degré d arrêté, devient purulente, ul- 
cère un peu plus profondément le fac lacrimal, 
&le rend un peu calleux. Cependant il n'eft pas 
toujours néceiTaire d'en venir à l'opération pour- 
la guérir, à moins que l'humeur, comme je l'ai 
dit ci- défais, ne foit abondante, ou qu'on doute 
que l'os foit carié, l'expérience faifant connoitre 
qu'elle fe guérit fouvent auffi d'elle-même dans 
la fuite du tems; & même il arrive qu'après une 
nouvelle fluxion elle fe defleche, & guérit 
promptement, parce qu'il s'y tait a'orsune nou- 
velle fuppuration qui détruit la callofité, & qui 
defobftrue le trou nafaî. Quoique cette fiftule fe 
puifîe guérir d'el : e-même, il eft cependant p!us 
fur d'avancer la guérifon par l'ouvertuie& par- 
les remèdes propres à la mondifier & deflecher. 

En finiflaiit ce chapitre, je me crois obligé d'a- 
vertir qu'après l'opération des tutu es où l'os 
s'eft trouvé carié, fjit qu'on en ait procuré l'éx* 
foliation par les remèdes ou par le cautère a&ue], 
& même après le traitement des autres fiftules ,. 
quoique l'ouverture extérieure foit bien cica* 
trifée, il refte fouvent un écoulement d'bumidi* 



D E L'OEI L. 3,9 

tez par le coin de l'œil, & quelquefois par le 
nez, qui fubfifte p!us ou moins, félon que les 
malades font d'un tempérament plus ou moins 
humide, & fujets aux fluxions, & qui fedeflecke 
enfin. Ccit pourquoi il eit bon d'en prévenir les 
malades avant niéme l'opération, afin de leur 
©ter le chagrin qu' m tel reilc: de maladie leur 
pourroit caufer, fi un tel écoulement rcftoit , & 
les empêcher de fe plaindre ce leur Chirurgien. 

Je dirai c\ cor e qu'un voit -quelquefois des fi- 
nales de toutes efpeces , même ou il y a carie, fe 
guitir fans remtde&fans opération, quand les 
fujets font o'un bon tempérament; les exfolia- 
tions fe faifant naturellement, 6ç les calîofitez 
fe détruifant par de nouvelles fi axions. & fuppu- 
ratiors. Je pour-rois en rapporter plufieurs exem- 
ples , mais je me contenterai de ces deux. 

Un payfan affez jeune & robufte , travaille en 
même tems de î.\qux abc es fort confidérables aux 
grands angles des yeux , me vint trouver il y a 
quelques années pour le* lui ouvrir, la matière 
étant déjà prête à percer la peau rétant ouverts, 
non- feulement la partie fupérieure àï$ os prin- 
cipaux de la mâchoire, mais auflïles o&unguh fe 
trouvèrent découverts & cariez ; voyant ce def- 
erdre, je lui confeilîai de fouffrir l'application 
du feu, à quoi il ne voulut çonientir , quoique je 
lui filfe connoitre l'incommodité qu'il recevroit 
des fiftules qui refteroient. Il fe contenta de me 
demander des remèdes pour le panfer lui-même, 
& s'en retourna. Quelque tems après, les ou- 
vertures fe refi errèrent, & fe convertirent en fi- 
liales caîleufesj jettàntdù pus Se beaucoup de fa- 
nie noirâtre, ce qui continua pendant trois ans; 
& quelques efquilles étant forties, ces fiftules fe 
cïcatnferent au dehors, mais il refta des fiftules 
Antérieures ou cachées,. dont les huniidityzpu*- 



43© Des Maladies 

rulentes fe vuidoient du côté de l'oeil , qui fubfi- 
fterent encore plus d'un an , puis fedeflécherent, 
& le malade fe trouva entièrement guéri , fans 
que depuis il en ait refîenti aucune incommodité. 
Une Dame d'un tempérament affc cacochyme 
& délicat, fu jette à des fluxions furies yeux , fut 
travaillée il y a environ trois ans d'un abcès au 
grand angle de l'œil, qui dégénéra en fiftule ca- 
chée. Elle confjlta plufieurs Médecins & Chirur- 
giens qui lui confeillerent l'opération , à laquelle 
ne pouvant fe réfoudre , elle fortit de Paris ou elle 
étoit, pour venir prendre l'air en une de fes ter- 
res , ou étant , elle voulut avoir mon avis (ur ce 
qu'elle devoit faire. Voyant que la tumeur qui fe 
formoit quand la fiftule étoit pleine, étoit fort 
petite, qu'elle fe vuidoit aifément du côté de 
Vœil, quand elle la prefîbitdu bout du doigt, que 
la matière qui en fortoit à fon reveilétoit a fiez 
louable, & que celle qui fortoit pendant la jour- 
née, étoit claire, glaireufe,& peu purulente, 
n'y ayant au relie ni inflammation, ni douleur: 
je lui dis qu'en foufFrant l'opération, comme on 
lui avoit confeillé, elle gueriroit plus prompte- 
ment & plus fûrement ; mais que puisqu'elle ne 
pouvoit fe réfoudre à ce remède douloureux, 
elle devoit au moins ne point s'affliger, ii un jour 
il furver.oit une nouvelle fluxion, ou une fup- 
prelfion entière des matières qui avoient accou- 
tumé de couler , & que l'abcès qui feformeroit, 
pourrait prendre fon cours par le nez , & qu'en- 
faite elle gueriroit : ce qui effectivement lui ar- 
riva È'hyver faivant, étant de retour à Paris, & 
elle guérit comme je lui avois prédit. Elle m'en 
donna auifitôt avis ; & ce mois de Juillet 1 70 t , 
tems auquel j'écris ce Traité , cette Dame étant 
en Champagne , je l'ai vue, & ai reconnu moi- 
inéiiie la vérité de cette guériforu 



de l'Oeil. 4 3 



CHAPITRE VI. 

3. De quatre autres maladies du grand angle* 

\. D'une excroijfance de chair appeUee Enchantis* 

ÏL arrive encore aux angles des yeux quelques 
autres maladies, qui, quoiqu'elles paroifîent 
petites & de peu de conféquence, ne laiflent pas 
que d'apporter des incommodités quelquefois 
fàcheuils aux malades qui en font attaquez. 

Telle cRTexcrorfance de chair au grand angle de 
l'œil, dont il y a deux efpeces : une qui eft fon- 
gueufe, rougeâtre & indolente, qui obéit fou- 
vent aux remèdes; & une autre qui eil: plus foli- 
de, quelquefois blanchâtre, & d'autres fois un 
peu p-ombée , un peu douioureufe , & qui réfifte 
aux remèdes ordinaires, n'obéiflant qu'à l'opé- 
ration. 

Si l'errementdu fuc nourricier des parties mol- 
les eft ia caufede toutes les excroifîances char- 
nues, on ne doit point chercher d'autre caufe de 
celle-ci : ainn quand îe fuc nourricier de cette 
petite chair gîanduleufe qui fe rencontre natu* 
Tellement au grand angle, fe trouve abondant, 
grofiier , ou en quelque manière altéré par quel- 
que levain non naturel coulé & infiltré en cette 
partie, foit par une ulcération de cette même 
chair gîanduleufe, ou par un refte d'angle qui n'a 
pa> été emporté dans! opération, ou que l'on n : a 
pa^ furnfamment defFéché, il donne naiffance à 
cette exaoiflance ou addition de chair , qui fem- 
ble être une appendice ou une excroiffance mê- 
me de cette petite chair gîanduleufe du grand 
angle. 



43* des Maladies 

Quand cette excroifiance eft fongueufe, rou* 
geâtre , indolente Se peu confldérable , elle fe fé- 
pare quelquefois d'elle-même, & fe gué it fans 
remèdes , comme je l'ai vu arriver ; mais fouvent 
aufli (ion la néglige, ou die croît demefurémsnt 
& incommode } ou elle s'ulcère, & caufe une in- 
flammation douioureufe & un écoulement fâ- 
cheux de larmes acres, ou quelquefois elle de- 
vient chancreufe. 

Pour la guérir : lorfqu elle peut obéir aux re- 
mèdes, on la confomme & deflèche avec le colly- 
re (ec , fait avec quinze grains de verdtt bru lé , dix 
grains d'arum calciné , un Jcrupule d"iris, Ç? une 
dragme du fucre candi , réduits en poudre tlès- 
iubtile , dont on met un peu fur i'excroiflance 
trois ou quatre fois par jour, lavant l'œil une 
demie heure après avec quelque eau ophthalmi» 
que, ou bien on fe fert du collyre verd que j'ai ci- 
devant propofépour/ v 0«j/ff. 

Quelque» Auteurs confeillent de fe fervir du 
verdet Jeul ou de-Valum y d'autres du précipite rouge 
de mercure , & quelques autres ne craignent point 
de toucher cette excroifiance avec Vefprit de vi- 
triol • mais comme on ne peut appliquer ces re- 
mèdes fi juite fur I'excroiflance, qu'ils ne fe ré- 
pandent peu de tems après aux environs, & que 
l'œil qui ne peut foufFrirde fi v\o\znscathérétiques, 
-n'en foit offenfé, on ne s'en doit point fervir, à 
moins qu'on ne les étende avec d'autres remèdes 
plu^ doux pour affaiblir leur action. Même on 
doit rejetter aofolument en cette rencontre Pef- 
prit âe vitrhl Si les autres efprits acides, parce 
-qu'ils fe répandent en même tems qu'on les ap- 
plique , & agiflent fi promptement, qu'il eft im- 
poflibîe d'arrêter le progrès de leur action. 
'fm Mais fi cette excroifiance eft plus folide & peu 
douioureufe, qu'elle ait beaucoup d'étendue, ou 

qu'elle 



de -l'Oeil. ^v? 

•qu'elle réfifte aux remèdes ordinaires, on l'extirpe 
en cette manière. 

On paflè au-travers une éguille enfilée.d'un fil 
avec lequel on la lie , & foutenant d'une main les 
bouts du fil, -on l'élevé doucement, puis on la 
coupe avec la pointe des cifeaux, ou avec la 
lancette , ou le fcalpel , tout aup? es de cette pe- 
tite chair glanduleufe du grand angle fur laquelle 
elle prend naifTance, & que l'on doit éviter d'of- 
fenfer, pour la raifon que j'ai donnée en pari nt 
de l'opération de l'ongle j il eft aile de les diftin- 
guer,en ce que leur couleur n'eft pas tout-à- 
fait uniforme. On met enfuite un peu de poudre 
de [acre candi dans l'oeil, Se par-defius des corn- 
prefles trempées dans un collyre rafîMiJJant , pan- 
fant au refte le malade avec les collyres mondifians 
S$ àeffécham proppfez pour les ulcères fuperfi- 
ciels. 

Si enfin cette excroiftance eft fort dure, iné- 
gale & douloureufe , qui font des marques qu'elle 
eft maligne & chancreufe, on n'en entreprend 
point l'opération qui ne feroit que f unefte ; on fe 
îert feulement des collyres rafmcbijfans & anodins , 
pour diminuer la douleur, & empêcher autant 
qu'on le peut, l'augmentation de cette maladie. 

z. De la conjompiion de la chair glanduleufe 
du grand angle. 

Une maladie contraire à la précédente, eft la 
confomption de cette petite chair glanduleufe du 
grand angle, qui eau fe ce flux de larmes dont j'ai 
parlé ci-defîus au Chapitre III. Cette confomption 
arrive , ou pour avoir emporté cette chair glan- 
duleufe en extirpant l'excroiflance ci-defîus, ou 
bien en féparant V ongle ; eu par un pus fort acre 
<qui découle d'une -âftule lacrimale ouverte â% 

T 



ê : 4 Des Maladies 

côté de l'œil > & qui ulcère & ronge cette petite 
chair gîanduleufe'; ou par des petits abcès ou des 
ulcérations qui s'y font; ou enfin parl'a&lon de 
remèdes trop acres dont on s'eft fervi incoriidé- 
cément pour quelque maladie de cette partie. 

Comme le flux de larmes qui fuit cette con- 
fomption, eft incommode & fâcheux , durant 
quelquefois toute la vie; on doit dès le commen- 
cement s'efforcer de le prévenir autant qu'on le 
peut, par l'ufage des collyres qui peuvent refler- 
rer ,& defîecher cette chair gîanduleufe, & dont 
/ai parlé au Chapitre III. à l'occafion de ce flux , 
'ajoutant dans ces mêmes collyres de l'encens , s'il 
eft néceiTaire d'incarner, ou de la myrrhe QxxdePt- 
hïf > s'il eft befoin de mondifîer. 

-3 . Des pufiules du grand angle* 

Il fe forme quelquefois aux angles des yeux 
des petites puftuies rougeâti es & fort doulou- 
reufés, femblabîes à ces petites puftuies qui arri- 
vent en d'autres parties du corps, connues fous 
■je nom d'epin\tïif , à caufe de la douleur qui aug- 
mentent pendant la nuit. Ces petites puftuies 
Couvrent bientôt d'elles-mêmes , jetrant un peu 
*ïe fcoue ianglante , & fe convertifTent en des pe- 
rite ukeres Avant que d'être ouvertes , on les 
ifïâite avec Jss collyres rafraîchijjans £? anodins ; & 
..£ju«nd elles font ouvertes, on fe fert de ceux qui 
momifient %> defftchtm. Et même comme ces pe- 
tits aîceres occupent des parties charnues, on 
|>euî.fe fervir de Vongusnt de tuthie , auquel on 
r joute un peu de foudre de myrrhe & d y aloës pour 
ftgs iuoiîdiâer & de flécher. 

^. Pet ulcères prurigineux du grand angU, 
Jy$n il far vient auffi en ces parties des petits 



de l'Oeil. 43^ 

ulcère f prurigineux , incommodes pour la néceiiité 
ob fe trouvent ceux qui en/ont attaquez, de fe 
frotter fou vent les yeux , comme s'ils avoientdu 
fable ou quelque ordure au coin de l'œil. Cette 
maladie (a) eft caufee par une humeur acre & 
faléequi abreuve cette petite caroncule ou chair 
glanduleufe du grand angle & les environs. 

On defleche ces petits ulcères , & on éteint la 
démangeaifon qu'ils caulentavec le collyre Je vi- 
triol décrit au Chapitre III. ou avec le collyre vjrd 
décrit au Chapitre XXI. de 1a deuxième Partie. 
Et fi ces petits ulcères ambulent & s'étendent le 
long du bord des paupières, pour leur traitement 
on fuivra ce que je dirai ci-après au Chapitre 
XVII. ou je parlerai des abcès prurigineux des 
paupières. 



CHAPITRE VII. 
Des maladie t des paupières, i t De leur enfiure* 

L'Enflure ou tumeur des paupières eft excitée 
par des caufes extérieures, ou intérieures. 
Les extérieures font les contulions , les plaies , les 
piquures de mouches à miel , deguêpes, d'arai- 
gnées , ou d'autres femblabîes infc dires , les attou- 
chemens d'orties, ou autres caufes femblabîes, 
capables d'arrêter le mouvement du fang,&de 
le faire épancher , ou de lui imprimer une quali- 
té maligne qui altère fa fubftance. Les intérieu- 
res font toutes les humeurs impures & excrémen- 
teufes qui coulent fur ces parties, & y féjour- 
nentà caufedes obîlrudtionsqui s'y rencontrent, 
«?u à caufe de la nature même de l'humeur qui 

A 

](a) jfpp-eilée Peribrofîs. 



4,\6 Des Malames 

étant groiïiere ou peu animée, s'arrête & s'e% 

panche entre lesinteiftices.de leurs fibres, 

De-là vient qu'il y a des endures. qui d'elles- 
mêmes font maladies principales, & que d'au- 
tres fontfyrnptomatiques, dépendantes d'autres 
maladies, comme des grandes inflammations de 
l'œil, des apoftêmes ou des ulcères qui occupent 
iès parties voifines, des cachexies, hydropiiïes, 
■& autres infignes intempéries du fang. 

Toutes ces enflures tiennent ou de Wnflamma- 
■ïiofty ou de V cmphyfème , ou de Y œdème , ou bien el~ 
•les font mixtes. Vin fi animation le connolt par la 
rougeur, la tenfion, & la douleur, fi elle eft 
fhUgmoneufe ; & fi elle eft érefipe'lateufe , el'e eft 
•d'un congé jaunâtre : l'emphyfême par la tumeur 
plus grande , qui eft pâle , tranfparente ,-fans dou- 
leur. 6c qui revient auffitôt en fon état, lorfqu'on 
la pfeîTe"avec les doigts : PœJême par les mêmes 
fignes, hors que la tumeur n'eft pas fi tranfparen- 
te , & qu'étant prefiée, l'impreftion des doigts y 
rei£e: j& les mixtes par les fignes communs de 
chaque maladie dont elles font compofées. Elles 
caufent toutes une pefanteur dans les paupières, 
& une difficulté dans leurs mouvemens, d'où 
vient qu'elles demeurent prefque toujours fer- 
mées, particulièrement quand l'enflure eft gran- 
de. 

-Pour guérir tomes ces fortes d'enflures, on 
-doit premièrement avoir égard à corriger l'in- 
r emp frie du fang par la faignée , la purgation, & 
parles autres remèdes généraux qui conviennent 
à chaque efpece d'intempérie, en casque ces en- 
fiuresscieut de conféquence, & qu'elles dépeno 
dent^Ui vice .général du fang : puis on doit tra- 
4t$i\ter à corriger Tfcumeur coulée & infiltrée 
les paupières, & à la réfoudre. 

jPifljf "cet effet,, fi l'enflure .tient de Pjnfiamm** 



Z "E l'Oe I c 4 J ? 

1hn, on fe fert des collyres rafraîchi fanr qui cou- 
Tiennent à l'ophthalmie, dans lefquels on trem- 
pe des comprefles qu'on applique fur les paupie- 
res enflammées, & on pourfuitla cure commue je 
l'ai dit en parlant de la cure de l'ophtriaîmie : fi de 
Pemphyjème ou de l'œdème, on met en ufbge les 
fomentations fortifiantes & réfolutives , qu'on fait 
par exemple -, avec les feuilles Î5 fommitez dVyflopc , 
d'abfynthe, de foui ht , d'origan , Ï5 les fleurs de re- 
fis, de camomille , 2? de mélilot , que l'on fait bouil- 
lir dans du vin ; & dans ces fomentations que l'on 
anime quelquefois avec Pefprit-de-vin fi I'cedê- 
m e eft grand, on trempe des comprefTes qu'on 
applique chaudement furies paupières malades a 
les renouvellant quatre ou cinq fois par jour. 

Ou bien on fe fert du cataplafme fait avec ht 
quatre farines réfolutives , les poudres d-abfynthe , ds 
jcordium, de fleurs de camomille £5 de mélilot . que 
l'on fait cuireavec le vin î5le miel en confidence 
de cataplafme qu'on étend fur un linge , & qu'on 
applique chaudement furies paupières, lerenou- 
veîiant au moins deux fois îe jour. 

Si ces enflures font mixtes , on proportionne ces 
remèdes fuivant leur complication, ayant tou- 
jours plus d'égard à la maladie qui domine. Par 
exemple, n c'etl une inflammation œdémateufe , on 
fe fert des réfolutifs rafraichiflans, comme du 
cataplafme fait avec la moelle de coins cuits fous la 
cendre eu au four, les poudres de fleurs de camo- 
mille, de mélilot , de rofes, C5 les mucilages de fe- 
m-inces de fénugne tirez avec Veau de rofes C2 de 
plantain, que l'on mêle enfemble, & que l'on fait 
bouillir pour l'appliquer comme deffus. Et fic'eft 
un œdème pblegmoneujC, on fe contente de la fo- 
mentation fufdi te, excepté qu'on fe fert d'eau , & 
non pas de vin , pour faire la décodion. 
Si l'empbyfêrae ou l'œdème font caufez par 

Tiij 



43 S Des Maladies 

des piquures de mouches à miel ou de guêpes, 
î'éguillon ôté, elles fe réfolvent le plus fouvent 
d'elles-mêmes, à moins qae celui qui eft piqué, 
foit d'un mauvais tempérament : en ce cas pour 
empêcher déplus fâcheufe s fuites, on fe fert des 
fomentations ci-deffus pour réfoudre plus- 
promptement là tumeur qui s'eft faite : ou bien 
«tôt qu'on elr piqué, onécrafe la mouche même 
fur la piquure,ou on la frotte de miel. Si par une 
piquure d'araignée ; on fe fert de tbériaque ou de 
mithridate en forme de cataplafme. Si par un at- 
touchement d'orties ou autres chofes femblable?, 
capables d'exciter une enflure avec chaleur, on 
employé le liniment dit avec le blanc d'œuf J'huile 
vofat , è" lejuc de plantain ou de joubarbe. 

A l'égard des autres enflures qui dépendent 
des plaies, des apoftêmes, ou des ulcères des 
parties voiènes de l'oeil, elles feguérifient parles 
remèdes qui conviennent à chacune de ces ma- 
ladies. 



CHAPITRE VIII. 

i . De V abcès des paupières 2? de }eur pourriture, 

QUand la tumeur phîegmoneufe des paupières 
ne fe refout pas, ele fe convertit en abcès, 
qui ne différant point des abcès des autres par- 
ties molles de notre corps , demande aulTi les mê- 
mes remèdes. Ce qu'il y a feulement à obferver, 
c'eft de ne point fe fervirde remèdes trop humi- 
des & pourriflans, à caufe du peu d'épai fleur des 
paupières qui tomberoient aifément en pourri- 
ture. On peut fe fervir utilement du cataplajme 
propofé pour l'abcès du grand angle; ou fi l'abcès 
«ft petit ,de l'emplâtre de diactyhn ftmple diffouï 



SE l'Oe'ïê. 43 9 

asfts un peu d'tuile rofat: appliquant fur le refte 
des paupières & fur les environs de l'œil un dé- 
fenfif ordinaire ;& fitôt que le pus paroît fait, 
on lui doit donner jour. 

La manière de taire l'ouverture, c'eft de fui- 
vre -»vec la lancette la rectitude des fibres du 
mufcle orbiculaire, épargnant le cuir autant 
qu'on le peut, pour éviter la difformité. Et Sa 
raifon pourquoi on la fait ainfi, c'eft première- 
ment pour s'empêcher de couper de travers Us 
fibres de ce mufcle , & en cela on fuit la règle gé- 
nérale des autres ouvertures, quand elles doivent 
pénétrer jufques aux mufcles; & en fécond lieu, 
c'efl: que fi on faifoit l'ouverture de haut en bas, 
comme les paupières fe rident d'un angle à l'au- 
tre quand elles font ouvertes, il arriveront que 
l'ouverture s'entr'ou vriroit en fon milieu, en telle 
forte que fes ang'es s'approcheroient l'un dei'aa- 
tre, & que fe cicatrifant en cet état, pour peu 
qu'elle fût grande, la paupière demeureroit ridée 
en cet endroit , & ne pourroit que difficilement 
couvrit l'œil : au lieu que l'ouvrant comme je l'ai 
dit, les deux lèvres de l'ouverture s'approchent 
limplement l'une contre l'autre,quand l'œil eft ou- 
vert, & s'uniflentainf],fansquela même incom- 
modité puiffe arriver; à moins qu'il n'y eût dé- 
perdition de fubftance , comme loifque l'abcès 
tombe en pourriture, auquel cas on agiroit com- 
me je le dirai en un autre lieu. 

L'ouverture de l'abcès étant faite , on ne met 
dedans ni tentes, ni mèche, à caufedu peu d'é- 
pai fleur des paupières ; on fe contente d'appliquer 
defiîis un plumaceau fec, que l'on couvre d'un 
emplâtre de diapalmt diffout avecPhuile rojat pour 
le premier appareil, enfemble les définfifr ordi- 
naires ; & dans les autres panfemens, on fe fert des 
remèdes mondirians, incarnans & cicatrifans or- 
dinaires. T iiij 



44 o T>es Maladies 

Et quand la tumeur œdémateuse des paupières eiî 
fi grande, que l'humeur au lieu dé fe réfoudre» 
s'aigrit & devient purulente, ce qui arrive en- 
core plutôt quand elle eft fhJegmoneufe oxxéréft^ 
pélateufe ,• l'une ou l'autre de leurs fuperfkies fe 
pourrit, s'ouvre en plufieurs endroits, & il en 
découle en abondance une humeur fanieufe 8c 
purulente. Quelques Auteurs appellent cette 
maladie mydefis , nom cependant commun à de 
fembîables pourritures des autres parties du 
corps. 

Comme en cette rencontre l'humeur eft épan- 
chée abondamment & également entre les in- 
terftices des fibres de l'une ou l'autre paupière P . 
il eft rarequ'elle s'amaile en un feulîieu, & for- 
me un vrai abcès ; mais à la manière des autres 
œdèmes, à mefure quelle s'aigrit, elle fe pouiïe 
à la fuperfîcie, pénètre les pores de la peau 
qu'elle dilate en les pourriffant, élevé & féparela 
furpeau , & fe fait jour en dehors. Et parce eue la 
membrane qui revêt intérieurement les paupiè- 
res, eft plus mince & plus tendre que h peau 
qui les recouvre en dehors , & que ces pores font 
plus ouveits; de-là vient que cette humeur fe 
tait plutôt des iffues vers la partie intérieure des 
paupières. 

Toutes les grandes fuppurations qui fuîVent 
les œdèmes , menacent les parties dans lefquelles 
elles fe font, de grande pourriture, même de 
gangrenne, & d'autant plus fi ces parties font 
déjà foiblesdeleur nature, comme font les pau- 
pières. Il y a de plus à appréhender que les ma- 
tières qui coulent du côté du globe de l'œil, ne 
l'ulcèrent par leur acrimonie , ou au moins ne l'en- 
flamment. 

Pour prévenir tous ces fâcheux accidens, & 
remédier à cette maladie, dès qu'on voit que 



B Ë L'OE 1 L. 441 

Vc^dêtne ne peut fe réfoudre, & que l'humeur 
commence à s'aigrir, il faut faire quelques lé- 
gères mouchetures dans les endroits les plus dé- 
clives des paupières, pour la faire écouler pe- 
tit à petit, & les en décharger plus prompte- 
ment; & cependant continuera appliquer delïus 
les fomentations fortifiantes Ç5" réfolutives décrites 
dans le Chapitre précédent, & animées avec 
Véfprit-de-vin. Et fi déjà l'humeur s'eft fait jour, 
il n'eft point befoin de mouchetures, elle s'écou- 
lera aftez par les paflages qu'elle s'eft fait , il faut 
feulement s'oppofer au progrès de la pourriture 
par l'ufage d'un collyre fait avec de la myrrhe &de 
Valo'ès un /empale de chacun , du camphre Î5 du vi- 
triol blanc huit grains de chacun , ££ une dragme Ï3 de- 
mie ds miel rofat , qu'on difîbut dans quatre onces 
des eaux dijlilées de rofes C5* d'abfynthe , pour intro- 
duire fouvenc dans l'œil, fi la matière s'eft fait 
jour de ce côté- là : ou bien on fe fert de la tein- 
ture de myrrhe & d'aloës tire'e avec le vin , & animée 
avec un peu d'efpritde-vin, pour en laver exté- 
rieurement les paupières, li l'humeur a fes ifïues 
en dehors. Et même fi la pourriture eft grande, 
on peut fe fervir avantageufement d'un peu 
d^gyptiac dijfout dans du vin, pourvu qu'on fe 
donne de garde qu'il n'en entre dans l'œil. On 
peut même laifler fur la paupière un petit linge 
imbu de ces liqueurs, & par-deflus le tout appli- 
quer les «omprefTes trempées dans les fomenta- 
tions fufdites. 

Q_iand les paupières font déchargées de toute 
l'humeur qui les abreuve , & que les endroits par 
lefquels elle s'eft écoulée font mondiflez, on in- 
carne & defTeche les ulcères reftans , foit qu'ils 
foyent au-dedans ou au dehors des paupières , 
avec le collyre fait avec Valo'ès , Vencens , latuthie 
préparée Î5 des trocbifàues blancs de rhafts y un [cru* 

T v 



44 1 Des Maladies 

pu.'e de chacun , dix grains de pierre médicament eu\e 
de Crolliuf £5 une dragme defucre candi, qu'on dijjout 
dans quatre onces des eaux de rofes [$ de plantain , 
pour s'en fervir comme deflus. 

Si la peau qui recouvre les paupières , a été 
pourrie dans toute fon épaifleur , & que la perte 
delà fubftance foit confidérable , il effc difficile 
d'empêcher qu'elle ne foit racourcie , & que 
l'œil ne demeure éraillé ; & fi la même chofe ar- 
rive en la membrane de fa fuperficie intérieure, 
il eft pareillement difficile d'empêcher que la 
paupière ne rentre en dedans, & que les cils ne 
bleflènt le globe de l'œil. On préviendra autant 
qu'on le pourra ces chofes, comme je ledirai au 
Chapitre X. 



CHAPITRE IX. 

3 . De la dureté <3 dujehirre des paupières, 

L'Inflammation des paupières caufée par un 
fang grofîïer & mélancolique , lorfqu'elle eft 
grande ,& qu'elle fubfifte long-temps ,fe con- 
vertie quelquefois , mais rarement , en une efpece 
de tumeur dure & mal circonferite , accompa- 
gnée de rougeur & de douleur. On la nomme (de* 
riaftf ou durities palpebrarum, parce qu'en effet on 
ne s'en apperçoit que par la dureté des paupières 
Se par leur épaifleur. 

Difficilement cette tumeur fe guérit entière* 
ment , fubfiftant même après que l'inflammation 
eft ceffée,& quelquefois auffi elle s'endurcit fi 
fort , qu'elle paffe en vrai fchirre ; alors {a couleur 
rouge fe convertit en une couleur un peu livide. 
Quand elle eit convertie en vrai fchirre , elle eft 
indolente , elle incommode cependant , parce 



de l'Oeil. 44$ 

qu'elle rend les paupières fi pefantes, qu'elle ùs 
empêche fouvent de s'ouvrir , 8c que quelquefois 
elle y provoque des fluxions qui fe renouvellent 
de tems en tems , quand déjà les malades y font 
fujets de leur nature ; & ces différentes fluxions la 
font même dans la fuite dégénérer quelquefois 
en cancer. 

Pour la guérir , on doit dès le commencement, 
& fi-tôt qu'on s'apperçoitde la dureté, fe fervir 
de fomentations émollientes faites av. c les racines 
1$ feuillet de mauves <5 de guimauve s , les feuilles de 
violier, de pariétaire Gf de mercuriale de chacune une 
demie poignée , î$ une demie once de graine de lin ou 
de coins, qu'on fait bouillir dans une fyffifante 
quantité d'eau, & dans la décoebion on trempe 
des comprennes qu'on applique chaudement fur- 
ies paupières, les renouvellant 5. ou 6. fois par 
jour. Après s'être fervi pendant 7. ou 8 jours de 
ces fomentations, fi la dureté fubfifte , & que 
l'inflammation foit entièrement paflée , on ap- 
plique fur la tumeur ou le diachyton gommé , ou 
r emplâtre de mucilages , ou celui de v;go avec le mer- 
cure ,en cas que la dureté paroille en dehors. Et fi 
au contraire elle paroitdans la partie intérieure 
des paupières, on ne peut fe fervir que des m«- 
ciUges de jeminces de lin 15 de coins tinz avec Veau- 
roje , & dans lefquels on diflbut quelquefois un peu 
d? myrrhe r d defajfran pour introduire dans l'œil , 
& par-deiïus les paupières les fomentations fuf- 
dites. ■ 

Si après s'être fervi pendant quelque tems de 
ces remèdes ou d'autres de fembiable vertu, on 
s'apperçoit que la tumeur ne s'amollifle & ne fe 
ïéfolve pas , ou qu'elle palTe en vraifebirre , on en 
difeontinue l'ufage, étant inutile de fatiguer en- 
vain un malade. Mais fi dans la fuite il fe faifoit 
quelque nouvelle fluxion , on y remédieroit, 

T vj 



444 ^ ES Maladies 

comme je l'ai dit ailleurs. Et ii enfin ïa tumeiit 
devenoit chancreufe , on fe conformerait pour le 
traitement fur ce que je dirai ci-après, en par- 
lant à\i cancer tes paupières. 



CHAPITRE X. 

4. De P anthrax ou charbon des paupières. 

ÏLfurvient quelquefois à l'une ou àFautre'pau- 
piere,ou dans leurs environs une petite puf- 
tule rouge & fort brûlante, qui fe noircit bien- 
tôt après, & caufe une ii grande inflammation, 
tumeur & tenfion aux paupières , qu'elles vien- 
nent d'un rouge livide , avec grande dureté & 
douleur tant aux paupières qu'à l'œil & aux par* 
ties voifines. La puftuîes'agrandiiTant continuel- 
lement, il s'y forme un efcarredur, comme fi le 
feu y avoit pafië , & quelquefois cette puftuîe 
croît fi déméfurément, qu'elle confomme entiè- 
rement la paupière où elle a pris naifîance, & 
gâte fouvent l'œil. Ce qui n'arrive point fans qu'il 
s'yfafie de grandes fluxions fur les parties voi- 
fines , que les glandes voifines des oreillesfe tu- 
méfient , & que la fièvre ne furvienne 

Nous voyons ordinairement que cette maladie 
n'arrive guéres que vers la fin de l'Eté dans le 
tems de la moifTon , particulièrement quand les 
féchereffes font très-grandes. Les pauvres gens 
obligez à paffer les jours entiers à fcier les bleds , 
font fujets à être travaillez de cette maladie, non- 
feulement aux paupières, mais aufTi au vifage & 
autres parties , &" croyent que cela leur vient de 
dormir fur la terre après leur repas. 

Un fang groilîer & brûlé, dépouillé de fes par- 
ties fpintuuifes & balfamiques } 6c te fon vehU 



de l'Oeil; 44c 

cule ordinaire , eft fans doute la caufe principale 
de cette maladie, comme iU'eft de tous les autres 
charbons & de toutes les autres maladies com- 
munes de cette faifon : d'où vient aufli qu'il n'y a 
guéres que les pauvres mal nourris, continuelle- 
ment expofezau travail & aux injures de la fai- 
fon qui y foientfujets. Elle arrive à d'autres per- 
fonnes, & aufli en d'autres faifons, mais cela eft 
beaucoup plus rare 

Pour la cure de cette maladie, fi-tôt que Von 
voitla puftule commencer , il n'y a pointdetems 
à perdre pour en arrêter le progrès ; il faut fai- 
gner le malade une fois ou deux au bras , fui vanc 
les forces, lui donner des lavement émolliens $ >•<*- 
frakbiffans , lui faire prendre des émuljîons ou det 
Juleps rafrakhiffans z, ou 3. fois par jour,& lui 
prelcrire fur- tout un bon régime de vivre, ten- 
dant à même fin. 

Sur la partie malade il faut appliquer dans le 
commencement des comprefles trempées dans 
les mucilage r Je femence s de coins & de p[yïïium , tirez 
avec les eaux de rofes $5 de plantain , mêlez avec 
parties égales de lait de femme ou de vache , que l'on 
renouvelle fou vent Ou fe fervir de même des eaux 
de rofes £5 de plantain dans quatre onces defcuelles 
on fait fondre un fcrupule de fel de Jaturne & <?«- 
tant de nitre purifié. 

Si l'inflammation ne s'appaife pas,& qu'au 
contraire on la voie augmenter, que la puftule 
noircifle, & que l'efearrefe forme , on le fend & 
coupe avec la lancette, & on îe lave avec la lo- 
tion faite avec un peu d^gyptiac diffout dans le vin 
£5 dans l'eau- de-vie. Si même la tumeur elt grande, 
& que la rougeur foit pourprée ou obfcure , on 
fait avec la lancette plufleurs mouchetures fur 
toute la partie tuméfiée, principalement aux en- 
virons de l'efcarre , laifl ant fluer le fang à vo- 



44^ Des Maladies 

îonté; enfuite on lave le tout avec lalotion fufdits^ 
pour empêcher les mouchetures de fe fermer ii- 
tôt,afïn que les férofitez acres & malignes qui ab- 
breuvent ia partie, puiflent s'écouler ; puis on ap- 
plique un cataplafme fait avec les farinas de fèves , 
a'orobe & defeigle , Us foudres d y abfynthe & de [cor- 
dium,^5 de fleurs de camomille î$ de mélilot , parties 
égales de chacune, qu'on fait bouillir dans le vin 
££ h miel, 8c dans quatre onces de ce cataplafme 
on mê : e une demie once ou environ de myrrhe pulvé* 
rifee. On en renouvelle l'application i. ou $. fois 
par jour. 

Si l'efcarre s'étend & devient plus épais , on 
î'incife de rechef, & on le. touche avec Pefprit de 
vitriol ou de celui de foufre , ou bien avec Peau de fu- 
blime'qui eft encore plus fpécifique pour arrêter 
le progrès de ces fortes d'efearres. Elle fe fait 
avec une demie dragme de fublimé corrofifiédult en 
poudre , que l'on met dans une phiole dans la- 
quelle on ver tedeuxonces, plus ou moins, fuivant 
qu'on la veut rendre plus forte ou plus foible, 
d'eau de pluie ou d'eau de plantain ,& que Ton fait 
enfuite digérer fur les cendres chaudes , jufqu'à ce 
que le fublimé foit difïbut : on doit fe donner de 
garde en touchant l'efcarre avec ces remèdes , 
qu'il n'en coule dans l'œil , quoique les paupières 
foient fermées. Si les mouchetures fe font refer- 
mées, on les renouvelle, & on les lave comme 
defTus, appliquant enfuite le cataplafme fufdit. 

Nos Chirurgiens de campagne qui voyent de 
tems en tems quelques-unes de ces maladies , & 
qui en fçavent par expérience les mauvaifes 
fuites , ne fe contentent pas des mouchetures, ils 
font des fcarifîcations en for me, fans fe mettre en 
peine de la difformité qu'elles caufent. Il eft vrai 
qu'elles arrêtent plutôt le progrès de la maladie, 
«n évacuant plus promptemen: le fang & les féro- 



DE L'OEIL* ad? 

fïtèz malignes qui abbreuvent les paupières ; mais 
on ne les doit pas Faire fans grande néceflité, parce 
qu'elles font caufe que la peau des paupières fe 
retire davantage, ce qui rend L'œil trop défiguré, 
D'ailleurs iieft rare qu'on n'arrête pas tous ces fâ- 
cheux fymptômes par les remèdes ci-deflus , fans 
qu'on foit obligé d'en venir aux ^Tarifications. 

L'efcarre étant arrêté & terminé , on avance fa 
chute avec le digeftif fait avec le Jaune d'œuf, le 
miel rojat , un peu de faffran en poudre , S5 la poudrs 
de myrrhe y mêlez enfemble , dont on couvre un, 
plumaceaa qu'on applique fur l'efcarre & par* 
defïus le cataplafme fufdit,que l'on continue jus- 
qu'à ce que les paupières foient prefque réduites 
dans leur état naturel. 

Quand l'efcarre eft féparé,onmondifie&cica- 
trife l'ulcère reliant à la manière des ulcères des 
autres parties molles de notre corps; obfervant 
feulement que , comme il y a perte de fubftance 
dans la peau de la paupière , la cicatrice qui fur- 
vient la rétrécit beaucoup, & la fait ren ver fer.; 
ce qu'on doit éviter le plus qu'on peut, en tenant 
la peau de la paupière étendue. Et pour cet effet % 
en panfant le malade, on lui fera fermer l'œil, 6c 
par-deiTus les remèdes appliquez fur l'ulcère 
mondifié & prêt à fe cicatrifer , on mettra un em- 
plâtre adhérent, comme celui dediapalmeouautre 
Jemblabk , diffaut avec un peu de térébenthine , qui 
cou vrira non- feulement les deux paupières , mais 
auffiun peu du front & de la joue, y faifant feu- 
lement une petite échancrure à l'endroit du 
grand angle, afin que les humiditez oulachaffie 
puiffent s'écouter , continuant à mettre un fem- 
blable emplâtre jufqu'à ce que l'ulcère foit entiè- 
rement cicatrifé ;& par ce moyen on empêchera 
l'œil de s'ouvrir , & la peau de la paupière de fe 
tant rétrécir. 



44$ "Des Maladies 

Il eft cependant bien difficile d'empêcher qo£ 
l'œil ne demeure éraillé, & même il eft impof- 
fible qu'il ne le foit, quand l'efcarre a été grand , 
ou qu'il s'eft forme* vers le bord des paupières. 

Comme dans la violence de la fluxion le? pau- 
pières font toujours fermées , fans qu'on les puifTe 
ouvrir , on ne peut rien mettre dans l'œil peur 
en adoucir la douleur; ainfi il faut fe contenter à 
chaque panfementde nettoyer la chaflie qui s'a- 
maiTe vers le grand angle ou ailleurs , avec des 
eaux ophthalmiques. 

CHAPITRE XI. 

$♦ De VorgêoUt , de la grêle , SS de la fierté ou grave lie 
des paupière /. 

i t DeVorgéoîet. 

L'Orgeolet ou Orgueil (a ) eft une petite tumeur 
longuette , à peu près de la figure & de la 
grofieur d'un grain d'orge, qui naît pour Pordi ■ 
naire à l'extrémité de la paupière fupérieure 
près ou entre les cils, & plus rarement dans les 
autres endroits de cette paupière, ou à la pau- 
pière inférieure , dont Va matière qui s'amarTe par 
congeftion , eft renfermée dans une petite mem- 
brane, & qui difficilement fuppure, étant en quel- 
que façon de la nature detatbéromef. 

Ces petites tumeurs ne caufent pas grande in- 
commodité aux malades qui les portent quelque- 
fois fort long-terns fans s'en plaindre, à moins 
qu'elles ne s'échauffent, alors elles caufent un peu 
de douleur ; mais auffi quand cela arrive , elles 

(a) E» Grec Crithe. En Latin Hordeolum; 



de l'Oeil. 449 

groffiffent un peu plus, & s'ouvrent quelquefois 1 
d'elles-mêmes. 

Il s'en rencontre quelques-unes qui fediffipenî:, 
& qui renaiflent enfuite quelque tems après : 
quelquefois auffi qu'en les échauffant à force de 
les frotter, quand elles commencent à naître, 6c 
appliquant enfuite deflûs quelques emplâtres émoi- 
• è réfolutifs, on lesdidipe entièrement. 

Pour guérir ïorgéoîât , quand la tumeur n'eft pas 
encore mûre , on applique defîus un petit emplâtre 
de galbiiniim y ou J'ammom accoude diachyîon avec Jet 
gommes , ou autres femblabîes pour l'amollir & 
fuppurer ; & enfuite on l'ouvrefelonfa longueur 
avec la pointe delà lancette > on en exprime Thu^ 
peur, & on introduit dans l'ouverture un peu de 
Intel ro'fat,& par-deflus on metutt-fétit emplâtre. 
de diachyîon. 

Si on doute que îa petite membrane qui ren- 
ferme la matière , ne foit pas confommée par la 
fuppuration naturelle, ou excitée par les em- 
plâtres ci-defiiis, ce qui eft cependant allez rare» 
quand la fuppuration eft faite : on touche le de- 
dans de l'ulcère avec un petit morceau pointu de 
pierre infernale attaché au bout des petites pin- 
cettes , ou au bout d'un porte-crayon , ou bien 
avec un pinceau très- délié, trempé dans un peu 
d'efprit de vitriol , on touche de même le fond de 
l!ulcere, que l'on panfe au reite comme deiTu ; , 
jufqu'à parfaite guérifon. 

Quelques Auteurs croyent que îa matière de 
lorgéokt pzut par fdnfejour altérer ce petit carti- 
lage membraneux qu'on nomme tarfi y ce que je 
n'ai point encore vu , quoique j'en aie traité de 
bien vieux; & quand cela arriveroft, il ne feroifl 
pas nécefiaire de racler ce qui feroitgâté, com- 
me ils le confeillent, pouvant fe mondifier âvsc 



4?o Des Maladies 

le miel rofat feul ,ou mêlé avec un peu de poudra 

de myrrhe. 

Quand Yorgeolet s'engendre vers le milieu de la 
paupière fupérieure, quoique rarement, il de- 
vient plus long & un peu plus gros, & fe guérit 
comme deflus, & même plus aifément , parce 
qu'on y peut mieux contenir les remèdes» 

i. De la grêle, (a) 

La grêle des paupières eft une autre petite tu- 
meur ronde , mobile , dure , blanche , & en quel- 
que façon tranfparente , relTemblant aflez à un 
grain de £*'#/£, qui s'engendre également dans les 
deux paupières. Elle diffère de Vorgioiet par fa li- 
gure ronde, fa tranfparence , & fa mobilité. 

Il y a de deux fortes de grêle , une greffe & 
l'autre petite , qui occupent ou la fuperncie exté~ 
rieuredespaupierrs, ouleurfuperikie intérieure. 
La greffe eft le plus fonvent unique, & la petite 
paroit comme piuileurs petits grains difperfez en 
différens endroits de la paupière. L'une & l'autre 
contiennent une humeur un peu dure, qui par fa 
blancheur , fa tranfparence & fa confidence , ref- 
femble à un blanc d'œuf defîeché. 

De plus la groffe qui imite quelquefois une pe- 
tite fève en gr.ofïeur > fait de la douleur, lorfqu'on 
la preffe rudement, & d'ailleurs elle incommode 
par fa groifeur ; & la petite au contraire n'en fait 
point , & incommode très peu, filong-tems qu'on 
îa porte, hors celle qui eft en la partie intérieure 
des paupières, quand elle eft très- fuperncielle. 

On propofe des remèdes pour amollir la grêle , 
mais ils font inutiles , & ï\ on la veut guérir , il 

(a) En GrK Chalazeon. En Latin Grande. 



de l'Oeil. 4$ t 

Faut avoir recours à l'opération qui fe fait ainii. 

Ayant fitué commodément le malade , quand 
îa grêle eft à lafuperficie intérieure de l'une oir 
l'autre paupière, bn prend avec deux doigts la 
paupière près des cils , on la renverfe en forte 
qu'on puiffe bien voiries grains qu'on veut ôter , 
on fait avec la pointe de la lancette une petite in- 
cifion fur la grêle, félon ia hauteur de la paupière 
fupérieure, quand c'eft en cette paupière que la 
grêle fe rencontre, & quand c'eft en îa paupière 
inférieure, on la fait félon îa longueur, pénétrant? 
jufqu'au grain , & avec une petite curette on fait 
fauter le grain. Et s'il y en a plufieurs,on fait la 
même choie à chacun grain ; puis on met dans 
Chaque ouverture un feu de miel rofat , & dans îa 
fuite on introduit dans l'oeil quelques goûtes 
d'un collyre fait avec un gros de miel rofat , k» JttH* 
pule de myrrhe,® huit grains dejafi'ran, qu'on dif- 
j ouï dans deux onces d'ealt de plantain ? & qu'on 
continue jufqu'à parfaite guérifon. 

Et quand elle eft à la fuperficie extérieure de 
l'une ou l'autre paupière, on étend avec les doigts 
la peau de la paupière d'un angie à l'autre, afin 
d'affermir la grêle fur laquelle on fait une petite 
incifion, félon la longueur de la paupière & de 
l'étendue du grain que l'on fait fortir comme def- 
fus ; appliquant de même dans l'ouverture un peu 
de mjel rofat , & par-deffus un petit emplâtre de dta~ 
chylon , procédant au refte comme je l'ai dit en 
parlant de la cure de Vorgéolet. 

J'ai déjà donné la raifon pour laquelle les inci* 
fions des parties intérieures des paupières fe doi- 
vent faire félon leur longueur, c'eit-à- dire, d'un 
angle à l'autre. Par une fembîabîe raifon les inci- 
tons intérieures de la paupière fupérieure fefont 
de haut en bas , pour s'empêcher de couper de 
travers les fibres de l'aponivrofe dumufcle rele* 



4P Des M à l a d te s 

veur de cette paupière. £t celles que ron fait à lai 
partie intérieure de la paupière inférieure, fe font j 
à l'ordinaire félon fa longueur , parce que cette 
paupière n'a point d'autre mufcle que l'orbicu- 
la ire. 



f. De la pierre ou grayeïïè. 

Il arrive encore à la partie extérieure ou intêT- 
rieure des paupières une autre petite tumeu? 
blanche , raboteufe , plus dure & plus calleufe 
que les précédentes , dont l'hum'eur renfermée 
reflemble en confidence ou à du tuf, ( a ) ou à S 
la pierre ou gravcUe,( b ) & qui ne diffère de la 
grêle ^ qu'en ce que celle-ci eft une tumeur uniqu^ 
qu'elle ell plus dure \ Se qu'elle eft raboteufe , car 
pour le refte elle eft aflez femblable à la grêlé : 
on la traite aufïi de même, tant' pour l'opération 
que pour les remèdes. 

Ces trois efpeces de tumeurs approchent fi fort 
les unes des autres , que fi on n'y prend bien garde 
de près, ileftaifé de prendre Couvent l'une pouc 
l'autre , principalement quand la féconde & la 
troifiémefe trouvent près des cils , on les prend 
fouvent pour Yorgdolet. Ge ne feroit pas à la vérité 
une grande faute de s' y tromper, puifqu'ellesfons 
produites par les mêmes caufes, qu'elles ne dif- 
férent encr'elîes que par le plus ou le moins d'en* 
durcifîèment de leur matière, & que pour les gué^ 
rir on tient le même chemin , fait pour l'opéra- 
tion , fait pour les remèdes. Cependant pour 
l'honneur de la profeflTion , il eft toujours p!u3 
avantageux déqualifier jufte la maladie que l'on 
veut traiter. On ne le trompera pas en celles-ci^ 

(a jTophus en Laiin. Forons en Grée, 
(b) En Latin Lapis. En Grec Lit hiafis 






'DE l'Oeil. 4y$ 

£ on oonfidere les différences efïentîelîes énon- 
cies en chaque defcription. 

II fe forme encore aux paupières des petites puf- 
tule s purulentes , fans malignité, qui pour naît-; e 
-près ou entre les cils, -font quelquefois prifee 
.pour XorgéoUt , mais à tort, n'en ayant aucunes 
marques. Ce* ne iont que fuflules communes quà 
iuppurent & s'ouvrent promptement , & gué- 
riflent de même, fou vent fans remèdes, ou ii on 
i'en fert, on n'employé que quelques petits em* 
étïatres Je dàachylonjiinph on de diapalme y ou. d'autres 
.emplâtres communs. 



CHAPITRE XIX 

*€. De Patbérome , du fit'aiome , ££ du méikeris dtj 
paupières* 

OUtre ces petites tumeurs décrites dans le 
Chapitre précédent, il en nait encore d'autres 
plus grandes dont l'humeur qui s'amafle parcon- 
geftion eft lente & épaiffe , & eu renfermée dans 
une membrane ou kift , & font propre mentde vé- 
Jitables mhéromes , jléatomes , £$ méîiceris* 

Tous les fucs impurs qui s'amafîent par con» 
geftion entre les interfaces ou dans les petites ca- 
vitez des parties , par leur long féjour s'y fer» 
mentent diverfement, & fe convertirent en dif- 
férens corps étrangers, fuivantqu'ilsfont plus ou 
moins chargez de parties falines , fixes & grof- 
iieres,& mélangezavec le fuc nourricier des par- 
ties. Ils ne produifent pas un vrai pus , parce que 
lie s'amaffant que petit à petit, leur fermentation 
•eit fort lente,, & ne fefait.quedetemsentems:de 
,-telle forte qu'à mefure -qu'an nouveau fuc aborde , 
^elui qui avoitpréeédé^fe trouve déjà dépouilla 



454 ^ ES Waiadies 

ùc les parties les plus fubtiles & a&ives qui fe 
font évaporées au-travers des pores des parties, 
■& converti en quelque autre chofe différente 
d'un vrai pus. Ainfi les tumeurs produites de 
cette manière ne fuppurent point, fi par un dépôt 
plus prompt des humeurs nouvelles n'y abordent 
dans une quantité fufHfante pour y exciter une 
prompte fermentation, & remettre en mou ve- 
ulent les matières déjà coulées, comme on le voie 
<lans toutes les tumeurs qui fe font par congef* 
tion , qui ne fuppurent jamais d'elles -mêmes, fans 
qu'il s'y fafTeune nouvelle fluxion, ce qu'on con- 
noit par l'augmentation prompte de ia tumeur, 
par l'inflammation, & par la douleur : ou fi par 
l'application des remèdes chargez de parties fort 
volatiles , pénétrantes & incifivcs v on ne met ces 
matières parefleufes en mouvement , fuppofé 
qu'elles n'ayent pas encore acquis un degré de 
confiftence capable de rélifter à l'action de ces 
ffemedes. 

Ceft ainfi qu'on peut concevoir pourquoi dans 
ces petitestumeursdécritesdans le Chapitre pré- 
cédent, on rencontre tantôt une matière molle, 
tantôt une plus folide & reflemblant à un blanc 
d'oeuf defféc hé, & tantôt une autre qui a la du- 
reté du tuf ou de \a pierre ■: pourquoi dans Vathé- 
iïome la matière eft femblable à de la bouillie, 
dans le fie 'atome à du fuif ou à de la graiffe, & 
dans le mélicerit à du miel ; & pourquoi dans 
d'autres tumeurs on trouve d'autres matières 
plus étrangères ou diverfement mélangées. 

Les athéromet ,ftéatomes £5 mélicer'u qui fe for- 
cent aux paupières, étant femblables aux autres 
tumeurs de cette nature q ui viennent dans les au- 
tres parties du corps , ils font fi aifez à distinguer 
,-des autres tumeurs de différente efpece, qui? 
& 3 eft pas néceiTaire d'en marquer ici lesiignes; 



•d e l'Oe S t. 4f£ 

mais pour les diftinguer entr'eux, iî eft affez dif- 
ficile avant qu'ils foient ouverts, & que l'on voye 
Jes matières. 

A l'égard du prognoftic qu'on en peut faire, je 
dirai que ces tumeurs ne peuvent que beaucoup 
incommoder par la teniion & la pefanteur qu'el- 
les caufentaux paupières, & le relâchement qui 
,en peut arriver ; & que fi elles font grandes , il fera 
très-difficile deles guérir fans qu'il en refte quel- 
que difformité conlidérable. 

Ainii pour leur cure, on doit dans le commen- 
cement, & quand elles font encore petites, tâ- 
cher de les ré foudre, ou au moins de lesdifpofer 
à fuppuration par le moyen des cérats , emplâtre/ ; 
êc autres remeci es émolliens Ç$ résolutifs , tel qu'eft 
par exemple, le cérat tait avec une demie once de 
gomme ammoniac dijfoute dans Je vinaigre £5" pajfée. 9 
deux gros de cire neuve , £> une once de moelle de vpau % 
fondues & difîbutesenfemble ; ou l'emplâtre fui- 
■vant. 

On prend une demie once de gomme ammoniac de 
Ja plus pure , qu'on met dans le petit mortier 
chauffé , & avec le pilon pareillement chaufté on 
la triture jufques à ce qu'elle foit amollie, on y 
ajoute enfuite une once de poix noire que l'on triture 
de même, puis on y mêle deux gror de fleur de fou- 
fre , pour en faire une malle d'emplâtre dont on 
étend un peu fur du linge ou de la peau, & qu'on 
applique fur la tumeur. On peut auffi fe fervir 
efficacement de l'emplâtre oxicrofeum , ou dudiœ- 
chylcn avec les gommes , ou de l'emplâtre de vigo aves 
le mercure. 

Si par ces remèdes ou autres la tumeur ne fe 
ré fout pas , & qu'au contraire elle s'échauffe & 
.s'amoliife, ou s'il y a déjà long-tems qu'elle dure, 
■Se quelle foit grofîe, il eft inutile de tenter fa 
guérifon par les remèdes, onendoit venir! l'o- 
pération,. 



^6 "Des Maladies 

Quelques Auteurs confeillent d'incKerenlon^ 
la peau des paupières qui recouvre ia tumeur, 
& quand elle eft' bien découverte , de paiTer au- 
travers une éguiile enfilée, pour, en tenant les 
.deux extrémitez du fil, élever la tumeur d'une 
main,& de l'autre main avec la pointe du fcaî- 
pel la féparer doucement de la paupière, enfor« 
te qu'on l'enlevé entièrement avec fon kift. Cela 
eft fort aifé à dire à un Théoricien qui n'a jamais 
mis la main au fcalpel , mais très-difficile à exé- 
cuter. Si la paupière étoit fiable, & qu'elle eue 
beaucoup d'épaitTeur ; ou fi d'ailleurs le kift qui 
renferme la matière de l'athérome, ne tendit 
aux parties voifines que par quelques fibres mem- 
braneules & délicates, ou par quelques petits 
vai fléaux, comme il arrive à deux ou pîufieurs 
mufcles qui fe touchent, cela fe pourroit: mais 
il n'en eft pas de même, cette membrane n'étant 
autre chofe qu'un compofé des fibres membra- 
neufes, ou plutôt que la membrane même des 
parties entre lefquellesla matière de l'athérome 
.a commencé de s'épancher, qui s'eft étendue^ 
.épailiie & endurcie , à mefure que le fuc nourri- 
cier s'y eft épanché Se smafie ; elle fe trouve in- 
timementunie aux parties voilïnes, en telle forte 
^qu'on ne l'en peut féparer fans les intérefler. Et 
comme cette union eft d'autant plus forte , que les 
parties font plus privées de graille, comme on 
Je remarque dans les diverfes opérations que l'on 
fait pour féparer de femblables tumeurs en d'au- 
tres parties; il feroit très-difficile, pour ne pas 
dire impclTible, de féparer un athérome ou une 
autre femblabJe tumeur. qui feroit dans la pau- 
pière, fans endommager confidérablement le 
■mufcle orbiculaire ou d'autres parties, ou même 
fans percer entièrement îa paupière, vu qu'elle 
<&û privée de.graifte, qu'elle a fort peu d'épaif- 

leur a 



DE l'Oe ÎL. , 4*7 

feur,& qu'elle eft fort mobile. Pour donc éviter 
cesaccidens, voici comme on doit agir, 

On ouvre la tumeur félon fon étendue avec la 
lancette, faiîantVmcifîon fuivant la longueur de 
la paupière, on fait enfuite fortir la matière îe 
plus qu'on peut; puis éloignant avec deux doigts 
ks lèvres de la plaie, on touche le fond avec la 
pierre infimale ou avec Vefprit de vitriol , comme 
je l'ai dit ci- devant : on couvre après l'ouverture 
d'un petit plumaceau fec & d'un petit emplâtre 
de diapahm dijfout avec l'huile rojat , & fur tout 
l'oeil en met un dc'finff, une comprefTe & le ban» 
dange ordinaire. 

Dans le fécond panfement on trouve l'ouver- 
ture diminuée en grandeur , & le kift fi refierré , 
que le fond paroit fort fuperficieî:on y introduit 
avec un petit pinceau un peu d'œgypuac mêle avec 
partie égals de fuppu rat if 'pour l'anbiblir, & dans 
cet état, & pour la petite quantité qu'il en refte 
dans le vuide, ilneiert que pour mondifier un 
peu foi Cément. Dans les autres panfemens, quan.1 
lafuppuration commence aie faire, & que l'aï— 
cere fe mondifie, on juge fi le kift eft fuffifim- 
ment confomm : , ce qu'on connoit par fa cou'eur 
vive; s'il ne l'eft pas, on le touche encore comme 
deffus , ou on y introduit un peu d'œgyptiac ou 
autres cathérétiquet doux;& quand on voit qu'il 
l'eft affez , on achevé de guérir l'ulcère pat les 
remèdes ordinaires. 

"On ne doit point craindre que la pierre infernale 
ou l'ejprit de vitriol pénètrent trop profondément. 
Comme ces remèdes ne féjournent pas, ils n'en- 
lèvent qu'une petite fuperfîcie. D'ailleurs quand 
la tumeur eft vuide, le kift en fe refferrant, ac- 
quiert d'abord un peu plusd'épaiffeur que ces re- 
mèdes ne peuvent enlever d'un premier coup. I! 
n'eft pas même néceflairede le confommer en- 

V 



$%% Des Maladies 

écrément, pourvu qu'on emporte fa fuperfirie 
intérieure , il furflt ; îe refte fe diminue fi tort par 
la fappuration , qu'ii ne s'y peut plus taire d'amas 
de nouveau. J'ai guéri plufieurs tumeurs fem- 
blabîes fuivant cette méthode , fan- qu'il Toit ar- 
rivé aucune récidive ;& entr'autres un athe'rome 
qui étoit gros comme le pouce , quoiqu'il foit 
rare d'en voir de cette grofiéur aux paupières. 



CHAPITRE XIII. 

7» De Vtyiatis des anciens, eu tumeur adipeufedes 
paupières. 

CE terme à'tydatis femble d'abord fignifier 
fimplemeot une petite veflîe fuperficielle 
pleine d'eau, fuivant Pufage ordinaire, ck comme 
on appelle les petites tumeurs remplies de féro- 
fîttz qui fe font fous 1 epiderme, ou celles qui fe 
font à la fuperficie des parties intérieures du 
corps. Ce n'eft pas cependant ce que nos Auteurs 
entendent par ce terme à l'égard des paupières. 

Paul, Liv. 6 Chap. 14 dit que c'eft une fubf- 
tance greffe & contre nature , couchée fous la 
pea« de îa paupière fupérieure. Qu'en queîques- 
ujgs , & particulièrement aux enfans qui font fort 
humides, cette fubftance croît, & caufe plufieurs 
accidens fâcheux ; qu'elle charge l'œil , excite de s 
fluxions & des inflammations qui font plus vio- 
lentes le matin , d'où vient que les malades ne 
pesryent voir le grand jour , & que l'oeil leur 
tremble & pleure ; que les paupières femblent 
èïze enflées au-deflbus desfourcils,& qu'elles ne 
vent fe relever quand il eft befoin d'ouvrir 
I o:i3 ; & qu'enfin lo fqu'on les comprime avec les 
.doigts écartez, ce qui eft au milieu s'enfle. 






se l'Oeil. 4^9 

Que pour guérir cette maladie par l'opération, 
ayant fitué commodément le malade , on preiïe la 
paupière avec le doigt indice, & celui du milieu 
un peu écarté , pour ramaflfer au milieu toute la 
fubftance grafTe, pendant qu'un ferviteur debout 
derrière le malade lui foutient la tête, & de fes 
doigts pofez fur le milieu du fourcil , fouleve 
doucement la paupière , on fait a\QC une lancette 
uneincifionde travers en ia paupière, (cela Je doit 
entendre eu égard à toute la face , c*efi a dire , Jllon 
U longueur de la paupière ) qui ne (bit pas p'us 
grandequecelled'anefaignee,&qui ne pe'netre 
<}ue la peau , ou jufqu'à la fubftance graffe , fe 
donnant de garde de poul'èr pins avant, de 
crainte de bleffer les mufcles de la paupiete, 
même de la percer entièrement, & 'ofteafer la 
cornée: Wncihon faite, (i Vhydat'u paroit, ( n a 
tire,finonon augmente douceme it.1 inci(ion,& 
Xbydatif fe préfentant, avec les doigts envelop- 
pez d'un linge ufé , on la prend , & la remuant 
deçà & delà , & quelquefois en la tournant , on 
l'arrache. Puis on applique des linges trempez 
dans de Veau ï5 du vinaigre , que l'on contient avec 
un bandage convenable. Il ajoute que quelques- 
uns jettent dans l'ouverture avec le bout de I'é- 
prouvette du fel broyé , afin ques'i' relie quelque 
chofe de ï'hydatis, elle foi* confommée;& qu'au 
fécond panfement,s'il n'yapoint d'inflammation, 
on applique des collyres en forme de liniment , 
ou du lyctum, ou du gJaucium, ou du fojfran, & 
s'il yen a , outre ces coliyres on fe fert des cata- 
plafmes ou autres remèdes propres àl'âppaifer. 

Celfe , Liv. 7. Chap. 7. décrit différemment 
cette maladie, difant qu'il vient en la paupière 
fupérieure des veflies grafles Scpefantes qui l'em- 
pêchent de s'ouvrir qu'avec peine , & qui pro- 
voquent une fluxion de pituite légère & fubtile, 

V ij 



4-6o Des Maladies 

( il entend un larmoyzmwt d'humeurs féreufes , V-& 

que pour l'ordinaire cette maladie arrive aux en- 

iariéi 

Pour l'opération il agit comme Paul : il dit feu- 
lement de plus, qu'il faut fe donner de garde de 
blefier la vetlie qui renferme l'humeur, & qu'ainii 
entière, on l'arrache aiiément ; mais que lorfque 
..La- veine eft inciiée & l'humidité épanchée, il eit 
bien difficile ;& que ii cela arrive , il y faut ap- 
pliquer des remèdes fuppuratifs. 

Aëce appelle Amplement cette maladie une tu^ 
■meurdsTœiJf&L dit que fa caufe vient d'une fluxion 
d'humeur aqueufe ; que fes lignes font l'enflure & 
l'élévation delà paupière qui efl: décolorée, pe- 
faute & difficile à remuer; quelle efl quelquefois 
pâle & quelquefois fl relâchée que fon bord def- 
cend plus bas que le noir de l'œil , avec une tu- 
meur lâche qui obéit & fe perd quand on la preffe 
du doigt, & foudain retourne, comme il arrive 
aux tumeurs venteufes ; & que toutefois pour 
l'ordinaire elle eft fans douleur , & de même cou- 
leur que l'habitude naturelle. Cet Auteur la guérit 
fansChirurgie , patabjlinence,c!yJleref,maJlicatoires, 
fbmôtHaiions , onBions , &C 

Nos Modernes qui ont écrit de cette maladie , 
ont tiflii leursChapitres du Texte de ces Auteurs 
que je viens de rapporter: d'où vient que les def- 
criptions qu'ils ont faites de cette maladie , font (i 
confufes qu'il eft difficile de connoîtte ce qu'ils 
ont voulu enfeigner. En efFet , que peut- on juger 
d'une defeription compofée de trois deferiptions, 
.& plus même 5 aufti dilfemblables ; & à quoi s'eia 
cen-.r? 

Pour moi, comme je ne fçaurois écrire d'une 
•maladie que je ne connois poyit , & qui ne m'eft 
point tombée en pratique, j'ai mieux aimé rap^- 
porter en abrégé & féparément les différens 



DE l'OezC, 4^ï 

tierces des Auteurs qui en ont fait une Defcrîp- 
tien piuséxadte, afin de pouvoir au moins faire 
connoître ce qu'ils ont entendu par tydatis. 

Parla Defcriptionde Paul,c'ef>un amasd'urre 
graille forthumide/puifquela prenant avec deux 
doigts écartez , ce qui eft au milieu s'enfle , Se 
qu'elle eft capable d'exciter tous lesfymptômes 
rapportez. Il y a apparence qu'il n'a pas crû 
qu'elle fût recouverte d'une membrane, puis- 
qu'il n'avertit pas de fe donner de garde dte la 
bleiler dans l'opération, mais feulement d'offèn- 
fer les mufcles, ou de percer la paupière & de 
blefler l'œil; & elle doit, félon lui être fort n- 
breufe, puifque pour la tirer il enfeigne de la 
prendre avec les doigts, & de l'ébranler deçà Se 
delà & en tournant. J'avoue que je n'ai point en- 
core vu defemblable maladie; mais que ii h De f- 
cript ; on que Paul en fait eit vraie, & n cette ma- 
ladie fe rencontre quelquefois en pratique , je dis 
que l'opération qu'il propofe eft allez jufte , & 
qu'on la peut pratiquer, 

Par celle de Celfe , c'efl: un amas d'humeur 
dans une veflle ou kilt particulier: ce qui a fait 
conjedurer à quelques-uns qu'il entendoit par 
bydatis un athéroms : cela peut être ; mais cet athé ■ 
roms feroit de la nature de ces faux athéromsf , qui 
ne renferment qu'une humeur claire , glaireufe 
ou onétueufe, comme on en rencontre fouvenc 
de femblables en d'autres parties. Et quand cela 
feroit, fa membrane ne quitteroit pas fi aifé- 
ment, comme je l'ai dit dans le Chapitre précé- 
dent ; & pour en faire l'opération , il faudroit 
fuivre la méthode que j'ai propofée dans ledit 
Chapitre. 

Et enfin félon la Defcription d'AeceP/^V/j-ne 
fèmble être autre chofe qu'un œdemj de la pau- 
pière dont j'ai parlé ci-devant ;& en cefens il a 

V iij 



462. Des Maladies 

eu raifondene point propofer d'opération, ce^s 
maladie fe pouvant guérir par les remèdes. J'ai 
vu fouvent de fembîables œdèmes, & qui font 
même fort communs, non- feulement aux enfans, 
mais auffi aux peifonnes plus âgées , que j'ai 
guéri comme je l'ai dit au Chapitre VIL 



CHAPITRE XIV, 
8. Des verrues des paupières» 

LEs verrues qui font des petites excroiflances, 
ou des petites tumeurs charnues qui s'éleventr 
au-deflus de la peau , & dont la caufe eft fern- 
blable à celle de toutes les autres excroiffances 
charnues, attaquent les paupières comme beau- 
coup d'autres parties du corps. Elles naiflent ou 
fur leur fuperfîeie extérieure , ou fur l'intérieure, 
ou fur leurs bords. 

Ceile qui a la bafe ou racine grêle & longue , & 
une tête plus large & de médiocre grandeur, (a) 
vient le plus fouvent far la fuperfîeie extérieure , 
ou au bord des paupières. C'eft la première ef- 
pece de verrue pendante ( b ) 

Celle qui elt appellée thymaïe , (cj à caufe 
qu'elle reiîemble en figure & en couleur à la tête 
du vrai thym blanc de Candie, ou verrue porrale , 
pour fa retfVmblance à la tête d'un poireau , fé- 
conde efpece de verrue pendante , eft une petite 
éminence charnue pareillement étroite , mais plus 
comte par le bas, & large parle haut, âpre, iné- 
gale ou crevacée par-defîus , de couleut blan- 
châtre ou rougeâtre, & fans douleur, quand elle 

(&)EIU ejl affçllét Acrochordon. (b) Verruca penfilis. (c ) 
Thymus. 



DE i/OeïL. 46* 

efc bénigne ;& quand elle eif maligne, cette ém^ 
nence eit plus grande, plus dure , plus âpre, de? 
couleur livide, fanieufe, douloureufe&s'jiritanî,. 
quand on la touche , ou qu'on y applique des re- 
mèdes. Elle Te forme plutôt en la partie racé- 
rieuredes paupières, & quelquefcisauili en l'ex- 
térieure. Quard cette verrue eft petite , elle re- 
tient le nom de thymale;{k quand elle eft fort 
grande, on l'appelle un fie , ( a ) à caufe âsia ref- 
femblance à une figue. 

Et celle qui eft à bafe large, (b) qu'on peut 
appeller fourmilière , ( c ) parce que par le grand 
froid elfe caufedesdouleui s qui imitent les pico- 
temens des fourmis, eit uneéminencede la peau 
peu élevée, ayant la bafe large, & qui diminue 
vers le haut , qui eft calleufe, quelquefois noi- 
râtre , & le plus fouventrougeâtre ou blanchâtre, 
ou de la couleur de la peau , & qui a plusieurs 
petites énrnences femblables aux petites émi- 
nences ou aux grains d â une mûre , d'où vient 
qu'on l'appelle auffi meufale ou morale. Elle vient 
plus ordinairement en la partie intérieure des 
paupières, Voilà les trois efpeces de verrues qui 
arrivent le plus communément en ces parties. Je 
n'ai rapporté leurs différent noms, qu'aiîn qu'on 
les puiiiè recon:ioître dans les Auteurs, 

Quand ces verrues font au-dehors, elles font 
plus feches , plus fermes , moins fujettes à faigner, 
quoique crevaflées, Se fouvent elles font pref- 
que de la couleur de la peau, particulièrement 
q uand elles ne font pas chancreufes ; & quand elles 
font à la fuperficie intérieure des paupières, elles 
font humides, moliafTes, fujettes à fafgner pour 
le moindre attouchement , même à être puru- 

(a ) Ficus en Latin. Svcofis en Grec. ( b ) Verruca feiîilis. ( c ) 
Mvrrneria des Grecs. Et Formica des Latins. 

V iuj 



4&f Des Maladies 

lentes, quoique non malignes, à caufe qu'elles 
s'échauffent, & s'ulcèrent aifément pour l'humi- 
dité du lieu,& le frottement fréquent des pau- 
pières ; leur grofleur le plus fouvent n'excède 
pas celle d'un pois, & leur couleur eft ordinaire- 
ment d'un rouge blanchâtre, à peu prèscomme 
ces chairs fongueufes qui nairïent dans les ulcères. 

Les verrues pendantes , quoiqu'étroites par le 
bas, ODtdesvaifleaux à leur bafe qui les abbreu- 
vent, & qui font fi confia* érables j eu égard à leur 
peu de volume, que loifqu'on les extirpe, il en 
fort du fang affcz abondamment. Quelquefois 
e îles tombent, fediiTipent,cx fe guériflent d'elles- 
mêmes, particulièrement celles qui viennent en 
la partie intérieure des paupières, qui renaiflent 
auffi allez fouvent: quelquefois même les unes 
& les autres s'enflamment, ous'abfcedent en leur 
tête ou s'ulcèrent : & quelquefois auffi api es être 
tombées, abfcédées ou ulcérées, leur racine res- 
tante fe grofïit infenfibîement,& fe convertit en 
une tumeur fchirreufe ou chancreufe. 

La première efpece, quand on la tranche, ne 
îaifie aucune racine, & par conféquent ne revient 
point ; & la féconde efpece , à caufe d'une petite 
racine ronde & quelquefois filamenteufe qui refte 
enfoncée dans la chair, eft fujette à germer de 
nouveau, à moins qu'on ne confomme cette pe- 
tite racine. 

Les verrues à bafe large rarement guérifTent, 
fi on ne les panfe, & même fouvent on ne les 
peut difîiper; & quand leur bafe eft fort large, 
on ne les peut couper fans qu'il y refte un grand 
ulcère dont les fuites feroient fàcheufes : c/eft 
pourquoi on ne coupe que celles dont la bafe n'a 
pas plus d'étendue que leur corps. 

Celles qui font malignes & chancreufes ne gué- 
rifTent point par les remèdes ;& il eft très-rare 



de l'Oeil 45? 

qu'elles guérifTent par l'opération, quand leurs 
racines font greffes & dures, & qu'elles rampent 
en plufieurs endroits de la paupière, à moins 
qu'on n'emporte la pièce qui les contient, encore 
cela eft-il Fort fufpe&. 

On diihpe ou emporte les verrues des pau- 
pieres par les remèdes ou p*r l'opération. Les 
remèdes ne conviennent qu'aux verrues de leur 
fuperficie extérieure, l'œil ne pouvant fouffrir 
de tels remèdes, fi on vouloit s'en fervir pour les 
verrues intérieures £t l'opération convient éga- 
lement aux extérieures & aux intérieures. 

Les remèdes dilïipent & emportent les verrues, 
en deiTéchant & abforbant l'humeur qui les 
nourrit, ce qui fait qu'elles s'atrophient enfuite 
& s'évanouiflent. Et de ces remèdes , les uns agif- 
fent iî lentement qu'à peine s'apperçoit-on de 
leurs effets, d'où vient qu'on dit qu'ils agiffent 
par une propriété occulte , comme le fuc laiteux, 
de pijjenlit , le fuc de chicorée verrucaire , de géranium 
robertianum , de pourpier, de millefîuiUe, &c.8t les 
autres agi fient plus puiflamment, comme le fuc 
de grande che'iidoine , h poudre defabine , î$c, On doit 
préférer ces derniers aux autres ; & pour s'en fer- 
vir pour les paupières , on doit incorporer la 
poudre defabine avec un peu de miel , pour en oindre 
les verrues trois ou quatre fois par jour ; ou les 
oindre de même du fuc de chél idoine^ jufques à ce 
qu'elles difparoifTent. Mais on les détruit plus 
promptement/w les remèdes cauftiquet , comme 
en les touchant légèrement avec Veau-frte , Pef- 
prit de vitriol , Peau de fublime, jdécrite au Chapi- 
tre X. que l'on rend plus forte s'il en eft befoin, 
ou ceile-ci. 

Prenez du verdtt , de l'alum, î$ du fel commun 
une àragme de chacun , du vitriol Romain , & du fît- 
hlimé corrofifde chacun une demie dragme ; pilez ces 

V v 



4 66^ Des Maladies 

chofes, &lesfaites bouillir dans quatre once t d'eau 
de pluie ou d'eau de plantain : filtrez la liqueur, & 
la confervez dans une pbiole pour vous en fervir. 
comme deflus: prenant garde qu'il n'entre d'au- 
cuns de ces remèdes dans l'œil. 

L'opération qui efl: le plus fur moyen & le 
plus prompt pour emporter les verrues confidé- 
rables des paupières, foit extérieures ou inté- 
rieures, fe fait en deux manières, ou en les liant, 
ou en les coupant. La ligature convient aux deux 
efpecesde verrues pendantes, quand elles font en 
dehors des paupières , ou à leurs extrémitez: on 
les lie d'un nœud de Chirurgien le plus près de !a 
peau qu'on peut, avec un fil de foye ou de lin ; 
ce nœud fe fait en paffant deux fois l'extrémité 
du fil par l'anneau qu'on forme d'abord , & par 
ce moyen on le ferre quand on veut, de jour à 
autre, jufques à ce que la verrue foit tomb^. 
S'il refte quelque petite racine, on la confomme 
en la touchant avec quelques-unes de/eaux cau- 
ftiques fufdites, pour empêcher qu'elle ne re- 
puilule; enfuite on defïeche l'ulcère reliant ou 
avec V onguent de tuthie y ou quelque collyre dejji- 
catif 

La ligature ne fe pratique point pour les inté- 
rieures , parce que le fil feroit un corps étranger 
qui incommederoit trop l'œil :ainfi on les coupe. 
Et pour ce faire, on prend avec le pouce&le 
doigt indice de la main gauche le bord de la pau- 
pière , on la renverfe , & avec des cifeaux qu'on 
tient de l'autre main, on coupe les verrues tout 
près de la peau, foit qu'elles foientàbafeîarge 
ou à bafe étroite ;cn laifTe enfuite abbaiffer la 
paupière, & le fang s'arrête prefque toujours de 
lui-même ; s*iî tardoit à s'arrêter, on feroit cou- 
ler dans l'œil quelque-; gouttes d'un collyre fait 
avec quinze grains de vitriol blanc, ^ unfcrupuh de 



D E L'OE i !.. 467 

loi de Levant lavé , difîbut dans deux omet &ea& 
de plantain y rendue fort mucilagineufe par I'jn- 
fuiîon^*? la gomme arabique ou fràgatanthe. On de£- 
feche enfin l'ulcère avec un coUyre dejjïcattf. 

On coupe auffi les verrues extérieures des pau- 
pières & celles qui pendent à leurs bords, de la- 
même manière que les intérieures; & pour le 
faire rarement , on étend avec deux doigts la 
paupière, & on les tranche avec la pointe des 
cifeaux; & fi le fang ne s'arrête, on fe fert d'une 
poudre faite avec une partie de -vitriol romain cal- 
ciné, deux parties de gomme arabique , £5" trois parties 
de bol de Levant , dont on met un peu fur un plu- 
maceau qu'on applique fur la plaie, & que l'on 
contient avec les doigts jufques à ce que le fang 
foit arrêté. On applique enfuite deiïus un petit 
emplâtre de diapalme, une cornpref]'e,& le ban- 
dage ordinaire , finiflant la cure comme je l'ai dit 
ci-devant. 



CHAPITRE XV. 
9. Du cancer des paupières, 

LEs paupières font auffi quelquefois travail- 
lées du, cancer , de même que les autres par- 
ties de la face, La dureté de la tumeur , fon iné- 
galité, fa couieur livide ou plombée, Isgrofleur 
& îa dureté des vai fléaux qui rampent en fa bafe ,. 
la. douleur qu'elle caufe, & l'irritation qu'on y, 
marque enfuite de l'application des remèdes or- 
dinaires aux autres tumeurs , font afïez connoi- 
tre cette maladie. 

Il commence ordinairement par une petite tu- 
meur dure & douloureufe de la groffeur d'un 
grain de bled, & qui augmente infeniiblement ; 

V vj, 



4 68 Des Maladies 

& quelquefois aufïi par quelqu'une de ces petî^ 
tes tumeurs qui fe font par congefïion, & dont 
j'ai parlé ci-devant; ou par une verrue naifTarte, 
qurnd ces maladies dégénèrent de leur nature. à 
l'occafion de quelque acide malin qui s'y mêle 
dans la fuite. 

Fort fouvent le cancer des paupières ne s'ulcei e 
point , demeurant dans un état fixe fans augmen- 
ter. Il croît aulîl quelquefois demefurément, ou 
s'ulcère. Et de quelque manière qu'il fait, il s'irri- 
te, lorfqu'on veut tenter de le guérir ou par les 
remèdes, ou par l'opération, à moins qu'il ne 
ioit encore que naifTant. 

Ainfi quand il efr dans cet état fixe & fans ul- 
cération, on ne doit point entreprendre de le 
guérir par les remèdes qui amoliflent, fuppurent 
ou réfolvent les autres tumeurs, dans la crainte 
de réveiller fon levain malin, ce qui lefeioit 
roanifefkment augmenter & ulcérer: au lieu que 
le laifiant en repos, il peut demeurer fort long- 
tems en cet état, fans que de lui-même il s'é- 
chauffe ou s'ulcère, comme l'expérience le fait 
connoitre. L'opération y eft aufli fi fufpe&e , 
qu'elle eft rejettée unanimement parles meilleurs 
Praticiens, non- feulement pour les cancers des 
paupières, mais aufli pour tous les cancers de la 
face , qu'ils ont à ce fujet appeliez noJi me tangere , 
& cela à caufe des mauvaifes iffues des opéra- 
tions qu'on en a entreprises. En effet, on ne peut 
couper un cancer des paupières, fans enlever en 
même tems une partie de la paupière pour em- 
porter au moins fes principales racines ; ce qui 
cauferoitune difformité plus grande , & pour le 
moins aufli incommode que le cancer; parce que 
l'œil étant découvert, fe trouveroit expofé à 
toutes les injures extérieures. D'ailleurs comme 
il feroitimpoffible d'emporter toutes fes racines, 



d'e l'Oe IL. 469 

on ne pourroit apliquer fur cette partie des re- 
mèdes pour les confommer;ainfi bientôt après 
le cancer pullureroit de nouveau , & au lieu d'être 
caché , c'eft-à-dire non-ulcéré , comme il étoit, il 
s'ulcéreroit fi prodigieufement, qu'il occuperoit 
les parties voilines , & feroit enfuite périr mifé- 
rablement le malade. 

On ne peutdonc entreprendre qu'une cure pal- 
liative, quand le cancer s'échauffe, pour en re- 
tarder l'ulcération ;& quand il eft ulcéré, pour 
empêcher le progrès de l'ulcération, & éloigner 
autant qu'on le peut les fuites funeftes de cette 
maladie. 

A cet effet on employé les remèdes généraux, 
comme le bon régime devivre,lafaignée,& les 
purgations douces & fouvent réitérées. Ces re- 
mèdes font li abfolument nécefTaires , que fans 
eux les remèdes topiques procureroient peu de 
foulagement aux malades. On connoît aulli par 
expérience quelesévacuations naturelles, com- 
me le flux des hémorroïdes & celui des men- 
ftrues, font fi profitables , que fouvent elles ar- 
rêtent l'inflammation & appaifent la douleur; 
ainfi on les doit exciter, quand elles n'arrivent 
pas naturellement à ceux qui y font fujets. 

En commençant les remèdes généraux,on met 
auffi en ufage les remèdes topiques, choififlant 
ceux qui rafraîchi fient, tempèrent, diffolvent, 
& repoulTent doucement les humeurs malignes 
qui fe mettent en mouvement , tels que font le* 
eaux diftilées Je more II e , de ciguë , àe plantain, de 
fray de grenouilles ou de grenouilles entière*, de ver* 
de terre , feules ou mêlées enfemble,& dans lef- 
quelles on fait fondre du feî de fat urne. On fe fert 
auffi des fucs de ces plantes, & de ceux de géra- 
nium , de feabieufe , $5 d'herniaire , même du fuc 
d" écrevtffes pUes dms an mortier de plomb. On trem- 



47 o De s M a l a d i e s 

pe des linges dans ces liqueurs tiédes, qu'on ap- 
plique fur le cancer , Se qu'on renouvelle à me- 
tare qu'ils fechent On y applique même du fro- 
mage mou , ou du lait caillé ', ^/ tranches de chair d s 
veau que l'on change quand elles fe corrompent , 
& plusieurs autres remèdes femblables ; le don- 
nant bien de garde de fe fervir d'aucuns remèdes 
qui fuppnrent, ou qui repoufient fortement, on 
qui foient trop a&ifs ou pénétrans; parce que 
tous ces remèdes feroient capables d'augmenter 
le mouvement de l'humeur, & delà fermenter 
à un tel degré, que le cancer s'ulcéreroit infailli- 
blement. 

Quand le cancer eft ulcéré , les remèdes fufdits 
y conviennent ; mais on adoucit plus puiflamment 
l'acide malin & corrofif, en y appliquant auiii 
en même tems la poudre faite avec le plomb fondu, 
avec le mercure cru. Le plomb brûlé $3 lavé , la lithar- 
ge , la cêrufe , & le minium aufjl lavez , la tuthie pré- 
parée , C5 tour 1er bols £? terres figilïées , adouci lient 
auffi l'acide du cancer. Les poudres d'écrevtjfesïs! de 
grenouilles, de crap aux calcinez y font eftimées de 
bons fpécifiques pour mortifier l'acide malin de 
tous les cancers ulcérez. La corne de cerf calcinée , 
toutes fortes de coquillages , les os eu arrêtes des poif- 
font de rivière , ceux de moine , ou d'autres poijjons de 
mer, n'ont pas un moindre effet. 

On fe fer t de toutes ces poudres feu'es ,ou de 
quelques-unes mêlées enfemble,on enfaupou- 
dre le cancer ulcéré, & par-deflus on applique 
des linges ou compreiTesimbuesde quelques-unes 
des liqueurs fufdites. Ou bien on en prépare des 
efpeces d'onguens ou linimens que l'on fait avec 
quelques-unes de ces poudres minérales ,î$ parties 
égaler de quel qui s -une s des autres poudres , que Ton 
mêle enfemble, £c que l'on triture bien dans un 
mortier de plomb, en y ajoutant petit à petitww^ 



DE l' Oe I t, 47 r 

quantité fuffijante de quelques-uns des fucs fufdits 3 . 
rendus fort mucilagineux par l'infuiion de la fe. 
mcnce de coins, jufques à ce que le tout foit en 
confidence de Uniment. Quelques-uns ajoutent 
dans ces fortes de linimens Phuile d y œufs ,ou celle 
d'amandes douces ou autres ; mais les huiles font 
jours pernicieufes aux cancers. 

Voilà une partie des remèdes, & je puis dire 
les meilleurs , dont on peut fe fervir pour la cure 
palliative des cancers , foit ulcérez ou non ulcé- 
rez. Ne croyez pas cependant qu'ils foient im- 
manquables , je ne les propofe pas pour tels : car 
ils profitent quelquefois fi peu , qu'ils ne peuvent 
arrêter la furie de cette maladie, tant l'acide qui 
la caufe eft malin & corrofif. 

Ce que je viens de dire des cancers des paupiè- 
res, fe doit entendre des cancers parfaits & con- 
firmez: car quand ils font encore naiflans, qu'ils 
n'excèdent pas en grofTeur un grain de bled 3 
qu'ils font immédiatement fous la peau extérieu- 
re des paupières, qu'ils font mobiles, fans raci- 
nes , qu'ils caufent u es- peu de douleur , & que le 
malade eft d'une bonne comp'éxion, on peut les 
enlever par l'opération ;& pour cela il faut bien 
prendre fes mefures pour n'en point laiiTer, & 
pour s'empêcher d'offenfer confidérablement les 
paupières. Voici comme j'ai fait une fois cette 
opération. Je fis pincer en long la peau extérieure 
de la paupière près du cancer , & je la coupai avec 
la pointe des cifeaux de côté & d'autre de la tu- 
meur ; puis je parlai une petite éguille CQurbe en- 
filée, d'une incilion à l'autre par labafede ladite 
tumeur; & l'élevant arvec le fil, pendant que je 
faifois étendre la paupière d'un angle à l'autre, 
je féparai entièrement la tumeur avec la pointe 
de la lancette, & je panfai enfuite la plaie à îa 
manière des plaies récentes , qui fut bientôt 



47i Des Maladies 

guérie, fans qu'il en foit atrivé dans la faite atv 
eun accident, le malade ayant vécu plus de dix 
ans après l'opération. 



CHAPITRE XVI. 

ro. Des varices des paupières. 

LOrfqu'un fang groffier & mélancolique fe 
grumelle, & s'arrête dans quelque rameau 
considérable de veines, il y intercepte la circula- 
tion dufang,deforteque le fang nouveau qui eiî 
continuellement pouffé par les artères dans les 
autres petits rameaux qui font en-deçà de l'ob- 
itrucfcion,ne pouvant librement circuler, rem- 
plit & étend tellement ces petits rameaux ds 
veines, que leur membrane fe relâche, qu'elles 
groffifTent confidérab'ement, s'endurciflent , & 
forment ce qu'on appelle varices. 

Le fang dans fa constitution naturelle peut en- 
core dilater des veines, & produire des varices , 
lorfqu'il eft arrêté dans quelques troncs ou ra* 
meaux considérables de veines, par îacompref- 
fion q relies foufrient à l'occafion de quelques 
tumeurs fchirreufes ou autres, ou de quelques au- 
tres caufes. 

C'eft ainfi que les paupières font quelquefois 
travaillées' de varices q ii viennent, ou à caufe 
que le fang s'arrête dans leurs veines par la com- 
prelfion de quelques tumeurs fchirreufes ou au- 
tres; ou à caufe d'unfang grofïier& mélancoli- 
que qui s'arrête , comme je viens de le dire. 

Ce n'eft point de ces varices des paupières qui 
accompagnent les tumeurs de ces parties, dont 
je précens traiter ici, puifque ces fortes de va- 
rices ne font proprement que des maladies fymp- 



de i/Oei l." 47 y 

tornatiques; mais de ces autres efpecesde varices 
qui nefemblent avoir d'autres caufes qu'un fang 
mélancolique & groiîier, & qui par elles-mêmes 
peuvent être coniidérées comme maladies. 

Quand le fang qui aborde incefiàmment dans 
les varic.s,ipzut trouver quelques petites veines 
qui fe joignent à d'autres qui s'infèrent au ra- 
meau obltrué au-delà de l'cbftru&ion , ou à 
d'autres rameaux ( comme ces foi tes d'unions ou 
anatomofes font fréquentes dans les veines ) il 
dilate infenfiblement ces petites veines, s'y fait 
des paflages; & quoique Ion cours ne ibit pas 
tout- à-fait libre, il ne laifle pas que de le renou^ 
veiler, & d'entraîner avec lui quelques parties 
impures les plus fubtiles du farg le plusgrofîler 
qui refte dans les varices ,8c par ce moyen il l'a- 
doucit, & l'empêche de s'altérer ou de s'aigrir 
conlidérablement ; de-là vient que ce fang grof- 
fier peut refter fort long-tems dans les varices, 
fans y caufer d'autre defordre que de les gonfler. 

Mais lorfque le fang qui aborde, ne trouve 
aucune iflue pour circuler, il refte dans ces veines, 
fe mêle avec celui qui y étoit déjà coulé , fe lie 
avec lui , fe fige & fe grumeîle, & fa lymphe alors 
fe féparant, s'aigrit & s'échauffe, patte au-tra- 
vers des membranes de ces vaifleaux, & fe jette 
dans les parties voilines qu'elle picote & enflam- 
me , & quelquefois les ulcère. 

Voilà pourquoi on remarque de deux fortes de 
varices aux paupières , de même que dans les au- 
tres parties du corps : de bénignes , c'eft - à-dire , qu i 
peuvent fubfilter du tems , fans apporter de gran- 
des incommoditez aux malades ; & de malignes, 
qui font toujours accompagnées de fymptômes 
fâcheux. 

Les bénignes caufent quelque difformité à la 
paupière, cfc un peu de pefanteur ou de difficulté 



474 Des Maladies 

à fe mouvoir ; mais les malignes , outre ces fy mp* 
tomes qui font beaucoup plus confidérables, cau- 
fent tantôt de la chaleur , & un picotement dou- 
loureux aux paupières, & taniôt un écoulement 
de férofkez acres & mordicantes c]ui échauffent , 
groffiflent & ulcèrent les bords des paupières ou 
leur partie intérieure , & excitent quelquefois 
une inflammation habituelle à l'œil. Et quelque- 
fois auffi elles acquièrent unn haut degré de ma- 
lignité, qu'elles tiennent en quelque façon de la 
nature du cancer. 

On ne travaille point à guérir les varices des 
paupières par l'opération ; on y feroit mal reçu à 
caufe de la nature de ces parties; on fe contente 
feulement avec les remèdes de les diminuer au- 
tantqu'onle peut, ou toutau moinsde les empê- 
cher d'augmenter, & d'en appaifer les plus fâ- 
cheux fymptômes, puifqu'on ne peut rétablir en* 
tiérement la confirmation viciée des vaifleaux 
variqueux. 

Et pour cela on a recours aux remèdes géné- 
raux qu'on commence par la faignée , s'il y a plé- 
nitude , pour en diminuant le fang , pouvoir plus 
aifément le purger de fes parties groflieres & 
mélancoliques, tant par les remèdes purgatifs or- 
dinaires & propres à évacuer cette humeur, que 
par les autres remèdes fpécifiques deftinez à cor- 
riger le dérèglement du fang , fi on juge qu'il 
tende trop à l'épaiffiflement & à la coagulation, 
comme font les décoUions de fqttine , de gayac & dû 
falfepareille , ou les décollions des plantes vulnéraires, 
ou autres remèdes femblables. 

Puis on pafTe aux remèdes topiques , & on met 
d'abord en ufage ceux qui amolli fient & fondent: 
le fang épaiffi & grumeîé, renfermé dans les v*- 
rsces, afin de le mettre en état de reprendre fon 
cours ordinaire. Comme par exemple , on prend 



DE L'OEIL. 47* 

des {éminces de lin , deffyllium , £5 de fœnugrec con~ 
caffee , un gros de chacune , des fleurs de camomille C£ 
de mélilot deux pincées de chacune , un demi gros de 
fajfran , £5" deux gros de myrrhe en poudre, qu'on fait 
bouillir enfemble dans une quantité fumTante 
d\au de pluie ou de jray de grenouilles , & fur la fin 
de la codion,on y ajoute un gros î$ demidefel ar~ 
moniac : ayant pafîe le tout par un canevas , on 
trempe des comprell'es dans cette décoction mu- 
cilagineufe , & on les applique chaudement fur 
les paupières, les renouvelant quatre ou cinq 
fois par jour. On en continue l'ufage pendant cinq 
ouiix jours, ou jufquàce qu'on juge que lefang 
grumeléfoitdifTout. Enfuite on fefcrt de fomen- 
tations qui reOerrent & fortifient les vaifleaux 
dilatez , comme par exemple, de la fuivante. 

On prend deux pincées de rofes rouges , deux gros- 
d'écorces de grenades ccncajjées , une demie poignée de 
feuilles d^abjynthe , £5" un gros d'alum, qu'on fait: cuire, 
dans une fumTante quantité de vin rouge : on pa fie 
enfuite le tout par un linge , & on trempe des 
eomprefFesdans cette fomentation tiède qu'on 
applique comme deflus. 

Si les varices font fuivies de quelques ulcéïa- 
tions^des paupières , on fe fert des collyres mondi~ 
jtans'S defféchans , propofez pour les ulcères des 
yeux :fi ces ulcérations font à leurs bords , on fe 
fertutilement de V onguent de tuthie , ou de quelques 
autres remèdes choiiis dans le Chapitre fuivant» 
Et fi elfes ont excité une inflammation habituelle 
à l'œil , on y remédie comme je l'ai dit au Cha- 
pitre de l'Ophthalmie,. 

Mais fi les varices font parvenues à un fi haut 
degré de malignité qu'elles foient chancreufes, 
on doit fe donner de garde d'y appliquer aucuns 
des remèdes fufdits, de crainte de les irriter ; & on 



476 Des Mal àî) tes 

doit fe contenter de ceux propofez dans le Cha* 

pitre précédent. 



CHAPITRE XVII. 

ï i . Des ulcères prurigineux , ou gratelles des pau» 
pieres , %> par occafion de la cbajjïe ou lippituae. 

LEs paupières font fujettes à plufieurs efpeces 
de gratelles qui approchent ii fort les unes 
des autres , que toutes leurs différences ne con~ 
ilftent qu'au plus ou au moins de malignité : d'où 
vient auffi qu'on les traite prefque d'une même 
manière. 

Lorfque les bords des paupières & leurs angles 
font rouges & légèrement ulcérez, qu'il en dé- 
coule une fanie ou chaflie baveufe & gluante , 
mêlée de larmes acres & Talées qui caufent une 
demangeaifon incommode , & une extenfion de 
chaleur & de rongeur à toutes les paupières & à 
l'œil : les François appellent cette maladie galls 
des paupières. ( a ) 

Quand les paupières font peu enflées & peu hu- 
mides, & que la chafTie au contraire eft feche, 
qu'elles font rouges, médiocrement douloureafes 
& pefantes , & que de nuit elles s'attachent & fe 
collent enfemble à l'occafion d'une humeur plus 
groiIîere&épaiiTe, ce qui travaille beaucoup les 
malades le matin quand ils s'éveillent; cette ma- 
ladie eft une galle ou gratelîe feche des paupières. ( b ) 



(a) Les Grecs Pforophthalmia. Les Latins Lippkudo. Pruri- 
ginofa. 

fb) Les Grecs V Relient Xerophthalmia, Les Latins Lippir 
îiido axida, 



B E l'Oe IL. 47 7 

Mais lorfigue les bords des paupières & les 
paupières mêmes font plus dures que de cou- 
tume, qu'elles font plus rouges Se douloureufes 
que le matin , elles ne peuvent s'ouvrir que diffi- 
cilement & avec douleur, fans qu'il en forte au- 
cune humidité , s'y amaflant feulement à leurs 
bords & à leurs angles un peu de chaffie très- 
feche & dure,& que i'œil eft pareillement rouge 
& douloureux ; c'tft une galle ou gratelle dute des 
waupieref. fa ) 

Enfin quand dans la partie intérieure de l'une 
& de l'autre paupière, il y a des àpretez, inéga- 
litez , ficolîtez , fentes , & duretez accompagnées 
de rougeur & de prurit, c'eft proprement une 
dartre des paupières, ( b) dont on fait trois efpeces 
ou plutôt trois degi ez difrerens. Le premier eft , 
quand en renverfant les paupières , on voit 
qu'elles font en dedans rouges , inégales & âpres , 
& que le malade fe plaint d'une démangeaifon 
cuifante. (c) Le fécond eft, quand ces fymp- 
tômes font plus violens,& que l'on voit qu'il b'y 
élevé des petites éminences à peu près comme 
-des grains 'de figue. {d}Et le troilïéme eft, quand 
la maladie eft ii invécérée,que la partie intérieure 
des paupières eft ulcérée , & qu'il y a des fentes 
& des duretez calleufes. ( e) 

Lacaufe prochaine -de toutes ces maladies, eft 
sne humeur acide, acre, mordicante & falée. Et 
toutes les différences que l'on remarque dans ces 
gratelles & dartres , ne viennent que du différent 
ciélange des particules pituiteufes , bilieufes & 

( a ) Dite des Grées Sclerophthalmia, Les Latins Lippitud» 
X>ura. 

(b ) On l'appelle Trachoma. 

( c ) Dafkes 3 ou Danfuas palpebrarum. 

(d) tycofis , o:t Ficoika.s , & ficofa palpebra^ 

^e ) Thiiofis , ou Calloikas palpebr*. 



47B Des Maladies 

mélancoliques, & de la chaleur de l'âcreté ou de 
î'acidité, plus ou moins grande que ces humeurs 
contra&ent, fui vant qu'elles font plus ou moins 
altérées & corrompues. 

Ainfi plus de particules pituiteufes & moins 
de bilieufes,en fe corrompant, ulcèrent le bord 
des paupières , & produifent cette chaffîe gluante 
& prurigin;uje : moins de pituiteufes & plus de 
bibeufes , par leur corruption , caufent cette 
.chaffie feche , le mélange des mélancoliques fait la 
chajjîs dure ; & quand les mélancoliques excédent, 
ou qu'elles font également mêlées avec les bi* 
Jieufes , elles conftituent le trachoma , dont les dif- 
firens degrez ne dépendent que du plus ou du 
moins d'altérations ce ces humeurs. 

On ne peut, à la vérité , juger des différentes 
combinaifons de ces humeurs que par opinion : 
cependant, ii on conlidere que parmi ceux qui 
font travaillez de ces maladies , ceux que l'on dit 
être d'un tempéramment pituiteux, font les plus 
fujets à la première efpece les bilieux, à la fé- 
conde , & les mélancoliques à la troifiéme & à la 
quatrième ; on connoîtra que cette opinion n'eft 
pas fans quelque fondement Et quoiqu'il enfoit, 
il eft toujours confiant que ces humeurs étant 
échappées en quelques parties , en fe corrompant, 
-elles s'échauffent , s'aigritTent & deviennent fort 
acres , & qu'elles font les caufes non-feulement 
de ces maladies , mais aufli de quantité d'autres de 
cette nature. 

Ces maladies font aifées à connoître par la Des- 
cription que j'ai faite de chaque efpece , ainfi je 
ne dirai rien davantage de leurs figues. J'ajouterai 
feulement qu'elles n'occupent pas toujours les 
deux paupières, n'y en ayant quelquefois qu'une 
d'incommodée, & quelquefois même qu'une 
feule partie: que pouf l'ordinaire elles commen- 



de l'Oeil. 4-/9 

cent par le bord des paupières, particulièrement 
tes trois premières efpeces : que d'abord les ma- 
lades yrefTententun prurit qui les oblige d'y por- 
ter Couvent les doigts: enfuiteon remarque que 
le bord des paupières eit un peu plus gros qu'à 
l'ordinaire, & que les malades ont un peu plus 
de peine à mouvoir les paupières : puis ce bord 
rougit infenfiblement , & fe renveri> à mefure 
qu'il s'endurcit, alors il commence à couler de la 
challie. Si on regarde ce bord avec une loupe de 
verre ou de bonnes lunettes , on apperçoit une 
rangée de petits ulcères fuperfïciels qui croif- 
fent de jour à autre: ce qui fait connoîtieque ce 
font les extremitez de tous ces petits canaux ex- 
créfoiresqui fe terminent le longdu bord des pau- 
pières par delà les cils qui font ulcérez, & que 
ces maladies commencent d'abord par l'inflam- 
mation de toutes les petites glandules d'où par- 
tent ces canaux. 

Suivant que l'humeur qui s'écoule de ces petits 
ulcères e(t chaude de acre, elle échauffe la partie 
intérieure des paupières, & enflamme auffi la 
conjonctive , y excite quelquefois des puftules Ôc 
des ulcères, même auffi à la cornée tranfparente: 
ainfi cette inflammation, ces puftu!es,& ces ul- 
cères font alors des fymptômes de ces petits ul- 
cères prurigineux, comme il arrive quelquefois 
que ces petits ulcères font des fymptômes d'une 
longue ophtha'mie, & que fou vent aufli ils font 
des fymptômes des ulcères des yeux, dufebd ma- 
lin, de la âftule laciïmale,dïj cancer, des varices 
des paupières , & de beaucoup d'autres maladies. 

La quatrième efpece commence plus rarement 
par le bord des paupières , quoique dans la fuite 
il s'ulcère; mais par une chaleur & un prurit de leur 
partie intérieure qui augmente de jour à autre, 
jufqu'à les rendre inégales & âpres } & àycaufer 



4S0 Des Maladies 

enfaite 'les ficofitez , ulcères , fentes , & duretez ci~- 
deffus énoncées. Et comme cette efpecede grâ- 
telle participe bien plus de la dartre que les au- 
tres, elle s'étend auffi davantage, & eft plus fu- 
jette à pafier aux parties extérieures des pau- 
pières. 

Toutes ces maladies font très- opiniâtres «Se 
très-difficiles à guérir, & quelquefois même elles 
fe rendent incurables pour la difficulté qu'il y a 
d'appliquer aux paupières des remèdes aflezpuif- 
fans pour éteindre & abforber le levain acide in- 
filtre dans ces parties, & qui n'eft pas exempt de 
malignité. 

Les vieillards rarement en guériflent entière- 
ment, .quand unefoisilsenfont travaillez, quoi- 
que fouvent il n'y ait chez eux que le bord des 
paupières qui en (bit affeéké. Et ceux qui en ont 
été travaillez dès leur enfance , y font fort fujets 
pendant leur vie , auffi-bien que ceux qui font tra- 
vaillez d'écrouelles, ou d'autres maladies froides, 
ou dont le tempéramment y panche, & ceux qui 
ont eu les paupières gâtées de pullules , de la pe- 
tite vérole , de brûlures , d'ulcères ou autres fem- 
blables maladies. 

Lorfqje ces maladies fe rendent habituelles, 
on peut dire en quelque manière qu'elles fecon- 
vertiffent en des petits ulcères fiftuleux , puifqu'en 
effet on remarque aux bords des paupières de la 
callofité, & qu'il s'en écoule toujours quelqu'hu- 
nieur gluante qui detemsen temsflue plusabon- 
damment. Et quand elles fe font rendues ainfi ha- 
bituelles , elles deviennent fupportablespar la di- 
minution de la chaleur , du prurit & de la dou- 
leur. 

Pour la cure des ulcères prurigineux , il faut 
r ersarquer que lorfqu'ils n'occupent que le bord 
des paupières , qu'ils font fans inflammation ou 

très* 



DE VO E IL. 4$ï 

très-!égeres , que le prurit eft peu confidérable , 
que la challie n'eit ni acre, ni abondante, & qu'elle 
eft louable, que le malade n'eft point d'ailleurs 
fujetaux fluxions furies yeux, & qu'il n'y a chez 
lui ni plénitude,ni indice de caeochy mie , on peut 
obmettre les remèdes généraux , & cela encore 
d'autant plus fi ces ulcères font des fuites d'autres 
maladies qui font guéries , ou qui font près de 
l'être, & pour lefquelles on les a déjà mis en 
ufage ; mais dans toutes les autres rencontres on 
doit commencer par ces remèdes. Ainfi on pref- 
critau malade un régime de vivre doux & rafrai- 
chiflant, pour tempérer 'la chaleur & lVrimonie 
du fang: on le faigne , s'il y a plénitude ; on le 
purge pour décharger le bas-vertre de fes ex- 
crém n.s,& pour faciliter la fécrétion de ceux 
qui font contenus dans la mafle du fang : on palTe 
quelquefois au cautère ou au fetum, quand la ma- 
ladie eft violente ou habituelle ; on t mploye aafli 
Je bain d'eau îi/de,ôc généralement tu us les ie- 
medes propres à humecter , fondre , & évacuer 
les humeurs impures, & à les éloigner de* pau- 
pières. 

Pour ce qui eft des remèdes topiques , on doit 
fe fervir d'abord de ceux qui humectent, amp- 
lifient, & tempèrent la chaleur & l'acrimo: ie de 
l'humeur contenue dans les paupières; puis on 
vient à ceux qui détergent & deflechent les ul- 
cères. 

^ On commence donc par une fomentation qu'on 
fait avec les racines di guimauves , tes feuilles de vio- 
Iier , les fleurs de camomille , de mélilot & de boutUon 
'blanc, c5 les fenences de lin & de fcenugrcC. cuites 
dans une fuffifante quantité d'eau : la déco&ion 
étant pafi'ée, on y fait fondre pour une demie îivre 
quinze ou feize grains de Jd de Jaiurne , & dans 
cette déco-ftioc tiède, on trempe des linges avec 

% 



4$* Des Maladies 

iefquelson fomente les paupières pîufieursfois le 

jour, les appliquant enfuite defTus. 

Ou on fe ferr. de la même manière des eaux dijli- 
lées de fray de grenouilles t$ de lis , mêlées par par- 
ties égales, dans lefquellescnfait infufer des Je- 
mentesdelin de pffdium pour les rendre mucila- 
gineufes , y ajoutant , après les avoir pafTées , pa- 
reille quantité de fél de faturne pour pareille 
quantité de ces eaux. 

Quand après l'ufage de ces remèdes ou autres 
defembîabie vertu, on voit que les paupières ne 
font plus ii dures ni enflammées, & que la chafîie 
n'eft plus ii crouteufes ; on Te fert pour les ulcères 
de leur fuperiïcie intérieure de collyres plus ou 
moins mondifians & defîéchans,fuivant que ces 
ulcères font plus ou moins violens. Comme , par 
exemple, pour la première efpece. 

On prend de la myrrhe , de l'aloi-s, %> de la thutUe 
préparée de chacun un ferupuïe , du camphre Î5 dufaf- 
fran de chacun ft% grains , qu'on diffout dans quatre 
cr.ee s des eaux di filées de fœnouil & de m : el ; & de ce 
collyre tiède on lave les paupières intérieure- 
ment dix ou douze fois par jour , & on laifîe 
defTus un linge imbibé de ce remède. 

Pour îa féconde efpece , on rend ce collyre plus 
,déteriîf& deflïccatif,en y ajoutant un gros de fucre 
candi £5" fe;ze grains de vitriol blanc; & fouvent en 
cet état il convient auflî pour latroifiéme efpece. 
Q\z bien on fe fert du fui v an t. 

■On prend di la myrrhe £> de Valoes de chacun un 
fcrupule^du plomb brûlé & lavé ,î$ de l" antimoine 
lavé , de chacun vingt grains , un gros de fucre candi , 
J onze grains defel armoniac , £f fix grains de camphre , 
qu'ondifTout dans pareille quantité des eaux fuf- 
.dites/ 

On ajoute quelquefois dans ces collyres de U 
mn$ dp cerf calcinée ££ {ubtilyneM pulverifée , OU 



DE l'O E I L. 485 

autres femblabîes alkalis fixes $ dont la dofe eft 
depuis douze jufqu'à vingt grains: quelquefois 
aulli on y met dix ou douze grains de fleurs de Joufre . 
Comme auiTi au lieu de !' 'antimoine lavé , on fe fert 
defonfoye bien pulvérifé , & au lieu de plomb brûlé, 
on prend la litharge ou lacéruje qui font le même 
effet. On peut mêmefe fer vir également > au lieu 
des collyres fufdits , de ceux que j'ai propofez 
pour les ulcères de la cornée > en obfervant le 
même ordre. 

Tous ces collyres fervent auffi pour le trachoma, 
pourvu qu'on les rende un peu plus forts , en 
augmentant les drogues qui entrent en leur com- 
position , ou feulement en diminuant la quantité 
des eaux dans lefquelles on lesdiflbut , ou y aj ou- 
tant quelques grains de verdet ou de vitriol , s'il n'y 
en a déjà. Ou on fe fert du fuivant. 

On prend une dragme de tuthie préparée , deim 
Jcrupules d' ah'iïf , un jcrupule de verdit , & dix grains 
de camphre , qu'on dijjbut dans fix onces d'eau de rofes 
Î5 de vin blanc, mêlées par parties égales : on fait 
enfuite infufer le tout dans une phiole ou petit 
isatras , pour fe fervir de la liqueur claire comme 
defïus. 

On augmente ou diminue la force de ce collyre 
fuivant les degrez àutrachoma : on peut même , en 
l'afToiblidantVs'en fervir pour les autres ulcères 
prurigineux. L'exemple des collyres propofez 
pour les ulcères de la cornée, fait voir qu'on em- 
ployé quelquefois de plus violens collyres non ■ 
obftant la fenfibilité des yeux. Si on pouvoit gué- 
rir ces maladies avec de plus doux remèdes , ce 
feroit le mieux ; mais fouvent ces galles partici- 
pent fi fort des dartres , que les remèdes foibles 
n'y font rien. C'eft auffi ce qui obligeoit nos an- 
ciens ( quoiqu'ils fe ferviflent des collyres plus 
violens que les fufdits , comme on peut le voir 

X ij 



4^4 Des Malades 

dans Galien , dans Paul, dans Aëce& autres ) de 
ratifier la partie intérieure des paupières avec la 
pare- fonce , ou Vos défiche , ou les feuille s de figuier ', 
pour en excoriant ces galles prurigineufes , en 
faire écouler le fang, enfemble les férofitez bi- 
Jieufes , acres & malignes , & faciliter la péné- 
tration de leurs remèdes. Pratique rude , qui leur 
.devoir beaucoup faire appréhender l'augmenta- 
tion de la fluxion & de l'inflammation. 

Quand ces ulcères ou galles prurigineufes oc- 
cupent la iuperJicie extérieure des paupières, if 
r'eft pas bv Lin de tant de précautions : après 
qu'on les a hume&ées & amollies avec les fomen- 
tations précédentes , on fe fert du collyre ci- def- 
ù$ pour les mondifier & deuecher: on le rend 
dé me plus puiflant, s'i 1 eft befoin , en augmen- 
tant la dofe du uerâet : ou bien on fe fert de celui 
£ai£:aV€C une dagve d'œgyptiac qu^on dijjout dans 
Unis onpes d'eau de plsntam ; mais il faut bien 
prendre garde , quand les collyres font fi acres , 
qu'il n'en entre dans l'œil , de crainte de l'enflam- 
giec Cette femme dont Paré parle aa Chapitre 
X, de .ion i ? e . Livre , qui , pour un prurit , fe la- 
yoit les yeux du plus f jrt vinaigre qu'elle pou- 
«aît tfOih^cr , -n'appréhendoit point cependant 
4'augn2enter l'inflammation ni la dou'eur, puif- 
^u*au contraire elle avouoît n'avoir trouvé un 
xsmede plus fingulier. 

les yeux font plus offenfez par l'application 
àes recèdes onctueux, quoique doux, que par 
«slje de beaucoup de collyres foit fecs ou liquides, 
^uoiqu'i^s femblent plus piquans & plus acres ; 
cepeoéanc beaucoup de Piaticiens, contre cette 
serisé que l'expérience confirme , fouvent or- 
do®œ&t indifféremment des remèdes on&ueux % 
>,orcm€ onguens ou pommades ophthalmiques, 
tions des inâainmations de la conjonctive & des 



de l'Oeil* 48* 

paupières , fous prétexte qu'ils en ont vu quel- 
ques-unes guéries après l'application de ces re- 
mèdes; fans coniidérer que ces remèdes qui ne 
conviennent qu'aux ulcérations extérieures des 
paupières ,. & à celles de leurs bords ou de leurs 
angles , parce que ces parties font de la nature 
des parties fanguines , n'ont guéri ces inflamma- 
tions des paupières ou de l'œil que par accident; 
ou plutôt que ces inflammations n'ont cefle que 
quand les ulcères extérieurs des paupières ou de 
leurs bords qui les caufoient , ont été guéris pas 
ces remèdes. 

Tous les ulcères prurigineux des parties exté- 
rieures des paupières & de leurs bords , ne gué- 
riiTent pas même par ces remèdes: ceux qui parti- 
cipent beaucoup des dartres, yréfiftent,& même 
deviennent quelquefois plus rebelles : il n'y a qus 
les fimples ulcérations & celles qui tiennent de la 
galle qui leur cèdent ; encore guérillent-elîes 
plus promptement par les collyres ci-deflus. Ce- 
pendant , comme on a fouvent à traiterdes ma* 
ladesqui ne peuvent s'affujettir à fe faire appli- 
quer plufieurs fois le jour des remèdes fur les 
yeux, ou qui fontfi délicats, qu'ils ne s'accom- 
modent pas toujours de remèdes un peu cuifans % 
ou d'autres que la néceflité de vaquer à leurs af- 
faires, les empêche de fefervirde remèdes pen- 
dant le jour ; on eft fouvent contraint d'employer 
ces remèdes onctueux qui font plus doux pour les 
parties extérieures de l'œil, parce qu'ils agiffent 
plus lentement , & dont une feule application fuf- 
fit pour toute une nuit ou pour tout un jour. 

Par exemple,, pour une légère ulcération du 
bord des paupières on fe fert de \* onguent de tuthie , 
que l'on fait avec deux gros de iuthie préparée , g? 
une once de beurre frais , lavé plufieurs fois dans de 
Veau commune , 6c enfuite dans ds P&au de rofet , oue 

Xiij 



48S . Des Maladies' - 

Von mêîe bien enfemble , en les agitant dans un 
petit mortier de cuivre ou de plomb. On en met 
fa grofleur d'un petit pois dans le grand angle de 
l'œil malade; on ferme enfuite les paupières, & 
l'onguent, en fe fondant, s'étend par tous leurs 
bords dont il mondifie& cicatrife infenfiblemenc 
les petits ulcères , en appaife la chaleur, la dou- 
leur & le prurit , & en tarit la fource de la chaffie.. 
On ne doit préparer cet onguent que lorfqu'on 
s'en veut fervir; parce que le beurre, en vieilîif- 
fant devient acre , à eaufe des parties caféeufes 
<k féreufes qu'on ne peut fi bien feparer par les 
lotions, qu'il n'y en refte. Et c'eft pour cette rai- 
fon que iorfque l'on veut conferver quelque tems 
cetonguent,aulieudu beurre lavé, cndoit em- 
ployer du beurre fondu & purifié à la manière de 
celui que l'on prépare pour la cuifine. 

Si ces petits ulcères ne fe mondifient pas fuffi- 
famment par le moyen de cet onguent , on y 
ajoute un peu de myrrhe & d'aloës en poudre fublile,- 
ou on fe lert de la pommade Juîvante, 

On prend de la tuthie préparée ï$ du foye d'ami* 
moine lavé de chacun un gros > un demi gros d'aloes en' 
poudre fubtiîe , ftx grains de camphre pilé avec une 
amande pelée <5 une once d'axonge de porc bien lavée 
dans de Peau fimple t$ dans Peau-rofe , on mêle le 
tout enfemble pour s'en fervir comme deflus. 

Pour les ulcérations extérieures des paupières , 
on fe fert des mêmes remèdes dont on les oint 
deux fois le jour. Ou bien on fe fert du Uniment fait 
avec la litharge lavée , que l'on triture dans un mor- 
tier, y mêlant petit à petit dePhuile d'olives , du 
Juc de racines de patience, & un peu de vinaigre difiillé ,. 
je tout dans une quantité luffifante , pour pou- 
voir nourrir la litharge , & la réduire enconfiftence 
de liniment. 
On ajoute auffi quelquefois dans ces onguens > 



© E L'OeîË. 487 

pommades ou Vtnimens^ un peu defoufre vif en poudre > 
ou delà fleur de foufre , particulièrement pour les 
galles extérieures des paupières. 

LoiTque l'inflammation de l'œil qui accompa- 
gne ordinairement toutes ces maladies, eft peu 
confidérable, on n'y fait point de remèdes parti- 
culiers: tous lesfufdits, en guérifiant ces mala- 
dies, guériflent en mêmeteros l'inflammation qui 
n'en eiî qu'un fymptôme; mais fï elleefttrès-con- 
fidérable,on y employé alternativement les re- 
mèdes propolez pourl'ophthalmie. La cbafîe qui 
eft aulîi (un fymptôme de ces maladies, fe guérit 
par les mêmes remèdes. 

Les ulcérations habituelles des bordsdes pau- 
pières qui deviennent rouges, durs ôtrenverfez, 
avec un écoulement continuel de chajfîe, réfifrent 
fou vent à tous ces remèdes , particulièrement 
quand elles arrivent à des perfonnes âgées ou ex- 
trêmement cacochimes. Dans ces rencontres je 
me fuis quelquefois fervi avecfuccès d'un collyre 
mercuriel, fait avec ftx grains de fublimé corrojif, 
autant de camphre 15 vingt grains d'alum réduits en 
poudre, que l'on met dans une phiole dans la- 
quelle on verfe trois onces d'eau de plantain , puis 
on fait infufer le tout fur les cendres chaudes pen- 
dant cinq ou fix heures , & ayant filtré la liqueur 
on trempe un pinceau dedans , avec lequel on 
touche les bords des paupières cinq ouiix fois le 
jour , prenant garde qu'il n'en entre dans l'œil. 

Quoique le fublimé corrojif ferve de bafe à ce 
collyre, on ne doit point craindre de s'en fervir, 
il fait fi peu de douleur, qu'à peine s'en apper- 
çoit-on, à caufede la petite quantité qu'il y en 
entre, & qu'il fe trouve étendu dans beaucoup 
de liqueur: il nelaiiTe pas que de fondre puiflam- 
ment les calloiitez de ces ulcères , & d'en éteindre 
le levain malin ; on en augmente quelquefois la 

X iiij 



*88 Dès MalaBies 

dofe, quand on jage qu'elle n'eft pas afîez forte; 

De la chajjîe ou UppituJe». 

Gomme dans ces maladies & dans beaucoup 
d'autres de l'œil , il s'amafîe toujours de la chajfîè 
qui s'épaiffit pendant îa nuit , que de jour elle fe 
trouve plus délayée de larmes acres qui fluent 
quelquefois abondamment, & qu'enfin ces ma- 
îadies font prefque toujours fuivies de l'inflam- 
mation de l'œil : la plupart de nos Auteurs con- 
fondent \opkhalmie avec la Uppitude , comme fî 
elles n'étoient qu'une feule & même maladie ; & 
quelqu'autres confondent aufli la Hppitude avec 
les larmes, parce que ces deux excrémensfe ren- 
contrent toujours mêlez enfemble. 

Mais pourdiftinguer toutes ces chofes, il faut 
voir premièrement ce qu'on entend par ces deux 
excrémens ; Se en fécond lieu en quelles maladies 
on les rencontre. 

Par larmes y on entend on excrément féreux 
ou aqueux qui fe filtre par les glandes des envi- 
rons des y eux, qui dans fon état naturel fert à hu- 
mecter l'œil, & àconferverlacornéedansfa pc- 
liflure & tranfparence ; mais lorfqu'il dégénère 
beaucoup de fa nature , il contracte une acrimonie 
qui échauffe & corrode lafuperficie, non-feuîe- 
ment de la cornée & de la conjonctive , mais auilî 
celle de la partie intérieure des paupières , & 
tous les autres lieux par lefquels il païîe. 

Quand cet excrément s'épaiflit & devient 
g\iant , on l'appelle Hppitud? ou chajjîe. Or il ne 
vient en cet état -que par l'ulcération ou des mem- 
branes de l'œil , ou de la partie intérieure des pau- 
pières, ou de leurs bords, ou par l'altération des 
glandules de ces parties : car lacbajfîe n'eft pro-< 
prement que la matière purulente qui découlé: 



DE L'OS I fci 4S5 

des ulcères, & qui eft délayée & entraînée par les 
larmes ; ou bien le fuc nourricier vicié qui s'é- 
coule des glandu'es altéiées, & qui eftaufij dé- 
layé & entraîné par les larmes. 

Dans Vophthalmie & dans les ulcérations de la 
cornée & de )a conjcr.cxive, il y a pour l'ordi- 
naire beaucoup de larmes, particulièrement 
quand ces maladies font dans leur vigueur, parce 
qu'alors l'irritation eft grande; mas on ne ren- 
contre que peu ou point de chajjîe , à caufe que la 
matière de la chaîne étant en petite quantité , Se 
délayée dans une grande quantité d'eau, elle eft 
peu feufible ; & quand ces maladies commencent 
à décliner, les larmes diminuent, & elles de- 
viennent alors gluantes , & fe convertirent en 
chœjfie. Dans la fîftule lacrimale ouverte du côté de 
r"œil , 8c dans toutes les ulcérations --de la partie in- 
térieure des paupières & de leurs bords , & dans 
quelques autres maladies de cette nature, on re- 
marque beaucoup de chajjie , parce qu'il y a beau- 
coup de pus ou matière purulente délayée dans 
peu de larmes. Enfin dans \afobleffe ou dans Yulcc- 
ration des g^ndules des yeux ou des paupières, 
tjui viennent emuite des fluxions qui s'y font 
faites, on rencontre encore de la chajjîe, parce 
que dans ces rencontres les pores de ces glan- 
dules étant ou dilatez par l'abondance de l'hu- 
meur qui y a coulé , ou rongez & rompus par l'a- 
crimonie de cette humeur ,1e fuc nourricier trou- 
vant ces voyes ouvertes, s'écoule facilement a- 
vec les larmes , & fe condenfe en chajjîe. 

Puis donc que la chajjîe fe rencontre en plu- 
(ieurs maladies, on ne doit point appeller l'oph- 
thalmie lippitude , quoique l'opnthalmie foit 
quelquefois accompagnée de Uffituâe ;& d'au- 
tant plus que la UppituJe ,qui n'en qu'un fympto- 
iïie non- feulement de i'ophthalmie , mais auili de 

X v 



49° Des Maladies" 

toutes les maladies ci de/Tus énoncées , arrïvô 
fouvent dès l'enfance, & continue toute la vie ? 
quand elle eft excitée par un vice particulier des 
glandes, ou par quelques ulcères fiftuleux: au 
lieu que lorsqu'elle eft une fuite de i'ophthalmie, 
eîlenefubfifte qu'autant que I'ophthalmie. On ne 
doit point non plus confondre les larmes avec la 
Jippitud; , puifque leur confidence eft différente, 
& que d'ailleurs les larmes coulent fouvent fans 
fctre mêlées de chajjîe. 

Si la chajjie pendant la nuit s'amafîe plus abon- 
damment autour des paupières , cela vient de ce 
que pendant ce tems il ne s'e'coule pas une fi gran- 
de quantité de larmzs , parce que les yeux 6V les 
paupières étant alors fans mouvement, les glan- 
c'ules de ces parties ne font pas exprimées com- 
me pendant le jour;& de ce qu'au contraire iî 
coule plus de chajjïe, parce qu'alors les paupiè- 
res étant fermées, l'air extérieur nedefîeche& 
ne refTerre point la fuperficie des ulcères qui la 
produifent. Comme nous voyons que les playes 
Se les ulcères qui fontexpofez à l'air, ne fuppu- 
rent pas autant, comme lorfqu'on empêche l'air 
de les toucher. 

La chajjie étant aux ulcères des yeux & des pau- 
pières ce que \epuf eft aux autres ulcères de no- 
tre corps, comme je viens de le montrer, fes dif- 
férentes confiftences doivent faire connoître les 
différents états des maladies qui la produifent: 
ainfi quand elle eft en petite quantité & fort 
délayée de larmes , c'eft une marque que la 
maladie eft encore dans fon commencement: 
quand elle eft plus abondante, & qu'elle a un 
peu plus de coriiftence, qu'elle eft dans fon pro- 
grès.- quand elle eft plus gluante, plus blanche! 
ék plus égale, qu'elle eft dans fon état;& quand 
enfuite elle diminue , & qu'il y a très-peu de lar- 



de l'Oeil. 49 * 

mes, qu'elle eft vers fa fin. Tout cela s'entend , 
quand il n'y a' point de malignité : car quand la 
cha/Jie paroît comme de petit, grains, ou comme 
de petites écailles, qu'elle eit fibreufe ou tila- 
menteufe, qu'elle eft de diverfe couleur ou au- 
trement inégale, qu'elle celle de couler fans que 
la maladie folt diminuée, on juge ou que les ul - 
ceres d'où elle découle font viruïens & corrofifs , 
eu qu'ils font putrides ou en chemin de le devenir, 
ou quiis s'enflamment de nouveau. 



CHAPITRE XVIII. 

ii, De la chute des cil; , de leur dérangement, 
Ï5 de leurs autres vices, 

1. De leur chute. 

LA chute & le dérangement dis cils font fouvent 
des fymptômes cïes ulcères prurigineux qui 
attaquent les bords des paupières car quand 
l'humeur qui caufe ces ulcères, elt fort acre & 
falée, & qu'elle pénètre ju (qu'aux racines de ces 
poils, ou elle en altère ii fort l'humeur qui les 
doit nourrir, qu'elle eft incapable de fe porter 
dans leurs pores, & d'y prendre corps, ce qui fait 
que les cils fe deffechent & tomber t; 01 bien 
elle corrompt ces mêmes ra ines, & les détache 
des parties dans lefquelles font implantées pair 
les ulcérations profondes qu'elle y caufe : ainfi les 
paupières fe dépilent par d^s caufes prefque 
Femblables à celles qui font que les cheveux, les 
fourci!s,& le> autres poils du corps tombent 
dans ceux qui font infectez de teigne, de lèpre, 
de groffe vérole, & d'autres maladies. 

Les cils tombent encore } de même aue les cbe- 

Xvj 



49* Des Malapies 

veux , enfuite de quelques fièvres malignes; 
mais comme la caufe de cette chute n'eft que 
paiïagere,& qu'elle ne détruit ni leurs racines, 
ni la difpofition des pores de la peau, ils répul- 
lulent quelque tems après; aulTi ne met-on point 
cette chute au nombre des maladies des cils. 

Nos Auteurs qui ont toujours eu grand foin 
de donner des noms Grecs aux moindres mala- 
dies comme aux plus grandes, ont appelle d un 
nom général la chute des poils des paupières, 
madai fis , & en particulier celle en laquelle le 
bord es paupières eft fort rouge, milphofts ou 
miltofif,.8c celle en laquelle il eft épais , dur & 
calleux, ptileftr. 

Comme on ne doit point efpérer que les cils 
renaifient, quand leurs racines font entièrement 
confommées, ou quand les pores de la peau dans 
îefquels ils font implantez, font détruits; il eft 
aflez inutile d'employer ces remèdes chimériques 
propofe2 & tant vantez par nos Anciens, pour 
les raire engendrer de nouveau, comme font les 
Jientes d'hirondelles C5 defouris , 1er mouches brûlées , 
les noyaux de dattes calcinez, la graijje d^ours , Je 
miel, & autres remèdes femblables ; mais on doit 
bien plutôt s'appliquer à guérir les maladies qui 
ont cauféleur chute, avec les remèdes énoncez 
dans le Chapitre précédent. S'il refte encore 
quelques racines faines , & fi les pores de la peau 
ne font pis détruits, les cils remergeront allez 
d'eux-mêmes. 

2. Du dérangement des cils. 

De quelque manière que les cils foient déran- 
gez, cuand ils entrent dans l'œil, & qu'ils le pi- 
quent 1 , on appelle ce vice en général trichtafe, (a) 

.{*) Trichiafis. 



de î/Oeil; 495- 

tîont on Fait trois efpeces. La première eft quand' 
il paroît un double rang de cils , dont les uns fe 
portent en dehors, & les autres au-dedans de 
l'œil & l'ofFenfent (bj. La féconde eft quand on en 
remarque un plus grand nombre (c); ou félon 
Paul,lorfque le bord de la paupière fe renve'rfe 
au-dedans de l'œil , fans qu'il y aitde relaxation 
à la paupière. Enfin la troifiéme eft quand la pau- 
pière eft relâchée, & que fon bord fe retourne 
en dedans , enfemble le poil qui blefle aulli 
l'œil (</). 

Que des humeurs fupeiflues & fans acrimonie 
qui fe portent abondamment aux bords des pau- 
pières, y engendrent des cils fupeiflus , comme 
quelques Auteurs nous le difent, prévenus de 
cette opinion commune, que les poils font en- 
gendrez de la troifiéme coction ; c'èft ce dont je 
ne demeurerai jamais d'accord avec eux : puif- 
qu'au contraire j'eftîme qu'après la naifTance, il 
ne naît pas un feuï poil nouveau fur toute la fu- 
perfide du corps, étant tous formez de même 
que les ongles & toutes les parties dès la premiè- 
re conformation, & que s'ils ne paroifîent pas 
tous dès le moment de la naifTance , c'eft qu'ils 
font fi courts & fifubtils, qu'i T s fuyent fouvent 
les fens;mais on lesdifcerne très-bien avec une 
louçe de verre, & mieux encore avec le mi- 
crofcope , auiîi-bien que l'ordonnance qu'ils doi- 
vent garder pendant le cours de la vie. 

D'oti viennent donc , me dira-t-on , ces doubles 
rangs de cils que Ton remarque quelquefois aux 
paupières? Je répons premièrement, qu'à l'égard 
de ces cils qui femblent former deux ou plu- 
fieurs rangées ou auparavant on n'en remarquoit 
qu'une, cela vient de ce que la même humeur 

(b) Diftichiafis, (c) Phahngofis. (d) Phtofîs> 



494 Des Maladies 

qui eft ïacaufe des galles ou ulcères prurigineux 
des paupières , s'amaflant vers les racinesdes cils , 
y forme des petites tumeurs longuettes & dures , 
& groffit en même terns le bord des paupières ; 
& comme ce bord ne peut s'étendre aifément fui- 
vant fa longueur , à caufe du tarfe , qui eft ce pe- 
tit cartilage membraneux & demi-circulaire 
qui donne la même figure aux paupières, & fur 
lequel les cils font implantez, il faut néceffaire- 
ment que de ces petites tumeurs , les unes fe por- 
tent en dehors, & les autres en dedans, & qu'il fe 
fafle comme des petits plis au-dedans de ce bord : 
ainii les cils qui font obligez de fuivreîa même 
difpofition, doivent fe déranger, & fe porter les 
uns au-dedans de l'oeil, & les autres au-dehors, 
& former parconféquentde nouvelles rangées, 
quoique leur nombre n'en foit pas augmenté; 
comme il eft facile de s'en convaincre, quand il 
n'y a qu'un œil afre&éde cette maladie 4 en com- 
parant la paupière de l'œil fain avec celle du ma- 
lade. 

Secondement, je dis que ceux qui ont un dou- 
ble rang de cils, s'il eft vrai que cela fe rencon- 
tre dans quelques-uns, fans que leurs paupières 
foient affedées d'aucunes maladies , les ont dès 
leur naiiïance; & que ces cils ne doivent point 
par conféquent les incommoder, à moins que 
de leur nature, ou par la température de la ré- 
gion qu'ils habitent, ils ne foient fortfujets aux 
fluxions fur les paupières; en ce cas ils en fe^ 
roient fort fouvent ofFenfez,de même que les 
habitans d'Alexandrie en Egypte, chez lefquels 
on dit que la trichiaje eft fi familière , que pour la 
guérir ou la prévenir, on applique communé- 
ment fur le bord des paupières une lame d'or rou - 
gie au feu pour former une cicatrice furies po- 
res par lefquels les cilsfortent. 



de l'Oeil, ' 49 j 

La même humeur qui caufe la Uppitude fécbe , 
ou celle qui caufe la Uppitude dure, quand elle fe 
jette feulement aux bords des paupières, elle les 
tuméfie , & les endurcit du côté ou elle fe jette , 
& elle les rétrécit dans la partie oppofée : ainfi 
ces bords font déterminez ou à fe renvener en 
dehors, ou à fe replier en dedans, fuivant que 
cette humeur fe porte plus vers un côté que vers 
l'autre. Quand les bords fe renverfent en dehors 9 
ils caufent plus de difformité que de douleur; 
mais lorfqu'ils fe replient en dedans , tous les cils 
fe tournent du côté de l'œil , & caufent par leurs 
frotemens ôcpicotemens continuels une douleur 
très-vive. 

Voilà donc comme les deux premières efpe- 
ces de trichiafe , aufli-bien que la chute des cih, 
n'ont point d'autre caufe que celle qui produit 
les ulcères prurigineux des bords des paupières ; 
mais pour la troifiéme efpece qui fuit la relaxa- 
tion de la paupière, elle arrive, quand une hu- 
meur féreufe ou autre humeur fubtile & de mê- 
me nature fkie vers lafuperficie extérieure de la 
paupière qu'elle abreuve, relâche & tuméfie; ce 
qui eft proprement un œdème ou un empïnfême de 
la feule partie extérieure: car fi cette humeur 
abreuvoit également toute la paupière, elle fe 
relàcheroit à la vérité ; mais fon bord , au lieu de 
fe renverfer en dedans, tomberoit ou fe porteroit 
fur l'autre paupière, & la couvriroit en partie; 
ainfi les cils de cette paupière relâchée n'incom- 
modéraient point l'œil, mais bien ceux de l'au- 
tre paupière, qui en frotant contre la fuperficie 
intérieure de la paupière relâchée, y excite- 
raient de la douleur & de l'inflammation: parce 
que pour que ce bord fe renverfe, il faut qu'il 
foit tiré inégalement. De-là vient que non-feule- 
ment dans cette rencontre, mais aufft dans tou- 



^C des Maladies 

tes les tumeurs extérieures des paupières , leurs 
bords fe renverfent, quand ces tumeurs font 
beaucoup étendues. 

C'eft- toujours une fâcheufe maladie, quand les 
cils entrent dans l'œil , & qu'ils le piquent , parce 
qu'ils y excitent une douleur vive, qui eftfuivie 
de fluxion , d'inflammation , d'un écoulement 
continuel de larmes, & fou vent d'ulcères de l'œil ; 
tous fymptômes qui augmentent confidérable- 
ment la maladie dont ils dépendent, & qui fou- 
vent font caufe de la perte de la vue. 

Pour la cure voici l'ordre qu'il faut tenir. Les 
remèdes généraux , en cas qu'il en foit befoin , 
duement adminiftrez , on doit d'abord fe fervir 
dans la première & féconde efpece de trichiafs de 
lafomentation émollienîe propofée pour le com- 
mencement de la cure des ulcères prurigineux , 
ou d'autre de même vertu , pour tâcher en bu- 
me&ant & arnoHifrat.t le bord des paupières, d'y 
exciter une légeiefuppuration oui puifîe déchar- 
ger ce bord d'une partie des humeursqui y font in- 
filtrées-, & par ce moyen fouvent ce bord fe re- 
lâche^ les cils changent de difpciition. 

Si ce remède eft fans effet, foit à caufe que ces 
maladies font trop violentes ou trop invétérées , il 
faut avec une petite pincette arracher les uns 
après les autres tous les cils qui piquent l'œil, le 
plus fubtilement & avec le moins de douleur 
qu'on pourra: ainfi l'œil n'étant plus piqué, la 
fluxion & l'inflammation s'appaiferont plutôt, 
& on aura le tems de rétablir le bord des pau- 
pières, avant que les cils ayent repouiTé. 

Quelques Auteurs enfeignent de prendre les 
cils qui piquent l'œil, de les renverfer fur la face 
extérieure de la paupière , & de les y coller pour 
leur faire prendre un autre pli ; mais i' n'y a ni 
colle ni. glu , ni emplâtre qui les y puifTe faire 



d e l'Oe i l. 49 ? 

fcenîr, à caufe des larmes abondantes qai humec- 
tent trop la paupière, & d'ailleurs ils font trop 
courts pour les pouvoir manier fidextrement. 

D'autres conseillent de brûler l'extrémité de la 
paupière à l'endroit des cils d'un angle à l'autre, 
avec un petit cautère aUuel y pointu, pour confom- 
mer la racine des cils, & les empêcher de re- 
naître ; mais nos Européens font trop délicat3 
pour fe foumettre à une telle opération ;& de 
plus , c'eft que par Tefcnrre qu'on formeroit, oi? 
diminueroit trop le bord delà paupière, & la ci- 
catrice qui y furviendroitle rétréciroitconiidéra- 
blement. 

D'autres enfin veulent qu'après avoir arrache 
Tes cils, pour les empêcher de repoulTer, on oigne 
fréquemment le lieu avec du lait de chienne, ou 
du fiel de veau , ou du fang de grenouilles vertes , ou 
du remède d'Arckigenes compcfé de parties égales 
de cajîoreum , de fiel , î$ de jang de hériffon ; mais 
Gallien au Livre X. des- Vacultezdes fimfles Médi~ 
camens , afîbre que cela eft faux à l'égard du fang 
de grenouilles vertes , après en avoir fait lui-même 
l'expérience , & dans un autre endroit du même 
Livre, il n'eftime pas plus le lait de chienne. 

Je puis dire, fans l'avoir expérimenté, la même 
chofe de leurs autres remèdes, quoique fort re- 
commandez par les anciens & par quelques mo- 
dernes ; puifque pour empêcher les poils de re- 
naître , il faut abiolument ou emporter leurs ra- 
cines , ou les confommer avec les cautères a&ueis 
ou potentiels , ce que ne peuvent faire les re- 
mèdes fufdits. 

Les cils étant arrachez , on remédie à l'infiam- 
mationde l'œil , fi elle eiï grande, par les remèdes 
propofez au Chapitre de l'Ophthalmie , aux ulcé- 
rations, s'il y en a, par les remèdes qui convien- 
nent aux ulcères des yeux ; de enfin on traite les- 



4çrô ETes Maladies 

ulcères prurigineux du bord des paupières r 

comme je l'ai enfeigné au Chapitre précédent. 

Si pendant le traitement quelques cils repouf- 
fent , on ies arrache de nouveau, fi-tôt qu'on les 
peut prendre avec les pincettes , parce qu'étant 
courts , ils piquent plus vivement que s'ilsétoient 
longs: ce qui n'arrive que lorfque les ulcères font 
invétérez, & que la callofité eft grande : car au- 
trement ils font prefque toujours guéris avant que 
les cils ayent eu letems de repoufler. Même fou- 
vent quand ils repouflent,ils font 11 fins 6c mol- 
lets, qu'ils fe replient du côte où il y a moins de 
réiiftence , & fe jettent par conféquent en dehors ; 
particulièrement quand en les arrachant , on a 
emporté une partie de leurs racines , n'y ayant que 
ceux dont les racines fe font rompues à la fuper- 
iîcie du bord qui foient durs &piquans,lorfqu'ils 
repoufîent. 

Pour la troifiéme efpece de trichiafe ,on fefert 
des fomentations fortifiantes & réfilutivet , propo- 
ses au Chapitre VII à l'occafion de la cure de 
l'emphysème & de l'œdème ; parce qu'en rëfol- 
vant l'humeur qui relâche la partie extérieure de 
la paupière , cette partie fe remet dans fon état 
naturel, & alors les cils reprennent leur fituation 
fans qu'il foit befoinde les arracher. L'inflamma- 
tion de l'œil qui avoitété excitée par le frotte- 
ment des cils , fe guérit en même tems fi elle eft 
légère ; & fi elle eft conlidérabîe, on la guérit 
comme je l'ai dit , & de même les ulcères , s'il y 
en a. 

Je ne fçaurois m'empècber d'examiner ici en 
peu de mots l'opération que nos anciens enfei- 
gnent de faire en cette rencontre. Us propofent 
d'incifer le bord intérieur de la paupière un peu 
par-delà les cils d'un angle à l'autre , afin qu'il fe 
relâche & fe retourne en dehors ; 6c fi cela n'ar- 






d e l j Os 1 1. ^g- 

rive, ils confeillent de faire une incifion en long 
far la paupière , & qui ne pénétre que la peau » 
l'éloignant des cils autant qu'il eft néceflaire pour 
pofer dans la peau un point d'éguille , puis une 
autre incifion en croiflant qui commence à une 
extrémité de la première incifion , & finifle à 
l'autre , enfuite d'ôter , en écorchant toute la 
peau comprife entre les deux incifions , & de 
joindre en après les deux bords- de la playe ref- 
tante avec un feul point d'éguille ou plufieurs , 
s'il en eii nécefiaire , pour réduire la paupière 
dans fon état naturel. Voyez plus au long , fi vous 
le voulez , la manière de faire cette opération 
avec toutes les précautions néceflaires dans "Paul,. 
Celfe,Aêce, ftlbucarafts , & autres anciens , & même 
dans nos autres modernes qui les ont copiez ; car 
pour moi je ne puis m'arrêtes à décrire toutes les 
minuties d'une opération que je ne veux que ré- 
futer; ce que j'ai dit eft fufnlant pour la taire con- 
noître. 

Il eft hors de doute que cette opération a été 
imaginée dans le cabinet, fans avoir été jamais 
mife en pratique, & encore fi mal imaginée, 
qu'aucun des anciens , ni même des modernes 
leurs imitateurs, n'a prévu ce qui arriveroit en- 
fuite : car s'ils y avoient bien fait réflexion , ils 
auroient jugé que l'humeur rhumatifante , ou 
humidité fuperflue qu'ils reconnoiffoient être la 
caufe de la relaxation de la peau extérieure de 
la paupière , étant tarie & defTéchée , cette peau 
devoit enfuite fe remettre en fon état naturel ; & 
qu'en emportant une partie de cette peau relâ- 
chée, quoiqu'alors fuperflue, après l'union & ci-- 
catrifation de la playe & le defTéchement de cette 
humeur , la peau reliante fe devoit trouver trop 
courte pour permettre à la paupière de s'abaif- 
fer fur l'œil , & qu'ainfi l'œil devoit relier éraillé a 



? os> D 3 s Maladies 

Comme nousle voyons tous les jours arriver après 
'es cicatrices qui fuivent les brûlures , les ulcères , 
& quelques playes de cette partie , quoique fou- 
vent il ne fe rencontre pas une telle perte de fub- 
ftance. Us auroientaufli jugé que cette première 
inciiion qu'ils confei'lent défaire au-d.fTous des 
cils, pour faire renverfer le bord de la paupière 
en dehors, devoit avoir un effet tout contraire ; 
puifque par la cicatrice qui devoit fuivre , ce 
bord devoit fe refTerrer en dedans , & airfi s'y re- 
plier davantage. 

Us auroient enfin reconnu qu'il étoit donc inu- 
tile de fe donner tant de peine à tailler & retailler 
une fi foible partie, & qui fouffre û difficilement 
des incitions : & de tant faire fouffiir de douleurs 
pour fi peu de profit. 

Nos Praticiens qui ont obmis ou condamné 
cette opération , & que'qu'autres plus étranges 
que nos anciens propofent pour la même fin , & 
que je ne rapporte pas, parce que les moindres 
Chiturgiens en peuvent connoître les défauts, 
ont donc eu plus de raifon que ceux d'entre nos 
Compilateurs modernes qui les ont tranferites 
dans leurs Livres, comme ils les ont trouvées 
dans les anciens, fans fe mettre autrement en 
peine fi elles étoient d'ufage ou non, 

3 . Des poux qui ^engendrent entre Je s cih. 

On ajoute encore parmi les maladies des cils 
celle qu'on nomme pbthiriaftf, qui efl quand des 
petits poux larges & plats s'engendrent entre les 
cils. Je n'en ai point encore rencontré, quoique 
j'aie exercé la Chirurgie affez long-tems dans 
l'Hôtel-Dieu de Paris, & que journellement je 
l'exerce fur les pauvres & les malheureux , qui 
par la mauvaife nourriture , la malpropreté & 



BK L'OEîL. 501 

îes autre? faites de la pauvreté , y devroîent être 
les plusfujet>. J'ai bien vu quelquefois des mor- 
fions s'attacher à la racine des cils , comme dans 
Jes autres lieux pilecx; mais cela ne conftitue pas 
«ne maladie particulière, & d'ail'eurs ce n'eft 
pas de cette efpece de vermine dont nos Auteurs 
entendent parler. Qjoiqu'il en foit , quand il s'en- 
gendreroit des poux entre les cils, il ne feroiC 
pas d fficile de les détruire, ou en les ôtant & les 
Jentes qu'ils auroientpii produire, ou en les fai- 
iant mourir avec des médicamens amers , comme 
en lavant les paupières avec de l'aloës dijjout dans 
Veàu-rofe , ou par le moyen des autres remèdes 
propres à faire périr toutes ces fortes de ver- 
mines. 



CHAPITRE XIX. 

1 3. De la relaxation <$ foiblejfe de la pavpiere fupé- 
risurej& de /on ciÙement involontaire, (a) 

IL arrive quelquefois que la paupière fupé * 
rieure efl: entièrement relâchée & affaiblie, 
en telle forte qu'elle demeure abbaifTee fans que 
je malade la puifTe relever qu'en y portant la 
main, & fans que les cils blefîent \œ\\ , comme 
ilans la précédente relaxation, ni qu'il paroifle 
rien d'extraordinaire au dehors ni audedans de 
cette paupière , hors qu'elle efl: plus allongée. 

Toutes les tumeurs humorales qui ont de l'é- 
tendue, & quelques infignes fluxions inflamma- 
toires, ou autres qui fe font fur les paupières, les 
étendent & allongent fou vent en toutes leurs par- 
iies,& les font ab^ifîer i'mais comme cette fortç 

,(.3) Atoniatonblepharon» 



$ôi Des Mal abies 

d'extenfïon & allongement n'eft qu'un fymptôme 
d'autres maladies qui eefie par lacefTation de ces 
mêmes maladies, ce n'eft pas de cette efpece de 
relaxation dont j'entens parler en ce Chapitre 5 
mais feulement de celle que l'on eftime être eau» 
fée par une humidité fuperflue qui amollit, re- 
lâche , & fait tomber la paupière. 

Je puis dire avec quelque fondement que cette 
maladie eft proprement une paratyfie de la pau- 
pière. En effet je ne l'ai jamais remarquée que 
dans quelques paralytiques, & quand je l'ai ren- 
contrée, j'ai en même tems obfervé que la joue 
du même côté étoit travaillée d'un pareil relâ- 
chement, que la mâchoire & la langue fe reflen- 
toient auiïi de la parai yfie , & que l'œil même en 
étoit pareillement affeûé. 

Je ne veux pas pour cela nier abfolument que 
la paupière ne puiflefe relâcher iimplement par 
une humidité fuperflue, comme l'ont penfé nos 
Auteurs , quoique je n'en aie point d'exemple ; 
mais fi cela efl , je veux croire aufli qu'en cette 
rencontre cette maladie pourroit fe guérir par 
î'ufage des fomentations fortifiantes & réfolutives 
énoncées au Chapitre VI I. ou d'autres femblables 
aidées des remèdes intérieurs propres à épuifer 
les humiditez (urabondantes de la mafTe du fang : 
au lieu que fi cette relaxation vient de paralyfie , 
j'eftime que tous les remèdes qu'on y pourroit 
faire, y feraient bien peu profitables. 

A l'égard de l'opération que nos Auteurs pro- 
pefent pour relever la paupière , en emportant 
une partie de fa peau extérieure de la même ma- 
nière que je l'ai dit vers la fin du Chapitre précé- 
dent , elle doit être également rejettée par îes 
raifons que j'ai déjà avancées. J'ajouterai de plus 
qu'ils ont encore plus mal pris leurs mefures,en 
la propofant pour cette maladie ci ; puifque û 



DE L'OEIL. Ç03 

toutesles parties de la paupière font également 
relâchées , comme elles le font effectivement , en 
enlevant une partie de fa peau extérieure & réu- 
nifiant par coutures les extrémitcz delà peau res- 
tante, ifs doi vent caufer une maladie plus fàcheufe 
que celle qu'ils ont defTein de guérir ; parce que 
les autres parties de la paupière confervant toute 
leur étendue,eîles doivent néce(Iairement,quand 
ia feule peau extérieure fera accourcie, fe pré- 
fenter en dehors en fe repli ant, & ainfi le malade 
en doit être plus incommodé , que fi toute la pau* 
piere étoit également abbaiflee. 

Du ciïlement involontaire de la paupière fupérieure* 

Il y a une maladie des mufcles ou des nerfs des 
p.vapieresquieft fi rare, que je ne l'ai rencontrée 
que deux fois en pratiquant. Je la joins ici , parce 
que j'ai fi peu de chofe à dire, que cela ne mérite 
pas que j'enfafié un Chapitre particulier. 

Ceft un ziUcment involontaire , extrêmement 
prompt, & comme convuliif des paupières fu- 
périeures, qui ceflé quelques momensdè temsen 
■tems, & qui recommence de même qu'aupara- 
vant. Quand le cilkment celle, les malades voient 
à l'ordinaire ; & lorfqu'il fubfifte , ils ont peine à 
-feconduire. 

Apparemment que ce ciïlement ou mouvement 
involontaire des paupières , vient de ce que le 
mufcle releveur de chaque paupière fupérieure efi 
affoibïi à caufe dequelqu'obitru&ion imparfaite 
dans les petits rameaux de nerfs qui fe diitribuent 
dans ce raufcle , qui empêche les efprits animaux 
d'y couler allez abondamment; de forte que l'ac- 
tion de ce mufcle,quis'acourcit naturellement, 
.<& fans qu'on y penfe pour tenir la paupière ou- 
verte, quand on veille, n'étant pas égale à celle 



<04 Bes Maladies 

de VorhlcuUire , cette paupière eftaufli-tôt entraî- 
née en bas par l'a&ion plus forte de Yorbiculaire, ce 
gui doit exciter ces mouvemens redoublez 6c 
comme convulfïfs des paupières. Etfi ce ciUemtnt 
cefle pendant quelques momens, cela peut venir 
de ce qu'alors il eft coulé allez d'efprits animaux 
dansce mufc\e relevé ur , pour rendre fon action à 
peu près égale à celle de Yorbiculaire. Mais comme 
ces etprits font bien-tôt diffipez , & qu'il n'en 
coule de nouveaux qu'avec peine , ce ciUcmcnt 
doit recommencer comme auparavant. 

N'ayant vu que deux perfonnes affligées de 
cette maladie , il me feroit difficile de direfi elle 
<eft curable ou non ; & d'autant plus que les ob- 
fervationsque j'avois commencées, n'ont pas été 
jfuivies,ces deux perfonnes ayant négligé de re- 
venir chez moi dans les tems que je leur avois 
marqué. 



CHAPITRE XX, 

x 4 . De Véraiïïement des paupière r , & première- 
ment de celui de la paupière fupe'rUure. 

LA paupière fupérieure fe trouve quelquefois 
(i retirée en haut, qu'elle ne peut être ab- 
baiiîee entièrement, en forte que l'œil n'en peut 
être couvert en dormant Et comme on dit que 
les lièvres dorment les paupières ouvertes, on ap- 
pelle à caufe de cela cette maladie œil de lièvre, (a) 
Tous nos Anciens ont reconnu que cette mala- 
die provenoit de différentes caufes. i. D'un vice 
de nature , quand dans le tems de la première 
conformation il y a eu un défaut de matière pour 

fa) Lagophthalmos, 

engendrer. 



de l'Oeil, 505 

engendrer la paupière, z. De la convulfion du 
mufcle r ehveur delà paupière, & en mémetems 
de la paralyfie du mufcle or bicutetre qui Yaba'itt'e. 
•3 • D'un trop grand deflechement de la fublance 
même de la paupière, qui fait qu'elle fe rétrécit. 
4. Parîescicarricesquireftent enfuitedes playes, 
des uîceres , & des brûlures de cette partie. 

Je ne difputerai point les trois premières 
<;aufes, encore bien que jen'aye vu aucun éraille- 
ment d'œilqm en fût produit. Je dirai feulement 
que les cicatrices qui fui vent -les playes, les uî- 
ceres, & les brûlures en font les caufes les plus 
communes , & que les éraillemen; font plus ou 
moins grands, fui van t que ces maladies ont plus 
ou moins caufé de perte de fubftance en la pau- 
pière , ou fuivant qu'elles ont été plus ou moins 
étendues 

Mais je ne me tairai pas fur l'opération que les 
anciens & leurs imitateurs modernes propofent 
pour guérir cette maladie , & que voici en peu 
de mots. Ilsavouent d'abord que lorfque la pau- 
pière eft beaucoup trop courte, elle ne peut fe 
rétablir ; mais ils difent aulfi que lorfqu'jl s'en 
faut peu, il eft aifé d'y remédier ;& que pour cet 
effet , fi la paupière eft rétrécie par une cicatrice, 
il faut incifer entièrement cette cicatrice, fépa- 
*er les bords de cette incifion avec de la charpie 
mife entre, & continuer ainfi à les tenir fiparez 
jufqu'à la fin de la cure: obfervant de nefe fervir 
pendant tout ce tems d'aucuns remèdes qui def- 
fechent,mais feulement de ceux qui hume&enî 
& relâchent, comme de l'onguent ae bafilicon , des 
mucilage f ddfœnugrec, &c. & que lî la paupière eii 
j-étrécie par une autre caufe,ilfaut incifer la 
peau au-defïous du fourcil en forme de croiffant^ 
dont les extrémitezfoient tournées en bas & près 
du bord de la paupière } de la partie gibbe ea 



% o€ D E S M ALABIES 

haut ; divifer enfuite la peau pour la faire d ef- 
cendre en bas, & donner moyen à ia paupière de 
Vabbaiffer ; l'entretenir en cette état avec de la 
daarpae , quelques modernes ajoutent avec une 
tite platine de plomb logée entre les deux 
iévres de la playe ; & procéder au refte comme 
defiâs* 

iPour fçavoir fi cette opération eft bonne om 
•rnauvaife, il ne faut qu'examiner cequi arrive à 
voûtes les cicatrices qui fuivent la guérifondes 
tïîayesdes autres parties, & on connGJtra qu'il ne 
yen fait aucune fans que la peau foit rétrécic , 
quoiqu'il n'y ait même que la peau d'incifée. Il 
ëft aité de s'en éclaire ir sûrement ; car en mefu- 
rant une playe récente faite en ligne droite avant 
que &y appliquer le premier appareil, & la me- 
surant après être cicatrifée , on verra que la cica- 
trice n'eft pas fi longue qu'étoit la playe : ce cjui ne 
Meut arriver fans que la peau foit rétrécie à Pen- 
t de la cicatrice. 
■O'til aulfi ce rétrécifTement de peau qui fait 
iorfque les playes au lieu d'être en ligne droite, 
■ont e# ligne courbe , la partie de la peau qui eu 
renfermée par cette ligne courbe , devient émi- 
^ecteenfecicatrifant; que lorfqu'elles font faites 
m chevron foifé ', en croix , ou qu'elles font autrement 
flnguUmr, tous les angles de la peau renfermez 
pal* ces lignes deviennent pareillement éminens 
£ç fe cicatrifant ; que lorfq u'il y a perte de fubf- 
gpvte en la peau , cette peau fe refferrede toutes 
;^ts,enforte que la cicatrice qui furvient , eft 
icoup plus petite qje n'étoit la pièce empor- 
tées & que dans les playes profonde f , les cicatrices 
£n font enfoncées, & que le bord de la peau fe 
Replie m dedans Penfonçûre. 

k f tâ encore ce rétreciiîément de peau qui fait 
i-Orfquê tesUvres, tesaikf dn nez, les paupières, 



de l'Oeil. 707 

îe loli de VoreiUe , & la peau du prépuce font fen- 
•dues, elles s'écartent, & ne fe réunifient point 
comme elles étoient , à moins qu'elles n'aient 
afTezd'épaiffeur pour foufFrir des points deguille 
pour les raprocher , & les tenir riunies Tune 
contre l'autre, comme les lèvres & le lobe de Vq- 
reille ; & cela, parce que la peau extérieure & 
l'intérieure de chaque côté fe reiïerrent,& s'u- 
niflent enfemble par une cicatrice > ce qui fait 
que ces fentes demeurent ou vertes. 

Si donc dans toutes ces rencontres la peau fe 
rétrécit , que doit-il arriver enfuite de l'opération 
fufdite? Le voici. Si l'éraillement eft caufé par 
une cicatrice , 8c que l'on coupe cet te ci-at, ice , il 
s'en fera une autre qui reiierrera encore davan- 
tage la paupière; parce que la fappuration qui 
fuivra , une partie de la première cicat ice fe 
confommera;ainfi y ayant plus de perte de fubf- 
tance, il y aura plus de rétréciflement. Si l'éraiî- 
lement a une autre caufe,8c qu'on incite la peau 
de la paupière en croiflant , il arrivera que la 
peau renfermée dans le croiffànt , enfe rétiécif- 
îantdansfa circonférence, deviendra feulement 
un peu plus éminente , fans que la paupière en ait 
plus d'étendue , au contraire elle en fera un peu 
plus racourcie. Mais , dira-t-on , on tient les 
îévres écartées avec de la charpie , ou avec une 
petite lame de plomb? Cela ne fe peut, à ca ife 
du peu d'épaifîeur de la paupière & de fon insta- 
bilité ; mais quand cela fe pourroit , je dis que 
cette charpie ou ce plomb nedemeureroient pas 
îong-temsdans la p^ye, parce que les chairs, en 
croifiant , les poufîeroient dehors , & que ces 
mêmes chairs , en fe deflechant & fe cicatrifant , 
île pourroient empêcher la peau de fe retirer. 
Ainfi il n'y a perfonne , pour peu de réflexion 
qu'elle falïe fav ce que je viens de dire , qui ne 

Y ij 



•S"o3 Des Maladies 

juge que cette opération eft plus préjudiciable 
Vie profitable : puisqu'elle ne peut qu'augmenter 
h difformité, en faifant fouffrir le malade : 6c 
<}\ïon doit par conféquent laifler la paupière en 
"•l'état qu'elle eft, fans y rien faire. 



CHAPITRE XXI. 
15. De l' braillement de la paupière inférieure, 

■TT 0\ fque la paupière inférieure fe renverfe & 
jt< fe retire en dehors, en forte qu'ePe ne peut 
remonter pour couvrir le blancde l'œil , c'eft ee 
que nos Auteurs appellent proprement ér aille- 
pient , (a) peut-être parce que cette paupière y 
cil plus fujette que la fupérieure. 

Nos anciens nous difent qu'il ne vient point 
«naturellement , comme celui de la paupière fu- 
périeure, ni parledeflechementde la paupière; 
iroais , 1. Par le relâchement de la partie inté- 
rieure de la paupière , caufé par un trop lorg 
mfage de remèdes éraolliens : z. Par la paralyhe 
/de cette partie : 3. Par quelqu'excroiiiance de 
chair qui s'eft infeniïblement engendrée dans fa 
-partie intérieure;. 4. Parles cicatrices qui fuivent 
îes playes , les ulcères & les brûlures de cette 
partie. 

Je ne m'arrêterai point à examiner toutes ces 
caufé» , je me contenterai feulement de dire que 
■iee cicatrices en font les caufes les plus ordinaires; 
îk <juefi cette maladie vient d'un relâchement de 
îa partie intérieure de la paupière à Toccafion 
'feulement d'un long ufage de rem. Jet émoUicns , 
psi pourjok tenter de corriger ce vice par ua 

..( a) -Efîropïoîî, 



se l'Oeil, 5-09 

uCage continu de remèdes fortifiant , 4fkringens& 
défichant , & non point par les cautère r atlutis ou 
potentiels , comme quelques-uns le veulent : q u iï 
elle vient d'une excroiflknce de chair , Iï cette 
chair eft fongueufe & petite, on la pourra con- 
fommer & defîécher par le moyen des remèdes 
propofez ci-devant pour defemblables excroif- 
Fances ; il au contraire elle eft vieille Se dure , on 
pourra l'ôter , en la coupant avec la pointe des ci- 
féaux , pourvu qu'on reconnoifle qu'elle ne foit 
nullement chancreufe, prenant garde d'oftenfer 
îe corps de la paupière , même pour h couper 
plus facilement, on pourra , comme nos Auteurs 
renfeignent, palier une éguilie enfilée au-travers 
de fa bafe,& former avec les deux bouts du fàl 
une anfe avec laquelle on Pélévera pendant qu'on 
la coupera petit à petit , ou avec le biltomi 
courbe, ou lalancecte, ou la pointe des cifeaux, 
fe fervant enfuite des remèdes dont j'ai parlé h 
l'occafion des verrues;mais fi déraillement eft caufé 
par une patalyfiedeîa paupière, ou s'il vient des 
cicatrices enfuite des playes , des ulcères & des 
brûlures, il eft abfolument incurable, 

Cependant nos anciens & nos modernes, tou- 
jours remplis de leurs mêmes idées , confeilient 
deux opérations par le moyen defquelles ils pré- 
tendent réduire la paupière en fa grandeur natu- 
relle, t. Quand XéraiUemint vient de ce que la 
peau de la paupière inférieure eft rétrécie par 
quelque cicatrice, ils veulent que Ion y fa fie auflî 
une incilion en croiîfantdont lesextrémitez ten- 
dent v^rs 'un & l'autre angle , & approchent près 
du bord delà paupière, & la partie gibbe en bas 
du côté de la joue , qu'on en fépare la peau pour 
la faire remonter, qu'on l'entretienne en cet état 
avec de la charpie, & félon quelques modernes 
avec une petite lame de plomb, & qu'on pro- 

Y iij 



5îo pEs Maladies 

cède au refte comme dans déraillement de la pau- 
pière fupérieure. 

z. Quand il vient des autres caufes, ils veulent 
qu'on falTe deux incifions dans la partie intérieure 
de la paupière, qui commencent chacune vers 
chaque angle de l'œil près le bord de cette pau- 
pière , & que les continuant obliquement vers le 
milieu & le fond de la paupière, on les joigne 
eiîfemble, en forte qu'elles y forment un angle; 
puis levant la peau intérieure comprife par ces 
deux lignes, on la coupe enfin près le bord de la 
paupière : ce qui eft proprement , afin qu'on l'en- 
tende mieux, enlever une pièce triangulaire de 
îa peau intérieure de la paupière, dont la bafe fe 
prend du côté des cils , ci la pointe vers le fond de 
la paupière. Cela fait > quelques-uns veulent 
qu'on rafle deux points d'éguiile pour réunir la 
peau reftante; d'autres fe contentent d'incarner, 
de d e flécher & decicatrifer. 

Comme la première de ces opérations eft fem- 
blabie à celle propofée par nos Auteurs pour Vêr 
ralliement de la paupière fupérieure , il n'eft pas 
befoin de la réfuter ici, puifque je l'ai déjà réfu- 
tée dans le Chapitre précédent. Il ne me refte 
donc plus que d'examiner fi la féconde peut avoir 
qu-.lque utilité dans Xéraillement de la paupière 
inférieure. 

Je dis premièrement que quand elle auroit 
queîqu'utilité , il feroit bien difficile de l'exécu- 
ter, tant pour faire les incifions obliques, que 
pour enlever cette pièce triangulaire de peau , 
fars offenfer le refte de la paupière, à caufe du 
peu d'épaifieur de cette partie : fecondement , 
que bien loin d'être utile pour faire redrefîer la 
paupière inférieure, elle la refferreroit & rétré- 
ciioitii fort, qu'elle s'en racourciroit & defcen- 
droit plus bas, & fon bord même fe renverferoit 



de l : Oeil, ?h 

davantage , comme on le voit arriver , îorfqu'en- 
fuite de quelque pourriture il s'y fait quelque 
perte de fubitançe dans la partie intérieure de 
cette paupière. Ainfi cette opération difficile (k 
laborieufe pour le Chirurgien , douloureufe & 
cruelle pour le malade, ne peut qu'augmenter la 
maladie. 

Il arrive encore une autre efpece à'e'ratlkment 
commun aux deux paupières, qui fe fait ordi- 
nairement, quand par une plaie ou un ulcère en- 
fuite de quelque pourriture, charbon, gangrenne, 
ou autre maladie , le bord de la paupière eft 
fendu ouconfommé-en partie, & que les angles 
de part & d'autre de cette fente, & même les 
bords fe retirent & fe renverfent. Nos Auteurs 
difent auiïi que ce défaut vient quelquefois par 
un vice de la première conformation :je ne Fallu- 
rerai pas , n'en ayant jamais rencontré. Quoi- 
qu'il en foit , cette maladie ayant quelque rap- 
port au bec de lièvre , & aux fentes & mutilations 
des oreilles & des ailes du nez, on l'appelle w**/'- 
larion, (a ) ou accroifTement de la paupière, 
quand une partie de fa lubftance eft emportée ou 
confommée ; & Amplement fente, quand il n'y a 
rien d'emporté. 

Ceux qui ont écrit de cette maladie , difent que 
lorfqu'elle eft grande , on ne la peut guérir , 8c 
que fi on tente de la guérir , on rend l'œil plus 
difforme ; mais que lorfque la mutilation eft peu 
confîdérable , on la peut guérir par une opération 
femblable à celle que l'on fait pour les becs de 
lièvre. Pour moi je ne fuis pas de ce fentiment, & 
je l'eftime incurab 1 e,fi petite qu'elle foit , & 
cela parce que la paupière a trop peu d'épaiffeur 
pour pou voir être retaillée, & pour foutenir une 

(a)Coloboma nom commun pw Jîgnificr tontes ces maladies 

Y iiij 



fi% Des Maladiss 

oa deux éguilles autant de tems qu'il en faudroît 

pour l'union. 

CHAPITRE XXII. 

16. De la con'onBion des paupières. ( a ) 

IL arrive quelquefois, mais bien rarement,, 
que par un vice de conformation l'extrémité 
de la paupière fupérieure fe trouve unie & jointe 
avec l'extrémité de l'inférieure , en telle forte que 
l'oeil ne peut être découvert, quand cette union 
eit parfaite, & qu'il ne peut fe découvrir qu'en 
partie , lorfqu'elîe eit imparfaite. 

Je n'ai point vu jufqu'à préfent d'union par- 
faite ; elle m'a cependant été afiurée autrefois 
par un Chirurgien qui difoit l'avoir vue dans un 
enfant nouveau né, cela peut être; mais j'ai vu. 
cinq oufîx fois de ces unions imparfaites plus ou 
moins grandes, dont la plus confidérable étoie 
d'un peu plus de la moitié des paupières , en une 
fille de quinze ou feize ans ; & c'eft ce qui m'a, 
donné occafion de faire les remarques fuivantes. 
^ r. Que ces jonctions arrivent ordinairement du 
côté du petit angle, du moins toutes celles que 
j'ai vues y étoient. 

i. Qu'à l'endroit de la conjonction on remarque 
une ligne qui fait la féparation des deux bords 
des paupières, & qui efl d'une autre couleur que 
la peau qui recouvre les paupières , & cette ligne 
s'étend jufqu'à l'angle extérieur des paupières, 
& s'y termine. 

3. Que non- feulement les cils de l'une & de 
l'autre paupière gardent leur ordre , mais aufli 

(a) Dite des Grecs Ancyloblepharon, 



D E L*Oe IL. î i î 

cette petite rangée de trous qui font par-delà 'es 
ciis,fe trouvent hors de l'union, & quand les en- 
fans pleurent , on les voit s'hume&er. 

4. Que lorfqu'avec les doigts on élevé îa pau- 
pieie fupérieure,& que l'on abbaifïe l'inférieure^ 
l'endroit de Punion s'élargit , en forte qu'on re- 
conr.oît manifeftement que cette union ne fe ren- 
contre que dans les extrémitez de cette mem- 
brane, ou peau qui revêt la paitie intérieure des 
paupières. 

Suivant ces remarques , on juge bien qu'on 
peut par îa Chirurgie divifer les paupières ainfi 
unies, & les empêcher de s'unir de rechef , en 
opérant de la manière fuivante, à l'imitation des 
anciens. 

On introduit entre le globe de l'œil & les pau- 
pières tout le long de l'union une petite fonde 
canelée,en forte que la canelure foit juflement 
au-deffous de l'union : on éloigne cette fonde du 
globe de l'œil, tant pour ne le point incommo- 
der,que pour étendre par ce moyen les paupières, 
& rendre cette ligne formée par l'union p'us ap- 
parente; puis avec une lancette bien tranchante, 
ou avec un petit fcalpel on coupe fur la cane- 
lure de la fonde cette efpece de lien ou de mem- 
brane qui forme l'union , juftement dans fon mi- 
lieu, & on pourfuit l'incifion jufqu'au petit angle , 
prenant garde de l'offenfer ; ce qui eft facile à 
éviter , étant très-aifé à diitinguer. O j bien on fe 
fert de cifeaux bien tranchans , & introduifant 
une de leurs pointes dans la canelure , on fait de 
même l'incifion : ou bien même fans fon e cane- 
lée on la peut couper avec des cifeaux à bouton ; 
puifqu'il n'importe de quelle manière on fafTe 
l'opération , pourvu qu'on coupe l'adhérence 
fans bleiTer ni l'œil , ni les bords des paupières , ni 
) eur angle. 

Y v 



514 Des Maladies 

L'opération faite , on laifîe couler le fang juf- 
qu'à ce qu'il s'arrête de lui-même , puis on net- 
toyé l'œil avec quelquV^a ophthalmique , & on 
lave enfuite les paupières dix ou douze fois le 
jour avec un collyre dejjtcatif, fans y appliquer ni 
coroprefles, ni bandages, pour ne point donner 
occafion au malade de tenir les paupières fer- 
mées : au contraire il faut lui bien recommander 
de les tenir toujours ouvertes, pour empêcher 
qu'elles ne fe réunifient ;& pour cela il ne le faut 
JaifTer dormir que le moins qu'on pourra , & 
même à plufieurs reprifes;& après le réveil , il 
faut à chaque fois avoir foin d'éloigner avec les 
doigts les paupières l'une de l'autre , afin de la fé- 
parer, s'il s'étoit fait quelque commencement 
d'union, Quelques Auteurs confeillent de mettre 
entre les paupières un petit linge mollet trempé 
dans quelque collyre pour mieux les empêcher 
de s'unir ; cela feroit bon fi l'œil pouvoit le fouf- 
frir. Ordinairement dansfept ou huit jours les 
paupières fe trouvent entièrement cicatrifées. 

Lorfque les paupières font peu unies, comme 
d'unedemie ligne ou d'une ligne au plus, l'œil à la 
vérité n'eft pas fi ouvert qu'il le devroit : mais 
cela n'empêche point de voir,& la difformité 
n'eft pas confidérable , y paroiffant feulement 
comme un petit lien endedans qui unit les pau- 
pières : ainfi cela ne vaut pas la peine d'en faire 
l'opération. Mais quand l'union eft grande com- 
me d'un tiers ou de moitié des paupières, outre 
la difformité, cela empêche de bien voir de cet 
ceil ; aufïi l'opération y eft plus nécefla ire. 

Je ne confeillerois point de faire l'opération 
fur les enfans , pour l'impoflïbilité qu'il y a de leur 
faire tenir les yeux ouverts , à caufe de leur peu 
de raifon,cequi feroit que les paupières fe réuni- 
roient : ainfi je confeillerois plutôt d'attendre un 



C E l'Oe I fe. 5 1 5 

âge plus raifonnable ; cette maladie n'étant point 
du nombre ce celles qui fe rendent plus mau- 
vaifes en vieillifîànt. 

Les paupières s'unifient encore enfemble en* 
fuite de quelques brûlures ou de quelques ulcères 
de leurs bords ; mais comme ces accidens n'ar- 
rivent gueresfans qu'il fe rafle quelque perte de 
fubftance en ces parties, les cicatrices qui fe for- 
ment font fi irréguîieres,& rétieciffenttellemenr 
la peau des paupières , que quand on les fendroit 
de rechef , les malades n'en recevraient aucun 
foulagement ; au contraire la difformité feroit 
plus grande , parce que l'œil fe trouveroitdécou- 
vert 6c éraillé à l'endroit de la féparation, comme 
il eft aifé de le juger. J'en ai vu pluiieurs à qui un 
femblable accident étoit arrivé , mais j'ai mieux 
aimé les renvoyer fans leur rien faire, que de les 
expofer à les rendre plus difformes. 

Nos Auteurs mettent encore fous ce titre l'u- 
nion qui fe fait de la partie intérieure de la pau- 
pière avec la conjon&ive, & quelques-un> difent 
aulfi avec la cornée , enfuite de quelques ulcères 
ou brûlures en ces parties, ce qui empêche le 
mouvement de la paupière. J'ai bien vu la pau- 
pière unie avec la conjonctive , mais je ne l'ai 
point vu avec la cornée , & cela eft fort difficile à 
concevoir. Quoiqu'il en foit , ils enfeignent que 
pour guérir ce vice, on doit élever la paupière 
avec quelqu'inftrument propre , puis fépai er dou- 
cement l'adhérence avec le tranchant d'une lan- 
cette , prenant garde d'offenfer la paupière , ni 
les membranes de l'œil, enfuite mettre entre la 
paupière & l'œil un peu de charpie, ou quelque 
linge délié , imbu de quelque liqueur propre 
pour empêcher que la paupière fe rejoigne , & 
d'avoir même foin de la renverfer tous les jours, 
tant pour empêcher cette union, que pour y ap- 
pliquer des remèdes. Y vj 



$16 Des Maladies 

Pour moi je mets encore cette opération su 
nombre des imaginaires, quoique nos modernes 
î'enfeignent après l'avoir tranfcrite fort réligieu- 
fement de nos anciens, i. Parce que cette opéra- 
tion eft très-Iaborieufe , tant pour le malade que 
pour le Chirurgien, i. Pour le péril qu'il y auroit 
de caufer une maladie bien plus grande que la 
première , foit en perçant ou coupant la pau- 
pière , ou en ofFenfant l'œil , ou quand ni l'un ni 
l'autre n'arriveroient, pour la crainte qu'il y au- 
roit que par l'inflammation qui furviendroit, la 
paupière ne tombât en pourriture ou gangrenne , 
à caufe de fon peu d'épaifleur ; ou qu'au moins 
la fuppuration fût fi grande , que la paupière en 
le cicatrifant enfuite fe rétrécit beaucoup. 3 .Parce 
qu'il feroit très-diffi:ile , quand le tout tourne- 
roit à bien , d'empêcher que la paupière ne s'unît 
de recbef , vu que le moyen qu'ils donnent. pour 
l'empêcher, en mettant un linge entre la pau- 
pière & l'oeil , ne fe peut exécuter , l'œil ne pou- 
vant fouffrir un tel corps étranger entre lui & la 
paupière. Par ces raifons, j'eftime que cette ma- 
ladie eft incurable , & en cela je fuis de l'opinion 
de CeJfe, qui avoue ingénuement n'en avoir vu 
guérir aucun par l'opération fufdite. 

Je veux bien croire que cette opération & 
toutes les autres que je viens de réfuter , ne font 
point à préfent en ufage , & je ne penfe pas même 
qu'elles y ayent été : du moins je puis dire que fi 
on les a voulu quelquefois mettre en pratiquera 
mauvaife réuflite qui s'en eft enfuivie , les a fait 
abandonner par ceux qui fe confiant trop aux 
Auteurs , ont eu allez de hardieffe pour ne pas 
dire de tém érité , de les entreprendre , fans pré- 
voir ce qui en pouvoit arriver. 

Si j'ai donc réfuté ces manières d'opérer, c'eft 
qu'ayant confidéré que parmi nos anciens Prati- 



BE L'OëïLÏ flj 

ciens,un grand nombre les ont décrites fi unifor- 
mément, qu'il femble qu'elle fjfJent en commun 
ufage ; quoique cependant ils aient puifé* leurs 
deferiptions les uns des autres , comme il eft aifé 
de le connoître par la conformité de leur texte , 
& ainfi entafle erreurs fur erreurs : qu'une partie 
de nos Praticiens modernes , ceux même dont on 
fe fait une loi de fuivre les fentimens , les ont rap- 
portées dans leurs Livres, fans fe mettre autre- 
ment en peine fi elles étoient poffibles ou non i 
qu'il y a encore des Chirurgiens, même de répu- 
tation, qui les enfeignent publiquement & aufïï 
férieufement que fi elles leur étoient fort fami- 
lières; & qu'enfin entre le petit nombre des an- 
ciens & des modernes qui les defapprouvent, les 
uns ne le font que tacitement , c'eft-à-dire , en 
n'en parlant point dans leurs Livres de Pratique ; 
& lesautreslesexpofentiimplement en citant les 
Auteurs dont ils les ont tirées , & fe contentent 
enfuite de dire qu'elles ne fe pratiquent plus, 
parce qu'elles font trop douloureufes ou cruelles. 
Ayant, dis-je , confidéré toutes ces chofes , j'ai 
crû que je devois relever les jeunes Chirurgiens 
du doute oh ils pourroient être à l'égard de ces 
opérations, en leur montrant par des raifonsde 
pratique qu'elles ne doivent point être mifes en 
ufage ; & cela pour les empêcher de tomber dans 
des fautes autant defavantageufes pour leur ré* 
putation , que funeftes pour leurs malades. 






$i8 Des Maladies 



CHAPITRE XXIII. 

1 7. Des maladies des paupières excitées par des caufes 
extérieures, 

LEs paupières font fouvent offenfées par des 
caufes qui les meurtriflent, les déchirent ou 
les tranchent, fans que les autres parties de l'œil 
fcient blefiees. 

Les contufions fe guériflent comme celles des 
autres parties du corps. Cependant comme les 
paupières fe tuméfient & enflamment aifément, 
ondoits'appliqaer d'abord à empêcher ces fymp- 
tomes. Ainli on fe fert dans le commencement des 
défenfifï fûts avec Peau-rofe , le blanc d' œuf î5 un 
peu de [ajfran , ou de ce'ui dont j'ai parlé ci- de- 
vant , fait avec l'œuf entier , le vin î$ Vhuile rofat. 

Si la lividité eit grande , qui efl: une marque 
qu'il y a beaucoup defang extravafé,on oint les 
paupières du Juc d'abfynthe mêlé avec du miel, ou 
on applique deflus des linges imbus de cette mix- 
tion. Ou bien on fe fert d'une fomentation faite 
avec les feuilles d'abjynthe & de fcordium,les fommi- 
tez de th'tm , les fleurs de camomille 15 de mélilot , Ï5 la 
Jcmence d'anis , que l'on fait cuire avec le vin , dans 
laquelle on trempe des comprefles qu'on appli- 
que chaudement fur les paupières , ik qu'on re- 
nouvelle trois ou quatre fois par jour. Ou on em- 
ployé de la même manière le fuc de racines de fceau 
de Salomon , oh la décoftion des mêmes racines faite 
avec le vin, 

A l'égard des plaies , fi elles font faites avec des 
initrumens tranchans, on les oint d'huile d'hypéri- 
con , dans laquelle on ajoute de la térébenthine de 
Fenife,o\i d'autres baumes oh onguens vulnéraires > 



de l'Oeil. -19 

& par* deflus on applique un petit plumaceau de 
un emplâtre de diapalme dijjout avecPhuile rofat ;ÔC 
(î ce font des plaies contufes ou dilacérees, on fe 
fert bien des mêmes huile* , baumes , ou onguent , 
mais au lieu de V emplâtre de diapalme, on applique 
les défenfifs Jufdirt. 

Si enfuite de ces plaies il fe faifoit une fluxion 
& tumeur considérable aux paupières, on l'ap- 
paiferoit parle moyen d'un cataplafme fait avec 
deux oncet de mie de pain blanc , demie once des fa" 
fines de ftmencet de fœnugrec C? de lin , que l'on fe- 
roit cuire dans le lait de vache, y ajoutant fur la fin 
un jaune d'œuf, vingt grains de Jaffran en poudre , 
î$ une demie once d'huile rofat , que l'on applique- 
roit chaudement furies paupières & leurs envi* 
rons. Et fi cette tumeur devenoit œdémateufe , 
on fe ferviroit pour réfoudre & fortifier, de ce- 
lui fait avec deux onces de farines d'orge & de fè- 
ves, une once det poudres de fleurs de camomille , de 
mélilot , & de rofet rouget , Ï5 une once £5" demie de 
miel, que l'on feroit cuire dans une décodions 
feuilles de bétoine & d'eufraife , que l'on appîique- 
roit comme deflus. 

Les paupières font encore ofFenfées par des 
brûlures, qui fe guériflent en les oignant avec 
l'onguent populeum , ou l'huile d'œuft , ou le beurre 
defaturne , & autres reraedes ufîtez pour les brû- 
lure?. On doit feulement prendre garde de def- 
fécher les ulcères qui leur fuccedent trop promp- 
tement, de crainte que les cicatrices en fe refler- 
rant trop, ne rétréciflent beaucoup les paupiè- 
res, & ne caufent un éraillement, qu'il eft ce- 
pendant bien difficile d'éviter , pour peu que les 
brûlures foient profondes; & en casque les bords 
de l'une & de l'autre paupière fuflent ulcérez, 
on doit pareillement prendre garde que les deux 
paupières ne s'unifient enferrlble; 6c pour l'em- 



fio Des Maladies 

pêcher autant qu'on le pourra , il fera bon de les 
ouvrir de tems en tems, & de mettre fur leurs 
bords un peu de tuthïe lavée ou du plomb brûlé y 
tant pour deffécher les ulcérations de chaque 
bord, que pour fervir d'un moyen pour empê- 
cher leur union. Si on pouvoit faire tenir entre les 
deux bords un petit morceau de cannepin imbu 
de quelque collyre defficatif , cela feroit com- 
mode ; mais l'œil difficilement fouffre de tels 
corps étrangers. Enfin ii les bords des deux pau- 
pières ne font point ulcérez, pour empêcher les 
éraillemens , fervez-vous des moyens éncncez 
vers la fin du Chapitre dixième; mais s'ils le font, 
ne vous en fervez point, parce qu'il vaut mieux 
que le* paupières demeurent éraillées , quoique 
cette difformité foie grande, que de refter unies. 

Conclufion des Maladies de l'Oeil, 

SI je n'ai point mis de Préface au commence- 
ment de ce Traité, je dois au moins en le fi- 
niffant faire connoitre les raifons qui m'ont en- 
gagé de l'écrire , & rendre ratfon de l'ordre que 
j'ai obfervé en décrivant les maladies qui y font 
contenues. 

Mon premier motif a été de communiquer au 
Pubbcîesdécouvertes&les obfervations que j'ai 
faites depuis plufieurs années fur les maladies 
des yeux; & en cela m'acquitter du devoir de 
ceux de ma Profeliion, qui s'étant dévouez pour 
le fervice du Public, ne peuvent fans injultice 
fe rendre fecrettes les connoiflances particulie- 
resqu'i's acquierentdans l'exercice de leur Art. 

En effet, liceux qui nous ont précédé, ne nous 
avoient pas laiffé leurs découvertes , leurs ob- 
fervations, & l.*urs méditations fur toutes les 
parties de la Médecine, cette feience feroit en- 



î>e l'Oeil/ ç-m 

core dans le berceau , & nous aurions jafte fujet 
de nous plaindre d'eux ; mais ils l'ont fait fi libé- 
ralement, qu'à leur imitation nous ne devons- 
point priver le Public du fruit de nos veilles & de 
nos travaux. 

Et comme les Sciences & les Arts ne fe perfec- 
tionnent qu'avec le tems ; que plus les Sciences & 
les Arts ont d'étendue, & plus il faut de tems- 
pour les conduire à leur entière perfection; & 
que même il y en a , comme par exemple la Mé- 
decine, qui n'arriveront jamais à ce degré tant 
recherchée tant defiré ; on ne doit point s'éton- 
ner fi nos Auteurs, tant anciens que modernes, 
fe font trompez en pluiieurs rencontres. C'eft 
beaucoup pour eux qu'ils nous ayent frayé le 
chemin ; que par leurs obfervations & leurs ex- 
périences , ils nous ayent découvert les fignes 
pour connoître les maladies, & pour en faire un 
prognoftic bon ou mauvais ; qu'ils nous ayent 
moncré les indications que nous devons avoir 
pour parvenir à leur cure ; & qu'ils nous ayent 
donné les remèdes pour les combattre, & enfei- 
gné les opérations pour les détruire. Nous de- 
vons profiter de leu s connoiflances, & nous de* 
vons nous fervir judicieufement des règles qu'ils 
ont établies pour perfectionner de plus en plus 
les chofes qu'ils ont laiilées comme imparfaites, 
& pour découvrir celles qu'ils n'ont pu véritable* 
ment pénétrer. 

Le fécond motif eft, qu'ayant confidéréque 
très-peu de Praticiens ont écrit fur les maladies 
des yeux , & q ue parmi les Modernes , la plupart 
n'ont prefque fait que colliger ce qu'ils ont trou- 
vé dans les Anciens, fans y rien ajouter du leur, 
hors quelques noms grecs de maladies, capables-. 
plutôt de rebuter que d'inllruire ; j'ai crû obliger 
les jeunes Chirurgiens qui vouloient s'appliquer 



jir Des Maladies 

à connoître à fond ces maladies, Se apprendre à 
les traiter tant par les remèdes que par les opé- 
rations , en leur en traçant un plan en que ] que ma- 
nière nouveau, par lequel ils s'inftruiront en peu 
de tems de toutes les chofes neceflaires pour les 
connoître & pour les guérir. 

Je fuis perfuadé qu'ils loueront mon defTein 
& qu'ils l'approuveront , quand après avoir lu 
ce Traité, & après avoir conféré les deferiptions 
que j'y fais des maladies avec celles qu'ils liront 
dans les Auteurs, ils trouveront que dans celles 
ou je fuis entièrement d'un fentiment oppofé, je 
me foutiens&par la raifon & par l'expérience 
comme fur deux pivots inébranlables; au lieu 
que celles de nos Auteurs ne font appuy:es que 
fur des opinions fi peu probables, que pour peu 
qu'on les examine, il eftafîez difficile de s'imagi- 
ner comment elles ont pûavoircours pendant un 
aufli long-tems;& que dans celesoujene m'é- 
loigne pas tout-à-fait de leur fentiment, je ne 
nie contente pas feulement de rapporter ce que 
j'ai trouvé de conforme à l'expéfience ; mais 
que j'y ajoute encore des éclairciflemens utiles 
pour la connoiflanee , pour le prognoflic , & pour 
la cure de ces maladies. 

Ce que je viens de dire , n*e(t point pour criti- 
quer nos Auteurs ni ceux qui fuivent leurs fenti- 
mens ; j'ai trop de refpect pour l'antiquité & 
pour mes maîtres. S'ils fe font trompez en bien 
des chofes, ce n'eft pas leur faute. L'opinion, 
par exemple, qu'ils avoient de l'ufage du cri- 
ftallin, & de la manière qu'ils penfoient que la 
vue fefaifoit, n'a pas peu contribué à leur don- 
ner une idée faufle de la catara&e, Se de quel- 
ques autres maladies de l'œil; & je puis dire que 
j'en aurais encore la même idée, fi j'avois tou- 
jours été perfuadé que le criftallin fût le princi- 



DE lOsIL. $2} 

pal initrurrent de la vue. Cependant quoiqu'ils 
n'ayent pas véritablement connu la catara&e, 
cela ne les a pas empêché d'inventer une opéra- 
tion fi jufte pour la détourner, que la réuffite a 
répondu à leur deflein, qu'elle eft encore heu- 
reufement pratiquée par nos Oc uli fies modernes- 
quifuivent leur doctrine, & qu'elle le fera dans 
la fuite tant que la Chirurgie fubfiftera. 

A l'égard de l'ordre que j'ai obfervé dans ce 
Traité, il paroîtra d'abord irréguier, je l'a- 
voue. Je fçais bien que je devois commencer par 
les maladies des parties extérieures de l'oeil, Se 
décrire de fuite celles des membranes extérieures 
du globe, puis celles des parties intérieures, & 
enfin celles du nerf optique : mais voici pourquoi 
cet ordre eft renverfé. C'eft que mon premier 
deflein n'jtoit que de faire un petit Traité des 
maladies du criftallin , pour donner au Public mes 
découvertes fur la cataracte. Ce Traité étant 
ébauché, j'en conférai avec quelques-uns de mes 
amis, qui me folliciterent de n'en pas demeurer 
là, & de donner mes remarques fur les autres 
maladies de l'œil: je fu:visleurconfeil,& je con- 
tinuai mon travail fans en changer l'ordre. Ainli 
comme la defcription des maladies du criftallin 
avoit trop d étendue pour être placée félon fon 
ordre, j'en ai fait la première partie de mon 
Traité, & pour cela je l'ai augmenté de beau- 
coup d'obfervations de pratique pour éclaircir 
de plus en plus les chofes que j'y avois avancées ; 
j'ai décrit enfuite les maladies du corps vitré & 
des autres parties intérieures de l'œil ,& celles 
des membranes qui forment fon globe , pour en 
faire la féconde partie: puis j'ai pafTé fuivant le 
même ordre à celles des parties extérieures de 
l'œil, pour en compofer la troifiéme & dernière 
partie. Peut-être même que cet ordre ne dé* 



fi4 Ê ES Maladies 

plai. a pi°, quand on verra que j'ai tellement 
difpcfé lesCnapires, que fouvent lesprécédens 
fervent à mieux faire entendre les maladies con- 
tenues dans les fui vans. 

Dans la première partie, j'ai rapporté des ob- 
fervations fur toutes les différentes altérations du 
criflallin, parce que j'ai traité des maladies de ce 
corps, comme fi j'étois le premier qui en eût 
parlé ;& effectivement nos Auteurs les ont peu 
connues. J'ai même rapporté quelques unes de3 
obfervations que j'ai faites fur des yeux d'ani- 
maux, qu'on ne doit pas pour celarejettenpuif- 
que les yeux des animaux font travaillez des mê- 
mes maladies que ceux des hommes, comme on 
peut le connoîtrepour peu qu'on veuille s'appli- 
quer à les examiner. Mais dans la féconde & 
troifiéme partie, je n'en ai point rapporté, hors 
quelques-unes de pratique ;& cela, parce que 
je n'en avois pas allez de bien circonftanciées, 
pour en fournir à tous les Chapitres ; m'étant con- 
tenté pendant plufieurs années de faire feule- 
ment des remarques courtes & fimpies fur les- 
différentes maladies que je traitais, pour nefer- 
vir qu'à mon inftru&ion particulière, n'ayant 
alors aucun d^fTein d'écrire fur ces maladies. Ce- 
pendant comme routes les defcriptions que j'y 
fais des maladies, fort fondées fur ces remarques 
& autres obfervations ( car je n'avance aucun 
fait que je ne l'aye auparavant reconnu par ex- 
périence ) je puis dire que chaque defcription 
eft véritablement une obfervation complette. 

Je n'ai point voulu paroître fingulier , en don- 
nant des noms nouveaux à quelques maladies, 
quoique les idées qt?e j'ai de quelques-unes 
foient entièrement différentes de celles dçs An- 
ciens & des Modernes; je me fuis fervi de ceux 
que l'antiquité leur adonné : ainfij'ai appelle ca~ 



de l'Oeil. 51 j 

Uï-aBc l'altération du criftallin, quoique la cata- 
racte foit autre chofe au fentiment de nos Au- 
teurs. J'ai même confervé la plupart des noms 
Grecs des maladies, dont je pouvois cependant 
me paiYer, étant allez exprimez par ceux qui 
font ufietz en notre Langue; afin, comme je i'ai 
dit ailleurs, de donner de la facilité à ceux qui 
voudront lire ces mêmes maladies dans les Au- 
teurs, de les y trouver. Et quand j'ai décrit quelque 
maladie que je n'ai point trouvée dans nos Au- 
teurs, je l'ai exprimée par les termes lesplusfi- 
gnificatifs de notre Langue. 

Si je me fuis beaucoup étendu furies defcrip- 
tionsde quelques maladies, c'cfl que j'ai eudef- 
iein qu'on les connût furnTammentpoui les pou- 
voir traiter ;& fi j'ai marqué exactement toutes 
les minuties des opérations, e'cit parce que je 
içais qu'on ne fçauroit trop inftiuire les jeunes 
Chirurgiens qui n'ont point encore mis la main à 
Tœivre, & qui fouvent fe trouvent embarafîez 
quand ils commencent à opérer, faure de con- 
noitre quantité de petites chofes que la plÛDait 
de nos Auteurs négligent d'écrire , & dont la con- 
noiflance ne s'acquiert que par un long travail ■: 
ce font même ces minutiez qui font connoitre un 
Chirurgien habile & expérimenté, d'avec celui 
quinel'eftpas. 

Po ir les remèdes, je n'ai propofé que ceux 
dont je me fuis utilement fer.vi, & dont je me 
-fers journellement pour les mêmes maladies, Je 
jne fuis même appliqué à .n'en propofer qu'un 
certain nombre qu» fufïit pour remplir toutes les 
intentions que l'on peut avoir pour guérir les ma- 
ladies des yeux, pourvu qu'on les allie&qu'on 
Ses dofe de la manière que je l'ai enfeigne. J'ai 
écrit les formules fans abréviations & fans me 
Servir des caraitercs ordinaires ; parce que fou- 



fi6 Des Maladies 

vent dan? le* impréffions, il fe gUfTedefi grandes 
fautes à l'égard de ces caradberes & chiffres , qu'il 
eft difficile de démêler les dofes , fi on ne connoîc 
parfaitement la matière médicinale. 

Je ne prétens point exclure quantité de remè- 
des que nos Auteurs propofent judicieufement 
pour les maladies des yeux , ni quantité d'autres 
dont on fe fert journellement, & que plusieurs 
f>erfonnes tiennent fort fecrets ; pourvu qu'on 
s'en ferve avec méthode <3c raifon, & qu'on n'en 
fafTe pas des remèdes à tous maux: car c'eft l'a- 
bus ordinaire où tombent la plupart de ces gens 
à fecrets, qui faute de connoiflance profanent 
fouvent les meilleurs remèdes. 

Il y a quelques redites en plufieurs lieux de ce 
Traité ; mais on ne peut pas toujours les éviter 
dans un Ouvrage de cette nature, fi on veut fe 
rendre plus intelligible. C'eft auflî ce qui m'a fait 
préférer une narration (impie & étendue» mais 
claire & inftructive, à une concife, mais obfcure ; 
perfuadé que je fuis que ce ne font point les pa- 
roles choifies qui guérifient les maladies, mais 
une jufte application des remèdes , & un indu- 
strieux mouvement de la main. 

Pour mieux éclaircir quelques matières, j'ai 
été obligé de faire fouvent plufieurs digrellîons. 
Il y en a de courtes, & d'autres affez longues. 
J'ai laifféles courtes dans le corps du difcours de 
chaque Chapitre; parce qu'elles arrêtent fi peu le 
LedTreur, qu'elles ne font pas capables de l'en- 
nuyer : mais pour les longues , je les ai féparées , 
afin que ceux qui voudront feulement voir la 
fuite de la maladie dont je traite, ou qui n'au- 
cont pas befoin des éclairciff emens que je donne 
dans ces digreflions, les puiffent palier , quand 
ils n'auront pas le tenis de les lire. 
Quoique je u;e fois donné affez de peine pour 



DE L'OEIL. -517 

décrire autant nettement que je l'ai pu les mala- 
dies des yeux , & pour ne me point laiffer trom- 
per par les apparences dans les obfervations que 
j'ai faites , je ne fiate pas cependant que ce Trai- 
té foit parfait , & que j'aye épuifé tout ce qu'oc 
peut dire fur ces maladies: je crois au contraire 
qu'on pourra faire encore de nouvelles décou- 
vertes qui ferviront de matière à de nouvelles 
réflexions. J'invite les Chirurgiens zé'.ez à y tra- 
vailler , & je les prie que s'ils en font quelques- 
unes, de ne les point lairTer périr dans l'oubli: 
comme je leur promets, en cas que je découvre 
encore quelque chofe dans la fuite , de leur com- 
muniquer, en l'ajoutant a ce Traité. 

Je fçais que la plupart des Chirurgiens négli- 
gent de s'appliquer aux maladies des yeux ; parce 
qu'elles font fi nombreufes, qu'on s'en fait un 
monftre , & qu'on croit qu'elles demandent toute 
l'application d'un homme, & une adreflé toute 
Singulière pour exécuter les opérations qui leur 
conviennent. Il n'eft rien de tout cela; elles font 
nombreufes à la vérité, mais elles font très- fa- 
ciles à apprendre à un Chirurgien déjà éclairé 
dans fa Profeffion: elles n'ont point d'autres rè- 
gles pour leur traitement, que celles que l'on 
fuit pour guérir les autres maladies ; pourvu feu- 
lement que l'on ait égard à la nature de l'œil : Se 
il n'eft befoin que d'une adrefle médiocre & d'un 
peu de jugement, pour en faire les plus difficiles 
opérations. Je fouhaite que ce Traité puiiie ex- 
citer un grand nombre de Chirurgiens à s'adon- 
ner à l'étude particulière de ces maladies; afin 
que s'étant rendus capables de les traiter , les pau- 
vres comme les .riches en puiffent recevoir du 
foulagement ; & que ce foit pour la plus grande 
gloire de Dieu. 



TABLE 

DES MATIERES. 

A 

sjBcèf du grand angle, & fes lignes, fage^io. 

•** Son prognoftic & fa cure , /?. 4 1 1 . L'abcès 
du grand angle eft un de ceux qu'on ne fçauroit 
trop tôt ouvrir pour empêcher la fiftule ,411. 
Comment on doit faire l'ouverture , 413 

abcès de la cornée, 339. Caufe de cette maladie, 
340. En quoi elle diffère des phlydenes & des 
puftules, ibidem, Ses fignes diagnoftics, 340 
^341. Son prognoftic générai ,342-. Son pro- 
gnoftic particulier, 'ibid. Sa cure, 342. 

Mcès qui fe forment entre le globe de l'œil & 
l'orbite , 400. Signes que ces abcès le font par 
fluxion, ihîà. Signes qu'ils fe font par conges- 
tion, 401. Signes qu'ils fe font par un fang 
épanché enfuite de quelque caufe extérieure , 
ibid Prognoftic de ces abcès, ibid. Comment 
on les traite, 40 *. Quand l'abcès paroît en de- 
hors, comment on doit l'ouvrir, 403. Et com- 
ment , quand il paroît en dedans ,403. Quand 
ces abcès fe font par congeftion , les remèdes 
y profitent peu , 404 

'Abcès des paupières , & comment on les doit trai- 
ter, 438, Manière d'en faire l'ouverture, 439 

'Abondance non naturelle de l'humeur aqueufe, les 
caufes, & comment elle fe termine, 143 

decompagmmens de la cataracte , ce que c'eft, 108. 
Ce qui leur donne nailTance, 1 14. Ce qui paroit 
^quand ils commencent à fe former,& lorsqu'ils 

augmentent 



TABLE DES MATIERES. ?ij 
augmentent , tbid. Eclairciffement fur leur naii- 
fance, no 

■Achlys ou caligo , ulcère de ' l'œil, 347 

Acrochordon, efpece de verrue des paupières , 462. 
JEgilops , ce que c'eft , 4 1 ) - 

Aigle ouAige , ce que c'eft 380. Comment on trai- 
te cette maladie, 381 
Aïbugo ou kucoma , ce que c'eft , 382. Comment on 
diftingue Valbugo des cicatrices, des ulcères, 
des pullules , des abcès , & de l'aigle, ibid.Pio- 
gnoftic de cette maladie & fa cure a 385 
Amauroftf, ce que c'eft , 2 ç 1 
Anchilops , ce que c'eft , ,410 
Ancyloblepbaron , ce que c'eft, j 1 ^ 
Angles de l'œil , z 
Anthrax ou charbon des paupières, 444. Les pau- 
vres gens font plus fujets à cette maladie, ibid. 
Sacaufe & fa cure, 444 C5 445 
Arc-en-ciel , fes couleurs nailTent des rayons de lu- 
mière qui foufifrent le plus de réfraction , 64 
Argemon ou ulcus rotundum , ulcère de l'œil , 547 
Artère/ des yeux , 1 o. Les artères qui vont à l'u- 
vée ôc au cercle ciliaire , comment elles pénè- 
trent la cornée, 26 
Atbe'rome ,fleatome., & mélicerit des paupieres,4 S 5 • 
Caufe de ces maladies, ibid. Il eft aifé de les 
diftinguer des autres tumeurs de différente 
efpece, 454. Leur prognoitic, 455. Leur cure 
par les remèdes, ibid. Quand l'opération y 
convient, ibid. Opération de quelques Auteurs 
réfutée, 456. Comment en doit faire l'opéra- 
tion, 457 
Atmiaîonblepharon , ce que c'eft , 5 j 
Atrophie ou diminution de l'œil , ce que c'eft, 2 7 1 . 
Ses caufos, 272. Ce qui arrive au-dedans de 
l'œil en cette maladie, ibid. Cette maladie eft 
incurable, ou au moins très-fufpeâre, 273, 



530 r TABLE 

Remèdes que l'on peut tenter, ibîd. 

Aveuglement de nuit, les caufes & fa cure, 146. 
Comment on ditlingue la goûte iereine de l'a- 

• veug!ementdenuit, iÇ i 

Aveuglement de jour & fes caufes, 2.38. Les flânes 
de cette maladie, & comment elle fe termi- 
ne, 24 c 

Axe optique ou vijttcl > ce que c'dt, î>6 

B 

T> £<*«£ de Pœil , ce que c'eft, 1 ^ 

•*-* Botbrion oufojjula ikannulur, uîcere d« l'œil, 

Brouillard , ulcère fuperficiel de l'œil, 346 

Brûlures des paupières, & comment on les guérit, 

c 5 ' 9 

S*i Amphre, manière de le difîbudre dans les li- 
^ queurs,& fes effets, 3 5 3 ^ 3 54 

Cancer des paupières, fesiîgnes, 467. Comment 
il fe forme , ibid. Ulcéré ou non, il s'irrite , lors- 
qu'on veut tenter de le g lénr par les remèdes 
ou par l'opération, 468. On ne peut entre- 
prendre qu'une cure paHative, 469. Par quels 
remèdes on 1 exécute , ibiJ. Quand ils font nai.f- 
fans,& qu'ils n'excèdent en grofleur un grain 
de bled, Î5c. on peut les enlever par l'opéra- 
tion, & comment, 471 
CataraBe, fes noms , 94 Ce que c'eft félon les An- 
ciens, ihid. Ca ifede leur erreur, /£/i. Nos plus 
anciens Médecins ont crû qu'elle étoit une al- 
tération entière du criftallin, 9?. Gaîien eft 
peut- être le premier qui a établi une différence 
entre la cataracte & leglaucoma, 96. Réfuta- 
tion de l'opinion des Anciens, ibid. Opinion 
de quelques nouveaux Médecins fur la cata- 
racte, 97. Réfutation de cette opinion, ihid, 



DES MATIERES. 531 

■CatauBd ,ce que c'eit félon l'Auteur ,& la divi-» 
lion qu'il en fait, 98 

■CttaraBe vraye , fa defcription , 99. Première ob- 
fervation pour prouver ce que c'eft que la ca- 
taracte, 100. Seconde obfervation, ioi.Trow 
fiéme obfervation , 103. Quatrième obferva- 
tion, 104. Cinquième obkrvation, 109. Ré- 
flexions fur ces obfervations, 110 
Caufe des cataraïïervïayes, 1 ix. Pourquoi ceux 
qui commencent à être travaillez de catara- 
ctes , femblent quelquefois voir voltiger en 
l'air des étincelles de feu,i 1 3. La férofité aci- 
de qui caufe la cataracte, détruit le plus fou- 
vent la membrane qui recouvre lecriffallin, 
114. Pourquoi elle ne détruit pas ce le qui efr 
au-deflbus, 1 15. Objection qu'on peut faire 
fur la caufe des cataractes,& la réponfe à cette 
objection, 1 ié S? 117. Preuve que l'humeur 
qui caufe les cataractes, s amafie quelque- 
fois pir voye de fl ixion , & d'autres fois par 
congefiion, 118. Que lhumeur qui caufe la 
cataracte , fe jette d'abord entre le criff allin & 
la membrane qui le recouvra, 118. Deux ob 
jections que l'on peut faire fur l'acidité de 
l'humeur qui caufe la cataracte, *& ce qu'on 
y peut répondre, nçCTuo 
les différences des caiaraBes vrayes, 111. Les 
différences qui fe tirent de leur âge, ibid. Les 
cataractes laiteufts ou caféeufes, quelles el'es 
font, ik'd Les cataractes confirmées, quelles 
elies font, ■■#/</. Les différences qui fe titrent 
de leur quantité ou étendue, ni. Les diffé- 
rences qui fe tirent de leur couleur, 123. D'oîi 
naifTent toutes les différentes couleurs des ca- 
taractes, 114 
Signes diagnostics des cataraftes , 1 15. Signes qui 
font co&noître que la cataracte augmente , 1 z6 ■ 



5*.- TABLE 

Signes tjui font concentre, qu'elle eft dans for* 
état, 117. Signes qui font connoitre l'étendue 
île la cataracte ,ibid. 

Signes -prognoftics des cataraBes , 12.8. Signes 
bons ou mauvais des cataractes, qui fe tirent 
de la dilatation de la pupille, 1 tM&Jùiv. Si- 
gnes bons ou mauvais des catara&es, quife ti- 
rent de leur couleur, 128 \5 juiv. Signes bons 
•Gu-inauvais des cataractes, qui fe tirent delà 
difpolition de l'œil & d'autres choies accelToi- 
rçs, i.)4&[uiv. 

De de ux cataraBes ,-dont un même fujet le trouve 
travaillé, l'une peut erre louable, fans que 
l'autre le foit, 176. On peut mettre les catara- 
cte* au nombre des. maladies héréditaires, /i/^. 

Faufies caiaraBcs , 1 84 

ÇttgraBe branlante, ce que c'eft ,196. Première 
obfervation fur cette maladie, 20c. Seconde 
obfervation, 201. Cette maladie eft incura- 
ble, io 5 

ÇafaraBe purulente , ou abcès du criftallin , ce que 
c'eft, 203. Ses caufes,*£/i. Ses lignes, 204. Er- 
reur de Fernel fur cette maladie, ibid. Obfer- 
vation fur cette maladie, 207. Cette maladie 
eft. incurable , *o8 

ÇîieruBss mixtes ou trompeufes , ce que c'eft , 

209 

Première <aura.Be mixte qui tient de la nature 
du ghucema, 2.11. Ses fignes, ibid, Le prognof- 
.tic qu'on en peut faire, ibid Ce qui peut arri- 
ver dans la fuite de l'opération, 212. Cette ça- 
ara#e en vieilliffant devient (bavent bonne, 
Ooiervation far cette maladie, 213 

Seconde c&araBs mixte qui tient de la protubé- 
rçnsç du criftallin, & fes fignes, 214 \$ 21^, 
£lq y iejiliGact ,.e41e fe mûrit quelquefois, ibid, 
SauvÊnt auffi elle eu: incurable, /W. Obfer^a- 



DES MATIERES. ffi 

tion fur cette maladie, 115. EdaïrciïTemenC 

fur l'impolTibilité qu'il y a dans les cataractes, 
& la difficulté qui fe rencontre dans les mixtes 
de féparer le criflallin , 217 

Troifiéme cal ara fit mixte qui tient de la cata- 
racte purulente, & fes lignes , 2.19 ££ *io. 
Comment on diftingue le pus de la matière 
laiteufe & de la caféeufe, ii«. Comment on 
doit fe comporter dans l'opération , ibid. Un 
pus qui n'a point de mauvaife qualité, pour 
être répandu dans l'humeur aqueufe, ne la 
corrompt pas toujours, ibid Quand ap- es avoir 
abbaifle une cataracte , la partie que le criftal- 
lin a quittée, refte trouble ou blanche , ç'eft 
une marque que la membrane qui recouvre le 
corps vitré, a été ulcérée ou tachée ,212. Ce 
qui fuit cette Cache, ibid, De toutes les cata- 
r-a^es mixte?, celle qui tient de la purulente y 
ell la plus aifée à abbaifTer, ibid* Obfervation 
fur cette maladie, i*$. Avertiffement fur les 
fuites fàcheufes qui arrivent quelquefois après 
l'opération des cataractes mixtes qui tiennent 
de la purulente, quoiqu'on ait bien réufïi ,12.4 
Câufes généra'es & particulières des fluxions , in- 
flammations, î5c 29S 
Centre de la rétine, ce que c'efl:, 87 
Cercle ciliaire , fa defcription, 45. Divers ufages 
de ce cercle, 46 C5" 47. Cercle ciliaire considé- 
ré comme un filtre , 5 o 
Chalazeon ou grando , ce que c'efl: , 450 
Chajjïe ou lippiinJe, 488. Pourquoi il s'amafle 
plus de chaflie pendant la nuit, 490. Les dif- 
férentes confidences de la chaflie fontconnoî- 
tre les différera états des maladies qui la pro- 
duifent, ibid, ^491 
Chenofis, ce que c'efl: , 316 
Choroïde, membrane de l'œil , 19 

Z iij 



534 - TABLE 

chute des cils, & la caufe de cette maladie, 491 
Chute de l'uvée, voyez fiaphyhme, 36 4 

Cicatrices de la cornée , quelles maladies e?les fui- 
vent, 378. Elles ne peuvent s'ôter ou effacer 
par aucuns remèdes, 379 

CïUement involontaire de la paupière fupérieure, 
503. Conjectures de l'Auteur fur la caufe de 
cette maladie , ibid. £5 5 04 

Cilx des paupières , ce que c'eft , 4 

Circulation de l'humeur qui nourrit les corps 
tranfparens, & qui entretient l'humeur aqueu- 
fe, 50 2? Juiv. 

Clou , troifiéme efpece de ftaphylome , 366 

Co&ion féconde, ce que c'eft, 300 

Cœloma ou cavitas , ulcère de l'oeil , 348 

Qohbomx , ce que c'eft , 511 

Conclu/ton de la Defcription de l'Oeil , 90 

Conclu/ton des Maladies de l'Oeil, 510 

Cône formé par les fibres membraneufes au- de- 
dans du corps vitré, 36 ' 
Confufwn des paties intérieures de l'Oeil , Scies ' 
eaufes de cette maladie, 174. La perte de la 
vue eft irréparable, Z75. Les remèdes qui con- 
viennent dans les conftifions récentes , ibid. 
Congestion , ce qu'on entend par ce terme , 1 1 8 
Con'onBion des paupières , 512. Remarques de 
l'Auteur fur cette maladie, ibid. Ce qu'on c oit 
faire pour guérir cette maladie, 513. On ne 
doit point faire l'opéiation fur les enrans, & 
pourquoi, 514 
Autre efpece de conj on & ion des paupières, cauiee 
par des brûlures ou par des ulcères, & lefen- 
timent de l'Aureur, 515 
Jutre fpece de con'onBion, lorfque la partie in- 
térieure d'une paupière s'unit avec la conjon- 
ctive, Î5c. & l'opéiation de nos Auteurs en 
cere rencontre^ 1 5. Réfutation de cette opé- 
ration , .516 



DES MATIERES, ; - 

Cmfiftence viciée de l'humeur aqueufe , 24 c 

Confcmption delà chair glanduleufe du grand an- 
gle, 4 3 3. Ce qu'on y doit faire, 434 
CoHjlriBictt non naturelle de la pupille, 260 
Contufwns des paupières, & comment on les gué 
rit, fio 
Cornée, membrane de l'œil, fadefeription, 14 3> 
Juiv Elle n'eit point une exteniion ou dévclc- 
pement de la membrane extéi ieure du nerf op- 
tique, 17. A quoi fert i'éminence fphérique 
de la cornée tratfparente, 76 
Cerfs tranfparens (paities de l'œil) font deux, 
20. Comment ils fe nourrirent, 47. Circula- 
tion de l'humeur qui les nourrit c* qui entre- 
tient l'humeur aqueufe, 50 15 juiv* 
Corps tranfparens , ce que c'eft , 7 1 
Corps-Opaques , ce que c'eft , 7 2 
Corps vhrs', fa compofition, 30 fc? 31. Tramer 
moyen pour découvrir fa ftructure, ibid. Second 
moyen, iS/d, Troiftéme moyen, 32. L'efpace 
qu'il occupe, & fa figure, 33. La membrane 
qui le recouvre, eit double en fa partie anté- 
rieure pour embraiTer !ecriftaliin,/W Ses vaif- 
féaux , ibid» Il reçoit fa nourriture immédiate- 
ment des fibres ciliaires, 5 a 
Couleur noire dont l'uvée eft enduite, 19. A quoi 
fert cette coulet-r, g 5 
Ltscouleurs de Tare en-ciel naifTent des rayonsde 
lumière qui fouffrent le plus de léfraction, 65 
Les couleurs ne font point réelles dans les corps, 
expérleoce pour le prouver, 68 
Crijtallin,^ defeription, 34. Prcw/<?rmoyenpour 
lui oter [a mollette & fa tranlparence , afin de 
le mieux aratomifer , ibid Sc-cond moyen, 3 f. 
Le criftailin n'efl: point à aucune partie, n'étant 
. contenu que parla membrane qui le recouvre, 
36. Etant pié^aréavec l'eau- forte, il fe déve- 

Ziiij 



Îl6 ' TABLE 

lopepîusaifément, 37 Cen'eft qu'un amas de 
plufieurs pellicules , ibid. Il ne fe dilfout point 
dans l'eau compofée d'eau commune & d'eau* 
forte, 38 Examen du criftallin fans prépara- 
tion , 40. Sa figure, 41. Il eft d'une fubitance 
très- pure, ibid II eft un des corps les plus pe- 
fans qui fe rencontrent dans l'homme & dan3 
les autres animaux, 4i.Sonufage, 76. Les pe- 
tites fibres ou filets noirs qu'on fuppofe fe 
trouver dans les yeux des oifeauXjdespoiflbns, 
& de quelques autres animaux qui ont la cor- 
née en partie offeufe ou cartilagineufe, ne 
pourroient faire approcher ou reculer le crif- 
ftallin de* la rétine, quand même ils éxifte- 
roient, 84 £ 85. Le criftallin n'eft pas abfoîu- 
iuentnéceffaire pour voir , 88. Tant que le cri- 
ftallin eft tranfparent, on ne peut lediftinguer 
en regardant l'œil , 215 

Crilbe ou kordeothm, ce que c'eft, 448. Sa cure, 

449 
D 
T\ Afttes on danfttat palpe brarnm,çÇpçce de dar- 
*^-^ tre des paupières, 477 

De!acrymatio,cequec'ett) 4®8 

Déplacement forcé du criftallin, ce que c'eft, 124. 
Ses fignes, 2x5. Quand il eft appuyé fur l'u- 
vée, ce qui arrive à la pupille, 2.2.6. L'opéra- 
tion eft inutile en cette maladie, ibid. Obfer- 
vation fur cette maladie, ibid. Autres remar- 
ques fur cette maladie , 2. i 7 
Dérangement des parties intérieures de l'œil , Se 
les caufes de cette maladie, 274 
Dérangement des cils , ou trichiaftf . 492 
Dejfécbementdu criftallin, 184. Voyez g tau coma. 
Difficulté* qui arrivent dans le tems de l'opéra- 
tion de l'abbaiflement des cataractes, dont la 
U première eft au fujetde Tirréfolution du ma* 



DES MATIERES. jjj 

lade, 1 5 r. La;/6rWr,aufejetdescàtafa&es!ai- 
teufes, //'/'</. La troiftéme,au fujet des cataractes 
caféeufes, 155. La quatrième, au fujet des ao 
compagnemens nombreux , 1 5 7. La cinquième , 
au fujet des accompagnemens foiides, 160. 
La ftxiéme,au fujet de quelques accidens qui 
arriventdans l'opération , 161 

Digrejjlon fur les caufes générales- & particulières 
des fluxions, inflammations, Cfc. 297 

Dilatation non naturelle de la pupille, 256 

Diminution & écoulement de l'humeur aqueufe , & 
leurs eaufes, 244. Quand cette humeur s'efl: 
écoulée , elle fe rengendre, 24 f 

Diftichiafu , première efpece de trkhiafe , 495 
Dureté & fcbirre des paupières , & fa caufe , 441. 
Difficilement cette humeur guérit entièrement, 
ibid. Comment on la doit traiter, 443 

E 
JO Çtrophn , ce que c'efl , 508 

J-* Emmence fphérique de la cornée tranfparen- 
te, à quoi elle fer t, 7 6 

Encavure, ulcère de l'œil, 348 

Encauma ou uïcus fordiduni , ulcère de l'œil , 348 
Enchantis , ce que c'efl , 431 

Enflure ou tumeur des paupières, & Tes eaufes, 
455. Il y en a dediverfes fortes, & les figues 
pour les distinguer, 436. Leur cure, 437 

Epicauma ou «/éw.t inufïum , ulcère de l'œil , 34g 
Epiphora, ce que c'efl, 408 

Braillement de la paupière fupérieure, 5 04. Sen- 
timent de nos Anciens fur les eaufes de cette 
maladie, ibid. Opération de nos Anciens pour 
cette maladie, ibid. Réfutation de cette ope- 
ration, JOJ 
Braillement de là paupière inférieure , ? j 08. Senti- 
ment de nos Anciens fur les eaufes de cette 
K maladie ibid, Sentiment de l'Auteur, ibid, 

Zv 



5 }8 TABLE 

Deux opérations propofées par nos Anciens, 
& réfutées par l'Auteur. 509 C5 s 10 

braillement de la même paupière différent du pré « 
cèdent, & fes caufes, 5 10. Sentiment de nos 
Auteurs fur la cure de cette maladie, ç 1 i.Efti- 
mée incurable par l'Auteur , & pourquoi , ibid, 

Erreur de beaucoup de Praticiens touchant les re- 
mèdes ophthalmiques, 330 

Excrément dufang qui fe portent hors du corps, 
300. Ceux qui rentrent une féconde fois dans 
Ja ma fie du fang, 301. Tant que le fang fe 
purge bien de fes excrémens, fa température 
eft louable , & la fermentation eft bien réglée, 
& pourquoi, .302 

Excroiffances de chair qui furviennent à la cornée , 
3 74. Manière de les traiter, 3 7 5.Hiftoired'u- 
ne excroiffance excefhve, & comment elle 
fut guérie, ibid. Quand ces excroifïanc.s font 
chancreufes, ce qu'on doit faire, 377 

Excroiffancede chair au grand angle , de deux for- 
tes, 431. Caufe de cette maladie, ibid, Pro- 
gnoft'ic & cure , 432 

Exfoliation , ce que c'eft , 412. 

Exopbthalmia , ce que c'eft , 2-63 

Expérience d'optique pour expliquer la vue, 54 

Expérience pour prouver la réflexion , 5 7 

Expérience pour prouver la réfra&ion, ibid. 

Expérience pour voir en même tems la réfléxiou 
&ia réfraction de la lumière, 58 

Expérience pour la même chofe, Se pour mefurer 
les ang'es des rayons de lumière, 59 

Expérience pour connoître la réfra&ion qui fe fait 
dansle verre ou dans le criftal, ?9 

Expérience pour prouver de quelle manière la ré- 
fra& on fe fait dans les verres convexes , 61 & 
6 3. Conféquence qu'on peut tirer de cette ex- 
périence, 6$ 



DES MATIERES, ^ fî? 

Expérience pour montrer comme la réfraction le 
fait dans les verres «eux on concaves , 64 

Expérience pour montre» que les rayons qui par- 
tent de chaque point de lafuperficie d'un corps 
lumineux , s'éloignent les uns des autres , 6 f 

Expérience pour prouver que les couleurs ne font 
point réelles dans les corps, 67 

Expérience pour prouver que les rayons de lu- 
mière qui traverfent un prifme, ne fe croifent 
point au milieu du prifme , 69 

Extenfton non naturelle du corps vitré , ce que 
c'eit , & fes figues , z 36. La caufe de cette ma- 
ladie , tbid. Explication des ÛLmptômes qui 
fui vent cette maladie, 237. t5 238. Pourquoi 
l'humeur qui la caufe ne s'altère pas, 239. Il 
eft difficile de la diftinguer dans fon commen- 
cement de la protubérance du criftallin & même 
de lacataradte vraie ,ibid. Les perfonnes qui 
fontfujettes à cette maladie, tbid. Nos Prati- 
ciens confondent cette maladie avec la goûts 
fereine ,240. Elle ne fe guérit pas toujours, ibid. 
Sa cure, 241 

F. 
TpMfceauxou'Pinceauxàzïzycm) 75 

•*- Fente de la paupière inférieure, 511 

Fermentation du fang, ce que c'efl, 259. Effets de 
la fermentation , 300 

Fibres de i'uvée , différente de fes fibres membra- 
neufe;. ,21. Elles fe gliflent en lignes droites Se 
paralelles par le travers de la fuperfi:ie inté- 
rieure du cercle ciiiaire. 22. Elles îaifïent des 
cannelures entr'elles remplies d'une teinture 
noire, tbid. Elles forment les libres ou procès 
ciliaires, n 

Fibres qui conftituent l'iris, 2 2 

Fibres qui dilatent la pupille, 2 3 

iWrs/ qui la refferrent, 23 & 24 

Z vj 



540 TABLE 

Fibres ou Filet s noires qu'on fuppofe fe trouver 
dans les yeux des oifeaux , des poiffons, &c. ne 
pourroient faire approcher ou reculer lecrif- 
tallin de la rétine, 84 

Ficus ou Fie , efpece de verrue , 46 $ 

Filtration , ce que e'eft , 300 

Fiftule de la cornée , 3 7 j . En cette maladie l'œil 
fe vuide,&de tems entemsfe remplit, ibid. 
Fiftule lacrimale , ce que e'eft ,415. Il y en a 
d'apparentes & de cachées, 416. Dans les hT- 
tules lacrimales, ce n'eft pas toujours l'os t7«- 
guis qui eft carié ; mais la partie fupérieure de 
l'os principaj de la mâchoire fupérieure, 4 1 7. 
Prcgnoiric des fiftules lacrimales, 418. Leur 
cure, 4 1 9. Ce qu'on doit faire quand l'os eft ca- 
rié , 42. ï. En quelles caries le feu convient, 
4Z2..&42.3. Comment on fait l'opération, ibid. 
ce 414. Remarques fur cette opération, 41c 
Fiftules cachées, comment on doit les ouvrir, 416 
Quelques fiftules cachées guériflent fou vent 
fans remèdes & fans opération , 4 z 7. Après l'o- 
pération des fiftules lacrimales , il refte fou- 
vent un écoulement d'humiditez ,418. Hif- 
toire d'un Paifan guéri de deux fiftules lacri- 
males, avec carie, fans remèdes & fans opéra- 
tion, 419. Hiftoire d'une Dame guérie d'une 
fiftule cachée fans remèdes , 430 

Flux difTérens de larmes, 408. Remèdes pour 
ces maladies, 409 

Fluxion , ce qu'on entend par ce terme , 1 1 8 

Foibleffe de l'œil , 4c 6 

F nte ou corruption du corps vitré & de fes caufes , 
196. & 197. Signes de cette maladie & de la 
cataracte branlante dont elle eft la caufe, 198. 
Cette fonte demeure en un même état pen- 
dant toute la vie, fans corrompre le refte de 
l'œil, 199 



DES MATIERES. mi 

Tojjetie , ulcère profond de l'oeil , 348 

Fycofif ou ïicofitas t$ fcofa palpebra , efpece de 

dartre des paupières. 477 

G, 

G Lande lacrimak , ce que c'eft, 5. Elle eft plus 
confidérable dans les animaux qui ont une 
troifiéme paupière, que dans l'homme, ibid. 
Glande fans nom, 6. Ufage de ces g-andes. 7 

Glaucoma ou Glaucofir, pourquoi on appelle ainlî 
le defïéchement du criftallin ; , 184. Hyppocrate 
& Galien ont connu cette maladie, i8y.Sadef- 
cription. ;6/'J. Sa cure. ;£/^. Ses lignes, 186. C'eft 
une maladie incurable, 188 

Globe de l'œil , fa composition, 12, Il eft formé 
par la cornée. 1 5 . Il eft rond dans l'homme & 
dans les animaux quadrupèdes. 16. Il eft ap- 
plati dans les oifeaux & dans les poifTons , ibid, 

Goûte fereine , ce que c'eft , 251. Ses caufes , ibid, 
La goûte fereine eft une paralyfiedes nerfs 
optiques , Se par conféquent de la rétine. 252. 
Pourquoi il ne paroît rien d'extraordinaire 
dans les yeux travaillez de goûte fereine , ibid. 
Comment on diftingue cette maladie de l'aveu- 
glement <\z nuit, de Xextenfton du corps vitré oc 
de toutes les efpeces de cataraâres naiflant.es, 
ibid. & 25 3. La pupille n'eft pas abfolument 
immobile dans la goûte fereine , & pourquoi 
ibid. C'ejt une maladie incurable, 254 

Gratffede: l'orbite. 8 

Grêle des paupières , il y en a de deux fortes , 448 
Les remèdes font inutiles pour amollir la grêle , 
4 5 o. Comment on fait l'opération pour la gué- 
rir, 4P 

Groffeur & éminence contre nature du globe de 
l'œil, 2 6 } . Caufes de cette maladie, ibid. Symp- 
tômes qui la fui vent, 265. Sa cure, z.66 

Gntta obfcura ou caliginofi , ce que c'eft , 94 



H * TABLE 

H. 
TjrÈlof ou Clavitf ,tïoiticmz efpece de ftaphy- 
■tt lome , 366 

Remeralopia , voyez Aveuglement de jour, 148 
Hijfotrede deux opérations faites, à deux ftaphy- 
lomes, 370 

Hiftoire d'une excroiflance exceiïive de chair à la 
cornée ,& comment elle fut guérie, 375 [5 376 
Humeur aqueufe , fa defcription , 41. Pourquoi 
elle efl: ainfi appelîée. 43,, Elle a une vifcoiité 
que Veau n'a \>aB t ibiJ. L'efpace qu'elle rem- 
plit, ibid, Elle peut fe rengendrer lorfqu'elle 
s'ed ecou'é; par quelque ponction de l'œil , ou 
qu'elle s'efi; diminuée par quelque maladie, 
44. Cette régénération n'eft pas une choie ii 
rare que GaUen le penfe, 2.89. & 190. Com- 
ment elle circule , ôc comment elle eft entrete- 
nue, j< $5 £ 
Bydatifdes anciens, ou tumeur adipeufedes pau- 
pière^ , 45-8. Opinion de Paul touchant cette 
maladie , & la manière dont il la traite, ib,d, 
C2 459 Opinion deCelfe./W. Opinion d'Aéce, 
460. Sentimens de l'Auteur fur ces opinions, 

ibid. ££461 
Hypochyflf ou Hypochyma , ce que c'elt , '94 

Hypopyon,o\x abcès de la cornée ,339. Câufede 
cette maladie , 3 40. En quoi cette maladie dif- 
fère des phlyBenef & des pufîuïef, 340 Signes 
diagnoftics de cette maladie , ibid ££ 34 r. Pro- 
noftic général, 341. Pronoftic particulier, ibid. 
Cure de cette maladie , 341. CS 34 3 

Hyppof , ce que c'eft , 406 

Jiypolphagma des Grecs , Tarfin des Arabes , ce 
quec'eft, 2.9 5 

1» 

J pagination y , ce que c'eft , 1 1 4 Ce qu'elles pro- 
noiliquent , 115 



DES MATIERES. ' j 4 , 
Imaginations perpétuelles,ceque c'eft,i 3 1. Pour- 
quoi elles font ainii appellées, ibid. Leurs lignes, 
ibid. Comment on les diftingue de celles qui 
précèdent les catara&es ,132.. Elles fubfiftenc 
toute la vie y ib\d. Sentiment de l'Auteur fur leur 
caufe , 153 

Intempérie du fang , fes caufes , 3 oi'O? Juiv, 

Iris , ce que c'eft, 10. Son trou appelle Pupille ou 
Trim/ù'e, ibid. Ce trou fe dilate* & fe refîerre, 
quand , ibid. Il paroit noir dans l'homme , &c. 
& pourquoi ,2t. Fibres qui conftituent l'iris, 
21. Fibres qui dilatent la pupille ,23. Fibres qui 
la refTerrent , ibid. La dilatation & le refTerre- 
mentde la pupille fervent à la perfe&iondela 
vue, 77-^78 

LAgofhthalmos , ce que c'eit , 5 04 

Lapis ou Lithyafts , quelle#ia!adie, 4 5 2 
Larmes, leurs fources, 49 7 

Leucoma , voyez d/foj* , 3S2 

Lippitude , OU Chajjie , 488 

Xouches , pourquoi regardant à la manière ordi- 
naire des autres hommes, ils ne peuvent voir 
diitin&ement comme eux les objets , 396. 
Pourquoi ils voyent les objets plus gros que 
ne les voyent les autres hommes, 398. Pour- 
quoi ils voient mieux pendant la nuit , & qu'ils 
peuvent lire au clair de la Lune, /&/*/. Pourquoi 
ils voient plus loin avec des verres ceux , 3 99. 
Pourquoi plus ils vieillirent, & plus ils peu- 
vent voir loin , ibid. 
Lumière , efi: une fubftance ou matière plus fubtile 
que l'air, & qui fe meut avec plus de vîtefie, 
61. Cette matière remplit tous 'es pores de 
l'air & des autres corps tranfparens, thd. 
Lumière primitive ou radicale , ce que c'efl: , 7 1 
Lumière féconde ou dérivée 3 ce que c'efl , ibid. 



144 '^ TABLE 

/Lumière réfléchie , ce que c'cft , ibid, 

Lufuofitas , ce que c'eft , 395 

M. 

11/fAdarofif , ce que c'eft , 491 

■•* *-*■ Maladies te la rétine, 246 

Maladies du nerf optique , 251 

Maladie? de l'uvée, 154. Ses inflammations & 
abcès ,255. Comment on les traite , ibid. Sortie 
ou chute de l'uvée ,256. Ses plaies & dilacé- 
rations, ibid. Dilatation non naturelle de Ton 
trou , ibid» 

Maladies des mufcles & des nerfs moteurs de 
l'œil, 405 

Maladie; des glandes des yeux, 407 

Manière de préparer l'œil pour anatomifer pins 
facilement les parties intérieures du globe, 38 

"Manière d'examiner l'oeil travaille de cataractes, 
«* iz8 

JAaffi dufang#vîfee en parties fanguines, pitui- 
teufes,biiieufes & mélancoliques, 298 

Melon ouMalum, féconde efpece de ftaphylome , 

366 

Membrane intérieure des paupières, 2. Cette mem - 
braneeft une continuité de la peau extérieure , 

Membrane charnue des paupières, ibid. 

Membranes communes à l'œil , 1 2 

Membrane appelée conjonctive, 13 

Membrane appellée Innommée , ibid. 

Membranes propres de l'œil , 14 

La Membrane qui recouvre le corps vitré , eft 

double en fa partie antérieure pour embraffèr 

lecriftaliin , 33 

Milphofts ou Miltofts , ce que c'eft , 492 

Moyens pour ôter les corps étrangers entrez dans 

l'œil, 287 

Mouvement tonique , ce que c'eft > 9 



DES MATIERES. ç 4 ç 

JJufckf des paupières, 4 

Mujchi de i'ceil , 8. Quatre mufcles droits & deux 
obliques, ibid. Leur vrai ufage , 85 

"MyJefts , ce que c'eft , 440 

Mydriafts , ce que c'eft , 2. 5 6 

Myocephaîon ou formicalis , quatrième efpece de 
ftaph viorne, 366 

Trfyopia , ou lujciofitar , • 395 

Myrmecia ou formica , efpece de verrue, 46 3- 

N 
XJ EpheJiott ou nubecula , ulcère de I'ceil , 347 
-*-^ À^//r qui fediftribuent aux paupières, aux 
glandes, aux mufcles, & au globe de l'œil , 10 
Kerfx moteur ■> , féconde paire des Anciens & troi* 
fiéme des Modernes, 10. Nerfs pathétique*, 
quatrième paire de3 Modernes , mà\ Un ra«- 
meau de la troifime paire des Anciens eu cin- 
quième des Modernes, 1 1. Un rameau de la 
quatrième paire des Anciens ou fixieme des 
Modernes, ibid. Un rameau de la cinquième 
paire des Anciens oufeptieme des Modernes, 

ibrl 
Les petits nerfs qui fe portent à l'Uvée Se au ter- 
cle ciliaire, comment ils pénètrent la cornée, 

16 
Nerfs optique* , leur de fer ipt ion, 27. Leur origine, 
jbid. Leur infertion, /W. Ils font les plus gros 
de tous ceux qui fortentdu cerveau, ibiJ t Com- 
ment fe fait leur union, ibid,® 28. A quoi fert 
cette union, tbid. La cornée & l'uvée ne font 
pas des dévelopemens des membranes qui les 
recouvrent, 29 

Noli me tangere , ce que c'eft , 4 6 S 

Nome ou ulcu* depafeens , ulcère de I'ceiî , 559 
Nuage , ulcère de l'oeil , 347 

Nytialopia , ce que c'eft 3 246 

J\ r )ffahpef, *49 



'4* TABLE 

O 

Ç\ BJetf éloignez paroiffent d'une couleur claire 

*-* ou approchante de la lumière^ pourquoi, 

80 

Objet x, pourquoi on ne les voit pas doubles en les 
regardant des deux yeux, 86 tffuiv. En quelles 
ma'adies on les voit doubles, lorfqu'on les re- 
garde des deux yeux , 406 

Première Obfervation fur une cataracte laiteufe, 
163. Seconde obfervation , 1 64 

Observation fur une cataracte caféeufe , 1 6 ? 

Observation fur deux cataractes avec des accom- 
pagnemens nombreux, 167 

Obfervation fur deux cataractes avec des accom- 
pagnemens folides, 168 

Qhfervation fur une opération fui vie d'un épanche- 
ment confidérable de l'humeur aqueufe, la 
cataracte étant de la nature de celles énoncées 
dans la quatrième obfervation, 169 

Obfervation fur une cataracte de douze ans, ôc 
très-jaune, 171 

Obfervation fur une cataracte noire , 174 

Obfervation fur une cataracte de trente ans, 1 7 7 

Objervathn fur un glaucoma > ï 88 

Obfrvation de JofephCoûiHard fur un oeil horsde 
l'orbite, 180. Examinée par l'Auteur, ibid. 

Objlmïï on du nerf optique, comment on la con- 
noit, 151 

Oedème ou fluxion œde'mateufe de la conjonctive , 
& de fes autres inflations, 331. Cure de cette 
maladie, ibid. 

0:il , ce que c'eft, z. Sa diviiîon, ibid. L'œil ne 
s'allonge p int pour voir les objets proches, il 
ne s'accourcitjpoint pour voir les objets éloi- 
gnez; 81. Les mufcles obliques ne peuvent les 
allonger ,8 3. Ils ne devroient donc pas fe ren- 
contrer dans les oifeaux, lespoiflons, &dans 



DES MATIERES. j 4 .7 

quelques autres animaux qui ont la cornée en 
partie ofleufe ou cartilagineufe, dont les yeux 
ne peuvent s'allonger, 8$ 

Oeil crevé ou rompu, 176. Comment on doit 
traiter cette maladie, 277 

Oeil poché, ce que cMT:, 29 c 

Oeil de lièvre , ce que c'eft , 5 04 

Ongle on pterygion , ce que c'eft, 384. Il y en a de 
trois efpeces, 3 8f.Caufede l'ongle , tbid. Pro- 
gnoftic de cette maladie, 386. Pourquoi l'on- 
. gle commence plutôt au grand angle qu'au 
petit ou à la racine des paupières, ^ibid. Cure 
de l'ongle par les remèdes, 387. Comment on 
le traite par l'opération, 389 

Onyx, efpece d'hypopyon , ce que c'^ft, 3 4 t 

Opération de la cataracte , ce qu'il faut faire avact, 
1 4 1. Le tems que l'on doit choifir, 1 4^. La qua- 
lité deséguilles, ibid. Le choix ctujour,du lieu, 
& des lièges,. 146 £2 147. L'attitude qu'on 
doit faire garder au malade, & la fituationdu 
Chirurgien, ibid. Le lieu qu'il doit choifir pour 
piquer, ib ; d. De quelle main il doit tenir fon 
égui'îe, & comment, 148. Les parties qu'il 
doit piquer, & comment il les doit piquer, 
ibid. Les mouvemens qu'il doit faire au-dedans 
de l'œil pour détacher la cataracte & pour l'a- 
baifîer , & ce qui arrive au-dedans de'l'œi! par 
cette opération , ibid. Comment il doit la con- 
tenir, & ce qu'il doit obferver, 149. Comment 
il doit retirer fon éguilie, Sç ce qu'il doit re- 
commander au malade, 1 50. Comment il doit 
panfer le malade , l'opération faite , ibid Api es 
l'opéiation, le régime qu'il doit preicrire au 
malade, 179. Comment il doit le panfer le 
foirde l'opération & les jours fuivans, jufques 
à ce que le tems de la fluxion & de l'ïf -flam- 
mation foit pafle,/^. La fluxion & i'inflanu 



Î4$ TABLE 

mation cefTée, s'il refte de la foiblefle à l'oeil 
ce qu'il doit faire, 180. Moyens de remédier 
a tous les fymptômes qui fuivent l'opération , 

L T t ■ * 8 * 

Vpbtha.mte ou inflammation de l'œil ,315 Ses dif- 
férences , ibid. Ses caufes, 3 16 & 3 1 7 . Ses li- 
gnes & fon prognoftic, ibià. Sa cure, 3 19. Les 
remèdes repercaflifs qui ont beaucoup d'af- 
tri&ion,ne conviennent point dans le com- 
mencement de l'ophthalmie, 3 2 3 .Les remèdes 
emplaftiques & onctueux n'y conviennent pas 
aufli, /'£/'//. Erreur de beaucoup de Praticiens 
touchant les remèdes ophthalmiques, 3 3 o 

Orgêokt, ce quec'eft , 448. Sa cure, 449 

p AralyfieàzVœïï, 4 c5 

x P*r//'<?/ tranfparentes, voyez corps tranfpa- 
D rens > 30 

Paupières,!. Leur compofition,2.Leurpeau inté- 
rieure, 3. Leur ufage, 4. Rangées de points 
ou pores au bord intérieur de chaque paupière, 

6 

?£?/£»* ou tarfe, cartilage des paupières , 2 

Peribrofts , ce que c'eft , 4 3 ^ 

Thalangofis , féconde efpece de trichiafe, 49 3 

"Phtiriafts, maladie pédicuiaire des cils, 500 

Pbtifts, ce que c'eft, i 5 5 

P^ro/?r , troiiiéme efpece de trichiafe , 49 5 

P/m? oxxgravclle des paupières, 4 ^ 2. 

Pinceaux de rayons qui pafient par un trou, font 

difpofez en piramide, dont la pointe aboutit 

à chaque petite partie des objets , & la bafe au 

trou, •;?. Ce qui arrive à ces pinceaux, quand 

ils rencontrent un verre convexe ent;e Je trou 

& le papier, 7 3. Ce qui leur arrive, quand on 

met ce verre au-devant du trou , 7 4 

Places de l'oeil, 185. Leurprognoftic, 286.C0m- 



DES MATIERES. 549 

: îiïent onlesdoittraiter, 186. Si la playe pé- 
nètre la cornée, il ne faut point preflér le glo- 
be de l'oeil, & pourquoi, 2.88. Ce qui arrive 
■îorfqae la cornée n'efi ouverte que par une 
fimple piquure, 189. En quelles pîayes delà 
cornée le ftaphylome fe forme, 191. Quand 
la conjonctive a été déchiré, quel iymptôme 
furvient, 193. Qjels fymptômes fuivent le 
p